Trump « envisage » une frappe limitée contre l’Iran pour le forcer à accepter un accord
L'USS Gerald R. Ford entre en Méditerranée ; responsables US : les frappes pourraient cibler des individus et viser un changement de régime ; Iran : un projet de proposition nucléaire prêt dans quelques jours
Vendredi, le président américain Donald Trump a déclaré qu’il étudiait la possibilité d’une frappe militaire limitée contre l’Iran afin de le contraindre à accepter un accord sur le nucléaire aux conditions de Washington, alors que l’USS Gerald R. Ford, le plus grand porte-avions du monde, arrivait en Méditerranée.
Cette menace a été formulée alors que l’Iran se disait prêt à soumettre son projet d’accord sur le nucléaire aux États-Unis dans un délai de deux ou trois jours, rejetant néanmoins toute exigence d’enrichissement zéro de l’uranium.
Dans ce contexte tendu, l’armée israélienne a fait savoir qu’elle était en état d’alerte maximale, craignant que l’Iran n’attaque et ne lance des missiles sur Israël en cas de frappe américaine. Elle a toutefois confirmé l’absence de nouvelles instructions ou restrictions pour la population israélienne.
Vendredi, lorsqu’il a été interrogé par des journalistes sur la possibilité d’une frappe limitée qui avait été évoquée par le Wall Street Journal, Trump a marqué une pause et a souri avant de répondre : « Vous pouvez dire que j’y réfléchis. »
Toutefois, lorsque les journalistes, lors d’un événement à la Maison Blanche, ont été priés de quitter la salle, Trump a semblé se moquer de la question, insinuant qu’il n’avait pas l’intention de dévoiler publiquement ses plans concernant l’Iran.
Le renforcement militaire se poursuit
Ces commentaires de Trump sont intervenus alors que l’USS Gerald R. Ford faisait son entrée en Méditerranée, ainsi que le montraient des données de suivi maritime. Le président américain a ordonné la semaine dernière l’envoi du porte-avions et de son groupe au Moyen-Orient, alors qu’il réfléchit à une éventuelle action militaire contre l’Iran.
Selon des sites web de suivi maritime, le destroyer USS Mahan de classe Arleigh Burke, qui fait partie du groupe aéronaval de l’USS Gerald R. Ford, a franchi le détroit de Gibraltar dans la matinée de vendredi.
Le porte-avions devrait mettre encore plusieurs jours avant d’atteindre le Moyen-Orient et d’être prêt à intervenir contre l’Iran.
Deux responsables américains ont toutefois déclaré à l’agence de presse Reuters que les plans militaires américains concernant l’Iran étaient déjà bien avancés et prévoyaient différentes options, notamment des attaques ciblées contre des individus et même un changement de régime à Téhéran, si Donald Trump en donnait l’ordre.
Ces options militaires sont les derniers signaux en date d’une mobilisation des États-Unis en vue d’un conflit sérieux avec l’Iran si les efforts diplomatiques devaient échouer. La semaine dernière, Reuters a été le premier à annoncer que l’armée américaine se préparait à une opération de plusieurs semaines contre l’Iran, laquelle pourrait inclure des frappes visant les installations de sécurité iraniennes ainsi que les infrastructures nucléaires.
Ces dernières révélations laissent entrevoir une planification plus détaillée et ambitieuse dans la perspective d’une décision de Donald Trump, qui a également évoqué publiquement ces derniers jours l’idée d’un changement de régime en Iran.
Les responsables américains, qui se sont exprimés sous couvert d’anonymat en raison du caractère sensible de la situation, n’ont pas donné plus de détails sur le choix des cibles potentielles ni sur la manière dont l’armée américaine pourrait tenter de renverser le régime sans déployer de forces terrestres importantes.
La tentative de renversement du régime marquerait un nouveau revirement par rapport aux promesses faites par Trump durant sa campagne présidentielle d’abandonner « les poitiques désastreuses », avait-il dit, des administrations précédentes, avec notamment les interventions militaires visant à faire tomber les gouvernements en Afghanistan et en Irak.
Trump a déployé une puissance de feu considérable au Moyen-Orient, dont la majeure partie se trouve à bord de navires de guerre et d’avions de combat. Toute campagne de bombardements de grande envergure s’appuierait également sur le soutien de bombardiers basés aux États-Unis.
Trump, au cours de son premier mandat, s’était montré disposé à recourir à des assassinats ciblés en approuvant, en 2020, l’attaque visant le général iranien Qassem Soleimani, qui dirigeait la branche étrangère et paramilitaire du Corps des gardiens de la révolution islamique iranienne, connue sous le nom de Force Al-Qods.
En 2019, l’administration Trump avait officiellement inscrit le CGRI sur la liste des organisations terroristes étrangères. Il s’agissait de la première fois que Washington appliquait cette désignation à l’armée d’un autre pays.
Frappes ciblées
L’un des responsables américains a rappelé le succès remporté par Israël en prenant pour cible les dirigeants iraniens lors de la guerre de 12 jours qui l’a opposé à l’Iran l’année dernière. Au moins 20 hauts responsables ont été tués, parmi lesquels le chef d’état-major des forces armées, le général Mohammad Bagheri, dès la première frappe.
« La guerre de 12 jours et les frappes israéliennes sur des cibles individuelles ont véritablement démontré l’utilité de cette approche », a affirmé le responsable américain, précisant que la priorité était accordée aux personnes impliquées dans le commandement et le contrôle des forces du CGRI.
Le responsable a néanmoins averti que cibler des individus exigeait des moyens de renseignement supplémentaires. Tuer un chef militaire en particulier implique en effet de connaître sa position exacte et de savoir qui d’autre pourrait être blessé lors de l’opération.
La Maison Blanche et le Pentagone n’ont pas répondu aux demandes de commentaires.
Israël en état d’alerte maximale
Dans un contexte de tensions persistantes avec l’Iran, le porte-parole de l’armée israélienne, le général de brigade Effie Defrin, a réaffirmé que si l’armée était en état d’alerte maximale, il n’y avait pour l’instant aucun changement dans les directives adressées à la population israélienne.
« Nous suivons de près l’évolution de la situation dans la région et sommes attentifs au discours public sur l’Iran », a indiqué Defrin dans une déclaration filmée. « L’armée israélienne est en état d’alerte maximale pour assurer la défense du pays. Nous restons vigilants et prêts à réagir à toute modification dans la situation opérationnelle », a-t-il ajouté.
« Les instructions restent inchangées. Veuillez vous conformer uniquement aux annonces du porte-parole de l’armée israélienne et du Commandement du front intérieur diffusées par les canaux officiels », a poursuivi Defrin.
Pendant la guerre, les Israéliens avaient reçu pour consigne de rester à proximité des abris anti-bombes. Les grands rassemblements publics étaient également limités.
Changement de régime
Trump a ouvertement émis l’idée d’un changement de gouvernement en Iran, déclarant la semaine dernière que « ce serait sans doute la meilleure chose qui puisse arriver ». Il n’a cependant pas précisé qui il souhaitait voir accéder au pouvoir en Iran, se contentant de dire qu’il « y avait des gens ».
Alors que les opérations de changement de régime ont traditionnellement impliqué un déploiement important des forces terrestres américaines, c’est vers les forces spéciales que s’est tourné Trump le mois dernier pour renverser le président vénézuélien Nicolas Maduro, les chargeant de l’enlever de son complexe de Caracas lors d’un raid audacieux.
Parallèlement, le président américain a également laissé planer l’espoir d’une solution diplomatique, affirmant jeudi que « des choses vraiment graves » pourraient se produire si aucun accord n’était trouvé. Il a semblé fixer un délai de 10 à 15 jours maximum avant que les États-Unis ne passent à l’action.
Les Gardiens de la révolution iranienne ont menacé de lancer des représailles contre les bases militaires américaines présentes dans la région et contre Israël en cas d’attaque américaine visant le territoire iranien.
Les États-Unis maintiennent des bases militaires dans toute la région du Moyen-Orient, notamment en Jordanie, au Koweït, en Arabie saoudite, au Qatar, à Bahreïn, aux Émirats arabes unis et en Turquie.
Dans une lettre adressée jeudi au secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, Téhéran a indiqué qu’il ne déclencherait aucune guerre, mais que « s’il était la cible d’une agression militaire, l’Iran répondrait de manière ferme et proportionnée » conformément à son droit à la légitime défense.
L’Iran s’apprête à soumettre une proposition
Dans un contexte de renforcement militaire américain, le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi a indiqué que Téhéran serait prêt à soumettre aux États-Unis son projet d’accord sur le nucléaire dans les prochains jours.
« Pour moi, la prochaine étape consistera à présenter un projet d’accord potentiel à mes homologues américains. Ce projet, je pense, sera prêt dans deux ou trois jours. Après sa confirmation finale par mes supérieurs, il sera remis à Steve Witkoff », a indiqué Araghchi dans une interview mise en ligne vendredi, dans le cadre de l’émission Morning Joe, diffusée sur la chaîne de télévision américaine MSNBC.
Araghchi a par ailleurs réfuté l’idée selon laquelle Trump aurait fixé un délai à l’Iran.
« Tout d’abord, je tiens à préciser qu’il n’y a pas d’ultimatum. Nous ne faisons que discuter de la manière dont nous pouvons parvenir rapidement à un accord. Un accord rapidement conclu présenterait de plus un intérêt pour les deux parties », a déclaré Araghchi.
Araghchi a également indiqué que les négociateurs américains n’avaient pas demandé à Téhéran de renoncer à son programme d’enrichissement nucléaire, contrairement aux informations données par les responsables américains.
« Nous n’avons proposé aucune interruption, et les États-Unis n’ont pas non plus réclamé l’arrêt total de l’enrichissement », a expliqué Araghchi lors de l’interview.
« Nous nous concentrons actuellement sur les moyens de garantir que le programme nucléaire iranien, y compris l’enrichissement, reste exclusivement pacifique », a-t-il ajouté.
Les propos du ministre iranien contrastent avec les informations relayées par de hauts responsables américains, notamment Donald Trump, qui a affirmé à plusieurs reprises que la république islamique ne devait en aucun cas être autorisée à enrichir de l’uranium.
Les remarques d’Araghchi interviennent après que Washington et Téhéran ont conclu mardi un deuxième cycle de négociations, sous la médiation d’Oman, dans la ville suisse de Genève.
Les deux adversaires ont mené un premier round de discussions le 6 février à Oman, le premier depuis la rupture des négociations précédentes lors de la guerre de 12 jours entre l’Iran et Israël, en juin dernier, à laquelle les États-Unis ont contribué en frappant des installations nucléaires iraniennes.
Trump a laissé entendre jeudi que les États-Unis pourraient attaquer à nouveau l’Iran si Téhéran et Washington ne parvenaient pas à un accord dans les dix jours, délai qu’il a ensuite prolongé à quinze jours.
Washington a réclamé à plusieurs reprises l’arrêt total de l’enrichissement d’uranium, tout en cherchant à s’attaquer aux questions du programme balistique de l’Iran et de son soutien aux groupes terroristes dans la région – des questions qu’Israël a demandé à inclure dans les négociations.
Les pays occidentaux accusent la république islamique de chercher à se doter de l’arme nucléaire.
Téhéran dément avoir de telles ambitions militaires, mais revendique son droit à disposer de cette technologie à des fins civiles. L’Iran a toutefois enrichi de l’uranium à des niveaux incompatibles avec de strictes fins pacifiques.
Trump, qui a intensifié la pression sur l’Iran pour parvenir à un accord, a déployé une puissance navale importante dans la région, qu’il a qualifiée « d’armada ».
Après avoir, en janvier, envoyé le porte-avions USS Abraham Lincoln et des cuirassés escorteurs dans le Golfe, il a ordonné à un deuxième porte-avions, le Gerald Ford, de mettre le cap sur le Moyen-Orient.
De leur côté, les forces navales iraniennes ont mené cette semaine des exercices militaires dans le Golfe et dans le détroit stratégique d’Ormuz, dans une démonstration de force.