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  • Vue du château Solms-Baruth dans la ville de Baruth, dans l'est de l'Allemagne, le 2 décembre 2008. (Crédit : AP Photo/Sven Kaestner)
    Vue du château Solms-Baruth dans la ville de Baruth, dans l'est de l'Allemagne, le 2 décembre 2008. (Crédit : AP Photo/Sven Kaestner)
  • Le prince Friedrich zu Solms-Baruth III à cheval avec des amis sur cette photo non datée. (Avec l'aimable autorisation du prince Friedrich zu Solms-Baruth V)
    Le prince Friedrich zu Solms-Baruth III à cheval avec des amis sur cette photo non datée. (Avec l'aimable autorisation du prince Friedrich zu Solms-Baruth V)
  • Frederick Solms-Baruth V à Londres, le 31 juillet 2019. (Crédit : Photo : Luke MacGregor)
    Frederick Solms-Baruth V à Londres, le 31 juillet 2019. (Crédit : Photo : Luke MacGregor)

Un Allemand se bat pour récupérer les terres « volées » à son grand-père anti-Hitler

Les héritiers de Friedrich zu Solms-Baruth III, torturé et emprisonné pour avoir participé à l’opération Valkyrie, veulent récupérer sa propriété, mais Berlin refuse

LONDRES – Le petit-fils d’un aristocrate allemand impliqué dans le « complot de juillet » visant à tuer Adolf Hitler entamera cette semaine la prochaine étape de la bataille juridique menée depuis 30 ans par sa famille pour récupérer les propriétés qui, selon elle, ont été saisies par les nazis au cours des dernières semaines de la Seconde Guerre mondiale.

Selon ses descendants, le prince Friedrich zu Solms-Baruth III a été emprisonné et torturé pendant neuf mois par la Gestapo après l’échec de l’opération Valkyrie – qui comprenait le complot visant à tuer Hitler – en juillet 1944, avant d’être contraint par Heinrich Himmler à céder ses terres ancestrales afin de sauver sa vie et celle de sa famille.

La lutte de la famille pour récupérer ses biens – lancée au début des années 1990 dans le sillage de la réunification de l’Allemagne – a connu des revers juridiques répétés sur fond d’allégations de dossiers cachés dans les archives gouvernementales.

L’affaire a également mis en lumière de nouveaux éléments concernant le rôle éventuel des services de renseignement britanniques dans le « complot de juillet ». Hitler a échappé, de peu à la mort, après qu’une bombe posée par le comte Claus von Stauffenberg a explosé sous une table lors d’un briefing militaire dans son quartier général de Wolf’s Lair en Prusse orientale. À la suite de ce complot manqué, plus de 7 000 personnes ont été arrêtées et près de 5 000 exécutées.

« Il est inique que les biens de ma famille restent séquestrés par l’État allemand, qui préfère soutenir la torture, le meurtre et le vol commis par un régime largement reconnu comme l’un des plus maléfiques et des plus corrompus de l’Histoire moderne », a déclaré le prince Friedrich zu Solms-Baruth V au Times of Israel, en amont d’une nouvelle décision du tribunal administratif de Cottbus attendue plus tard dans la semaine.

Les tribunaux allemands ont précédemment statué que Friedrich III avait librement remis ses 17 500 hectares de terres dans le Brandebourg, en Allemagne orientale, au chef des SS. Ils ont également rejeté les rapports des services secrets britanniques, découverts par le jeune Friedrich en Afrique du Sud il y a dix ans, qui montrent que l’arrestation de son grand-père et la confiscation de ses terres ont suivi son implication dans le célèbre complot.

La tanière du loup d’Hitler après l’explosion de la bombe destinée à le tuer, le 20 juillet 1944. (Crédit : Wikimedia commons/ Bundesarchiv bild)

Bien qu’une petite partie de la succession ait été restituée par l’État à la famille dans le cadre d’un accord conclu en 2003, la majeure partie du patrimoine reste en possession du gouvernement allemand.

Le gouvernement allemand a également affirmé que les terres ont été retirées à Friedrich III dans le cadre d’un programme de réforme agraire est-allemand d’après-guerre et que les dossiers essentiels du registre foncier ont été détruits par le régime communiste est-allemand. Les lois allemandes sur la restitution ne s’appliquent pas aux événements survenus après la défaite des nazis.

Mais ces affirmations ont été mises à mal par la découverte de nouvelles preuves qui démontrent que ce sont les nazis, et non les Allemands de l’Est, qui ont volé les biens de sa famille, explique Friedrich, qui partage actuellement son temps entre l’Afrique du Sud et le sud de la France.

Le combat juridique est soutenu par l’ancien procureur général britannique Lord Goldsmith. Il mènera la bataille devant la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) si les tribunaux allemands se prononcent à nouveau contre la famille et si la procédure judiciaire dans le pays est épuisée.

Frederick Solms-Baruth V à Londres, le 31 juillet 2019. (Crédit : Luke MacGregor)

Mais, selon Friedrich, l’affaire ne concerne pas seulement la restitution des domaines de sa famille. Il pense qu’elle pourrait « éclairer » les obstacles rencontrés par d’autres personnes – plus particulièrement les Juifs allemands – qui tentent de récupérer des biens volés par le Troisième Reich. Elle permettra également de montrer dans quelle mesure l’Allemagne d’aujourd’hui a « réellement tiré les leçons de son sombre passé ».

Friedrich, les nazis et le complot de juillet

Au cœur du dossier de la famille se trouve un effort soutenu pour démontrer que Friedrich III a perdu ses terres en raison de son rôle dans le complot de juillet.

Friedrich affirme que l’antipathie de son grand-père pour Hitler était de vieille. « Mon grand-père était complètement contre Hitler avant même qu’il n’arrive au pouvoir. Il a vu la menace et a prédit qu’il mettrait l’Allemagne à feu et à sang », dit-il. Friedrich III a également dit à ses amis et à ses proches que « je tirerais moi-même sur ce salaud si seulement je pouvais m’approcher suffisamment de lui ».

Friedrich III résiste aux pressions exercées par les SS pour qu’il adhère au parti nazi à de nombreuses reprises et refuse d’employer sur son domaine des personnes qui en sont membres. Il refuse également de faire le salut nazi et interdit à ceux qui travaillent pour lui de le faire. La presse nazie n’était certainement pas fan du prince, l’accusant de « ne pas montrer assez de joie à l’occasion de l’anniversaire du Führer » et de « tenter de former un État dans l’État » sur ses vastes terres.

En effet, Frédéric III, qui a quitté l’armée allemande afin d’éviter de prêter serment à Hitler, a également résisté aux tentatives des nazis de lui prendre des terres à des fins militaires et a tenté de repousser leurs demandes d’énormes quantités de bois et de résine. Fait extraordinaire, il a porté ces efforts devant les tribunaux. Finalement, le prince est officiellement et publiquement accusé de « saboter l’effort de guerre » et un administrateur nazi est nommé pour gérer ses domaines silésiens en 1943. Ayant reçu l’ordre de rester à l’écart, le prince est effectivement banni dans son domaine du Brandebourg.

Le prince Friedrich zu Solms-Baruth III en uniforme militaire. (Crédit : avec l’aimable autorisation du prince Friedrich zu Solms-Baruth V)

Ce domaine du Brandebourg allait bientôt jouer un rôle très secret dans l’opération Valkyrie. Situé à seulement 15 kilomètres du quartier général de la Wehrmacht à Zossen, dans la banlieue de Berlin, il offrait, selon Friedrich, « une couverture parfaite » aux comploteurs qui s’y rencontraient soi-disant pour une journée d’équitation. Pour parfaire le subterfuge, Friedrich III fait participer ses enfants aux promenades, mais à une distance sûre de « quatre longueurs de cheval » derrière les adultes, afin qu’ils n’entendent pas leurs discussions. En chevauchant dans les bois, les hauts gradés militaires anti-nazis pouvaient être sûrs d’être à l’abri des écoutes de la Gestapo.

Friedrich III permet également aux comploteurs de se livrer à des activités encore plus dangereuses sur son domaine. L’amiral Wilhelm Canaris, ancien chef des services de renseignement de l’Abwehr, fortement impliqué dans la résistance à Hitler et ancien camarade du prince pendant la Première Guerre mondiale, utilise le domaine comme base pour une « unité de sabotage d’élite », explique Friedrich. Située dans l’aile réservée aux invités du château de Baruth et camouflée en mess des officiers, elle était dirigée par le colonel Georg Hansen, résistant de longue date et allié de Canaris.

Les recherches de l’historien britannique Nigel West (nom de plume de l’ancien député conservateur Rupert Allason), commandées par la famille, ont récemment « confirmé que cet endroit est devenu le quartier général des préparatifs du complot du 20 juillet », déclare Friedrich.

« Mon grand-père en a été totalement complice, bien sûr. Canaris pensait que les nazis ne penseraient jamais qu’une unité vraiment sérieuse serait stationnée dans la maison d’un anti-nazi connu, il s’agissait donc d’une double tromperie typique de Canaris », dit-il.

Des preuves rejetées

Selon Friedrich, les tribunaux allemands ont toutefois rejeté diverses preuves fournies par la famille pour étayer ses revendications. En 2014, par exemple, ils ont rejeté une déclaration sous serment attestant des activités anti-nazies du prince fournie par le comte Carl-Hans von Hardenberg, l’un des rares comploteurs directement impliqués dans l’opération Valkyrie à avoir survécu à la guerre.

Une photo non datée de Wilhelm Canaris. (Crédit : Wikimedia commons/ Bundesarchiv Bild)

Rédigée en 1948, elle affirme que Friedrich III « ne s’est jamais permis de dévier de la voie qu’il reconnaissait comme juste, malgré toutes les difficultés et les obstacles que les nazis ont mis sur son chemin » et « a rejeté toute concession pendant toutes ces années. » Elle confirme également que le prince était « extrêmement lié » aux comploteurs de juillet, et qu’il a été arrêté et soumis à des tortures « sadiques » par la Gestapo en conséquence.

Selon Friedrich, les tribunaux ont également fait fi d’un rapport des services secrets britanniques de 1947 qui indiquait que les relations entre le prince et les responsables nazis locaux n’avaient « jamais été cordiales et étaient parfois tendues ». Le rapport indique également que Friedrich III a été arrêté et que ses biens ont été confisqués « à la suite du complot du 20 juillet 1944 ». Il ajoute que le prince est devenu suspect en raison de sa proximité avec Canaris et un autre personnage clé du complot, le général Ludwig Beck. Beck, ancien chef d’état-major général, s’est suicidé le soir du 20 juillet, tandis que Canaris a été pendu en avril 1945, deux semaines avant la libération du camp de concentration de Flossenbürg.

Le rapport de 1947 a été demandé par le Premier ministre sud-africain de l’époque, Jan Smuts, à la suite d’un appel de Friedrich III pour qu’une ferme qu’il possédait en Namibie ne soit pas saisie et vendue. Le prince avait acheté cette terre à la fin des années 1930 sur les conseils de Canaris, afin de transférer de l’argent hors d’Allemagne en raison de son opposition au régime. Comme d’autres pays alliés, l’Afrique du Sud est en train de se débarrasser des biens appartenant à l’ennemi. Sur la base du rapport, le gouvernement sud-africain autorise le prince à conserver la ferme et accorde la citoyenneté à la famille. Frédéric III meurt en Namibie en 1951.

Cependant, lorsque le jeune Friedrich présente le document au tribunal allemand, il est qualifié de « rapport d’une agence de renseignement étrangère ne pouvant servir de preuve ». Notant que les Alliés occupaient et gouvernaient l’Allemagne à l’époque où le rapport a été compilé, Friedrich déclare : « C’est une preuve évidente de la confiscation car personne d’autre n’avait l’autorité en 1947 pour faire une déclaration aussi impartiale puisqu’il n’y avait pas de gouvernement allemand… et il n’aurait vraiment pas été dans l’intérêt des Alliés de faire un rapport positif sur un Allemand à cette époque s’il n’avait pas été correct. »

La découverte d’Otto John

Au cours de ses recherches, West a également découvert un indice intriguant, laissant entrevoir une possible implication des services de renseignement britanniques dans l’opération Valkyrie. Les historiens supposaient jusqu’à présent que le complot était uniquement le fait de la résistance allemande.

Photo non datée d’Otto John. (Crédit : Wikimedia commons/ Bundesarchiv bild)

Mais, en accédant à des dossiers déclassifiés appartenant à l’agence d’espionnage britannique, West a découvert que l’un des comploteurs, le Dr Otto John, était un agent britannique depuis 1942. Sous le nom de code « Whisky », John était avocat pour la Lufthansa et pouvait donc se rendre régulièrement en Espagne et au Portugal, pays dits neutres. Au cours des deux années précédant le complot, John a rencontré au moins 12 fois ses responsables britanniques, Rita Winsor et Graham Maingot. « Il est absurde de penser qu’ils auraient parlé de la météo », plaisante Friedrich. Au lieu de cela, il semble que John faisait office de liaison entre Hansen à Berlin et les services secrets britanniques à Londres.

« Sur la base de ces nouvelles preuves étonnantes, il est totalement inconcevable que les Britanniques n’aient pas été au courant, n’aient pas eu d’opinion sur un tel complot, ni n’y aient participé », a déclaré M. West dans un communiqué de presse. « Nous savons maintenant qu’Otto John était un atout du MI6 et qu’il possède un important dossier du MI6. Si ce dossier peut être divulgué, il montrera l’implication britannique dans Valkyrie et le rôle d’Otto John comme ‘chaînon manquant’. »

De plus, les découvertes de West prouvent que les Britanniques ont obtenu les informations sur Friedrich III contenues dans les dossiers de renseignement de 1947 grâce à la ligne de communication directe entre Hansen et John.

Le stratagème rusé d’Himmler

Mais pourquoi Himmler n’a-t-il pas simplement exécuté Friedrich III et saisi ses biens plutôt que de tenter de faire croire qu’il avait consenti à leur transfert légal ?

Selon le jeune Friedrich, la raison est liée à la course du chef SS pour se constituer un trésor de guerre financier afin de réaliser son ambition de succéder à Hitler.

« Il savait que sa Gestapo et ses SS devaient être complètement indépendants financièrement le moment venu. À cette époque, en 1944, le bois était une source de matière première extrêmement précieuse », explique Friedrich. Mais si Himmler avait choisi de faire traduire le prince devant le célèbre tribunal populaire et de le faire pendre, ses biens seraient automatiquement tombés dans les mains du ministère des Finances de l’État et le chef SS en aurait perdu le contrôle.

Himmler élabore donc un « plan très astucieux ». Remis par écrit à Friedrich III, il exige que le prince cède le contrôle total de ses domaines à Himmler, avec la nomination d’un administrateur dissimulant le contrôle de la SS sur les terres. En retour, le prince serait libéré et sa famille en danger serait sauvée. L’ « offre », en outre, n’est pas négociable et pas un mot du document juridique transférant la propriété ne doit être modifié.

Illustration : Heinrich Himmler en 1939. (Crédit : AFP)

« Il s’agissait d’une coercition très claire », suggère Friedrich, qui a également découvert un décret secret émis par Himmler fin 1943 qui, selon son équipe, fournit « un modèle étape par étape pour le vol par les SS/Gestapo de propriétés privées et les moyens de le dissimuler aux groupes nazis concurrents ». Le décret « a effectivement donné carte blanche aux SS/Gestapo pour couvrir leurs crimes d’un vernis de légalité », décrivant une « structure juridique sans révéler que Himmler était le nouveau ‘propriétaire' », similaire à celle utilisée dans le cas de Friedrich III.

« Maintenant, l’État allemand dit que cela a été négocié sur un pied d’égalité avec la Gestapo et que mon grand-père n’aurait pas dû signer. Après tout, le libellé du document était légal à l’époque et il l’est donc maintenant et… il a été notarié », dit Friedrich. « C’est extrêmement cynique et absurde ».

Les tribunaux, ajoute-t-il, ont refusé d’entendre des experts, comme le célèbre historien britannique Sir Anthony Beevor, qui soutenait la cause de la famille.

Des preuves cachées

Néanmoins, Friedrich se dit « beaucoup plus optimiste » quant à l’évolution de l’affaire. « Nous avons prouvé l’affaire bien au-delà du doute raisonnable. Nous l’avons prouvé à 100 % », dit-il.

La source de cet optimisme est ce que l’équipe de Friedrich décrit comme la « colonne vertébrale » de leur nouvelle demande – la découverte en 2019 d’un « dossier de restitution » dans les « archives de restitution » du BADV, l’organisme d’État responsable des questions de propriété non résolues. Le dossier de restitution contenait des documents ordonnant la destruction des inscriptions du livre d’actes [28.50] concernant les successions de Friedrich III. Selon Christian Linde, l’avocat de Friedrich, ces documents prouvent de manière irréfutable l’intention des nazis de dissimuler le vol des biens de son grand-père.

Vue du château Solms-Baruth dans la ville de Baruth, dans l’est de l’Allemagne, le 2 décembre 2008. (Crédit : AP Photo/Sven Kaestner)

En 2014, les tribunaux ont statué que pour avoir droit à une restitution, il fallait prouver que les ordres de transfert des terres de Friedrich III avaient été émis avant mai 1945. L’équipe juridique de Friedrich fait valoir qu’une analyse chimique de l’encre qu’il a commandée sur les « ordres de destruction » montre que l’encre utilisée date de la période nazie et répond donc à la barre fixée par les tribunaux il y a sept ans. Il allègue également que le BADV a retenu la « preuve de l’affaire » alors qu’il avait précédemment affirmé sous serment avoir présenté tous les documents relatifs à la demande.

Contacté par le Times of Israel, le BADV a déclaré qu’il ne pouvait pas fournir d’informations sur les procédures administratives en cours.

La découverte des dossiers prouve également, selon Friedrich, que les actes et la propriété n’ont pas été perdus, comme l’a longtemps affirmé l’État, au cours des réformes foncières menées par les communistes est-allemands. En effet, son équipe a également eu accès à des archives de l’Allemagne de l’Est où elle a trouvé des instructions écrites de hauts fonctionnaires de ne pas toucher à la propriété de son grand-père au cours des réformes foncières. Selon Friedrich, ces instructions reflètent le fait que, pour les communistes, les propriétés étaient déjà des biens d’État, ayant été saisies par les nazis et administrées par eux en tant que « biens d’État ». (Seule la propriété privée pouvait être confisquée dans le cadre des réformes agraires des communistes).

D’autres cas de restitution ?

Friedrich pense qu’avec la découverte des dossiers de restitution prétendument retenus par le BADV, sa bataille juridique a pris une « dimension beaucoup plus grande » que le simple cas de son grand-père. Son avocat, dit-il, estime qu’il y a entre 10 000 et 20 000 cas similaires qui « sommeillent » dans les archives de restitution de l’État et qui n’ont pas non plus été divulgués. Ces dossiers, estime-t-il, « pourraient très bien être dans une large mesure » liés à des biens volés à des familles juives vers lesquelles la Gestapo a principalement « dirigé sa kleptomanie. »

Le prince Friedrich zu Solms-Baruth V, enfant, sur la tombe de son grand-père, le prince Friedrich zu Solms-Baruth III, en Namibie. (Crédit : avec l’aimable autorisation du Prince Friedrich zu Solms-Baruth V)

« Si je pouvais faire la lumière là-dessus, ce serait formidable », déclare Friedrich. Bien que l’Allemagne ait « créé plusieurs institutions très médiatisées et bien connues », dit-il, « la justice doit encore être rendue dans cette affaire et dans de nombreux autres cas exceptionnels de vol manifeste par la Gestapo. »

Friedrich souhaite également que cette affaire montre aux jeunes générations comment les nazis « ont inventé ces méthodes perfides et très astucieuses pour dissimuler leurs crimes sous un vernis de légalité. »

M. Friedrich estime que ce jugement pourrait également répondre à une question plus large concernant la relation de l’Allemagne du XXIe siècle avec le régime qui a plongé l’Europe dans la guerre et présidé au meurtre de millions de personnes, il y a 80 ans.

« L’Allemagne ne cesse de répéter que la culpabilité des nazis est incommensurable, mais je crois qu’à travers cette affaire historique de crimes nazis contre une famille – en particulier la famille d’un homme du 20 juillet – l’Allemagne a maintenant une réelle chance de démontrer qu’elle a vraiment tiré les leçons de son sombre passé », déclare Friedrich.

« Si les tribunaux continuent d’ignorer les preuves qui leur sont présentées et d’éviter délibérément les circonstances historiques, et si l’État continue de dissimuler des preuves – il est douteux qu’ils l’aient fait uniquement dans notre cas – alors un autre feu vert sera donné à la perpétration de crimes nazis lorsque les intérêts fiscaux de l’État sont en jeu, surtout lorsqu’ils se sentent inobservés », dit-il.

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