Sophia Aram et Caroline Fourest ripostent aux saillies de Pierre-Emmanuel Barré sur Radio Nova
Le chroniqueur a souhaité la mort de l'humoriste et s'est réjoui en rêvant que l'ex-Premier ministre Gabriel Attal ait un cancer du pancréas
L’humour, même de mauvaise qualité, est-il soluble dans les menaces de mort ? Dans le cadre de l’émission satirique « La Dernière » que Radio Nova – propriété de Matthieu Pigasse – diffuse chaque dimanche depuis le 8 septembre 2024 autour de Guillaume Meurice, Pierre-Emmanuel Barré est allé très loin dans la violence des mots… Sophia Aram, l’une des victimes de Barré, et l’essayiste Caroline Fourest lui ont répondu.
Rappelons d’abord que l’émission « La Dernière » est en quelque sorte née du licenciement de Guillaume Meurice par Radio France pour « faute grave » à la suite de ses propos sur Benjamin Netanyahu qu’il avait qualifié de « sorte de nazi sans prépuce ».
Elle regroupe d’autres anciens du service public comme Juliette Arnaud, Aymeric Lompret (qu’on a notamment vu sur scène avec Blanche Gardin, dans la foulée du 7-Octobre, faire reprendre en chœur par le public « nous sommes tous des antisémites ») et… Pierre-Emmanuel Barré.
Le concept même de l’émission joue sur l’éviction de Meurice et cette opposition au « système », chaque numéro étant présenté comme s’il s’agissait du dernier avant une éventuelle censure.
Une nouvelle « sortie de route »
Dimanche, Pierre-Emmanuel Barré a déclenché un tollé avec une chronique initialement centrée sur le concours Eurovision de la chanson que l’humoriste dit détester mais dont il parle cependant, imaginant notamment que le candidat israélien, Noam Bettan, demanderait à un de ses concurrents : « elle est à toi cette loge ? Bah non, elle est à moi… ».
Cependant, ce qui a choqué est ailleurs. Ses propos ont en effet rapidement basculé dans une violence verbale, saluée par les ricanements de l’équipe et du public, jugée extrême par de nombreux observateurs :
Sur l’ancien Premier ministre Gabriel Attal, Barré a évoqué un hypothétique cancer du pancréas, précisant que s’il l’apprenait, il se réjouirait de la nouvelle en raison du faible taux de survie lié à cette pathologie.
Sur Sophia Aram : Il a imaginé la mort de la chroniqueuse de France Inter, et déclaré souhaiter qu’elle devienne daltonienne pour se faire écraser en traversant au feu rouge, allant jusqu’à simuler le bruit d’une voiture repassant sur elle en marche arrière. Ses propos exacts sont les suivants : « Putain mais Sophia, je te souhaite tellement de devenir daltonienne et de traverser au feu rouge là, et bam ! Oh non merde, comment va la bagnole ? Ça va elle roule encore ? Super, alors repasse une fois en marche arrière. C’est violent, c’est violent mais elle met des guillemets à un vrai génocide, je vais lui mettre une Kangoo imaginaire dans la gueule. »
L’accusation de « génocide » qu’aurait commis Israël à Gaza est très répandue parmi les détracteurs d’Israël – une accusation qui n’a jamais été prouvée.
Pas une première
Cette séquence s’inscrit dans une série de provocations antérieures. Barré avait déjà fait l’objet d’une plainte de Laurent Nuñez, préfet de police devenu ministre de l’intérieur, après avoir comparé la police et la gendarmerie à « Daesh avec la sécurité de l’emploi » et qualifié le ministre de l’Intérieur de « grosse cuve à pisse ».
Rappelons aussi le départ de Julie Conti de « La Bande originale », l’émission de Nagui diffusée sur France Inter (mais qui va s’arrêter) qualifiant Sophia Aram d’islamophobe en mars dernier.
Avant son éviction de France Inter, Guillaume Meurice interpellait aussi régulièrement Sophia Aram à l’antenne sur ce qualificatif, également employé par Blanche Gardin dans un sketch en collaboration avec Aymeric Lompret : « Parce qu’il faut être islamophobe maintenant pour avoir un Molière » – en 2024, Sophia Aram avait reçu le Molière de l’humour. Blanche Gardin l’avait obtenu six ans plus tôt.
Pour Sophia Aram : un « humour de meute »
Ciblée par ces propos, Sophia Aram a réagi sur le réseau social X en dénonçant une campagne de « harcèlement et de haine en ligne ». Elle a fustigé ce qu’elle appelle « l’humour de la gauche Pigasse » pratiqué selon elle « en meute ». Pour la chroniqueuse, ces méthodes relèvent davantage de la mécanique du harcèlement collectif que de la satire politique traditionnelle.
Elle évoque ainsi : « Une mécanique d’acharnement. Des attaques dans des dizaines de chroniques et une obsession qui tourne véritablement au harcèlement avec toujours les mêmes accusations absurdes, gratuites et diffamantes de racisme, d’islamophobie et de proximité avec l’extrême droite. Sans jamais le moindre argument pour les étayer. Derrière ce running gag de mauvais goût se cache une motivation beaucoup plus profonde et politique. Faire taire une humoriste qui a eu l’audace de critiquer frontalement l’extrême gauche et ses positions dogmatiques sur le conflit israélo-palestinien et sa complaisance face à l’islamisme radical ». Et de conclure : « Cette police de la pensée déguisée en gigantesque sketch aussi grotesque qu’inquiétant est directement financée et encouragée par Matthieu Pigasse ».
Pour Caroline Fourest, directrice de la rédaction à Franc-Tireur (dont le dernier numéro évoque justement Matthieu Pigasse ») on a ici affaire à un « CNews inversé ».
Dans sa chronique sur LCI, face à David Pujadas, Caroline Fourest a fermement condamné la dérive de l’émission de Radio Nova et donc qualifié les propos de Pierre-Emmanuel Barré de « CNews inversé », décrivant un « humour sinistre au service d’une ambition politique ».
Selon elle, ce type de discours marque une forme de radicalisation du paysage médiatique de gauche, répondant par la même violence verbale aux excès constatés sur d’autres chaînes d’opinion.
En dépit de ces critiques, le propriétaire de Radio Nova, Matthieu Pigasse, a défendu son antenne comme un espace libre et irrévérencieux, affirmant que « la liberté n’a jamais été confortable » et renvoyant la responsabilité de la polémique à une volonté de censure de la part de la droite.