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Images de vidéosurveillance d’un vol avec violence visant trois garçons attablés dans un restaurant du nord de Tel Aviv, le 20 avril 2026. (Crédit : Capture d’écran/X)
Images de vidéosurveillance d’un vol avec violence visant trois garçons attablés dans un restaurant du nord de Tel Aviv, le 20 avril 2026. (Crédit : Capture d’écran/X)

Tel Aviv : Une vague de violence chez les ados braque les projecteurs sur un gang lié aux migrants

Vols, agressions et autres délits attribués au groupe SSQ, relancent le débat sur l’insécurité, l’exclusion sociale et l’intégration

La récente série de violences, parfois mortelles, impliquant des adolescents, a braqué l’attention sur un gang du sud de Tel Aviv lié aux communautés de migrants. Plusieurs agressions et vols commis ces dernières semaines ont ravivé le débat sur la délinquance juvénile en Israël, mais aussi sur la situation des enfants de demandeurs d’asile et de travailleurs étrangers nés dans le pays et sans véritable statut.

Le SSQ, pour « Shapira SQuad », tire son nom du quartier de Shapira, dans le sud de Tel Aviv, où vivent nombre de ses membres. Le groupe est principalement composé d’enfants de deuxième génération issus de familles soudanaises, érythréennes ou philippines installées en Israël depuis des années, souvent sans statut permanent. Selon les autorités, certains de ces adolescents ont progressivement basculé dans la criminalité.

Le nom du gang circule désormais largement dans les médias et les milieux activistes de droite, où ses activités sont régulièrement citées comme preuve de l’échec de la politique migratoire israélienne. Dans ce quartier populaire du sud de Tel Aviv, plusieurs habitants dénoncent une multiplication des agressions, des vols et des intimidations visant les résidents de longue date. Pour certains activistes, cette situation justifie le départ définitif des ressortissants étrangers du pays.

Les associations qui travaillent auprès des migrants défendent une lecture radicalement différente. Elles estiment que l’absence de statut légal, l’exclusion sociale et le manque de perspectives ont favorisé l’émergence de bandes de jeunes et les ont poussés vers la délinquance.

« Ils deviennent des cibles faciles pour les criminels », explique Kibrom Tewelde, un Érythréen vivant en Israël et travaillant auprès de jeunes issus de la deuxième génération de l’immigration au sein de la Hotline for Refugees and Migrants, une association de défense des demandeurs d’asile. « Le gang leur donne un sentiment d’appartenance, de protection et parfois même une forme de reconnaissance. Et cela leur permet aussi de se faire de l’argent facile. »

Actif depuis plusieurs années, le SSQ a récemment fait la une après deux meurtres au couteau commis par des groupes de mineurs qui ont profondément choqué les Israéliens

Ni le meurtre de Yemanu Zelka, 21 ans, à Petah Tikva, ni celui de Destao Tzakul, 19 ans, ne semblent toutefois liés au SSQ ou à des migrants. Cette attention soudaine portée à la délinquance juvénile a offert aux habitants de Shapira une nouvelle occasion d’exprimer leur inquiétude.

Un jeune homme d’origine africaine dans le parc Levinsky, dans le sud de Tel Aviv, le 24 décembre 2014. (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

« Je ne sors plus dans les rues, je ne promène même plus mon chien. J’ai peur », a confié Ditza Cohen, une habitante historique du quartier, à la chaîne N12.

Selon la chaîne, de nombreux riverains refuseraient même de parler en public du gang, craignant des représailles.

Certaines familles auraient par ailleurs quitté le quartier, voire le pays, suite à des menaces du gang. En avril, N12 rapportait le cas d’un adolescent de 15 ans parti avec sa famille en Ouganda après avoir été pris pour cible par le gang. Selon son enseignant, le jeune avait volé le vélo d’un camarade sans savoir qu’il appartenait au SSQ.

Après l’agression mortelle de Zelka, le ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, a annoncé une vaste opération policière contre la criminalité violente des jeunes, en précisant que le sud de Tel Aviv ferait partie des zones prioritaires, alors que l’attaque avait eu lieu ailleurs.

Quelques jours plus tard, plusieurs médias israéliens affirmaient que Ben Gvir avait demandé l’intervention du Shin Bet, habituellement chargé des affaires liées au terrorisme, afin d’aider la police à lutter contre le SSQ.

Malgré cette attention médiatique, rien ne permet d’affirmer que le gang contrôle réellement le quartier comme certains l’affirment. Son influence semble plus limitée et diffuse, même si les tensions liées à la présence migrante dans le sud de Tel Aviv sont bien réelles.

Une jeune femme dans une zone largement peuplée de travailleurs étrangers, à Shapira, dans le sud de Tel Aviv. Illustration. (Crédit : Moshe Shai/Flash90)

Maya, investie dans la vie associative locale depuis une dizaine d’années, se montre moins alarmiste. Cette mère célibataire de 50 ans fréquente régulièrement le Café Shapira, situé près du parc où les jeunes du gang ont l’habitude de se retrouver.

Elle affirme au Times of Israel ne pas avoir peur de circuler dans le quartier, y compris à proximité de membres présumés du groupe. En revanche, elle interdit à sa fille de 11 ans de sortir seule le soir, même si elle l’autorise à se déplacer seule pendant la journée.

Une violence amplifiée par les réseaux sociaux

Un article publié l’été dernier dans Haaretz décrivait le SSQ comme un groupe relativement structuré d’une vingtaine de membres, principalement composé d’enfants de migrants nés en Israël. Quelques citoyens israéliens feraient également partie du groupe.

Les membres du gang seraient âgés de 7 à 17 ans. Dans une affaire récente impliquant 12 jeunes liés au SSQ, des documents judiciaires mentionnaient des adolescents âgés de 15 à 17 ans.

Le SSQ s’est notamment fait connaître par des vidéos publiées sur les réseaux sociaux, dans lesquelles certains membres se filment en train d’agresser ou de voler d’autres jeunes. Il reste difficile de savoir qui dirige réellement le groupe, jusqu’où s’étendent ses activités ou même combien de jeunes en font réellement partie.

D’autant que plusieurs groupes d’imitateurs ont commencé à apparaître, inspirés par les vidéos TikTok populaires glorifiant le gang.

En avril, deux adolescentes philippines de 14 et 16 ans ont ainsi été arrêtées à Bat Yam, soupçonnées d’avoir créé une branche locale du SSQ, même si aucun lien direct avec le groupe de Shapira n’a pu être établi.

La police les soupçonne d’avoir tenté à plusieurs reprises de voler d’autres adolescents sous la menace, avant de les asperger de gaz lacrymogène lorsqu’ils refusaient de remettre leur téléphone portable.

L’enseignante de la plus jeune des deux adolescentes a rejeté l’idée d’une criminelle endurcie.

« Elle se comporte comme si elle était en CM1, elle est extrêmement sensible, très enfantine, et je sais qu’au fond d’elle-même, c’est une gentille fille, vraiment », a confié l’enseignante à N12. « Mais elle a été entraînée dans cette voie. Elle voit ce que font les plus grandes et elle les imite. »

Selon des données obtenues par le site Ynet, plus de 2 084 procédures pénales visant des mineurs ont été ouvertes dans le district de Tel Aviv en 2025, contre 1 851 en 2023, soit une hausse modérée par rapport à 2022.

La majorité des affaires concernaient toutefois d’autres secteurs de la région de Tel Aviv, le sud de la ville enregistrant le nombre d’arrestations le plus faible parmi les différents sous-districts.

La police sur les lieux où un homme a été retrouvé mort après avoir été poignardé à l’extérieur d’une boîte de nuit à Tel Aviv, le 20 février 2026. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)

Ces statistiques indiquent encore que 80 % des procédures judiciaires concernaient des citoyens israéliens. Les autres visaient des Palestiniens de Cisjordanie ou des ressortissants étrangers.

Les travailleurs étrangers et les demandeurs d’asile représentent moins de 10 % de la population du district de Tel Aviv. Ils restent néanmoins surreprésentés dans les statistiques de la criminalité.

Les vidéos diffusées ces dernières semaines, montrant des agressions attribuées à des membres présumés du SSQ, ont accentué le sentiment d’insécurité dans plusieurs quartiers de la ville.

Dans l’une de ces vidéos, filmée à la veille de Yom HaZikaron, un groupe de jeunes présenté comme lié au gang agresse trois adolescents attablés dans un restaurant de Tel Aviv avant de leur voler leurs téléphones, leurs portefeuilles et leurs vélos.

À la suite de cette agression, la police a arrêté dix mineurs soupçonnés d’avoir participé au vol avec violence.

Le matin de Yom HaAtsmaout, deux adolescents de 14 et 15 ans ont également été poignardés dans le nord de Tel Aviv par des jeunes présentés comme liés au gang.

Quelques jours plus tard, la police annonçait l’arrestation de deux mineurs soupçonnés d’appartenir au SSQ après la diffusion d’une vidéo montrant le passage à tabac d’une fillette de 12 ans sur un trottoir.

Les images particulièrement violentes de l’agression sont devenues virales peu après le meurtre de Yemanu Zelka, tué par un groupe d’adolescents dans la nuit du 22 avril, ce qui a fortement amplifié leur impact dans l’opinion publique.

Selon la famille de la jeune fille, celle-ci aurait été ciblée en représailles contre son frère, qui avait porté plainte auprès de la police contre certains membres présumés du gang après avoir lui-même été agressé et dépouillé plus tôt dans l’année. L’adolescente rentrait de l’école lorsqu’elle aurait été attaquée par le groupe, qui lui aurait tiré les cheveux, cassé une dent et volé son téléphone portable.

Mais les activités du SSQ ne se limiteraient pas aux agressions et aux vols visant d’autres adolescents.

Ofir Goldental, responsable de la division criminelle au sein de la branche enquêtes et renseignement de la police du district de Tel Aviv, a expliqué à Haaretz que le gang avait déjà servi de « bras armé » à de grandes organisations criminelles israéliennes, qui recruteraient ces jeunes pour exécuter des actes violents.

« Les familles mafieuses, les vrais criminels, ne descendent plus elles-mêmes sur le terrain comme auparavant. Elles utilisent désormais les jeunes à leur place », a-t-il déclaré.

Une vue d’une ruelle couverte de graffitis dans le quartier de Florentin, au sud de Tel Aviv, le 5 mai 2018. (Crédit: Hadas Parush/Flash90)

Le mois dernier, le chef de la mafia de Ramle, Ismail Jarushi, ainsi que douze jeunes liés au SSQ qu’il aurait recrutés, ont été reconnus coupables de complot, d’extorsion et de plusieurs infractions violentes.

L’affaire portait sur une tentative d’extorsion visant le propriétaire d’un bureau de change à Florentin, un quartier branché voisin de Shapira.

Après le refus du commerçant de payer, les adolescents auraient ouvert le feu sur son établissement afin de l’intimider et de le contraindre à verser près d’un million de shekels.

Selon l’acte d’accusation, des jeunes masqués circulant sur une trottinette électrique se sont rendus devant le commerce le 9 mai 2025, ont tiré plusieurs coups de feu contre la façade avant de prendre la fuite.

Ni la police israélienne ni la municipalité de Tel Aviv n’ont répondu aux demandes de commentaires.

Intégration ou expulsion ?

La première mention du gang dans les médias remonte à 2024, même si, selon Goldental, le groupe était déjà actif depuis environ deux ans.

Le policier a indiqué à Haaretz que plusieurs suspects avaient expliqué aux enquêteurs avoir été entraînés dans la délinquance par des jeunes plus âgés, eux-mêmes tournés vers la criminalité en raison du manque de perspectives imposé, selon eux, par les politiques israéliennes à l’égard des personnes dépourvues de statut de résident.

« Ils n’ont personne pour les guider, personne pour leur montrer comment construire une vie stable ou gagner leur vie dignement. Alors ils se tournent vers ce qui leur semble accessible, et la criminalité devient souvent la solution la plus immédiate », poursuit Goldental.

Israël fait venir des dizaines de milliers de travailleurs étrangers, principalement originaires d’Asie de l’Est et d’Europe de l’Est, afin de répondre aux besoins en main-d’œuvre dans les secteurs des soins aux personnes âgées, de la construction, de l’agriculture et d’autres métiers pénibles.

Mais lorsque ces travailleurs décident de fonder une famille, ils ont souvent la mauvaise surprise de voir leurs visas annulés. Dans la pratique, les expulsions visent généralement les pères, tandis que les mères célibataires et leurs enfants nés en Israël se voient plus facilement accorder le droit de rester.

Des travailleurs étrangers dans le sud de Tel Aviv, le 14 février 2026. (Crédit : Yael Abas Guisky/Flash90)

Le sud de Tel Aviv accueille également d’importantes communautés de migrants originaires principalement du Soudan et d’Érythrée, entrés clandestinement en Israël lors de la vague migratoire de 2006 à 2012.

Israël accorde rarement l’asile à ces migrants, estimant qu’ils sont venus avant tout pour des raisons économiques plutôt que pour fuir des persécutions. Des dizaines de milliers d’entre eux ont néanmoins été autorisés à rester dans le pays, mais sous un régime très restrictif.

« C’est une communauté qui vit ici depuis presque deux générations sans véritable statut », explique Tewelde, qui accompagne des jeunes issus de familles migrantes au sein de la Hotline for Refugees and Migrants.

« En pratique, leurs permis temporaires leur donnent très peu de droits : essentiellement le droit de travailler et d’ouvrir un compte bancaire. Pas beaucoup plus. »

L’installation progressive de ces communautés dans le sud de Tel Aviv au cours des vingt dernières années a également nourri le ressentiment d’une partie des habitants juifs israéliens de Shapira et des quartiers voisins, parmi les plus défavorisés de la ville.

Pour ces résidents, l’essor du SSQ confirme les problèmes d’insécurité qu’ils attribuent depuis longtemps à la présence de migrants et de travailleurs étrangers, alimentant ainsi les appels à des expulsions massives portés notamment par l’extrême droite israélienne.

En avril, le Front de libération du sud de Tel Aviv, un groupe local dirigé par Sheffi Paz, figure connue du mouvement anti-immigration en Israël, a adressé une lettre au Premier ministre Benjamin Netanyahu afin d’exiger une accélération des expulsions.

Le groupe demandait également l’allocation de fonds pour créer une police de l’immigration inspirée de l’ICE américain, chargée de lutter contre l’immigration clandestine.

L’activiste Sheffi Paz (au centre), condamnée pour vandalisme, arrive, entourée de ses partisans, pour purger sa peine à la prison pour femmes de Neve Tirtza, à Ramle, le 14 novembre 2024. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)

Même sans statut légal, les enfants de migrants ont accès à l’école publique israélienne ainsi qu’à certains services sociaux, ce qui leur permet de s’intégrer, au moins en partie, dans la société israélienne.

Mais cette intégration reste incomplète. À mesure qu’ils grandissent, beaucoup se retrouvent confrontés à une marginalisation croissante : ils sont exclus du service militaire, ne peuvent obtenir ni permis de conduire ni passeport israélien et se retrouvent à l’âge adulte sans les droits associés à la citoyenneté ou à un statut de résident.

Tewelde, arrivé d’Érythrée en Israël en 2008, estime qu’une meilleure intégration et la régularisation du statut de ces jeunes permettraient de réduire la criminalité.

Des migrants africains se rassemblent lors d’une manifestation dans le sud de Tel Aviv le 7 janvier 2014. (Crédit : Gideon Markowicz/Flash90)

« La plupart de ces enfants ont grandi ici et ont été scolarisés dans le système israélien », explique-t-il. « On leur enseigne les valeurs israéliennes et juives, l’attachement au pays, exactement comme aux autres enfants israéliens. Ils grandissent avec les mêmes ambitions et les mêmes attentes. »

Selon lui, le choc survient lorsqu’ils découvrent qu’ils n’auront jamais accès aux mêmes opportunités que leurs camarades israéliens.

À LIRE : Des enfants de travailleurs étrangers demandent à s’enrôler pour aider Tsahal

« Ils finissent par comprendre que tout ce qu’on leur a appris sur l’égalité et la démocratie ne s’applique pas réellement à eux », affirme l’activiste.

Même obtenir un permis de conduire devient un obstacle majeur.

« Cela devrait être la chose la plus simple pour eux, mais ils ne peuvent pas l’obtenir. Non pas parce qu’ils en sont incapables, mais parce que le système les en empêche », explique-t-il.

Pour Tewelde, ces jeunes se heurtent continuellement à des barrières administratives et sociales.

« Le système leur ferme toutes les voies légitimes. Et lorsqu’aucune porte ne s’ouvre, certains finissent par se tourner vers la délinquance. »

De jeunes enfants jouent dans les rues du quartier peuplé principalement de travailleurs étrangers, Shapira, au sud de Tel Aviv, le 15 janvier 2010 (Crédit : Abir Sultan/Flash90)

Yonatan Jakubowicz, directeur du Israeli Immigration Policy Center, qui prône un durcissement de la lutte contre l’immigration clandestine, a affirmé que les efforts visant à intégrer pleinement les étrangers n’auraient qu’un effet limité, suggérant que les différences ethniques, et non le statut juridique, expliqueraient les troubles dans le quartier.

« Il est possible qu’un effort massif d’intégration produise quelques résultats limités », reconnaît-il. « Mais si l’on regarde l’expérience des pays européens, et compte tenu du fait qu’Israël est un État juif, réussir à intégrer pleinement ces migrants serait extrêmement difficile, voire impossible. »

Il estime même qu’une intégration plus poussée risquerait de renforcer les dynamiques à l’origine de la criminalité observée dans le sud de Tel Aviv.

« Investir davantage dans l’intégration aurait un coût énorme pour des résultats très faibles », estime-t-il. « Et ce que nous voyons aujourd’hui n’est, malheureusement, que le début. La situation risque encore de se détériorer. »

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