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Le maire de Nice, Christian Estrosi, lors d'un rassemblement en hommage aux victimes du 7 octobre et en soutien aux otages, au Palais de Justice de Nice, le 23 juin 2024. (Crédit : Philippe Viglietti)
Le maire de Nice, Christian Estrosi, lors d'un rassemblement en hommage aux victimes du 7 octobre et en soutien aux otages, au Palais de Justice de Nice, le 23 juin 2024. (Crédit : Philippe Viglietti)
Interview"On perd toujours la guerre quand on a peur"

Rencontre avec Christian Estrosi, « Juif dans l’âme » et fervent soutien d’Israël

À la tête de Nice, la cinquième plus grande métropole française, l’édile brave l’opposition – et les menaces de mort – dans sa défense d’Israël et regrette à ce stade la reconnaissance d’un État palestinien

L’interview en anglais a été publiée le 31 octobre dernier.

NICE — Au cours des deux dernières années, Christian Estrosi, le maire de Nice, a été l’un des élus français à appeler avec le plus de fougue à la libération des personnes qui avaient été kidnappées par le Hamas lors du pogrom commis dans le sud d’Israël, le 7 octobre 2023. Dans ce contexte, le retour récent de tous les otages survivants et le nombre croissant de morts l’ont profondément marqué.

« J’ai ressenti tout un mélange d’émotions », confie Estrosi. « Beaucoup de joie, mais aussi beaucoup de tristesse. De la tristesse en repensant au massacre du 7-Octobre et aux deux années d’horreur qui ont suivi pour les captifs et pour leurs familles – une épreuve qui n’est pas terminée, le Hamas n’ayant toujours pas rendu tous les corps sans vie des otages décédés ».

« Alors que je me suis réjoui en voyant les images incroyables des otages qui retrouvaient leurs proches, j’ai aussi pensé à ces familles qui attendent toujours ceux qu’ils aimaient et qui ont perdu la vie », ajoute-t-il.

Il y a encore quelques semaines, les Israéliens qui visitaient Nice, sur la côte d’Azur, avaient toutes les raisons de ressentir un choc en passant devant l’hôtel de ville. En cause, à l’entrée, un spectacle inattendu pour un bâtiment municipal en dehors des frontières d’Israël : une grande banderole verticale arborant les photos des 48 Israéliens qui étaient encore maintenus en captivité par le Hamas à Gaza, avec un texte écrit en majuscules qui exigeait leur libération.

La banderole s’était inspirée d’une autre initiative là encore inhabituelle. Jusqu’à cet été, sur le balcon principal du bâtiment historique, à l’extérieur du bureau d’Estrosi, qui est situé au troisième étage, huit drapeaux israéliens, répartis en deux groupes distincts, qui occupaient une place de choix aux côtés de leurs homologues français et européens.

Des drapeaux qu’Estrosi avait souhaité installer dans le sillage du pogrom commis en Israël, le 7 octobre 2023. En signe de solidarité avec l’État juif, il s’était engagé à laisser les drapeaux bleu et blanc en place jusqu’à la libération de tous les captifs. Malgré les protestations, le maire avait tenu parole jusqu’à ce qu’un tribunal administratif ordonne leur retrait il y a quatre mois – lui donnant l’idée de les remplacer par la banderole en faveur des otages.

Des drapeaux israéliens sont accrochés à deux endroits sur le balcon de la mairie de Nice, en juin 2025. (Crédit : Robert Sarner)

« Mon devoir est de protéger les valeurs que je partage »

Les agissements d’Estrosi ont été une exception rare parmi les responsables publics français.

« Mon positionnement sur le sujet ne se fonde pas sur un quelconque courage, mais plutôt sur mes convictions et sur mes valeurs », explique Estrosi, 70 ans, au Times of Israel lors d’un entretien accordé dans son spacieux bureau de la mairie. « Il découle de mon engagement en faveur de la justice et de la lutte contre la barbarie, contre l’antisémitisme et l’antisionisme. Je considère qu’il est de mon devoir à l’égard de l’Humanité et de la civilisation de protéger les valeurs que je partage avec Israël et de protéger ce qu’elles représentent dans l’Histoire de l’Humanité. Ce qui implique aujourd’hui de les défendre face à un torrent de haine et face à l’adversité ».

« Je refuse que l’on ait peur d’être Juif à Nice »

Des initiatives qui n’ont pas été sans conséquences pour Estrosi, qui se distingue depuis longtemps pour le soutien qu’il apporte à Israël et pour son positionnement contre l’antisémitisme.

« En raison de la position qui est la mienne, je suis victime d’insultes et de tentatives d’intimidation, avec notamment des menaces de mort qui sont proférées à mon encontre », indique-t-il. « J’accepte que cela puisse arriver quand on défend des principes et des valeurs et j’ai toujours dit de manière très claire que rien ne me fera reculer. On perd toujours la guerre quand on a peur. C’est ce que je dis à mes amis juifs. Je leur dis : ‘N’ayez pas peur, à Nice. Je suis là pour vous protéger, pour vous défendre’. Je refuse que l’on ait peur d’être Juif à Nice ».

Située sur la côte méditerranéenne, Nice est la cinquième plus grande ville du pays, forte de 355 000 habitants, dont environ 5 000 à 10 000 sont Juifs. Les habitants ont réélu Estrosi à plusieurs reprises à la tête de la mairie depuis qu’il a pris ses fonctions, il y a 17 ans. Depuis, il n’a cessé de manifester son amitié et son intérêt pour la communauté juive.

Le maire de Nice, Christian Estrosi, s’exprime lors d’une cérémonie marquant le deuxième anniversaire des atrocités commises par le Hamas le 7 octobre 2023, à Nice, en France, le 13 octobre 2025. (Autorisation)

Au cours des dernières semaines seulement, il a organisé une cérémonie qui a marqué le deuxième anniversaire du 7-Octobre et il a aussi posé la première pierre d’un futur musée de la Shoah. Au début du mois de septembre, peu après qu’un individu a abattu l’arbre qui avait été planté en souvenir d’Ilan Halimi, jeune Juif français kidnappé et torturé à mort par un gang antisémite en 2006, à proximité de Paris, Estrosi a aidé à planter un olivier à Nice en hommage au défunt. Quelques heures plus tard, alors qu’il dénonçait publiquement trois manifestants anti-israéliens, brandissant des drapeaux palestiniens, qui avaient tenté d’entrer de force dans une synagogue locale, il a condamné la forte augmentation des actes antisémites commis depuis le 7-Octobre sur le territoire français.

Lors d’une cérémonie organisée pour marquer le premier anniversaire de l’attaque sanglante du Hamas, l’année dernière, Estrosi avait dévoilé une sculpture de l’artiste Joann Sfar dans un parc situé au sommet d’une colline, une œuvre commémorant le pogrom.

En 2020, il avait inauguré un Mur du Souvenir dédié aux 3 500 Juifs environ, dont 264 enfants, qui avaient été déportés par les nazis de Nice vers Auschwitz, où ils avaient été tués.

En 2014, en coopération avec Yad Vashem, Estrosi avait également inauguré le Mur des Justes parmi les Nations, rendant hommage à 125 personnes qui avaient sauvé des Juifs pendant la Shoah à Nice et dans les environs.

Le maire de Nice, Christian Estrosi, au premier rang au centre, participe à l’inauguration du Mur des Justes parmi les Nations à Nice, en France, le 27 janvier 2014. (Crédit : Pricilia Renou-Tallon)

En 1942, après avoir été zone non-occupée au début de la guerre, Nice était passée sous contrôle italien. De nombreux Juifs européens y avaient trouvé refuge, considérant la ville comme un asile dans la mesure où les Italiens refusaient de les déporter. Une situation qui avait tragiquement changé au mois de septembre 1943 quand les nazis avaient pris le contrôle de Nice et qu’ils avaient traqué les membres de la communauté juive sous la direction du tristement célèbre commandant SS Alois Brunner, le bras droit d’Adolf Eichmann.

« Pour moi, l’antisémitisme est un poison », s’exclame Estrosi. « Au milieu du siècle dernier et à d’autres périodes de l’Histoire, l’antisémitisme s’est révélé être la pire insulte faite à l’Humanité. À cause de cette idéologie, la France, y compris ma ville, a payé un prix extrêmement lourd. Aujourd’hui, j’ai l’impression que nous sommes en train de revenir aux années 1930 et je crains que l’antisémitisme ne continue de se renforcer en France ».

Un nouveau pas en avant

Estrosi salue l’intervention du président américain Donald Trump dans la guerre qui a opposé Israël au Hamas dans la bande de Gaza – une intervention qui a permis la négociation d’un cessez-le-feu fragile, mais qui est resté stable jusqu’à présent.

« Le cessez-le-feu et la remise en liberté des derniers otages vivants ont été un nouveau pas en avant », dit Estrosi. « Nous l’avons symboliquement marqué en retirant la banderole qui était installée à l’entrée de la mairie, ce qui a été un moment chargé d’émotion et d’inquiétude face au sort actuellement réservé aux otages décédés qui n’ont toujours pas été rendus à Israël ».

Le maire français de Nice, Christian Estrosi, retire les drapeaux israéliens du balcon de la mairie suite à une décision du tribunal administratif ordonnant leur retrait, à Nice, dans le sud de la France, le 26 juin 2025. (Crédit : Valery Hache / AFP)

Né à Nice de parents venus d’Italie, Christian Estrosi s’est d’abord fait connaître en tant que pilote de moto professionnel participant à des compétitions de haut-niveau. Il a commencé sa carrière politique en tant que membre du conseil municipal de Nice. Il a ensuite siégé au Parlement et il a été plusieurs fois ministre, se saisissant de divers portefeuilles, au sein du gouvernement.

Il est devenu maire de Nice en 2008.

Au mois de juin dernier, Nice a accueilli la Conférence des Nations unies sur les océans 2025 – à laquelle ont participé 15 000 personnes avec parmi elles des chefs d’État, des responsables gouvernementaux, des maires et des scientifiques venus du monde entier.

« Avant la conférence, je me demandais si l’ONU allait réclamer que les drapeaux israéliens soient retirés du fronton de la mairie pendant les cinq jours du sommet », se souvient Estrosi. « À ma grande surprise, une telle demande n’a pas été formulée et à ma grande satisfaction, les drapeaux sont restés là où ils étaient, à la vue de tous ».

Ironie de l’histoire, si les Nations unies n’ont posé aucun problème, cela n’a pas été le cas de son propre pays. Ainsi, une semaine après la conférence, le préfet a officiellement demandé à Estrosi de retirer les drapeaux israéliens, affirmant qu’ils violaient le « principe de neutralité respecté dans le cadre de la fonction publique ». Estrosi a refusé. L’affaire a finalement été portée devant le tribunal administratif, qui s’est prononcé en sa défaveur, l’obligeant à retirer les drapeaux. Ce qui n’a pas pour autant découragé le maire.

Le maire de Nice, Christian Estrosi, dévoile la banderole en faveur des otages à la mairie de Nice quelques instants après avoir dû retirer les drapeaux israéliens du balcon devant son bureau, à Nice, en France, le 26 juin 2025. (Crédit : David Nouy)

« Anticipant une décision négative de la part du tribunal, j’ai préparé ma réponse à l’avance », explique Estrosi. « Quand je suis sorti sur le balcon pour retirer moi-même les drapeaux israéliens, un grand nombre de mes partisans s’étaient déjà rassemblés en bas, où ils ont hué la décision prise par le tribunal et par le gouvernement français. J’ai demandé aux gens qui étaient là d’attendre deux minutes. Je suis descendu à l’entrée principale et j’ai dévoilé la banderole pour les otages, à la grande joie de nombreuses personnes présentes ».

L’ambassadeur américain en France, Charles Kushner, père du gendre de Trump, Jared Kushner, a téléphoné à Estrosi pour le féliciter. Les initiatives prises par le maire ont entraîné des centaines de messages de soutien de la part de membres de la communauté juive en Israël et dans le monde entier, au cours des deux dernières années.

« Quand j’ai décidé de placer les drapeaux israéliens à l’extérieur de la mairie, je n’ai pas voulu exprimer un soutien inconditionnel au gouvernement de Netanyahu », précise Estrosi. « Je ne veux pas m’immiscer dans la vie politique israélienne. Placer ces drapeaux a été un acte humanitaire, pas politique. J’ai simplement choisi de défendre une démocratie qui était attaquée par des terroristes islamistes ».

Le maire de Nice, Christian Estrosi, au centre, avec la délégation israélienne à la compétition Ironman sur la place Masséna à Nice, en France, le 19 septembre 2024. (Crédit : Ghislain Mariette)

Sa propre histoire de terrorisme

Nice a vécu dans sa chair le terrorisme islamiste. Au mois de juillet 2016, un Tunisien de 31 ans avait projeté son camion, un 19 tonnes, dans la foule qui était venue célébrer le 14 juillet sur la promenade des Anglais, tuant 86 personnes et faisant des centaines de blessés.

« Israël, qui est en première ligne dans la lutte contre le terrorisme islamiste, est un rempart pour notre pays, il nous protège », s’exclame Estrosi. « Israël, la seule démocratie du Moyen-Orient, est attaqué et se défend. Notre devoir est d’être à ses côtés et, quand on est une personnalité publique, comme moi, il est nécessaire de le rappeler ».

Le maire de Nice, Christian Estrosi, troisième à partir de la droite, plantant un olivier à Jérusalem avec la maire adjointe de Nice, Martine Ouaknine, deuxième à partir de la droite, le 27 décembre 2016. (Autorisation)

Estrosi, qui a ouvertement déclaré être « Juif dans l’âme » et être « un ami d’Israël fier de l’être », s’est rendu à plusieurs reprises dans le pays – il prévoit d’ailleurs de s’y rendre à nouveau dans le courant de l’année. Il fait remarquer que Nice a établi des jumelages avec Haïfa et Netanya.

Après un premier mariage avec Dominique Sassone, il a épousé en 2016 Laura Tenoudji, une journaliste juive. Le couple a eu une petite fille.

« Israël, qui est en première ligne dans la lutte contre le terrorisme islamiste, est un rempart pour notre pays, il nous protège »

« Mon engagement à l’égard d’Israël et de la lutte contre l’antisémitisme n’a rien à voir avec ma situation familiale [actuelle] », affirme Estrosi. « Il remonte à il y a plus de trois décennies – bien avant que je rencontre mon épouse – quand je m’étais véritablement engagé en faveur de la cause israélienne ».

En 2011, l’université de Haïfa a décerné à Christian Estrosi un diplôme honorifique, évoquant « l’amitié profonde et sincère qu’il porte à l’État d’Israël, son engagement dans la lutte contre l’antisémitisme et contre les activités anti-israéliennes, ainsi que sa grande contribution au renforcement des liens entre Israël et la France dans les domaines de la finance, de la politique et de la santé ».

Le maire de Nice, Christian Estrosi, dans son bureau à la mairie de Nice, en juin 2025. (Crédit : Robert Sarner)

Il considère que la promotion, par le président français Emmanuel Macron, de l’établissement d’un État palestinien est problématique.

« Ce que le président [Macron] a récemment fait à l’ONU m’a rempli de tristesse », explique Estrosi.

« Aujourd’hui, appeler à la création d’un État palestinien, c’est donner raison à ceux qui ont commis le pogrom du 7 octobre 2023. Un débat sur l’avenir institutionnel des Palestiniens ne devrait pas avoir lieu tant que que le Hamas ne sera complètement neutralisé et tant que tous les otages ne seront pas remis en liberté, entre autres conditions préalables ».

Estrosi reconnaît qu’après le 7-Octobre, il n’avait pas anticipé la tournure que prendraient les événements.

« Je n’aurais jamais cru alors que deux ans plus tard, nous devrions encore nous battre pour que le Hamas remette en liberté les otages », dit-il. « Je ne m’attendais pas non plus à ce que le massacre du 7-Octobre soit suivi d’un tel essor de l’antisémitisme, un essor qui ne montre aucun signe de relâchement. La lutte contre ce phénomène nécessite un engagement politique ».

« C’est un combat moral qui est loin d’être terminé », ajoute-t-il.

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