Simon Walters: Une occupation totale de Gaza par Israël serait une « énorme erreur »

L'ambassadeur britannique rejette l’idée que la reconnaissance d’un État palestinien favorise le Hamas et avertit qu’ignorer la crise à Gaza nuit gravement à l’image d’Israël

L'ambassadeur britannique en Israël, Simon Walters, s'exprime lors d'un rassemblement appelant à la libération des Israéliens retenus en otages par les terroristes du Hamas à Gaza, sur la place des Otages à Tel Aviv, le 18 mai 2024. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)

L’ambassadeur britannique en Israël, Simon Walters, a estimé jeudi qu’Israël commettrait « une grave erreur » en occupant l’ensemble de la bande de Gaza.

S’exprimant devant des journalistes israéliens après des informations selon lesquelles le cabinet de sécurité du Premier ministre Benjamin Netanyahu pourrait approuver dans la soirée un plan d’occupation totale de Gaza, Walters a qualifié cette éventualité de décision profondément erronée.

« Tsahal a fait tout ce qu’elle pouvait à Gaza ; elle n’obtiendra rien de plus en continuant les combats », a-t-il ajouté.

« Prolonger la guerre ne fera qu’entraîner davantage de morts. Des soldats, des Palestiniens et probablement des otages aussi », a encore affirmé le diplomate.

Il a souligné que si Israël souhaitait réellement vaincre le groupe terroriste palestinien du Hamas, « il ne pouvait pas le faire par des moyens militaires seuls. Il faut aussi recourir à la politique et à la diplomatie, et offrir aux Gazaouis une alternative au Hamas » dans la bande de Gaza après la guerre.

L’ambassadeur a par ailleurs affirmé que la décision annoncée par le Royaume-Uni de reconnaître l’État palestinien en septembre – à moins qu’Israël ne s’engage à mettre fin à la guerre à Gaza et à adopter un plan de paix à long terme – ne constituait en rien une récompense pour le Hamas, rejetant ainsi les critiques exprimées par des responsables israéliens et américains.

Simon Walters, ambassadeur britannique en Israël, s’exprimant lors d’un événement marquant le premier anniversaire du pogrom du Hamas du 7 octobre, à Tel Aviv, le 13 octobre 2024. (Crédit : Paulina Patimer/Forum des familles des otages et disparus)

« Ce n’est absolument pas [une récompense] », a insisté Walters, rappelant que le Premier ministre britannique Keir Starmer avait fermement condamné le Hamas. Il a ajouté que les objectifs du groupe terroriste étaient en totale contradiction avec la position du Royaume-Uni. « Ils veulent la destruction d’Israël, pas une solution à deux États. »

« Je comprends que, pour de nombreux Israéliens, l’idée d’un État palestinien puisse être inquiétante. Mais le Royaume-Uni est profondément attaché à la sécurité d’Israël », a-t-il déclaré, estimant que les propos du Hamas saluant cette reconnaissance n’étaient « qu’une tentative de s’attribuer le mérite d’un résultat qu’il n’a pas obtenu ».

Il a souligné que cette décision du Royaume-Uni « s’inscrit dans un effort plus large visant à isoler le Hamas et à ouvrir la voie à une vision de paix au Moyen-Orient ».

Un élément central de cette stratégie, selon lui, est la déclaration signée par la Ligue arabe et plusieurs États musulmans et arabes lors d’une conférence des Nations unies (ONU) le mois dernier en faveur de la solution à deux États, une déclaration qu’il a qualifiée de « vraiment importante sur le plan stratégique », mais qui, selon lui, « n’a pas reçu l’attention qu’elle mérite ».

« Si un véritable processus de paix était en cours, si l’Autorité palestinienne (AP) et le gouvernement israélien étaient engagés dans un dialogue régulier sur un règlement définitif du conflit, nous alignerions notre calendrier sur ce processus. Mais ce n’est pas le cas ; et c’est là tout le problème », a-t-il ajouté.

Walters a également condamné les violences commises par des résidents d’implantations en Cisjordanie, « face auxquelles [Israël] ne semble prendre aucune mesure ».

Il a également alerté sur la situation humanitaire « effroyable » à Gaza, appelant Israël à autoriser « un accès total et sans restriction » à l’aide humanitaire.

Concernant les accusations israéliennes selon lesquelles le Hamas pillerait systématiquement l’aide humanitaire et perturberait sa distribution, Walters a estimé que « cela peut être vrai… mais les preuves à ce sujet sont mitigées ». Il a néanmoins plaidé pour un afflux massif d’aide dans la bande de Gaza, ce qu’Israël avait tenté de faire en mars dernier, affirmant « qu’une aide humanitaire abondante découragerait le Hamas ou d’autres de la détourner ».

Il a enfin averti que l’incapacité à résoudre cette crise humanitaire serait « tout aussi catastrophique pour Israël », en raison notamment « du tort causé à sa réputation » sur la scène internationale.

read more: