Tsahal va réduire de 30 % le nombre de réservistes dans les zones de combat
Face à l'épuisement et à la baisse de la participation des soldats, qui est passée sous la barre des 60 %, l'armée va se recentrer sur ses forces régulières
Face à l’épuisement croissant des troupes et à la frustration de la population face à une guerre qui s’éternise, le chef d’état-major de l’armée israélienne, le lieutenant-général Eyal Zamir, a ordonné lundi une réduction de 30 % du nombre de réservistes déployés dans les zones de combat actives au cours des prochains mois.
Cette mesure, révélée pour la première fois par la radio de l’armée, sera mise en œuvre progressivement dans la bande de Gaza, en Cisjordanie ainsi que le long des frontières nord avec le Liban et la Syrie. Elle vise à alléger le fardeau des réservistes qui ont porté l’essentiel de la charge militaire lors du pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre 2023, et la guerre sur plusieurs fronts qui s’en est suivi.
Une source proche du dossier a confirmé ce plan au Times of Israel. Cette décision est motivée par des questions de main-d’œuvre plutôt que par un apaisement des tensions sécuritaires. La source a souligné que cette réduction pourrait être annulée en cas d’escalade militaire majeure, telle qu’une nouvelle confrontation avec la République islamique ou une autre opération de grande envergure à Gaza.
Tsahal n’a pas encore confirmé officiellement cette décision.
Ce changement intervient dans un contexte de baisse significative du taux de participation des réservistes, qui contraste fortement avec le taux de 120 % enregistré le 7 octobre. Selon l’armée, le taux de participation aurait depuis chuté de plus de moitié.
Cette décision fait suite à une mobilisation record fin mai, lorsque le gouvernement a approuvé l’appel de 450 000 réservistes, soit le plus important de l’histoire d’Israël.
Certains réservistes ont été appelés jusqu’à sept fois depuis le début de la guerre, alors que l’engagement avait été pris en novembre 2024 de limiter la durée du service de réserve à deux mois et demi en 2025.
Au début de la guerre, près de 300 000 réservistes avaient été mobilisés. À titre de comparaison, Tsahal compte environ 100 000 soldats en service actif, dont la durée du service obligatoire a été prolongée par une loi d’urgence en temps de guerre.
S’adressant dimanche aux troupes postées à Gaza-City, Zamir a fait allusion à ce changement de politique, déclarant que l’armée allait « mettre en place de nouvelles formations opérationnelles qui renforceront nos forces, réduiront nos vulnérabilités et consolideront nos gains opérationnels ».
« Cela permettra d’exercer une pression croissante sur le Hamas et de réduire l’érosion de nos forces. »
Selon la source militaire haut placée, familière de la nouvelle stratégie, Tsahal cherchera à remplacer de nombreuses unités de réserve par des troupes de l’armée régulière, même si cela implique une réduction des effectifs globaux dans des endroits comme Gaza, a rapporté la radio de l’armée.
Dans cette zone, la plupart des unités de réserve devraient être démobilisées dans les semaines à venir, et seule une nouvelle brigade de réserve devrait prendre leur place. En Cisjordanie, actuellement contrôlée presque entièrement par des bataillons de réserve, les troupes régulières reprendront progressivement le contrôle. Une réduction plus limitée des effectifs est prévue le long du front nord.
La baisse de la participation est attribuée à une lassitude généralisée, aux difficultés économiques, à l’indignation suscitée par les exemptions de conscription dont bénéficient les ultra-orthodoxes, ainsi qu’à une perte de confiance croissante dans le gouvernement, alors que la guerre dure depuis près de deux ans.
Les inquiétudes grandissent également quant aux conséquences psychologiques et physiques de ces mobilisations répétées. Une enquête menée en mai par le quotidien Haaretz a révélé que des centaines, voire des milliers de soldats ayant subi des traumatismes psychologiques, dont certains avaient déjà sollicité l’aide du ministère de la Défense, avaient été rappelés avant la dernière opération de Tsahal à Gaza.
Selon Haaretz, l’armée ne dispose pas d’un registre complet de tous les soldats ayant subi un traumatisme psychologique, et le manque de communication entre le ministère de la Défense et Tsahal empêche les commandants de connaître les antécédents traumatiques de certains d’entre eux.
« Les gens ne se présentent tout simplement pas. Ils sont épuisés et ont des problèmes à la maison et au travail. Nous recrutons donc d’autres personnes, y compris certaines qui ne sont pas à 100 % », a déclaré un officier d’un bataillon blindé dans les connes de Haaretz.
Le 13 juin, l’armée avait annoncé qu’elle mobilisait à nouveau des réservistes de plusieurs unités « pour la défense et l’offensive dans tous les domaines », y compris pour lancer des opérations liées à la République islamique, mettant ainsi à rude épreuve un système déjà surexploité.