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Explications

Que se passe-t-il dans la ville druze de Soueïda ?

Les forces gouvernementales syriennes se sont déployées dans la ville à majorité druze, dans une claire volonté du pouvoir islamiste d'étendre son autorité à cette ville contrôlée par des combattants locaux

Des membres des forces de sécurité syriennes passent à moto devant un monument détruit dans la ville de Soueïda, à majorité druze, le 15 juillet 2025, à la suite d'affrontements entre des clans bédouins et des combattants druzes. (Crédit : Bakr Alkasem/AFP)
Des membres des forces de sécurité syriennes passent à moto devant un monument détruit dans la ville de Soueïda, à majorité druze, le 15 juillet 2025, à la suite d'affrontements entre des clans bédouins et des combattants druzes. (Crédit : Bakr Alkasem/AFP)

Les forces gouvernementales syriennes se sont déployées mardi dans la ville à majorité druze de Soueïda, dans le sud de la Syrie, dans une claire volonté du pouvoir islamiste d’étendre son autorité à cette ville jusque là contrôlée par des combattants locaux.

Pourquoi les autorités ont-elles pris cette décision et quelles en sont les conséquences ?

Comment tout a commencé ?

Des affrontements ont éclaté dimanche entre les groupes druzes et des tribus bédouines sunnites locales, dont les relations sont tendues depuis des décennies, et ont fait depuis une centaine de morts.

Les forces gouvernementales ont acheminé des renforts dans la région, disant vouloir y rétablir la sécurité.

Mais selon des témoins, des groupes druzes et l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH), les forces gouvernementales, épaulées par d’autres combattants dont des bédouins, ont pris lundi le contrôle de plusieurs localités qui étaient tenues par les druzes aux abords de Soueïda.

Des membres des forces de sécurité syriennes traversent la ville de Sweida, à majorité druze, le 15 juillet 2025, alors que de la fumée s’élève à la suite de bombardements israéliens consécutifs à des affrontements entre des tribus bédouines et des combattants druzes. (Crédit : Bakr ALKASEM / AFP)

Mardi, à la suite de contacts entre les autorités et les notables de Soueïda, le ministère de la Défense a proclamé un cessez-le-feu et annoncé l’entrée des troupes dans la ville même.

Jusque là, Soueïda, qui compte quelque 150 000 habitants, était tenue par des combattants de plusieurs factions druzes.

Les principaux chefs religieux druzes, au nombre de trois et dont les positions sont parfois divergentes, avaient appelé en matinée les combattants à ne pas opposer de résistance et à remettre leurs armes.

De la fumée s’élevant lors d’affrontements dans la ville à majorité druze de Soueïda, dans le sud de la Syrie, le 15 juillet 2025. (Crédit : Shadi al-Dubaisi/AFP)

Mais l’un d’eux, l’influent cheikh Hikmat al-Hejri, a par la suite fait volte-face, accusant le gouvernement de ne pas avoir respecté sa promesse d’entrer pacifiquement à Soueïda. Il a appelé les combattants à « faire face à la campagne barbare » des forces de sécurité.

Les habitants de la ville, terrorisés, ont rapporté de nombreuses exactions depuis l’entrée des troupes gouvernementales et de leurs alliés : exécutions, pillages et maisons brûlées.

Quel avenir pour les groupes druzes ?

Les nouvelles autorités islamistes, qui ont pris le pouvoir après avoir renversé le dictateur syrien Bashar el-Assad en décembre, avaient exigé la dissolution de tous les groupes armés et leur intégration au sein des forces du ministère de la Défense.

Pendant la guerre civile (2011-2024), née de la répression par Assad d’un soulèvement pacifique, les Druzes ont formé leurs propres groupes armés et tenté de garder leur bastion de Soueïda à l’écart des combats.

Les deux groupes armés druzes les plus importants, le Mouvement des hommes de la dignité et la Brigade de la Montagne, avaient annoncé en janvier être prêts à se plier à la décision des nouvelles autorités de s’intégrer au sein des forces armées.

Les forces de sécurité syriennes posent pour une photo sur un rond-point de la ville de Sweida, à majorité druze, le 15 juillet 2025, à la suite d’affrontements entre des tribus bédouines et des combattants druzes. (Crédit : Sam HARIRI / AFP)

Ils avaient cependant demandé à « constituer une entité militaire et sécuritaire formée des fils de Soueïda » qui contrôlerait la ville sous l’égide des autorités.

« L’État a tardé à appliquer l’accord », a affirmé à l’AFP le porte-parole du Mouvement des hommes de la dignité, Bassem Fakhr.

Hormis les Druzes, les Kurdes qui contrôlent de vastes territoires dans le nord du pays disposent d’un puissant bras armé, les Forces démocratiques syriennes (FDS), et négocient avec Damas leur intégration au sein des forces armées.

Les Druzes sont estimés à environ 700 000 en Syrie, soit environ 3 % de la population. Cette communauté ésotérique issue d’une branche de l’islam est considérée avec méfiance par le courant extrémiste sunnite dont sont issues les nouvelles autorités dirigées par Ahmed al-Sharaa.

Pourquoi Israël intervient-il ?

Les Druzes sont répartis notamment entre la Syrie, le Liban et Israël.

Depuis la chute d’Assad, Israël, par l’entremise des figures de cette communauté qui y vivent, a multiplié les gestes d’ouverture entre les druzes syriens.

Il leur a envoyé des colis humanitaires et autorise des délégations de dignitaires religieux à se rendre en Israël en pèlerinage, malgré l’état de guerre entre les deux pays.

En mars, Israël avait affirmé vouloir défendre les druzes à la suite d’escarmouches dans la banlieue de Damas mais ces propos avaient été immédiatement rejetés par les dignitaires druzes, qui ont réaffirmé leur attachement à l’unité de la Syrie.

Depuis lundi, l’aviation israélienne bombarde des positions des forces syriennes dans la région de Soueïda. « Nous ne permettrons pas que du mal soit fait aux druzes en Syrie. Israël ne restera pas les bras croisés », a averti le ministre israélien de la Défense, Israel Katz.

« Nous agissons pour empêcher le régime syrien de leur nuire [aux Druzes] et pour garantir la démilitarisation de la zone adjacente à notre frontière avec la Syrie », ont déclaré conjointement mardi le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, et son ministre de la Défense.

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