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Après s’être emparés de la côte de la mer Rouge, les Houthis lorgnent sur l’est du Yémen, riche en pétrole

Le gouvernement yéménite, soutenu par l'Arabie saoudite, et plusieurs autres forces sont actuellement le seul obstacle faisant barrage aux rebelles alignés sur l'Iran ; les États-Unis ne manifestent aucun intérêt à se joindre au combat

Des tentes sont alignées dans le camp d'Al-Firdaws, destiné aux Yéménites déplacés, à Ras Imran, dans la banlieue ouest d'Aden, au Yémen, le 17 septembre 2026. (Crédit : AP Photo/Abdulnasser Alseddik)
Des tentes sont alignées dans le camp d'Al-Firdaws, destiné aux Yéménites déplacés, à Ras Imran, dans la banlieue ouest d'Aden, au Yémen, le 17 septembre 2026. (Crédit : AP Photo/Abdulnasser Alseddik)

Cela fait une semaine que les Houthis du Yémen, soutenus par l’Iran, ont lancé leur offensive sur la côte de la mer Rouge, étendant ainsi leur emprise sur un couloir maritime stratégique et menaçant les exportations pétrolières de l’Arabie saoudite.

Cette avancée territoriale, la plus significative à avoir été enregistrée par les Houthis depuis des années, a ravivé la guerre civile qui sévit au Yémen depuis douze ans, et elle a fait grimper les cours mondiaux des carburants. Elle a également fourni à l’Iran un nouveau levier potentiel de pression, alors que les États-Unis ont entamé un processus visant à affaiblir l’emprise de Téhéran sur le détroit d’Ormuz, situé de l’autre côté de la péninsule arabique.

Les Houthis prennent également pour cible les infrastructures pétrolières et les pétroliers saoudiens. Une attaque contre l’oléoduc Est-Ouest saoudien, attribuée à des milices irakiennes soutenues par l’Iran, est venue s’ajouter au cauchemar que traverse actuellement le royaume – ébranlant encore les marchés mondiaux.

L’offensive éclair conduite par les rebelles a contraint quelque 125 000 Yéménites à fuir leurs foyers. La guerre civile a fait plus de 150 000 morts et a parfois poussé le pays au bord de la famine.

Désormais, les Houthis semblent lorgner sur l’est du Yémen, une région riche en pétrole. À ce jour, le seul obstacle qui se dresse sur leur chemin est le gouvernement yéménite soutenu par l’Arabie saoudite, ainsi qu’un ensemble de forces qui s’affrontaient encore en janvier dernier. Le principal allié de l’Arabie saoudite, les États-Unis, semble pour l’instant préférer rester en retrait.

Les Houthis combattent sur plusieurs fronts

Les Houthis ont pris l’importante ville portuaire de Mocha, sur la mer Rouge, avant de s’emparer de plusieurs îles proches du détroit étroit de Bab el-Mandeb, un couloir maritime straétgique par lequel transitent environ 12 % du commerce mondial en temps de paix. Ils ne sont également qu’à 32 kilomètres de Djibouti, un petit État africain qui abrite des bases militaires américaines et d’autres forces armées.

Selon l’agence des Nations unies pour les migrations (OIM) citée vendredi par Reuters, les combats ont provoqué le déplacement d’au moins 112 000 personnes à l’intérieur du Yémen ; près de 3 000 personnes ont quant à elles fui par la mer vers Djibouti.

Des combattants houthis escortent un convoi transportant des prisonniers libérés à Mocha à travers le district de Bani Matar, en route vers Sanaa, au Yémen, le 12 septembre 2026, après la prise de contrôle par les Houthis de cette ville portuaire du sud de la mer Rouge. (Crédit: AP Photo/STR)

En moins d’une semaine, ce sont près de 3 000 personnes qui ont traversé le golfe d’Aden pour rejoindre Djibouti, dans la Corne de l’Afrique, poussées par l’escalade de la violence qui a forcé davantage de familles à fuir, a déclaré Sandrine Desamours, représentante de l’agence des Nations unies pour les réfugiés (HCR), aux journalistes réunis à Genève lors d’une visioconférence depuis Djibouti.

Le gouvernement de Djibouti se prépare à accueillir jusqu’à 10 000 réfugiés – ce qui exercera une pression considérable sur les services de santé et d’éducation du pays, a ajouté Desamours.

Selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) des Nations unies, les réfugiés fuient à bord d’embarcations surchargées, avec des réserves très limitées de nourriture et d’eau. Si la majorité des déplacés sont des familles yéménites qui cherchent refuge à Djibouti, l’OIM commence toutefois à observer un petit nombre de migrants, principalement originaires d’Éthiopie, faisant route dans la même direction.

En 2014, les Houthis ont déferlé pour la première fois depuis leur fief du nord, prenant la capitale, Sanaa, ainsi qu’une grande partie du nord du Yémen. L’Arabie saoudite est intervenue l’année suivante. Les combats ont fait rage jusqu’au cessez-le-feu conclu en 2022.

L’aide alimentaire destinée aux réfugiés yéménites est préparée au camp de réfugiés de Markazi, à Obock (Djibouti), le 17 septembre 2026. (Crédit : AP Photo/Guirreh Moumin)

Ces derniers jours, de violents combats ont éclaté dans et autour de Marib, une ville située au cœur de la province éponyme, riche en pétrole. Malgré plusieurs offensives, les Houthis n’ont pas réussi à s’emparer de cette ville, qui sert également de base militaire aux forces soutenues par l’Arabie saoudite. Les Houthis menacent également la ville occidentale de Taïz, qui a longtemps fait office de ligne de front dans ce conflit.

Le piège se resserre autour du plus grand exportateur de pétrole au monde

L’objectif poursuivi par les Houthis consiste à obtenir de l’Arabie saoudite qu’elle lève le blocus qui pèse depuis longtemps sur le territoire qu’ils contrôlent.

Les Saoudiens et leurs alliés, qui peinent depuis longtemps à endiguer ou à dissuader les Houthis, pourraient être tentés de rechercher une résolution diplomatique à ces attaques. Pour parvenir à une telle issue, les États-Unis pourraient devoir accepter de faire des concessions à l’Iran, seul pays disposant d’une influence sur les Houthis.

Les États-Unis, qui ont bombardé les Houthis sous les administrations Biden et Trump, ne se sont pas montrés disposés à s’impliquer cette fois-ci – une situation que les Houthis semblent vouloir préserver. Les rebelles affirment par ailleurs qu’ils n’attaquent que les navires saoudiens.

Le trafic a repris en mer Rouge, pour l’instant

La compagnie maritime Windward a signalé une baisse du trafic dans le détroit de Bab el-Mandeb – un trafic qui est passé de 35 transits quotidiens avant l’avancée des Houthis à 25 après celle-ci. Ce trafic s’est toutefois déjà rétabli, avec 45 transits qui ont été enregistrés dimanche.

Les Houthis peuvent encore élargir leur éventail de cibles au-delà des navires et des pétroliers saoudiens. Au plus fort de la guerre à Gaza, lors de leur blocus auto-proclamé d’Israël, les Houthis ont attaqué des navires en mer Rouge sans aucun lien connu avec ce conflit.

Des soldats yéménites patrouillent dans le détroit stratégique de Bab el-Mandeb, au Yémen, le 5 avril 2026 (Crédit : Abdulnasser Alseddik/AP)

« Pour l’instant, ils ciblent principalement le transport maritime lié à l’Arabie saoudite », a précisé Valentin d’Hauthuille, analyste spécialiste du Moyen-Orient chez ACLED, un organisme de surveillance des conflits. Mais ils pourraient « élargir les critères qu’ils appliquent pour déterminer si un navire est “lié à l’Arabie saoudite”, et ainsi accroître la pression tant sur l’économie saoudienne que sur l’économie mondiale ».

Des initiatives diplomatiques se profilent, mais le prix à payer pourrait être élevé

Les médiateurs régionaux se sont mobilisés. Un accord diplomatique semble toutefois peu probable sans une avancée décisive dans le conflit plus large avec l’Iran.

L’Iran réclame la levée par les États-Unis de leur blocus et des sanctions qui ont dévasté son économie. Les États-Unis exigent quant à eux la réouverture totale du détroit d’Ormuz et un accord visant à revenir sur le programme nucléaire de Téhéran. Aucune des deux parties n’a laissé entrevoir la moindre volonté de céder depuis l’effondrement rapide de l’accord préliminaire cet été.

Les États-Unis affirment être en « contact permanent » avec les Saoudiens, un allié proche qui bénéficie d’une aide militaire américaine évaluée à plusieurs milliards de dollars.

Le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane (à gauche) et le président égyptien Abdel-Fattah el-Sissi se serrant la main au palais présidentiel du Caire, en Égypte, le 15 septembre 2026. (Crédit : Service de presse de la présidence égyptienne via AP)

Le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane s’est récemment rendu en Égypte, pays qui a joué le rôle de médiateur régional. Un responsable du gouvernement turc, autre médiateur potentiel, a annoncé cette semaine que son pays était en pourparlers avec l’Iran et les Émirats arabes unis pour tenter d’apaiser les tensions.

Les attaques des Houthis mettent à l’épreuve pour la première fois le nouveau pacte de défense conclu entre l’Arabie saoudite, la Turquie (membre de l’OTAN) et le Pakistan (puissance nucléaire). Mais les responsables turcs et pakistanais affirment n’avoir reçu aucune demande d’aide de la part de l’Arabie saoudite.

La situation humanitaire au Yémen dégradée

Les derniers combats ont fait huit morts et 32 blessés parmi les civils, selon le Bureau humanitaire des Nations unies, qui estime à 125 000 le nombre de personnes ayant fui leur foyer. Le ministère de la Santé du gouvernement soutenu par l’Arabie saoudite estime que les Houthis ont tué près de 150 civils depuis le 3 septembre.

L’Arabie saoudite a indiqué jeudi que des débris provenant d’un drone houthi intercepté avaient tué une personne et en avaient blessé deux autres dans le royaume.

Avant même la guerre civile, le Yémen était le plus pauvre des pays arabes. Ces dernières années, il a connu une famine généralisée en raison du conflit et du blocus imposé par l’Arabie saoudite.

Des personnes déplacées installent leur camps dans la province de Taïz, au Yémen, le 15 septembre 2026. (Crédit : AP Photo/Marzouq Al Jabri)

La détention par les Houthis de membres du personnel des Nations unies et de travailleurs humanitaires a empêché l’aide internationale d’atteindre les territoires sous leur contrôle. Selon des experts, les Houthis peinent à rémunérer les fonctionnaires, ce qui a provoqué certaines tensions. Ils ont par ailleurs réaffecté une grande partie de leurs recettes fiscales à leur branche militaire.

Le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies (OCHA) affirme que seuls 20 % des fonds nécessaires à son appel humanitaire en faveur du Yémen ont été levés, et que « des millions de personnes risquent de perdre l’accès à la nourriture, aux soins de santé, à la nutrition, à l’eau et aux services de protection ».

« Les besoins sont actuellement extrêmement importants », a expliqué Sara Ahmed, responsable de Médecins Sans Frontières à Mocha. Les médecins, a-t-elle ajouté, travaillent dans des conditions particulièrement difficiles pour maintenir les services essentiels en place, malgré les frappes aériennes.

Mahida Ahmed, qui a fui les combats à Mocha, s’est désormais réfugiée dans un camp de déplacés à Aden, ville dans laquelle le gouvernement soutenu par l’Arabie saoudite a établi son siège. Elle a rapporté avoir dû partir à la hâte, avec ses enfants mais sans aucun effet personnel. Son mari est toujours bloqué à Mocha.

« Cette guerre a été une véritable catastrophe pour nous », a-t-elle souligné.

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