Pour Cédric Klapisch, « l’époque ressemble beaucoup aux années 1930 »
Le cinéaste juif dit avoir choisi la comédie pour « profiter de la vie et rire » en réaction à un passé familial marqué par la Shoah
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À l’occasion de la sortie en Israël de son film « La Venue de l’avenir », le réalisateur français et juif Cédric Klapisch s’est confié longuement sur son parcours et sa vision du monde actuel auprès du site d’information Ynet.
Au cœur de cet entretien, il est revenu sur la découverte de sa propre « judéité » cinématographique, son père ayant qualifié son premier court-métrage de « tellement juif » alors qu’il n’avait reçu aucune éducation religieuse.
Klapisch analyse ce paradoxe par l’influence prépondérante de cinéastes juifs tels que Woody Allen, Ernst Lubitsch ou les Marx Brothers, dont l’humour a profondément imprégné son style.
Le rire en réponse à la tragédie
L’identité du cinéaste est indissociable d’une mémoire familiale marquée par la Seconde Guerre mondiale.
Fils d’un physicien nucléaire renommé et d’une psychanalyste, il raconte que ses parents, devenus communistes par opposition à la religion après les horreurs de la guerre, s’étaient détournés de la pratique religieuse.
Son histoire familiale est scindée entre une branche paternelle ayant survécu, cachée sous de faux noms en France, et une branche maternelle tragiquement décimée à Auschwitz, où ses grands-parents ont été assassinés.
Klapisch est aussi le neveu de la peintre franco-israélienne, Liliane Klapisch, qui a survécu à la Shoah. Il partage la vie de l’actrice et photographe Lola Doillon.
Pour Klapisch, choisir la comédie et la création est devenu une mission vitale pour « profiter de la vie et rire » en réaction à ce passé.
Une vision sombre du présent
Interrogé sur la situation internationale, le réalisateur de « L’Auberge espagnole », du « Péril jeune » ou encore de certains épisodes de la série à succès « Dix Pour Cent », évoque un manque d’optimisme inhabituel chez lui, estimant que l’époque actuelle ressemble dangereusement aux années 1930, citant la banalisation des conflits en Ukraine et au Moyen-Orient.
Interrogé sur l’attaque du 7-Octobre, il s’inquiète de voir l’antisémitisme « relever la tête » en Europe.
« C’était choquant. Terrible. C’est compliqué d’aborder ce sujet, car ce qui s’est passé était d’une barbarie inouïe. J’ai lu qu’à Gaza, ils sont en train de former une nouvelle génération de terroristes. Pour la première fois de ma vie, je ne suis pas vraiment optimiste. On parle de la possibilité d’une troisième guerre mondiale, et je n’avais jamais envisagé cette possibilité auparavant. Il y a tellement de gouvernements fous aujourd’hui, tellement de dirigeants déments : Trump, Poutine, Netanyahu… On a du mal à croire qu’on leur ait donné autant de pouvoir. C’est de la folie. Bien sûr, il faut dissocier les agissements du gouvernement israélien de ceux des Juifs en général. Les gens font souvent des amalgames. Je suis en profond désaccord avec le gouvernement israélien, mais il est très difficile d’aborder ce sujet, car je ne peux pas porter de jugement sur ces questions depuis l’Europe, » déclare le cinéaste à Ynet.
Transmission et renouveau artistique
En dépit de ce climat pesant, Klapisch continue de puiser son inspiration dans la collaboration avec la nouvelle génération et la scène de la danse contemporaine israélienne. Il cite Hofesh Shechter, avec qui il a collaboré pour En corps, ou encore Ohad Naharin comme des références majeures.
Pour lui, travailler avec la jeunesse est le meilleur moyen de rester stimulé et d’éviter de s’enfermer dans des opinions figées, alors même qu’il juge Hollywood en pleine « crise géante » de créativité.
la Communauté du Times of Israël !







