Seconde Guerre mondiale : L’histoire négligée de la campagne d’Afrique du Nord
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Des soldats britanniques avancent sur le champ de bataille d'El-Alamein, au mois d'octobre 1942. (Crédit : Sgt. Len Chetwyn/No 1 Army Film & Photographic Unit/Wikimedia)
Des soldats britanniques avancent sur le champ de bataille d'El-Alamein, au mois d'octobre 1942. (Crédit : Sgt. Len Chetwyn/No 1 Army Film & Photographic Unit/Wikimedia)

Seconde Guerre mondiale : L’histoire négligée de la campagne d’Afrique du Nord

Le livre de l’auteur américano-israélien Gershom Gorenberg se penche sur la guerre des renseignements et du décryptage qui a empêché les nazis d’arriver jusqu’en terre sainte

Judah Ari Gross est le correspondant militaire du Times of Israël.

Légende Des soldats britanniques avancent sur le champ de bataille d'El-Alamein, au mois d'octobre 1942. (Crédit : Sgt. Len Chetwyn/No 1 Army Film & Photographic Unit/Wikimedia)

Si cela n’avait été par la grâce de Dieu – et grâce à l’esprit de quelques génies polonais et allemands – les nazis auraient vaincu les Alliés en Égypte, seraient entrés sur le territoire de la Palestine mandataire de l’époque, auraient détruit toute chance que l’État d’Israël voie le jour et auraient massacré les centaines de milliers de Juifs qui vivaient en Afrique du Nord et au Moyen-Orient.

C’est l’une des réflexions fortes qui persiste après la lecture du nouveau livre écrit par le journaliste et historien américano-israélien Gershom Gorenberg, un ouvrage sorti au mois de janvier que l’auteur consacre à la bataille pour l’Afrique du Nord pendant la Seconde Guerre mondiale et qui a été publié sous le nom : War of Shadows: Codebreakers, spies, and the secret struggle to drive the Nazis from the Middle East.

Le livre met en cause, d’une certaine manière, l’importance de la dite « Brigade juive » – un contingent britannique constitué de Palestiniens juifs – et des personnalités comme Yitzhak Rabin et Moshe Dayan dans la défense de la Terre sainte pendant la guerre, une période qui a été déterminante dans la construction du mythe israélien aux premiers jours de l’État – celui d’une nation établie sans l’aide de quiconque et de manière autonome.

« Il m’est apparu très clairement quand je travaillais sur mon projet de livre – et c’est venu contredire le mythe que nous, en Israël, nous étions développés seuls au cours de 70 dernières années – que la raison pour laquelle la terre d’Israël était devenue un refuge pendant la Seconde Guerre mondiale, que la raison pour laquelle cette population n’avait pas subi le génocide, que cette raison était que les Britanniques avaient dessiné une frontière dans le sable de El-Alamein. Nous, en tant que Juifs, n’avons tenu qu’un tout petit rôle là-dedans », dit Gorenberg au Times of Israël autour d’un thé dans son appartement de Jérusalem avant la publication du livre – assis à deux mètres de l’auteur de ces lignes pour cause de respect des règles de distanciation sociale.

« War of Shadows: Codebreakers, spies, and the secret struggle to drive the Nazis from the Middle East », le nouveau livre écrit par l’historien américano-israélien Gershon Gorenberg, publié au mois de janvier 2021. (Autorisation)

« Le désir des Juifs – qui était de pouvoir nous défendre nous-mêmes pendant la Seconde Guerre mondiale – a été déterminant concernant l’élaboration de la destinée d’Israël et, plus tard, de l’armée israélienne. Au cours des événements qui se sont déroulés, ce qui a sauvé des nazis les Juifs qui se trouvaient en terre sainte, c’est une armée formée de personnes venues d’Angleterre, d’Afrique du Sud, de Nouvelle-Zélande, d’Australie, d’Inde, et d’une demi-douzaine d’autres pays. Et ils ne défendaient pas la Palestine, ils ne défendaient pas les Juifs : ils défendaient l’empire britannique », ajoute-t-il.

Ce livre, pour lequel l’auteur a fait de longues recherches, est agrémenté d’anecdotes et de détails d’une grande richesse – la structure d’un mur, la couleur de l’encre utilisée dans une note, le nom des boîtes de nuit du Caire qui étaient favorisées par les espions nazis inopérants. Ces informations permettent de suivre la bataille menée en Méditerranée de 1939 à 1942, mettant en exergue une partie de la guerre et une période longuement négligée, au moins par la majorité des Américains. Dans la culture populaire, la plupart des films, des émissions télévisées et des livres consacrés à la Seconde Guerre mondiale se concentrent sur la scène européenne et Pacifique, avec une exception notable, « Patton », le long-métrage racontant l’histoire du général éponyme, sorti il y a plus de 50 ans.

« En travaillant sur le livre, j’ai réalisé, en fin de compte, l’ampleur de l’effacement dans les consciences des lecteurs anglophones et américains plus particulièrement de cette campagne entière en Afrique du Nord », note Gorenberg.

Le journaliste que je suis reconnaît alors, avec un peu de honte, ne s’être souvenu que de manière vague des noms « Erwin Rommel » et « El-Alamein », entendus en cours d’histoire au lycée, avant de lire le livre.

Erwin Rommel. (Crédit : Archives fédérales allemandes/Wikipedia)

(Pour mémoire : l’armée du général nazi a été frappée dans la ville égyptienne d’El-Alamein — plus par hasard que volontairement, a-t-il été ultérieurement déterminé – en rencontrant un contingent britannique bien plus important qu’escompté et qui a mis en déroute les Allemands et remporté la bataille de l’Afrique du Nord pour les alliés.)

War of Shadows se distingue fortement des autres livres de Gorenberg qui, jusqu’à présent, s’était plutôt penché sur l’histoire moderne d’Israël, traitant en majorité la période qui a suivi la guerre des Six jours. Gorenberg est également l’auteur de chroniques dans le Washington Post et dans d’autres médias.

« Je voulais faire quelque chose de nouveau. Les deux derniers livres ont traité très lourdement des questions d’implantation, des territoires occupés, de la politique intérieure israélienne et, pour être créatif, il faut savoir relever de nouveaux défis. J’ai voulu m’attaquer à quelque chose qui m’apprendrait beaucoup à moi-même également », explique Gorenberg.

« Et je suis tombé amoureux de la recherche d’archives », ajoute-t-il.

L’ouvrage est le résultat de plus de sept années de recherches, d’études et d’écrits dans le monde entier, et Gorenberg a ainsi découvert des documents et des archives inconnus par le public jusqu’à présent.

« Tout ce que je peux dire, c’est que mon épouse et mes enfants ont su faire preuve d’énormément de patience parce que j’étais obsédé par le sujet et que je travaillais 24 heures sur 24, six jours sur sept », plaisante l’historien, qui respecte le Shabbat.

Le livre ne s’intéresse pas particulièrement aux manœuvres et aux combats militaires survenus en Afrique du Nord, donnant la part belle à la guerre des renseignements et aux initiatives diplomatiques qui se sont déroulées en arrière-plan – avec, parfois, des intrigues de palais au sens propre du terme.

Benedict Cumberbatch dans « Imitation Game » interprète Alan Turing, l’homme qui a su décoder le code Enigma mis au point par les Allemands pendant la Seconde Guerre mondiale. (Autorisation)

Des films comme « Imitation Game » – qui racontait l’histoire d’Alan Turing – ou des romans populaires comme Cryptonomicon de Neal Stephenson ont exploré les aspects cryptologiques de la Seconde Guerre mondiale par le passé, et tout spécialement l’échec du système de cryptage nazi Enigma. Mais ils s’étaient concentrés sur la guerre de l’Atlantique où les sous-marins allemands coulaient les vaisseaux alliés dans une impunité presque totale.

Selon Gorenberg, toutefois, la cryptanalyse a joué « un rôle absolument crucial » dans la campagne d’Afrique du Nord, des deux côtés du conflit et bien au-delà de ce qui a pu être rapporté et appréhendé jusqu’à présent.

L’ouvrage met aussi en lumière la situation critique, et rarement étudiée, des Juifs d’Afrique du Nord pendant la Seconde Guerre mondiale, les centaines de personnes tuées et les milliers de plus envoyées dans les camps de travail forcé ou de concentration, ainsi que la menace légitime d’une campagne d’extermination bien plus massive de la part de l’Allemagne nazie durant cette période. La situation des Juifs en Afrique du Nord n’est largement débattue que depuis ces dernières années, avec sa reconnaissance par le Centre de commémoration de la Shoah de Yad Vashem et l’inclusion de l’histoire de ces populations dans le programme portant sur le génocide juif du ministère israélien de l’Éducation – même si certains historiens affirment encore que ce domaine d’études reste encore insuffisamment exploré.

Des soldats australiens avancent pendant la bataille d’El-Alamein, le 3 septembre 1942. (Crédit : Sgt. Len Chetwyn/No 1 Army Film & Photographic Unit/Wikimedia)

« À ce jour, dans les synagogues, la première prière prononcée lors du Yizkor, l’office de commémoration, fait référence à la Shoah en Europe. L’idée que la Libye, ou l’Irak, ou la Tunisie aient été directement touchés, que l’Égypte et toute la région du Levant, notamment la terre d’Israël, aient été au bord de l’assouvissement, prêtes à tomber sous le joug des nazis et des SS, est complètement absente des mémoires », estime-t-il.

« Et cela m’a passionné. J’ai eu le sentiment qu’il y avait là quelque chose à raconter », ajoute-t-il.

L’inspiration lui est venue par hasard, lors qu’un ami, David Avitzour, a fait référence en 2013 à la manière dont il avait été demandé ou ordonné à sa mère, une civile britannique, de quitter la Palestine mandataire pendant la Seconde Guerre mondiale, par crainte que les combats ne s’élargissent rapidement dans la zone. Gorenberg explique qu’il n’avait jamais réalisé auparavant combien les inquiétudes portant sur une éventuelle invasion nazie de la région avaient été réelles.

« J’avais beaucoup lu sur l’histoire d’Israël et sur l’époque pré-État et j’avais toujours su que la menace nazie avait plané au cours de cette période, mais l’immédiateté qu’il était en train de me décrire avait beaucoup plus d’intensité que tout ce dont je parvenais à me souvenir », précise l’auteur.

En fait, les avions allemands, italiens et de Vichy avaient bombardé Tel Aviv et Haïfa à plusieurs reprises en l’espace de deux ans avant le début de la campagne de Rommel en direction de la Palestine mandataire, dans le cadre d’un effort livré par les forces de l’axe de ralentir les combats britanniques en frappant les raffineries. Plus de 200 personnes ont été tuées mais ces raids ne figurent dorénavant dans les livres que sous la forme d’une note de bas de page face à l’énormité du conflit mondial.

Dans le livre, Gorenberg écrit que sa discussion avec son ami a amorcé le début d’un « voyage – à Rome, au Caire, sur le sable d’El-Alamein, à Londres et dans les refuges autrefois clandestins de Bletchley Park en passant par les archives de Tel Aviv, Palo Alto et autres, jusqu’aux habitations des enfants et des petits-enfants de ces personnes dont les noms sont depuis tombés dans l’oubli ».

Et ils n’ont pas seulement été oubliés. Le rôle tenu par la cryptanalyse et les renseignements a été partiellement dissimulé au public, de manière délibérée, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale – une tentative maladroite d’en éviter une troisième. Suite à la Première Guerre mondiale, les Allemands avaient eu le sentiment que la victoire leur avait été volée, estimant que le pays n’avait pas réellement perdu sur le champ de bataille – en dépit de la réalité incontestable de la défaite allemande – et ils avaient affirmé avoir été trahis par des gouvernants corrompus, une théorie qui avait nourri le ressentiment et la colère et permis, dans ce contexte, l’ascension d’Adolf Hitler.

Les alliés étaient bien décidés à ce que de telles croyances ne puissent pas renaître.

« Et ils ont donc dit qu’il fallait que les Allemands soient bien persuadés que c’était la force brute des armées alliées qui les avaient vaincus et rien d’autre – et que s’ils entendaient parler d’espionnage, cela pourrait contribuer à l’émergence d’une nouvelle théorie reprenant l’idée d’un coup de poignard donné dans le dos », dit Gorenberg.

Même si, au fil des décennies, des incidents liés à l’espionnage pendant la guerre et l’histoire de codes secrets ont pu être révélés, cela n’a été que par le biais de mémoires et d’autobiographies – qui, par définition, ne figurent pas parmi les récits les plus objectifs. Et c’est là-dessus que Gorenberg a voulu clarifier les choses.

La « bonne source »

Pendant les toutes premières années de la guerre en Afrique du Nord, Rommel s’était appuyé sur une « bonne source » et sur une « source particulièrement fiable » pour obtenir des renseignements sur les activités menées par les alliés, ce qui avait permis au général nazi – en plus de ses tactiques audacieuses de combat – de battre de manière répétée les Britanniques et les forces alliées en Égypte, en Libye et sur la Méditerranée.

An Enigma machine on display at Bletchley Park. (photo credit: CC BY SA Flickr/Tim Gage)
Une machine Enigma, exposée à Bletchley Park. Illustration. (Crédit : Tim Gage/CC BY SA/Flickr)

Mais à l’insu des nazis, les Britanniques avaient finalement appris que Rommel disposait de cette « bonne source » – même s’il avait fallu du temps avant de découvrir l’identité de cette dernière – parce que l’armée anglaise lisait les messages militaires écrits par les Allemands et ce, malgré la machine électromécanique de chiffrement Enigma, dont s’enorgueillissaient les nazis, un système cryptologique extrêmement puissant qui, selon les Allemands, était inviolable, avec 150 quintillions (150 plus quinze zéros) de configurations possibles.

Et pourtant, un groupe de mathématiciens polonais brillants — Marian Rejewski, Jerzy Różycki et Henryk Zygalski, dont les contributions pendant la guerre ont été longtemps minimisées, selon Gorenberg — ont été capables de décrypter la mécanique sous-jacente du fonctionnement de la machine et des cryptanalystes britanniques ont été ensuite en mesure de décoder les messages nazis en lisant leurs multiples correspondances.

« Le rôle tenu par les Polonais qui sont parvenus à bout du système Enigma est absent de l’enseignement populaire sur ce qui est arrivé », explique l’auteur (qui, de son côté, salue avec force ces mêmes contributions dans son ouvrage).

Finalement, la défaillance qui avait été fatale à Enigma, cette machine supposée inviolable, selon Gorenberg, avait été les hommes qui l’utilisaient – ces êtres humains qui ont tendance naturellement à la paresse, et qui, dans ce cas précis, avaient réutilisé les mêmes réglages ou ne les avaient modifiés que légèrement, ce qui avait permis aux Britanniques de déchiffrer les codes jour après jour.

Dans ses recherches, Gorenberg a découvert le nom du cryptanalyste britannique qui avait été chargé de découvrir l’identité de la « bonne source » des nazis.

« J’examinais un dossier sur la sécurité à Bletchley Park et j’ai trouvé cette référence faite aux travaux de madame Storey. Et là – tenez-compte du fait que je réfléchis à moitié en hébreu – le nom de cette femme était ‘mistori’ – ce qui signifie littéralement ‘mystérieux’ en hébreu – c’était étonnant », dit Gorenberg en riant.

Par ses recherches, Gorenberg a pu retrouver les proches de Margaret Storey, dont la contribution à l’initiative de guerre a toujours été tue, et il a pu en savoir davantage sur son identité.

« J’ai découvert cette personne dont le nom n’avait jamais été mentionné auparavant et qui a pourtant joué un rôle déterminant dans la guerre », s’exclame-t-il.

Le jeu du chat et de la souris lancé autour de la « bonne source » des nazis et la découverte par les Britanniques de son identité – c’est l’un des narratifs au cœur du livre – ont atteint leur paroxysme avant la bataille d’El-Alamein.

Une mine explose à proximité d’un camion britannique transportant des troupes à travers les champs de mines ennemis vers la ligne de front d’El-Alamein, au mois d’octobre 1942. (Crédit : Sgt. J Mapham/No 1 Army Film & Photographic Unit/Wikimedia)

Les Britanniques devaient finalement déterminer que la « bonne source » était, en fait, une source involontaire : un officier américain, le major Bonner Fellers, dont les communications étaient lues par les nazis. Les Britanniques ont été vaincus sur le champ de bataille parce qu’une sécurité empreinte de négligence, au sein de l’ambassade américaine de Rome, a été exploitée par un responsable des renseignements italiens qui avait mis la main sur les cryptages des Américains, qu’il transmettait alors à Berlin — avec des communiqués qui portaient notamment sur les plans de guerre des Anglais.

Alors que les Britanniques se rapprochaient de leur objectif visant à découvrir l’identité de la « bonne source », le général nazi Rommel – qui se trouvait en Libye, alors occupée par les Italiens – était parti vers l’est avec ses troupes en direction de l’Égypte, ancienne colonie britannique qui servait encore de base principale d’opérations pour le Royaume-Uni. De là, il pouvait rejoindre tout le reste de la région du Levant : la Palestine, le Liban, la Syrie et l’Irak.

Ce qui allait donner à Rommel une sorte de désavantage stratégique : plus forte était son avancée, plus longues devenaient ses lignes d’approvisionnement – tandis qu’à l’inverse, les Britanniques gagnaient plus de force à chaque fois qu’ils battaient en retraite.

Au mois de juin 1942, Rommel, atteignant déjà ses limites mais fort de son expérience et de la présence de ses troupes bien entraînées, a lancé une initiative majeure visant à prendre, une fois pour toutes, le contrôle de l’Afrique du Nord aux alliés.

Et c’est là que la grâce de Dieu évoquée en début d’article est entrée en jeu.

Les Britanniques ont dit aux Américains de changer leur cryptage suite à la découverte de l’identité de la « bonne source », avec notamment une mise en garde directe lancée par Winston Churchill à Franklin Roosevelt. Après avoir rechigné à le faire de prime abord, Washington, le 17 juin, a transmis le message à ses bureaux et à ses responsables, dans le monde entier, de changer les cryptages. Mais il a fallu une bonne semaine pour que ce communiqué parvienne à tous ses destinataires.

Après la découverte par les Britanniques que le cryptage compromis des Américains était à l’origine de la « bonne source » mais avant le changement effectif de ce dernier, l’armée britannique a décidé de mener une bataille décisive dans une ville appelée Mersa Matruh, une ville portuaire située sur la côte méditerranéenne égyptienne. Fellers a transmis cette information à ses supérieurs à Washington, un message intercepté et lu par Rommel.

Puis le cryptage a été changé en date du 25 juin et la « bonne source » du général nazi a soudainement disparu, se trouvant dans l’incapacité de l’informer qu’à la dernière minute, le commandant de la Huitième armée de l’armée britannique, le général Claude Auchinleck, avait décidé de transférer le front de sa « bataille décisive » à El-Alamein plutôt qu’à Mersa Matruh, où ne devait rester qu’un modeste détachement de soldats.

Un tank Panzer nazi explose pendant une bataille de la Seconde Guerre mondiale en Afrique du Nord, en 1942. (Crédit : Frank Hurley/Australian armed forces/Wikimedia)

Quand Rommel a conquis Mersa Matruh, il a effectivement cru avoir remporté la campagne d’Afrique du Nord, ce qui lui avait, a-t-il pensé, ouvert la porte du reste du Moyen-Orient. Mais alors qu’il était reparti vers l’est en compagnie de ses soldats, Rommel a rencontré une résistance inattendue et féroce à El-Alamein, à laquelle il n’était clairement pas préparé.

« Rommel s’est retrouvé coincé et les Allemands ont été pris par surprise », écrit Gorenberg.

Si Rommel n’avait pas reçu l’information de la part de la « bonne source » que les Britanniques lanceraient une bataille décisive à Mersa Matruh, peut-être alors aurait-il prêté attention aux avertissements lancés par ses propres agents du renseignement qui lui avaient parlé des fortifications britanniques à El-Alamein. Et si le cryptage américain avait, dans les faits, changé après le 25 janvier, il est très probable qu’il aurait eu connaissance du changement de plan des Anglais.

Cela n’a pas été une tromperie volontaire – Rommel n’a pas été attiré dans un piège – mais bien une série d’incompétences qui a changé le cours de la guerre.

Selon Gorenberg, cette période de temps qui s’est déroulée entre la décision de changer le cryptage et le changement effectif des codes a été le résultat de « la main de Dieu, de la chance, de tout ce que vous voudrez en fonction de vos affinités théologiques ».

Un message a été envoyé au contingent américain au Caire, via la radio, mais « pour une raison incompréhensible, la compagnie de radio chargée de la transmission des messages ne l’a pas envoyé », écrit Gorenberg, citant les propos tenus après la guerre par un officier des renseignements américain.

Et ainsi, grâce à un enchaînement improbable d’événements et – manifestement – grâce aux actions et au courage des soldats alliés sur le terrain, Rommel a été vaincu à El-Alamein. La campagne de l’axe a ainsi été mise en échec, empêchant l’extermination des Juifs d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient et permettant la création, à terme, de l’État d’Israël.

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