Tom Lehrer, Juif américain, mathématicien et musicien satirique, est mort à 97 ans
Le compositeur et professeur avait écrit 'les protestants détestent les catholiques, et les catholiques détestent les protestants, et les hindous détestent les musulmans, et tout le monde déteste les Juifs'
Tom Lehrer, mathématicien, mais aussi humoriste et pianiste, dont les chansons satiriques ont fait de lui l’un des musiciens préférés des Américains, est décédé dimanche à 97 ans, ont rapporté les médias américains.
Le chanteur-compositeur est décédé samedi à son domicile de Cambridge, près de Boston dans le Massachusetts (nord-est), a déclaré son ami David Herder, selon le New York Times.
Ses morceaux sarcastiques, accompagnés d’une maîtrise éblouissante du piano qui reflétait son amour pour les airs entraînants des comédies musicales de Broadway, ont enchanté le public dans les années 1950 et 1960.
Enfant prodige, il avait obtenu son diplôme à Harvard à l’âge de 19 ans, puis a enseigné les mathématiques au prestigieux Massachusetts Institute of Technology (MIT).
En avance sur son temps sur des questions telles que la pollution et la prolifération nucléaire, Lehrer s’est fait connaître par son humour caustique et ses rimes loufoques.
Il était également d’une drôlerie malicieuse sur des sujets tels que le meurtre, les discordes conjugales, la chimie et son aversion pour les pigeons.
« En empoisonnant des pigeons dans le parc » (Poisoning Pigeons in the Park), l’un de ses morceaux les plus emblématiques, évoque un couple qui se livre à un passe-temps printanier : abattre des pigeons à la strychnine. « Il suffit d’une pincée ! »
Mais il n’a jamais cessé de militer, comme en témoignent ses chansons « Who’s Next » (Qui est le prochain) sur les armes nucléaires et « Pollution » qui mettait en garde : « Vous pouvez utiliser le dernier dentifrice à la mode, puis vous rincer la bouche avec des déchets industriels. »
Son œuvre a suscité l’admiration de Daniel Radcliffe, l’acteur qui incarne Harry Potter.
« À mon avis, Tom Lehrer est l’homme le plus intelligent et le plus drôle du XXᵉ siècle, et c’est en quelque sorte mon héros », a-t-il déclaré.
Il a écrit l’une des premières chansons populaires sur la fête juive des Lumières.
Intitulée « (I’m Spending) Hanukkah in Santa Monica » (Je passe Hanoukka à Santa Monica) elle a été interprétée pour la première fois en 1990, bien après l’apogée de Lehrer en tant qu’interprète, lors d’un retour sur scène après sa retraite, dans l’émission de radio de Garrison Keillor.
Keillor avait commandé cette nouvelle chanson à Lehrer, car il avait remarqué que de nombreuses chansons populaires sur Noël avaient été écrites par des Juifs, mais aucune sur leur propre fête.
« Il y avait donc une lacune déplorable dans le répertoire, que cette chanson, sorte de réponse à ‘White Christmas’, était destinée à combler », avait déclaré Lehrer à l’antenne.
« Hanukka in Santa Monica » – qui mentionne également « Shavouot à East St. Louis », « Rosh HaShana en Arizona » et « Yom Kippour dans le Mississippi » – a connu un regain de popularité ces dernières années. Selon l’auteure Sarah Weinman, c’est Michael Feinstein, imprésario new-yorkais, qui aurait fait découvrir cette chanson à la chroniqueuse mondaine Liz Smith, au compositeur Marvin Hamlisch et à l’auteure Nora Ephron.
Parmi les reprises récentes les plus remarquables, on peut citer un arrangement du Gay Men’s Chorus of Los Angeles, une version jazzy de la chanteuse Deborah Silver et une interprétation en yiddish intitulée « Khanike in Santa Monica ».
Si « Hanukkah in Santa Monica » est la chanson de Lehrer qui mentionne le judaïsme dans son titre, d’autres chansons célèbres contiennent également des références juives. La chanson « National Brotherhood Week » (Semaine nationale de la fraternité) de 1965, qui se moquait d’un événement promouvant la cohésion sociale à une époque de tensions raciales croissantes, a fait rire le public lorsqu’elle est arrivée au couplet sur la religion.
« Oh, les protestants détestent les catholiques, et les catholiques détestent les protestants », chantait-il.
« Et les hindous détestent les musulmans, et tout le monde déteste les Juifs. »
Et dans « Who’s Next », Lehrer chantait l’une des régions les plus conflictuelles : le Moyen-Orient.
« L’Égypte va en avoir une aussi, juste pour l’utiliser contre tu sais qui », chantait-il.
« Alors Israël s’inquiète, il en veut une pour se défendre. ‘Le Seigneur est notre berger’, dit le psaume, mais au cas où, mieux vaut avoir une bombe ! »
Né le 9 avril 1928 dans une famille juive laïque, Lehrer a grandi dans l’Upper East Side, à Manhattan, à New York.
Il parlait rarement de sa vie privée, mais dans les notes accompagnant une compilation sortie en 2000, il évoquait la relation de sa famille avec le judaïsme.
« Cela avait plus à voir avec la charcuterie qu’avec la synagogue. Mon frère et moi allions au catéchisme, mais nous avions des sapins de Noël, et ‘Dieu’ était avant tout un juron, généralement précédé de ‘oh’ ou ‘mon’ ou des deux », disait-il.
Il est entré à Harvard à l’âge de 15 ans et a obtenu, trois ans plus tard, un diplôme en mathématiques avec mention très bien.
Il a ensuite enseigné les mathématiques au MIT, à Harvard, au Wellesley College et à l’université de Californie à Santa Cruz.
Célèbre pour sa vie privée, Lehrer ne s’est jamais marié et n’a jamais eu d’enfants. Il est décédé dans sa maison de Cambridge, qu’il a conservée tout en partageant son temps entre les deux côtes.