Samuel L. Jackson aux côtés d’un réalisateur israélien pour raconter l’esclavage
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  • Samuel L. Jackson, au centre, et Simcha Jacobovici, à droite, dans un extrait de "Enslaved". (Crédit : AP Slave Ships Productions Ltd./Cornelia Street’s Ships Ltd.)
    Samuel L. Jackson, au centre, et Simcha Jacobovici, à droite, dans un extrait de "Enslaved". (Crédit : AP Slave Ships Productions Ltd./Cornelia Street’s Ships Ltd.)
  • L'épave du bateau Home freedom du capitaine abolitionniste James Nugent, dans le lac Michigan (Crédit : AP Slave Ships Productions Ltd./Cornelia Street’s Ships Ltd.)
    L'épave du bateau Home freedom du capitaine abolitionniste James Nugent, dans le lac Michigan (Crédit : AP Slave Ships Productions Ltd./Cornelia Street’s Ships Ltd.)
  • De gauche à droite, Samuel L. Jackson, Afua Hirsch et Simcha Jacobovici dans un extrait de "Enslaved" (Crédit : AP Slave Ships Productions Ltd./Cornelia Street’s Ships Ltd.)
    De gauche à droite, Samuel L. Jackson, Afua Hirsch et Simcha Jacobovici dans un extrait de "Enslaved" (Crédit : AP Slave Ships Productions Ltd./Cornelia Street’s Ships Ltd.)
  • Samuel L. Jackson dans un extrait "d'Enslaved". (Crédit : AP Slave Ships Productions Ltd./Cornelia Street’s Ships Ltd.)
    Samuel L. Jackson dans un extrait "d'Enslaved". (Crédit : AP Slave Ships Productions Ltd./Cornelia Street’s Ships Ltd.)
  • Samuel L. Jackson participe à une cérémonie d'initiation à la tribu Benga, au Gabon. (Crédit : AP Slave Ships Productions Ltd./Cornelia Street’s Ships Ltd.)
    Samuel L. Jackson participe à une cérémonie d'initiation à la tribu Benga, au Gabon. (Crédit : AP Slave Ships Productions Ltd./Cornelia Street’s Ships Ltd.)
  • L'épave du bateau Home freedom du capitaine abolitionniste James Nugent, dans le lac Michigan (Crédit : AP Slave Ships Productions Ltd./Cornelia Street’s Ships Ltd.)
    L'épave du bateau Home freedom du capitaine abolitionniste James Nugent, dans le lac Michigan (Crédit : AP Slave Ships Productions Ltd./Cornelia Street’s Ships Ltd.)
  • Samuel L. Jackson, Afua Hirsch, et Simcha Jacobovici discutent du portrait de Dido Elizabeth Belle. (Crédit : AP Slave Ships Productions Ltd./Cornelia Street’s Ships Ltd.)
    Samuel L. Jackson, Afua Hirsch, et Simcha Jacobovici discutent du portrait de Dido Elizabeth Belle. (Crédit : AP Slave Ships Productions Ltd./Cornelia Street’s Ships Ltd.)
Interview

Samuel L. Jackson aux côtés d’un réalisateur israélien pour raconter l’esclavage

Dans ‘Enslaved,’ sorti en streaming aux USA et au Royaume-Uni, le réalisateur Simcha Jacobovici réunit des stars pour plonger dans les racines d’un génocide non commémoré

NEW YORK — « Il n’y a pas d’expert, ici, se tenant devant sa bibliothèque », s’amuse Simcha Jacobovici, depuis son domicile en Israël, au cours d’un entretien via Zoom. C’est – en partie – ce qui distingue son projet d’autres qui ont pu, dans le passé, être consacrés au même sujet.

Nous évoquons, au cours de notre échange, sa série en six épisodes, « Enslaved », un aperçu édifiant du commerce transatlantique des esclaves qui est dorénavant disponible, aux Etats-Unis, sur Epix – un service dont vous disposez peut-être déjà si vous avez un forfait de télévision par câble (si ce n’est pas le cas, cela vous coûtera seulement quelques dollars sur Amazon). La série a été également diffusée par la BBC, le 11 octobre, et par la CBC, le 17 octobre. Elle sera ensuite présentée dans le monde entier : ce qui est important parce que « Enslaved », en réalité touche tout le monde et chacun d’entre nous.

« Enslaved » se penche sur le commerce des esclaves sous des angles multiples – culturel, économique, scientifique – et traite le sujet avec toute la gravité et le sérieux qu’il mérite. La série reste néanmoins passionnante, énergique et – si je ne veux pas parler de « plaisir » – je dirais seulement qu’elle vaut assurément le détour. Et pour raconter cette leçon de vie démoralisante sur l’inhumanité témoignée par des hommes envers d’autres hommes (une aspirine pourra peut-être s’imposer après le visionnage), le réalisateur lauréat Jacobovici a choisi d’opter pour une nouvelle approche.

Au coeur de chaque épisode, un navire transportant des esclaves qui a fait naufrage – chacun représentatif d’un aspect de l’Histoire explorée. Un groupe d’archéologues marins, Diving With A Purpose, effectue des plongées souvent dangereuses pour recueillir des objets témoins du passé, tandis que Jacobovici et ses troupes discutent avec des experts dans le domaine. A ce voyage dans les profondeurs les plus sombres de l’esprit humain participe également une star de Hollywood : Samuel L. Jackson.

La série couvre de nombreux terrains et l’action se déplace de l’Afrique de l’ouest au Brésil, en passant par la péninsule ibérique et Bristol, au Royaume-Uni. Là-bas se tient une conversation plutôt visionnaire au sujet de la présence, encore forte, du négociant dans le commerce des esclaves Edward Colston.

Et, en permanence, les caméras de Jacobovici continuent leur plongée dans ces récits boueux auxquels nous sommes tous liés – que nous acceptions ou non de le croire.

Voici une retranscription de notre conversation, qui a été révisée pour plus de clarté.

Times of Israel : Simcha, je voulais vous dire que j’ai vraiment aimé votre série – même s’il n’est pas possible « d’aimer » une série consacrée au commerce transatlantique des esclaves.

Simcha Jacobovici : C’est ce qu’on a voulu. C’est difficile, on a envie de continuer à regarder. Mes enfants l’ont vu : il y a de l’aventure, des personnages. On n’a pas souhaité faire un cours magistral mais on apprend tout de même des choses.

« Enslaved » se distingue en utilisant les plongeurs comme une loupe qui permet de se focaliser sur cette page immense de l’Histoire du monde. Est-ce que l’idée vous en est venue soudainement ?

J’ai fait trois films avec James Cameron dont chacun sait que la mer l’obsède. Un sous-marin spécial a été créé uniquement pour lui. Nous avions réalisé un projet qui s’appelait « Atlantis Rising » et à travers lui, j’ai rencontré certains des meilleurs archéologues sous-marins dans le monde. C’est grâce à eux que j’ai appris qu’il y avait des navires qui avaient transporté des esclaves et qui avaient fait naufrage dans le monde entier, et seulement un petit nombre de ces hommes sont intéressés à l’idée d’effectuer des plongées dans ces épaves.

L’épave du bateau Home freedom du capitaine abolitionniste James Nugent, dans le lac Michigan (Crédit : AP Slave Ships Productions Ltd./Cornelia Street’s Ships Ltd.)

Maintenant, je me considère comme un être humain relativement éduqué mais j’admets qu’il y avait beaucoup de choses que j’ignorais totalement. Pourquoi y a-t-il autant de navires transportant des esclaves qui ont
coulé ? Combien de temps est-ce que cela a duré ? 400 ans ! Je ne savais pas que cela avait duré aussi longtemps. Douze millions de personnes victimes du trafic d’êtres humains ? J’ignorais également ce chiffre. Deux millions de personnes sont mortes pendant les voyages. Deux millions de personnes.

Je suis le fils de survivants de la Shoah et quand j’ai entendu que deux millions de personnes étaient mortes pendant les voyages et qu’il n’y avait pas un seul mémorial leur rendant hommage, raconter cette histoire est devenu pour moi une obsession.

Je suis le fils de survivants de la Shoah… raconter cette histoire est devenu pour moi une obsession

Et j’ai eu une équipe de rêve. Avec mon co-créateur, Yaron Niski, qui est aussi israélien et Ric Esther Bienstock, qui a remporté un Emmy dans le passé, à Toronto, et Felix Golebuv, également lauréat d’un Emmy. Nous avons tous dû déterminer comment raconter 400 ans d’histoire et comment le faire d’une manière totalement réinventée, différente de ce qui a pu être fait jusqu’à présent.

Afua Hirsch à Fort Amsterdam, au Ghana. (Crédit : AP Slave Ships Productions Ltd./Cornelia Street’s Ships Ltd.)

Dans chaque scénario, il y a la plongée. Nous avons trouvé le groupe Diving With A Purpose, une émanation de la National Association of Black Scuba Divers aux Etats-Unis. Les gens me demandent si je suis allé à Hollywood pour faire un casting pour les trouver, ils sont tellement parfaits – Ils s’expriment bien, ils sont émouvants, ils s’équilibrent les uns les autres. Ils ont l’ossature nécessaire pour raconter les grandes histoires. Mais on avait encore besoin d’autre chose pour cette épopée.

Je suis entré en contact avec Afua Hirsch, l’autrice britannique, et c’est une star. Ce qui est aussi intéressant, c’est que son grand-père, lorsqu’il était enfant, était un réfugié juif de l’Allemagne nazi. Elle a aussi des origines ghanéennes et elle a beaucoup écrit au sujet de son identité.

Puis, on a eu Samuel L. Jackson, icône à Hollywood. Mais il est bien plus que cela ! Il a été placeur lors des funérailles de Martin Luther King Junior. Et lorsqu’il a fréquenté le Morehouse College, il a étudié la biologie marine.

Oh, je ne savais pas cela !

Je l’ignorais également jusqu’à ce qu’on se rencontre. Je n’avais rien vu à ce sujet sur internet. C’est un plongeur licencié. Une fois qu’il nous a rejoints, j’ai su qu’on avait quelque chose.

Il ne voulait pas trop se dévoiler lui-même, mais on savait qu’il avait retracé sa lignée à la tribu Benga, au Gabon. Cela fait des années qu’il était invité à rencontrer sa tribu, mais il était hésitant. Il ne voulait pas du gros titre « la star de Hollywood qui va au Gabon » : Il voulait avoir un objectif. Et cela lui a donné un objectif. Il a transformé sa recherche personnelle en enseignement donné aux autres.

Ces scènes sont très frappantes parce que nous connaissons tous Samuel L. Jackson comme l’un de ces types durs, toujours à sortir une boutade. Mais dans cet environnement, il est très humble, attentif, parfois même anxieux.

Il n’avait jamais montré ce côté de lui. Il n’avait jamais réellement participé à un documentaire, sinon en apportant une voix off. Il n’avait jamais produit de documentaire et lui et son épouse, LaTanya, se sont beaucoup investis là-dedans. Il s’est vraiment mis en jeu. Je veux dire que s’il n’avait pas offert ça – jamais nous n’aurions pu nous payer le luxe de l’avoir à nos côtés, vraiment. C’est lui qui s’est rendu disponible.

Samuel L. Jackson participe à une cérémonie d’initiation à la tribu Benga, au Gabon. (Crédit : AP Slave Ships Productions Ltd./Cornelia Street’s Ships Ltd.)

Ces scènes avec les Benga et à la « Porte du non-retour » au château d’Elmira, au Ghana, c’est sérieux. Normalement, dans un film, il y a finalement toujours des rires. C’est différent ici.

Sam est récemment allé sur le plateau du « Daily Show » et il a indiqué avoir ressenti la « culpabilité du survivant ». Je pense qu’il a des sentiments très partagés. Il est Américain mais également un fils égaré – il observe la tribu et il se dit : « Cet homme ressemble à mon oncle ». C’est un fils égaré qui a fait son retour. Sans oublier qu’il est également une superstar. Tout le monde voulait avoir son selfie avec lui. Ce n’est pas qu’il a été vulnérable – il y avait des types, des Israéliens, qui veillaient sur lui.

Samuel L. Jackson, Afua Hirsch, et Simcha Jacobovici discutent du portrait de Dido Elizabeth Belle. (Crédit : AP Slave Ships Productions Ltd./Cornelia Street’s Ships Ltd.)

J’adore ce moment, dans le film, où vous et Jackson êtes en désaccord en regardant le portrait de Dido Elizabeth Belle. Ce moment n’est pas scénarisé et il a sa propre réalité, il entraîne presque un malaise, mais vous ne l’avez pas coupé au montage.

C’est intéressant que vous l’ayez aimé. Quand c’est arrivé, c’était dans le cadre d’un désaccord bien plus long et Afua s’est impliquée là-dedans, elle aussi. Dans la salle de montage, certains ont dit : « On va garder seulement le moment où tout le monde est d’accord » mais j’ai pensé que c’était intéressant, comme dans le ‘Da Vinci Code’ – quand tout le monde tente d’interpréter ce que signifiait le turban, ce que signifiaient les perles. Lord Mansfield, son bienfaiteur, venait de rendre un jugement énorme qui devait réellement marquer le début de la fin du commerce des esclaves, mais était-ce seulement un détail technique ? Ou était-ce, comme je l’ai dit, un aperçu de son âme ? Mais Sam Jackson ne s’est pas retenu – « Seulement parce qu’il y avait une fille noire dans la maison ?!? » Alors on a fait savoir nos points de vue, encore et encore. C’est un moment humain.

De gauche à droite, Samuel L. Jackson, Afua Hirsch et Simcha Jacobovici dans un extrait de « Enslaved » (Crédit : AP Slave Ships Productions Ltd./Cornelia Street’s Ships Ltd.)

Etre Américain peut vous rendre par moment un peu nombriliste. Quand j’entendais parler d’esclavage, je pensais aux champs de coton dans le sud et à la guerre civile. Cela a été édifiant de reprendre conscience du fait que ce phénomène n’a pas été exclusivement américain, mais bien mondial. Le Royaume-Uni, le Portugal, l’Espagne, les Pays-Bas, et même le Danemark. Les Etats-Unis ont fait une tentative de se réconcilier avec leur passé. Par exemple, à New York City, dans les années 1990, un cimetière africain a été découvert pendant des travaux de construction et il est aujourd’hui devenu un monument national. Dans votre film, vous montrez une situation similaire au Portugal, avec ce lieu unique qui a été transformé en parcours de mini-golf.

Je pense que les Portugais vont être choqués. Et on a cette scène avec l’archéologue sous-marin danois, et tout le monde dit : « Mais je ne savais pas que le Danemark avait participé à ça ?! » et lui répond : « Eh bien, si, nous y avons participé.. »

Je suis né en Israël, j’ai grandi au Canada, j’ai vu des films comme « Twelve Years A Slave » et « The Civil War » de Ken Burns. J’ai ressenti un choc en apprenant que l’Amérique n’avait reçu que 4 % des Africains pendant le commerce transatlantique des esclaves. Après, vous apprenez que 44 % ont été amenés vers le Brésil et vous vous dites que OK, ça a du sens, avant d’apprendre que 38 % ont été débarqués aux Caraïbes. Cela montre seulement que c’était un problème mondial – et que c’est un problème mondial. Nous devons tous le régler.

Samuel L. Jackson dans « Enslaved » (Crédit : AP Slave Ships Productions Ltd./Cornelia Street’s Ships Ltd.)

Et cela vous fait aussi réfléchir au concept de culpabilité inconsciente. On pense tous, quand on apprend quelles ont été les horreurs du passé : « Oh, mais pas moi ! Je me serais dressé contre
ça ! » Que ce soit l’esclavage, le nazisme, les lynchages, peu importe. Votre film remonte à ce qui a poussé au niveau économique au commerce des esclaves et qu’est-ce que c’est ? Du sucre dans le café ? Vous voulez du sucre dans votre café, eh bien, cela signifie des familles déchirées, des personnes violentées, torturées, un système tout entier basé sur la barbarie.

Le café, le cacao, le sucre, le tabac – tous des addictifs, et cela crée l’économie du monde moderne. Vous voulez que la classe moyenne soit en mesure d’en acheter ? Alors il faudra maintenir un prix bas, permis par le travail gratuit.

C’est assez sidérant. C’est la même chose avec les bonds réalisés dans la technologie. Il y a un nouveau moyen de construire une voile : cela signifie qu’il y a aussi un nouveau moyen d’exploiter la « cargaison » africaine. Je veux dire que vous et moi avons vécu un changement majeur dans le technologie avec l’arrivée d’internet, qui a semblé formidable à première vue, puis il y a eu tous les dégâts inhérents à la Toile.

Oui, mais dans la technologie, les choses fonctionnent aussi en sens inverse. Dans le passé, il y a eu l’invention de l’imprimerie et il y a eu l’abolition. Si le commerce du triangle a entraîné le changement qui a permis le commerce des esclaves, l’imprimerie y a mis un terme. Les dessins, croyez-le ou non, ont été déterminants. Ils ont été la caméra portative d’aujourd’hui.

Il y a dix ans, ce qui est arrivé à George Floyd n’aurait pas été capturé par autant de personnes et distribué si rapidement. Si la police avait dit : « Il a résisté », de nombreuses personnes l’auraient cru. Ces dessins étaient le cas George Floyd de l’époque.

Un extrait de « Enslaved » (Crédit : AP Slave Ships Productions Ltd./Cornelia Street’s Ships Ltd.)

La série présente des reconstitutions et certaines sont vraiment troublantes. Parlez-moi du tournage de ces séquences.

« Certains moments sont épouvantables, c’est vrai, mais si on se sent ému en les regardant, c’est justement qu’on a réussi. Il ne s’agit pas d’exploiter la souffrance. Que ce soit un film sur Auschwitz ou un film sur un navire transportant des esclaves qui fait naufrage, c’est la même chose. D’un autre côté, on n’a pas envie non plus d’enjoliver ce qu’il s’est passé.

Il y a un débat actuellement sur les réalisateurs sur le « trauma porn » (quand les malheurs ou les traumatismes de personnes appartenant à une certaine culture ou à une certaine race sont utilisés au cinéma, avec une histoire qui estompe la douleur historique, NDLR), c’est important de ne pas exagérer, mais si on en fait pas assez, alors cela semble « pas si mal ». Il faut comprendre les choses. C’est une souffrance à l’échelle industrielle. En réalité, les femmes devaient probablement être seins nus sur les navires. Mais on ne l’a pas fait, cela aurait été comme exploiter l’horreur.

J’avais une assistante et si elle se mettait à pleurer, alors j’étais heureux. Attendez, ce n’est pas ça que je veux dire, cela pourrait laisser penser que je me mettais à danser – bref, je pense que vous savez ce que je veux dire.

Samuel L. Jackson dans un extrait « d’Enslaved ». (Crédit : AP Slave Ships Productions Ltd./Cornelia Street’s Ships Ltd.)

Autre chose dont, je reconnais, je n’avais jamais entendu parler, c’est Africatown dans l’Alabama. La série montre vraiment de manière formidable la manière dont les cultures qui ont été interrompues ont trouvé, tout de même, un moyen de continuer à exister, que ce soit par la musique ou par la cuisine, et la façon dont elles se sont intégrées dans la vie américaine. Le banjo Bluegrass qui dérive des instruments à corde africains, par exemple.

Sam Jackson demande à Rhiannon Gibbons, qui a gagné un Grammy : « Pourquoi êtes vous le premier joueur de banjo afro-américain que je suis amené à voir ? »

Je n’ai pas voulu montrer les Africains en permanence sous le prisme des victimes. C’est comme quand les Juifs sont présentés comme des victimes. Nous avons résisté au nazisme, ils ont résisté à l’esclavage. On évoque les révoltes, les villages Maroon, la participation des Afro-américains pendant la guerre civile et, en particulier, les cultures qui ont été laissées derrière nous. Elles ne sont pas sorties d’un néant culturel. Il y avait une culture.

Les Européens ont tenté de les dépeindre comme des primitifs, comme leur mise en esclavage était une faveur accordée, parce que c’était l’occasion de les éduquer. Non ! Ils avaient une culture riche et une grande partie de cette dernière est entrée dans la culture mondiale, par le biais de l’Amérique, dans les entrailles de ces navires. Ces navires oubliés sont le Point zéro où tant de choses sont arrivées et ils ont influencé le monde. C’est important de le reconnaître.

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