Retour sur le dernier film de Boaz Yakin
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  • Un extrait de "Aviva" du réalisateur Boaz Yakin. (Autorisation)
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  • Boaz Yakin arrive à la première de "Max" à l'Egyptian Theatre, le 23 juin 2015 à Los Angeles. (Photo de Rich Fury/Invision/AP)
    Boaz Yakin arrive à la première de "Max" à l'Egyptian Theatre, le 23 juin 2015 à Los Angeles. (Photo de Rich Fury/Invision/AP)
Interview

Retour sur le dernier film de Boaz Yakin

« Aviva » est un film non conventionnel partiellement autobiographique qui utilise la danse pour explorer une romance, la masculinité et la féminité

NEW YORK — Cela fait plus de 30 ans que Boaz Yakin, né à New York de parents israéliens, travaille dans le cinéma. Il a réalisé des films indépendants d’avant-garde à petit budget et écrit des films de studio à gros budget. Il a réalisé un film sur le football au lycée, un long-métrage d’action avec Jason Statham, et même une œuvre qui parlait d’un chien atteint du syndrome post-traumatique. Certains de ces films – et je pense que Yakin serait d’accord avec moi – sont meilleurs que d’autres. Mais, cette année, il a fait un retour aux sources et réalisé un film indépendant et intime basé sur ses propres relations amoureuses.

Ne baillez pas : Il ne s’agit pas de l’histoire d’un type plutôt riche qui exposerait tous ses griefs contre son ex-épouse devant la caméra (et c’est là que je vais vous le dire, d’ailleurs : l’ex-femme de Yakin est, en fait, Alma Har’el, la réalisatrice du récent film à succès « Honey Boy« ).

« Aviva » — qui devait initialement être présenté en première lors du festival du film SXSW, cette année, à Austin au Texas, avant que la pandémie de coronavirus ne fasse son apparition – tire assurément son inspiration de la vie du réalisateur. Mais c’est également une exploration riche, créative et inhabituelle d’une romance en évolution, rendue visuelle grâce à une esthétique sensationnelle.

Yakin était d’abord rentré en lien avec la chorégraphe Bobbi Jene Smith et les membres de la troupe de danse Batsheva (si quelqu’un a vu « Entebbe », une oeuvre récente, c’est le même groupe qui avait été impliqué dans le projet). « Aviva » s’évade souvent dans la danse – mais pas vraiment dans le genre de « Chantons sous la pluie » : Les mouvements (et le déplacement de la caméra) est très moderne et fait avancer le récit.

De plus, chacun des deux protagonistes de cette histoire d’amour est « divisé » entre son côté féminin et son côté masculin. Et ainsi quatre acteurs peuvent, à certains moments, occuper la même scène, chacun interagissant avec l’autre. Ce qui, au premier abord, peut paraître confus fonctionne pourtant très bien, et touchera la corde sensible de tous ceux qui ont vécu une relation amoureuse complexe.

J’ai eu la chance de m’entretenir avec Yakin quelques jours avant la diffusion du film, le 12 juin, qui pourra ensuite être loué sur les plateformes numériques. Notre conversation a été éditée pour plus de clarté.

Times of Israel: Vous avez commencé en faisant des films à petit budget comme « Fresh » et « Sonia Horowitz, l’insoumise » avant d’intégrer le système hollywoodien. Ce sera dorénavant des films comme « Aviva » qu’on sera en droit d’attendre de vous ?

Yakin: Ce qui m’intéresse en premier et ce qui m’intéresse le plus, c’est de réaliser des films comme « Aviva ». Je suis heureux d’avoir réalisé ce film expérimental et personnel et d’utiliser l’argent que j’ai gagné en travaillant à Hollywood pour faire une œuvre telle que celle-là.

Il y a un moment pour tout et, vous savez, nous devons tous gagner notre vie. Faire ces films à Hollywood m’a permis de conserver un toit au-dessus de ma tête et de rester dans le coup.

Boaz Yakin arrive à la première de « Max » à l’Egyptian Theatre, le 23 juin 2015 à Los Angeles. (Photo de Rich Fury/Invision/AP)

Quand avez-vous réalisé que cette histoire serait racontée en utilisant la danse ? J’ai regardé le film chez moi – comme on va tous le faire, grâce au coronavirus – et il y a quelques moments où je me suis dit : « Il faut que je revienne en arrière, c’était vraiment bien ».

C’est grâce aux chorégraphies de Bobbi Jene Smith, j’en suis sûr. Elle travaille avec tant d’émotion, d’une manière rare. Je pense que nous avons utilisé la danse dans ce film d’une manière qui n’a été que rarement observée dans un film narratif.

Dans les films, la danse est fréquemment tellement « show-biz », tellement stylisée. C’est l’un des seuls narratifs qui a voulu utiliser la danse contemporaine dans le but de raconter une histoire.

La prise de conscience s’est faite alors que je réfléchissais à comment raconter l’histoire d’une relation amoureuse – et comment sa représentation pouvait être divisée entre des acteurs mâles et femelles, en externalisant ce qui est féminin/masculin à l’intérieur de cela. Je discutais de ça avec un danseur et il m’a dit : « Cela pourrait être un film de danse », et ça m’a parlé. Tout s’est mis en place. La danse élargit le style théâtral de cette division entre masculin et féminin.

Un extrait de « Aviva » du réalisateur Boaz Yakin. (Autorisation)

Je pense que si vous aviez fait la fluidité des genres sans les éléments de danse, cela aurait été plus difficile à comprendre.

J’ai également été inspiré par « Cet obscur objet du désir » de Luis Buñuel, qui raconte l’histoire d’un homme âgé attiré par une jeune femme, et Buñuel a choisi deux actrices pour ce rôle. Elles avaient le même âge, mais elles avaient l’air très différentes, et quand vous la voyez dans des scènes différentes, c’est une actrice différente sans explication. J’ai trouvé cela très audacieux, et j’ai voulu aller plus loin.

La fluidité des genres est un élément clé du film ; le personnage principal est aux prises avec son côté féminin, et un malentendu sur le genre est un traumatisme de sa jeunesse. Alors que notre culture accepte de plus en plus le spectre des genres, avez-vous bon espoir que les générations futures ne souffrent pas d’autant de tsures ?

Les Tsures [les problèmes] ne disparaîtront jamais. Les tsuris font partie du tissu de la création. Mais les jeunes s’expriment en des termes moins clairement définis, et c’est super sain.

Ce film parle d’un couple hétérosexuel, mais la lutte entre le masculin et le féminin en soi, et la façon dont ils se comportent avec leur partenaire, est un sujet que chaque combinaison de genre aborde. Il y a une dualité dans tout. Plus qu’une dualité, probablement, mais une dualité est déjà assez déroutante.

Un extrait de « Aviva » du réalisateur Boaz Yakin. (Autorisation)

Le sexe et la nudité font partie de la vie, et votre film ne les ignore pas. Mais il y en a certainement beaucoup dans votre film !

C’est un film sur le sexe et la sexualité. Il y a tellement de films sur les relations, que ce soit « When Harry Met Sally… » ou autre chose, qui s’éloignent toujours de cela. Ça ne fait jamais partie de ce qu’on voit.

Dans la vie réelle, les relations qui sont très liées intellectuellement peuvent se fragmenter parce que la chambre à coucher ne fonctionne pas. Ou bien des relations qui ne sont pas très bonnes peuvent se cimenter dans la chambre à coucher d’une manière vraiment positive. C’est une partie importante de la vie ; sa présence dans le film n’a rien à voir avec la luxure.

Si vous faites un film sur les relations, notre sexualité, notre corps, notre pénis, notre vagin, nos seins, peu importe, est une partie intrinsèque de ce que nous traitons tous les jours

Nous acceptons la violence dans un film d’action, même si cela fait beaucoup moins partie du quotidien pour presque tout le monde. Trente minutes de voitures qui s’écrasent et de gens qui se tirent une balle dans la tête. C’est acceptable. Si vous faites un film sur les relations, notre sexualité, nos corps, nos pénis, nos vagins, nos seins, peu importe, c’est une partie intrinsèque de ce que nous traitons tous les jours. D’une manière ou d’une autre, c’est ce qu’il faut occulter !

Donc avec ça, je faisais mon propre film, je n’avais pas de règles, personne ne me disait quoi faire, alors j’ai dit « c’est comme ça que je veux le faire ».

Un extrait de « Aviva » du réalisateur Boaz Yakin. (Autorisation)

Il y a beaucoup d’excellents endroits dans la ville de New York. J’ai toujours aimé l’endroit à Central Park, près de la statue de Hans Christian Andersen, aussi.

Ce film n’est pas autobiographique, mais il y a beaucoup de choses de ma vie, et ce lieu, cette statue, est l’endroit où cette expérience s’est réellement produite.

Ça doit être bizarre, de filmer une scène de quelque chose dans votre vie à l’endroit précis où elle s’est produite.

Cela a son charme ! C’est arrivé il y a longtemps, donc ça devient un fantasme en quelque sorte. Nous créons toujours le mythe de notre vie dans notre esprit. Il y a certaines histoires que l’on oublie, mais d’autres que l’on se raconte beaucoup, n’est-ce pas ? Et celles qui reviennent dans votre tête finissent par s’écarter de ce qui s’est réellement passé. Filmer devient alors magnifique. Vous faites le mythe une deuxième fois, avec des acteurs. Il prend le dessus sur votre propre mémoire. Une autre couche de fantaisie sur ce qui s’est passé.

Un extrait de « Aviva » du réalisateur Boaz Yakin. (Autorisation)

Vous avez dit « pas une autobiographie », mais il s’agit d’une rupture, et les gens peuvent voir qui est votre ex-femme. Aviva, comme votre ex-femme, a des cheveux roux épais. Vous l’avez choisie, donc, vous savez, c’est vous qui l’avez provoquée !

Je vais vous dire la vérité vraie – je le jure devant Dieu. Bobbi Jene Smith a fait le casting du film avec ses collègues de New York et dans la Batsheva Dance Company en Israël. Et elle disait « vous devez voir cette femme pour le rôle d’Aviva », et quand j’ai vu la photo de Zina Zinchenko, j’étais… [waou].

Oui, elle était incroyable, mais tout le monde allait penser que je l’avais choisie dans ce but. Je me suis dit : « Oh, merde, merde, pourquoi cela doit-il arriver ? » Mais c’était la meilleure personne. C’était le destin. Autant l’accepter.

Et elle est censée être française alors qu’elle est russe, donc…

Et la moitié masculine d’Aviva, ou Schraiber, est israélienne. Nous n’avons même pas essayé de lui donner un accent français. Je me sentais à l’aise avec tout ça.

Un extrait de « Aviva » du réalisateur Boaz Yakin. (Autorisation)

Ce n’est pas ce genre de film. C’est le genre de film avec une extraordinaire séquence de pantomime en une seule prise, la séquence « drive to Los Angeles », qui vraiment –

C’est une chose que seule Bobbi Jene Smith peut faire. C’est l’une des trois minutes consécutives les plus étonnantes que j’ai vues depuis un certain temps. Toujours conçues comme une seule prise. Et elle a un peu travaillé sur la conception avec mon père, croyez-le ou non, qui était professeur à Juilliard et mime. Je n’ai rien vu de tout cela avant le jour du tournage. Nous avons eu si peu de préparation. Je payais pour tout, donc pas beaucoup de temps. J’ai vu ses plans ce matin-là. Puis le caméraman et moi avons trouvé comment filmer. Nous l’avons fait quatre ou cinq fois et l’une des prises est celle que vous voyez dans le film. C’était magique.

C’est l’une des trois minutes consécutives les plus étonnantes que j’ai vues depuis un certain temps

Vous avez été parmi les tout premiers à réaliser un film de bande dessinée, avec votre premier scénario pour « The Punisher » en 1989. Aujourd’hui, les films de bande dessinée sont les moteurs de la rentabilité à Hollywood. Vous étiez tellement en avance sur votre temps.

C’était il y a longtemps ! Le scénario a été modifié à un point qui ne me convenait pas et la critique a été « c’est trop comique ». Maintenant, ce qu’ils veulent, c’est être fidèles à la source, donc ça a été un grand changement. C’était considéré comme une forme d’art bâtarde. Je me souviens avoir dit « il y a une énorme fontaine inexploitée de travail créatif ». Mais après cela, le film « Batman » de Tim Burton est sorti et a commencé à changer les choses.

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