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L’isolement de Soueïda, ville druze échappant au contrôle de Damas

Les habitants dépendent de structures locales pour assurer leur sécurité et leurs besoins essentiels, dans un contexte de tensions persistantes avec les autorités syriennes

Des combattants tribaux et bédouins traversant la ville de Walga alors qu'ils se mobilisent lors d'affrontements près de la ville à majorité druze de Soueïda, dans le sud de la Syrie, le 19 juillet 2025 (Crédit : Abdulaziz Ketaz/AFP)
Des combattants tribaux et bédouins traversant la ville de Walga alors qu'ils se mobilisent lors d'affrontements près de la ville à majorité druze de Soueïda, dans le sud de la Syrie, le 19 juillet 2025 (Crédit : Abdulaziz Ketaz/AFP)

Dans sa petite échoppe, Hoda Kiwan attend avec impatience les livraisons de farine et de carburant. Depuis plus d’un an, les habitants de Soueïda, une ville druze qui échappe au contrôle du pouvoir central syrien, vivent isolés et au rythme des pénuries.

« Je souffre du manque de gaz et de farine, surtout depuis la coupure de la route, mais je n’y peux rien », confie cette femme de 59 ans, coiffée du voile blanc traditionnel des Druzes, en préparant des fatayers, une spécialité de la cuisine levantine.

En juillet 2025, des violences confessionnelles avaient opposé les combattants druzes locaux à des groupes sunnites soutenus par les autorités, faisant plus de 1 700 morts selon Damas.

Après l’intervention militaire d’Israël en soutien aux Druzes, les troupes gouvernementales se sont retirées de la ville et d’une partie de la province éponyme, dont les habitants vivent désormais isolés et dans l’incertitude quant à leur sort.

Un cessez-le-feu précaire est en vigueur depuis lors, mais la route principale reliant Soueïda à Damas est épisodiquement coupée, selon le correspondant de l’AFP sur place, ce qui affecte le commerce et l’acheminement des produits et services de base.

Des sources locales et l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH), une ONG basée au Royaume-Uni qui dispose d’un large réseau de sources en Syrie, accusent les autorités d’entraver leur passage.

Des combattants tribaux et bédouins dans le village d’al-Dur, situé dans le gouvernorat de Soueïda, au sud de la Syrie, à majorité druze, alors qu’ils se mobilisent dans le cadre d’affrontements avec des terroristes armés druzes, le 18 juillet 2025. (Crédit : Omar Haj Kadour/AFP)

Blocus ?

De son côté, le pouvoir central dément avoir coupé la route principale, dont des tronçons sont tenus par les forces druzes et d’autres par les forces gouvernementales.

En attendant, beaucoup d’habitants disent craindre de se rendre dans les zones contrôlées par Damas.

Nous manquons « du minimum vital en carburant, denrées alimentaires et équipements électroménagers », affirme Amer Rachid, 30 ans.

« Il est strictement interdit de faire entrer quoi que ce soit à Soueïda », assure ce propriétaire d’une usine d’aluminium, qui blâme lui aussi les autorités d’être à l’origine des blocages.

« Ils disent qu’il y a des milices incontrôlées à Soueïda, mais pourquoi punir toute la province ? Quel mal ont fait les enfants, les personnes handicapées, les malades qui ont besoin de médicaments ? Vous avez imposé un blocus même sur les médicaments ? Ce n’est pas acceptable », lance-t-il.

Des factions armées hostiles à Damas tiennent la ville et une partie de la province où les druzes, minorité religieuse issue d’une branche ésotérique de l’islam, sont majoritaires.

L’une des principales factions est dirigée par l’influent chef religieux Hikmat al-Hijri, qui a réclamé « l’indépendance complète » de la province et a récemment déclaré que les Druzes faisaient « partie intégrante de l’État d’Israël ».

Un homme agitant un drapeau d’Israël fait main au-dessus d’une photo de Cheikh Mowafak Tarif, le chef spirituel des Druzes en Israël, lors d’un rassemblement hebdomadaire à Soueïda, dans le sud de la Syrie, le 20 septembre 2025. (Crédit : Fahd Kiwan/AP)

Les enfants n’ont pas été épargnés par les tensions. Des élèves ont récemment été empêchés de se rendre à leurs examens dans une zone relevant du pouvoir central. Les autorités et les groupes armés s’accusent mutuellement de les avoir empêchés de sortir de Soueïda.

Dans son atelier de menuiserie jonché d’objets inachevés faute d’électricité, Adham al-Qoutayni, un père de famille de 52 ans, confie, désemparé : « Avec les coupures d’électricité, ma source de revenus s’est tarie. »

La ville avait été entièrement privée de courant pendant dix jours début septembre. Si la cause n’a pas été clairement établie, certains habitants ont imputé cette coupure aux autorités, qui s’en serviraient, selon eux, comme moyen de pression.

« Angoisse constante »

La récente décision du gouvernement d’augmenter le prix de l’essence en Syrie a également pesé sur la province, qui souffrait déjà d’une pénurie de carburant.

« La cherté de l’essence nous a énormément affectés », témoigne Jamal Dhib, un chauffeur de 52 ans, près d’une station de taxis.

Ces pressions socio-économiques s’accentuent alors que le processus de règlement politique est bloqué. Il y a un an, la Syrie, la Jordanie voisine et les États-Unis avaient annoncé une initiative visant à pacifier le sud du pays, mais elle est restée sans effet.

Pour beaucoup, la situation provoque un sentiment d’insécurité permanent.

« Depuis les événements de juillet 2025, je vis dans une angoisse constante », raconte Mounif Rachid, 52 ans, depuis sa maison du centre-ville, où il suit sans relâche les actualités.

À chaque nouvel épisode de tensions, « ma fille, qui vit […] à la périphérie de la ville, m’appelle, sa voix tremblant de peur à l’idée d’une reprise des affrontements ».

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