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Image d'illustration : un soldat israélien sur un char salue devant un drapeau israélien à un point de rassemblement de Tsahal dans un champ, près de la frontière israélienne avec Gaza, 2014. (Crédit : Edi Israel/FLASH90)
Image d'illustration : un soldat israélien sur un char salue devant un drapeau israélien à un point de rassemblement de Tsahal dans un champ, près de la frontière israélienne avec Gaza, 2014. (Crédit : Edi Israel/FLASH90)

Seuls en uniforme : les ‘soldats seuls’ sabra viennent de foyers brisés ou haredi

Des milliers d’Israéliens nés sur place servent dans Tsahal sans soutien familial mais, contrairement aux volontaires immigrés, leurs difficultés font rarement les gros titres

Stav Levaton est correspondante militaire pour le Times of Israel.

Image d'illustration : un soldat israélien sur un char salue devant un drapeau israélien à un point de rassemblement de Tsahal dans un champ, près de la frontière israélienne avec Gaza, 2014. (Crédit : Edi Israel/FLASH90)

Si vous interrogez des Israéliens sur ce qu’évoquent pour eux les mots « soldats seuls », ils vous décriront généralement des jeunes Juifs idéalistes venus de l’étranger servir fièrement dans l’armée israélienne, loin de leurs familles.

Ce que les Israéliens ne réalisent peut-être pas, c’est qu’environ la moitié des soldats seuls sont en fait nés en Israël et y ont grandi, et que nombre d’entre eux effectuent leur service militaire seuls pour des raisons très différentes, souvent douloureuses.

Le terme « soldats seuls » désigne les militaires de Tsahal dépourvus de soutien familial. Même s’il est souvent associé aux jeunes immigrants qui arrivent seuls en Israël, ce terme inclut également les soldats nés en Israël qui sont orphelins, éloignés de leurs proches, ou dont les familles ont déménagé à l’étranger.

Aujourd’hui, Israël compte environ 7 000 soldats seuls. Environ 50 % d’entre eux sont effectivement des immigrants. Les autres sont des Israéliens nés dans le pays. Beaucoup viennent de foyers dysfonctionnels ou de milieux ultra-orthodoxes où le service militaire est mal vu, voire condamné.

Shlomi, un soldat seul désormais démobilisé, est né dans une famille ultra-orthodoxes, et fait partie d’une fratrie de 13 enfants. À l’âge de 14 ans, il a pris la décision de quitter le domicile familial en raison des défis auxquels il a été confronté pendant son enfance.

« J’ai erré d’un endroit à l’autre jusqu’à ce que je sois arrêté et envoyé en prison, puis dans un centre de réadaptation », se souvient Shlomi, expliquant que c’est pendant sa réadaptation que son désir de s’enrôler dans Tsahal a commencé à prendre forme.

« L’assistant social du bureau de recrutement m’a attribué le statut de ‘soldat seul’ – nous étions tous les deux pleinement conscients que je n’aurai personne pour me soutenir tout au long de mon service », a-t-il déclaré.

Shlomi, soldat seul né en Israël (Autorisation)

Shlomi a décrit de son service militaire comme une période pleine de défis auxquels la plupart des soldats n’ont jamais à faire face.

« L’un des premiers moments difficiles s’est produit durant la cérémonies qui marquait la fin de ma formation », a-t-il raconté. « C’est à ce moment là que vous ressentez vraiment les choses : presque tout le monde a de la famille sur place… Et vous, vous êtes seul, vous parcourez l’assistance du regard, et vous vous demandez : pourquoi ? J’ai travaillé tellement dur. Est-ce que je ne mérite pas que quelqu’un voie ça ? »

« Il n’y a que vous, Dieu, et un silence écrasant que personne n’est là pour briser »

Le reste du service de Shlomi s’est déroulé avec, pour lui, un profond et constant sentiment d’isolement.

« Le véritable défi se présente quand vous descendez du bus, que vous entrez chez vous et que vous réalisez que personne ne vous attend avec un repas chaud. Personne ne fait votre lessive. Personne n’est là pour vous poser des questions ou manifester son intérêt », a-t-il expliqué.

« Il n’y a que vous, Dieu, et un silence écrasant que personne n’est là pour briser. »

Portant un tallit, ou châle de prière, un soldat israélien prie à un poste d’artillerie près de la frontière de Gaza, le 6 novembre 2023. (Crédit : AP Photo/Ohad Zwigenberg)

Noam Daniel a partagé une trajectoire similaire. Il a grandi dans la ville ultra-orthodoxe de Beitar Illit, dans une famille qu’il décrit comme équilibrée et attentive, jusqu’à ce qu’il commence, à l’adolescence, à remettre en question sa place dans ce monde.

« Ces questions, je me les suis posées durant tout le temps que j’ai passé en yeshiva« , a-t-il indiqué. « Avec le temps, j’ai réalisé que je n’étais pas à ma place. J’ai lentement abandonné la religion, à l’issue d’un processus long et difficile – et j’ai finalement quitté la maison aussi. »

Après quelques années mouvementées, Daniel a noué des relations avec une organisation à but non lucratif et a décidé de s’enrôler dans l’armée israélienne en tant que soldat seul.

« Et au moment où j’avais enfin un nouveau foyer, le 7 octobre a tout emporté »

« Le moment le plus difficile pour moi est arrivé au beau milieu de mon service », se souvient-il. « J’ai dû déménager, recommencer ; après des mois d’efforts, j’ai enfin trouvé un appartement, où je vivais avec deux amis proches. » L’un de ces amis était Noam Elimelech Rojtenbarg, tué lors de l’assaut du Hamas sur le sud d’Israël, le 7 octobre 2023.

« Juste au moment où j’avais enfin un nouveau foyer, le 7 octobre a tout emporté », a confié Daniel.

Des soldats de Tsahal opèrent dans le nord de la bande de Gaza sur cette photo du 19 juin 2025. (Crédit : armée israélienne)

Daniel a alors dû déménager à nouveau, tout en gérant simultanément les contraintes de la guerre et des pertes.

« Je ne pouvais pas quitter mon unité pour reprendre ma vie en main », a-t-il indiqué. « Ça a été une période incroyablement difficile. »

Quand le soutien disparait

Tout au long de leur service, l’armée israélienne offre aux soldats seuls de nombreux avantages, allant d’allocations mensuelles à la prise en charge des loyers. Mais ces aides s’arrêtent à la fin du service militaire.

Itzik Oz, membre du département des soldats seuls du mouvement des kibboutzim d’Israël, qui soutient les soldats sans famille en leur fournissant des logements dans divers kibboutzim du pays, a rapporté au Times of Israel que de nombreux soldats seuls étaient confrontés à des défis allant bien au-delà de leur service militaire.

Selon Oz, l’une des plus importantes lacunes en matière de soutien intervient dans les mois précédant l’enrôlement.

« La plupart [des soldats nés en Israël] terminent leurs études vers le mois de juin. Si leur enrôlement est prévu en novembre ou en décembre, ils n’ont alors nulle part où aller », a-t-il expliqué, ajoutant que les kibboutzim ne sont pas équipés pour accueillir les jeunes à risque pendant cette période en raison de fonds limités.

Un groupe de soldats de Tsahal visite le kibboutz Tzeelim, qui fournit des logements aux soldats seuls, en 2024. (Autorisation)

« Personne ne financera les kibboutzim pour les accueillir. C’est aussi simple que ça », a-t-il déploré.

Oz a également souligné que la plupart des avantages fournis pr le gouvernement aux soldats seuls cessent à la fin du service militaire, créant encore une autre lacune dans le soutien.

« Il n’existe aucun plan pour ce qui se passera après l’armée », a-t-il indiqué. « Par conséquent, certains soldats seuls, six mois avant la fin de leur service, ont déjà la tête ailleurs – ils ne pensent plus à l’armée. »

« Il n’existe aucun plan pour ce qui se passera après l’armée »

L’un de ces soldats seuls est « Oshri ». Actuellement en service actif, il a demandé à conserver l’anonymat. Il a grandi dans un quartier ravagé par la criminalité dans le centre d’Israël. Il a été placé dans des pensionnats publics par le ministère des Affaires sociales dès l’âge de cinq ans, jusqu’à ce qu’il termine ses études secondaires à 18 ans.

« Je ne veux pas passer mes journées à m’inquiéter pour l’argent, encore l’argent, toujours l’argent. Je ne devrais pas avoir à penser à ces choses. Je devrais pouvoir me concentrer sur mes devoirs. »

Mais pour Oshri, les difficultés inhérentes au statut de soldat seul étaient impossibles à ignorer.

Des soldats de la 810e Brigade régionale des Montagnes opèrent dans le sud de la Syrie, sur une photo distribuée par Tsahal publiée le 13 juillet 2025. (Crédit : armée israélienne)

Après avoir commencé son service au sein d’une unité de combat, mais il a été blessé pendant la période de formation. Il a alors été réaffecté à un poste de non-combattant, un changement qui s’est accompagné d’une importante réduction de salaire.

« Il y a environ deux semaines, nous avions prévu une soirée pour le peloton », se souvient-il. « Tout le monde a donné une certaine somme d’argent, et je n’avais rien, je ne pouvais pas participer. C’est mon commandant qui a payé pour moi, parce qu’il comprend ma situation. »

À l’issue de leur service, des soldats comme Oshri doivent se débrouiller seuls dans la vie civile.

« C’est comme s’ils étaient simplement mis de côté », a déploré Oz.

« J’ai fini par vivre dans ma voiture ou dans les placards de mes amis »

Shlomi a lui-même connu cette réalité. Il vivait dans un logement fourni par le mouvement des kibboutz, qui lui a donné un mois pour déménager après sa démobilisation.

« C’est un délai trop court pour s’adapter. J’ai fini par vivre dans ma voiture ou dans les placards de mes amis », se rappelle-t-il. « Les gens doivent comprendre que le retour à la vie civile prend du temps. Les soldats qui ont tant donné ont encore besoin d’être aidés pendant au moins trois ou quatre mois. »

Un soldat de réserve israélien prépare son sac avant de quitter une zone de déploiement près de la frontière de Gaza, en novembre 2012. (Crédit : Tsafrir Abayov / Flash90)

L’histoire de deux soldats seuls

« Les soldats seuls nés en Israël viennent souvent de foyers brisés, quittant la communauté ultra-orthodoxe ou vivant dans la pauvreté », a indiqué Oz. « Parfois, ils ont une famille ou des frères et sœurs, mais n’entretiennent pas de bonnes relations avec eux. »

Les soldats seuls venus de l’étranger entretiennent souvent des relations avec leur famille malgré la distance physique. Ils comptent parfois sur elles pour un soutien émotionnel – et même financier.

« Je ne veux pas comparer des soldats seuls arrivés de l’étranger à des Israéliens nés dans le pays et dépourvus de soutien familial. Mais les gens doivent se rendre compte que ces deux catégories sont extrêmement différentes », a déclaré Shlomi.

« Être un soldat isolé d’Israël peut sembler plus facile, mais peut s’avérer beaucoup plus difficile »

« Je pense qu’il est nécessaire de faire la distinction entre les différents types de soldats seuls… Certains soldats ont davantage besoin [de services financés par l’État] que d’autres », a confirmé Oshri.

« Être un soldat isolé d’Israël peut sembler plus facile, mais s’avère en réalité beaucoup plus difficile », a expliqué Daniel. « Vous savez que vous avez de la famille en Israël – mais vous n’avez aucune relation avec elle, uniquement à cause de vos choix de vie et de votre désir d’aller de l’avant. »

De nouveaux immigrants venus d’Amérique du Nord après leur débarquement d’un vol El Al à l’aéroport Ben Gurion, le 14 août 2019 (Crédit : Itamar Sharon)

Tsahal ne fait actuellement aucune distinction officielle entre les différents types de soldats seuls, ni entre les défis uniques auxquels chaque groupe est confronté.

Selon Oz, le public est plus sensible aux histoires de soldats seuls qui immigrent en Israël, car ils puisent dans l’idéal profondément enraciné du pionnier sioniste.

« Israël a été fondé par des soldats seuls », a fait valoir Oz. « Tout le monde était un soldat seul [à cette époque]. »

En revanche, « vous n’entendez parler des soldats seuls nés en Israël que lorsqu’ils ont des histoires difficiles », a-t-il ajouté.

Et ces histoires peuvent être déchirantes. Oz en a entendu de toutes sortes, d’un soldat dont les parents purgeaient tous les deux des peines de prison à un autre dont le père avait assassiné sa mère. Pas exactement le type de récits que le public souhaite entendre dans un talk-show matinal.

Des soldats israéliens chantent alors qu’ils s’embrassent dans une zone de rassemblement dans le sud d’Israël, près de la frontière avec Gaza, alors que les forces israéliennes se préparent à se retirer de la région, le 06 août 2014. (Marie Alster / Flash90)

Et pourtant, malgré les immenses difficultés auxquelles ils sont confrontés, ces jeunes à risque font souvent preuve d’une détermination admirable à servir leur pays.

Certains finissent par en payer le prix fort. Le bataillon Netzah Yehuda de la Brigade Kfir, qui est principalement composé de soldats d’origine ultra-orthodoxe, certains ayant le statut de soldat seul, a perdu plusieurs combattants depuis l’attaque du Hamas du 7 octobre.

Le 8 juillet, le bataillon a perdu quatre soldats dans un bombardement en bordure de route, ainsi qu’un autre soldat de la Brigade Nord de la Division de Gaza.

Les soldats seuls nés en Israël « ne viennent pas de familles qui comprennent la valeur et le prestige du combat militaire », a confié Oz. « De toute la population, ils sont ceux qui veulent aider la collectivité, et ils avancent à contre-courant. »

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