Tsahal lance un raid d’envergure à Hébron après la mort de 2 soldats dans une fusillade terroriste

L’armée dit viser la zone d’où opéraient les terroristes et démolit des constructions jugées dangereuses, une mesure dénoncée comme une punition collective

Des bulldozers israéliens démolissant un bâtiment palestinien, à Hébron, en Cisjordanie, le 23 octobre 2026. (Crédit : Hazem Bader/AFP)

À la suite de l’attaque meurtrière à l’arme à feu survenue près de Hébron, l’armée israélienne a annoncé vendredi soir avoir lancé une opération antiterroriste de grande envergure dans cette ville de Cisjordanie.

Des forces de Tsahal, de l’agence de sécurité intérieure du Shin Bet, de la police des frontières et de l’Administration civile menaient « des fouilles ciblées et approfondies… dans la zone afin de localiser et de démanteler les infrastructures terroristes et les armes, et d’interroger plusieurs dizaines de suspects », a indiqué l’armée.

Tsahal a précisé que le raid était « ciblé et limité à la zone d’où opéraient les terroristes », et qu’il devrait durer plusieurs jours.

Les habitants palestiniens de la zone où opèrent les troupes pourront quitter les lieux par trois points de sortie désignés, après avoir été interrogés et soumis à des contrôles de sécurité. « Toute personne suscitant des soupçons lors des contrôles sera emmenée pour être interrogée par les forces de sécurité », a ajouté l’armée.

Plus tôt dans la journée, Tsahal avait indiqué que les troupes avaient pris les mesures des maisons des deux terroristes armés qui avaient abattu deux soldats en poste à un checkpoint situé à la sortie de Hébron, en vue de leur démolition éventuelle. L’armée a également imposé un bouclage de Hébron et des villes et villages palestiniens voisins.

Par ailleurs, Tsahal a déclaré que les troupes démolissaient « des constructions illégales susceptibles de présenter un risque pour la sécurité » dans la zone où s’est produite l’attaque à main armée.

Le sergent-chef Ron Yonatan Roytman (à gauche) et le sergent Yuval Shai Svilem (à droite), tués lors d’une attaque terroriste par balle près de Hébron, en Cisjordanie, le 23 octobre 2026. (Crédit : Armée israélienne)

Des images montrent des soldats ordonnant aux habitants de Farsh al-Hawa, près de Hébron, d’évacuer leurs maisons avant leur démolition. L’Autorité palestinienne (AP) a qualifié cette mesure de punition collective à la suite de la fusillade terroriste meurtrière.

On a pu voir des soldats armés bousculer des civils palestiniens pour les forcer à quitter les lieux, après que leurs effets personnels eurent été rapidement chargés dans des camions. Des photos et des vidéos prises sur place montraient également des bâtiments en train d’être rasés au bulldozer par les troupes israéliennes.

Plus tôt dans la journée, le Premier ministre Benjamin Netanyahu avait déclaré qu’Israël allait « détruire » tout le quartier où vivaient les deux tireurs, étendant ainsi les mesures punitives à l’encontre des Palestiniens au-delà des seules habitations des auteurs des faits.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu lors d’une déclaration vidéo depuis Hébron, en Cisjordanie, le 23 octobre 2026 (Crédit : Capture d’écran/Bureau de la presse gouvernementale)

Il a également indiqué avoir ordonné les préparatifs en vue d’un confinement total de la Cisjordanie, qui devrait déjà être soumise à des mesures de confinement lundi et mardi à titre de mesure de sécurité dans le cadre des élections nationales israéliennes.

Le ministre des Finances, Bezalel Smotrich, a également publié une vidéo depuis le lieu de l’attentat. Il y affirme avoir ordonné « une série de démolitions de constructions illégales » afin de « créer un effet dissuasif et de faire payer le prix de la grave attaque d’aujourd’hui ».

« Nous sommes déjà sur place avec le matériel nécessaire, envoyant ainsi un message sans équivoque à nos ennemis : si vous vous en prenez à nous, nous vous ferons payer un prix très, très lourd », a-t-il ajouté.

Le gouvernement Netanyahu a adopté une ligne dure contre ce qu’il qualifie de constructions palestiniennes « illégales » dans la Zone C de la Cisjordanie, contrôlée par Israël. Il n’a pas délivré un seul permis de construire aux Palestiniens dans cette zone depuis des années, alors qu’il en a accordé des dizaines de milliers aux résidents d’implantation.

Le ministre des Finances, Bezalel Smotrich, s’adressant à la presse lors de sa visite sur les lieux d’une attaque meurtrière par balle contre des soldats israéliens à un poste de contrôle militaire près de Hébron, dans le sud de la Cisjordanie, le 23 octobre 2026. (Crédit : Ahmad Gharabli/AFP)

Le groupe de défense des droits humains B’Tselem a dénoncé ces démolitions et a appelé à une pression internationale sur Israël.

« Les dirigeants israéliens annoncent publiquement des plans de punition collective et des actes susceptibles de constituer des crimes de guerre », a déclaré B’Tselem, ajoutant qu’elle « appelle de toute urgence les gouvernements et les institutions internationales à agir dès maintenant, en utilisant tous les moyens prévus par le droit international, pour empêcher le déplacement forcé de civils palestiniens, la punition collective et les destructions illégales à grande échelle à Hébron ».

De même, l’activiste palestinien Issa Amro a exhorté « l’ONU, les gouvernements internationaux et les organisations humanitaires à agir dès maintenant : protéger les civils, exiger la fin des démolitions illégales et des restrictions collectives, et garantir un accès en toute sécurité aux biens de première nécessité et aux services d’urgence ».

Le gouvernorat de Hébron se trouve déjà dans une situation économique désastreuse, Tsahal ayant fermé cinq des sept accès à la zone où vivent plus d’un million de Palestiniens, ce qui a pratiquement paralysé la vie économique de ce principal pôle économique de la Cisjordanie.

Les troupes israéliennes à proximité du lieu d’une fusillade près de Hébron, en Cisjordanie, le 23 octobre 2026. (Crédit : Wisam Hashlamoun/Flash90)

La violence en Cisjordanie a explosé depuis le pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre 2023, qui a déclenché la guerre de Gaza.

Selon le ministère de la Santé de l’AP, plus de 1 100 Palestiniens de Cisjordanie ont été tués au cours de cette période. L’armée israélienne affirme que la grande majorité d’entre eux étaient des terroristes armés tués lors d’échanges de tirs, des émeutiers qui se sont heurtés aux troupes ou des terroristes qui menaient des attaques.

Au cours de la même période, 68 Israéliens, dont des membres des forces de sécurité, ont été tués dans des attaques terroristes palestiniennes en Israël et en Cisjordanie. Huit autres membres des forces de sécurité ont été tués lors d’affrontements avec des terroristes en Cisjordanie.

Cette période a également été marquée par une forte augmentation des attaques perpétrées par des extrémistes juifs contre des Palestiniens à travers la Cisjordanie. Tsahal a recensé plus de 867 faits de criminalité nationaliste et de violence commis par des résidents d’implantations en 2025. Le total pour 2024 s’élevait à 682 cas.

Le groupe de défense des droits Yesh Din a indiqué vendredi que plus de 670 actes de violence commis par des résidents d’implantation avaient été recensés depuis le début de la récolte des olives palestiniennes, il y a près d’un mois, soit une moyenne de plus de 25 incidents par jour.

Parmi ces attaques, on dénombre 135 cas de violences physiques, 106 cas d’entrave à la récolte des olives par les Palestiniens, 176 cas de vols et de dégradations matérielles, ainsi que 49 cas de vandalisme sur les arbres.

Plus de 23 % de ces incidents se sont produits alors que l’armée israélienne était présente sur place ou impliquée, selon Yesh Din.

Le chef d’état-major de Tsahal, le lieutenant-général Eyal Zamir, a déclaré la semaine dernière que l’armée « continuera d’agir pour permettre la récolte », mais des militants et des Palestiniens ont signalé à plusieurs reprises que les soldats israéliens arrêtaient des militants ou les empêchaient d’accéder aux oliveraies.

Des résidents d’implantation juifs extrémistes masqués affrontant des Palestiniens lors de la récolte annuelle des olives dans le village d’Abu Falah, près de Ramallah en Cisjordanie, où plusieurs personnes, dont la photojournaliste américaine Heidi Levine, ont été blessées lors d’une attaque menée par des résidents d’implantation, le 16 octobre 2026. (Crédit : Flash90)

Ces données s’appuient sur la documentation établie par les chercheurs de terrain de Yesh Din, sur des informations vérifiées auprès des acteurs locaux, ainsi que sur le recoupement de rapports publics et de témoignages provenant de diverses sources. Cette analyse couvre la période du 27 septembre au 22 octobre 2026.

« La violence des colons pendant la récolte des olives est un phénomène récurrent, mais l’ampleur des violences commises par les colons et les soldats que nous avons observées et documentées cette année est exceptionnelle », a déclaré Ziv Stahl, directrice exécutive de Yesh Din.

« L’absence quasi totale de maintien de l’ordre de la part de l’armée et de la police israéliennes, associée au soutien dont bénéficient les colons de la part des responsables gouvernementaux, montre clairement que cette violence s’inscrit dans le cadre d’une politique plus large et systématique du gouvernement israélien visant à expulser de force les Palestiniens de leurs terres, dans le but d’opérer un nettoyage ethnique et d’ouvrir la voie à l’annexion de la Cisjordanie sans sa population palestinienne », a-t-elle ajouté.

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