Des réservistes rappelés malgré une fragilité mentale avérée – Haaretz
Le journal a identifié 2 réservistes ayant reçu un diagnostic de troubles de stress post-traumatique et qui se sont suicidés après avoir été rappelés sous les drapeaux

Selon un long article publié dimanche par Haaretz, sur les 35 soldats en service actif qui se sont suicidés depuis le début de la guerre, plusieurs avaient déjà été reconnus comme souffrant de graves problèmes de santé mentale avant d’être appelés à servir pour la dernière fois, y compris de troubles de stress post-traumatique (TSPT).
Selon l’enquête, des centaines ou des milliers de soldats souffrant de troubles psychologiques ayant contacté le ministère de la Défense ont été rappelés en tant que réservistes lors de la dernière mobilisation, avant la reprise de l’offensive de l’armée dans la bande de Gaza. Ces chiffres sont des estimations.
Cependant, personne ne connaît les chiffres exacts en ce qui concerne ce phénomène en raison de ce que le reportage décrit comme un « manque horrible, parfois kafkaïen, de synchronisation entre le ministère de la Défense et l’armée israélienne. »
L’enquête a révélé qu’environ 9 000 soldats sont reconnus par le ministère de la Défense comme étant psychologiquement blessés à la suite de la guerre actuelle. Il n’existe cependant pas de liste de tous ces soldats psychologiquement blessés – y compris ceux dont les traumatismes remontent aux guerres précédentes – a admis l’armée israélienne, selon l’article (en anglais).
En outre, la pénurie d’effectifs dans l’armée a conduit les officiers à fermer les yeux sur les problèmes de santé mentale des soldats. Un commandant de bataillon blindé a ainsi déclaré au journal que « certains ne viennent tout simplement pas. Ils sont épuisés et ils ont des problèmes à la maison et au travail. Nous recrutons donc d’autres soldats, dont certains ne sont pas à 100 %. »
« Il n’y a rien à faire », a ajouté le commandant. « La sécurité nationale passe avant tout, et nous faisons avec ce que nous avons. Si j’identifie un cas extrême, je vais, bien sûr, contacter un travailleur social, ou je le démobiliserais. Mais honnêtement, on ne peut pas toujours savoir. Il m’est déjà arrivé de passer à côté de soldats en détresse, et ça s’est mal terminé ».
En outre, les chiffres de l’armée n’incluent pas les soldats qui se sont suicidés après avoir été démobilisés.
L’enquête menée par Haaretz a révélé que, depuis le début de la guerre, dix soldats démobilisés se sont suicidés après avoir souffert de troubles mentaux qui, selon des membres de leur famille, avaient été causés par leur service militaire. Certains d’entre eux, mais pas tous, avaient été reconnus comme blessés ou ayant un handicap psychologique avant leur mort. Quatre d’entre eux ont combattu à Gaza.
Haaretz a identifié deux cas de soldats atteints de TSPT qui se sont suicidés après avoir servi à Gaza pendant la guerre en cours, et qui ont été mobilisés dans la réserve après avoir été diagnostiqués.
L’un d’entre eux avait été appelé au service de réserve le 8 octobre 2023 – au lendemain de l’assaut perpétré par le Hamas qui a déclenché la guerre – et il avait ensuite servi en tant que secouriste de combat pendant des mois dans le sud de Gaza, à Khan Younès. Il avait tenté de se suicider à plusieurs reprises au cours de son service en tant que conscrit, mais personne n’en avait apparemment eu connaissance lorsqu’il avait été appelé à effectuer son service de réserve.
Après son premier cycle dans les réserves dans la guerre en cours, le soldat avait reçu des soins psychiatriques intensifs et il avait été reconnu comme blessé de guerre par le ministère de la Défense en raison de ses traumatismes psychologiques – mais il était ensuite retourné servir en tant que réserviste, sans que personne ne pose de questions à son sujet, selon le reportage.
Pendant une permission, le soldat – qui avait été diagnostiqué comme souffrant du syndrome de stress post-traumatique – avait appelé son commandant pour lui dire que son état mental avait commencé à se détériorer et qu’il demandait à être relevé de ses fonctions. Le commandant avait approuvé cette demande et il avait dit au réserviste qu’il serait démobilisé dès son retour à la base. Quelques heures plus tard, le soldat de 25 ans avait utilisé son arme militaire pour mettre fin à ses jours.
L’autre cas est celui d’Eliran Mizrahi, qui avait été appelé dans la réserve peu après le 7 octobre, et qui avait d’abord été chargé d’aider à dégager les corps sans vie des personnes assassinées par des terroristes palestiniens lors du festival Nova. Il avait ensuite été envoyé à Gaza, où il avait servi en tant qu’ingénieur de combat jusqu’à ce qu’il soit blessé en avril 2024.
Mizrahi avait été reconnu comme un vétéran handicapé de l’armée israélienne et comme souffrant de TSPT, mais il avait ensuite reçu l’ordre de se présenter pour le service à Rafah. Deux jours avant de reprendre son service, il s’était suicidé.
Un autre soldat interrogé dans l’article, Amiel Benaim, avait également aidé à prendre en charge les dépouilles des personnes assassinées lors de l’invasion du Hamas le 7 octobre. Un TSPT a été diagnostiqué chez lui, diagnostic qui lui a valu d’être reconnu par le ministère de la Défense comme handicapé psychologique.
Néanmoins, selon Benaim, l’armée l’a contacté au mois de janvier dernier pour lui demander de se présenter au service de réserve en avril – et lorsqu’il a dit à Tsahal qu’il était reconnu comme handicapé psychologique, les militaires ont toutefois insisté.
L’armée « m’a dit : ‘Je ne veux pas en discuter’ et elle a insisté sur le fait qu’on me demandait de me présenter ‘comme tous les autres soldats de réserve’, » se souvient-il dans le journal.
Ce n’est qu’après que Haaretz a contacté l’armée que l’ordre a été annulé, selon le quotidien, bien que Benaim n’ait toujours pas été totalement libéré de la réserve.
L’armée réticente à évaluer la santé mentale des soldats
Selon une ancienne directive de l’armée, les soldats sont tenus d’informer l’armée de tout changement dans leur état de santé, y compris en ce qui concerne l’évolution de leurs traumatismes psychologiques. Mais la plupart des soldats ne sont pas au courant de cette directive et même s’ils le sont, ils peuvent ne pas vouloir s’y conformer, rapporte Haaretz.
Un expert a déclaré au journal que l’armée devait exiger de tous les soldats qu’ils remplissent un questionnaire sur les symptômes du syndrome de stress post-traumatique à titre de garantie avant qu’ils ne rejoignent les rangs des réservistes. Ceux qui ont déjà demandé de l’aide, a-t-il dit, sont « une goutte d’eau dans la mer ».
L’armée est toutefois réticente à l’idée de prendre de telles mesures, note le quotidien. Un employé de la direction du personnel de l’armée israélienne a déclaré au journal que « des recommandations de ce type ont déjà été évoquées lors de conversations, et nous avons rencontré des obstacles de la part d’officiers supérieurs ».
La source de l’armée a déclaré à Haaretz qu’en « fin de compte, l’armée israélienne a besoin de beaucoup de soldats de combat pour mener à bien les missions qui lui sont demandées par la hiérarchie politique, et les officiers ont peur que la vérification de l’état psychologique des soldats n’ouvre la boîte de Pandore et ne les laisse sans main-d’œuvre. »
En réponse au reportage du Haaretz, le département de réhabilitation au sein du ministère de la Défense a déclaré que, depuis le début de la guerre, il « mène ses opérations en coopération totale, vitale et importante avec Tsahal, le ministère de la Santé, l’Organisation des anciens combattants handicapés de Tsahal, et tous les organismes qui sont engagés jour et nuit dans la réhabilitation des blessés de l’armée israélienne ».
Dans une longue réponse, l’armée israélienne a dit que sa politique consistait à « fournir des soins professionnels, accessibles et sensibles, de manière proactive, afin d’atteindre le plus grand nombre possible de militaires qui souffrent de détresse, de poser un diagnostic et d’offrir un traitement approprié. »
« Il est du devoir de chaque militaire, en service régulier ou dans les réserves, d’informer Tsahal de tout changement dans sa situation médicale », a ajouté l’armée.







