Un chatbot pour aider à la prise en charge de l’anxiété aiguë qui suit immédiatement des événements traumatisants

L'équipe de l'université Ben Gurion espère que son application d'IA gratuite et trilingue sera largement adoptée en Israël, dans la diaspora et dans les pays du Golfe

Photo d'illustration : Des équipes de secours viennent en aide à des habitants sous le choc dans un quartier résidentiel pris pour cible dans la ville d'Ashkelon, dans le sud du pays, le 11 mai 2021, après des tirs de roquettes lancés par le Hamas depuis la bande de Gaza. (Crédit : JACK GUEZ / AFP)

Des chercheurs de l’université Ben Gurion du Neguev, dans le sud d’Israël, ont développé une nouvelle application conçue pour permettre à toute personne présente lors d’un événement traumatisant d’apporter une première assistance psychologique.

Les créateurs de cette application disponible en hébreu, en anglais et en arabe, espèrent qu’elle aidera à prévenir l’apparition de traumatismes, tant chez les citoyens ordinaires et chez les premiers intervenants en Israël que chez les Juifs de la diaspora exposés à des actes antisémites à l’étranger, ainsi que chez les Arabes du Golfe.

En effet, depuis le début de la guerre qui oppose actuellement Israël et les États-Unis à l’Iran, de nombreux Arabes du Golfe sont pour la première fois confrontés à des événements traumatisants de grande ampleur.

En quelques secondes, cette application gratuite propose aux premiers intervenants une série de mesures fondées sur des données scientifiques et sur des protocoles internationaux. Un chatbot invite les utilisateurs à décrire brièvement l’événement, avant de leur indiquer ce qu’il convient de dire dans cette situation spécifique. Il s’agit notamment de maintenir un contact visuel avec la victime et de l’encourager à réfléchir, à parler et, si possible, à effectuer une action physique.

Talia Meital Schwartz-Tayri, fondatrice et directrice du laboratoire « AI for Social Work » de l’université, à l’origine du développement de l’application, a raconté avoir rejoint un groupe de bénévoles composé de professionnels de la santé mentale immédiatement après l’invasion meurtrière du sud d’Israël par le Hamas le 7 octobre 2023, au cours de laquelle plus de 1 200 personnes ont été tuées et 251 autres ont été enlevées, emmenées dans la bande de Gaza. Toutes ont depuis été rapatriées, vivantes ou mortes.

Elle a déclaré avoir constaté combien il était difficile, pour les premiers intervenants professionnels, d’appliquer les principes de premiers secours psychologiques qu’ils avaient appris, se trouvant eux-mêmes aussi en état de choc.

Les ambulances aériennes du Magen David Adom évacuent les blessés de l’attaque terroriste du Hamas du 7 octobre 2023, qui a tué près de 1 200 Israéliens et en a blessé plus de 3 000. (Crédit : Autorisation)

« Il y a toute une série de mesures à prendre, de gestes à accomplir », a-t-elle expliqué. « Mais on est soi-même complètement bouleversé par ce qu’on voit. » Très souvent, les premiers intervenants quittent les lieux avec le sentiment de ne pas avoir su aider, ajoutant ainsi à leur propre traumatisme, a précisé Schwartz-Tayri.

Évoquant la guerre actuelle que mènent Israël et les États-Unis contre l’Iran, elle a souligné que la majorité des personnes en état de choc et souffrant d’anxiété après des attaques aux missiles pourraient éviter l’hospitalisation si des premiers soins psychologiques adaptés étaient prodigués sur place.

Le fait d’être transporté à l’hôpital crée « un souvenir délétère de l’événement, qui contribue au traumatisme », a-t-elle ajouté. « Les gens gardent en mémoire leur impuissance, le trajet en ambulance, leur incapacité à agir, leur échec à protéger leurs enfants. Si l’on parvient à ramener les gens à l’activité et à un fonctionnement, leur perception de l’événement s’en trouve modifiée. »

Les instructions données par le chatbot se terminent toujours par les coordonnées d’organismes compétents vers lesquels la victime peut être orientée. « L’une des lacunes de la prise en charge actuelle, partout dans le monde, réside dans l’absence de continuité des soins. Or, cela pourrait changer la donne », a fait remarquer Schwartz-Tayri.

Le chatbot, dont l’apprentissage s’appuie sur des données issues de cas réels en Israël et d’articles de recherche, peut répondre à de nombreuses situations d’urgence, allant des attaques à la roquette et des fusillades de masse aux tremblements de terre, aux violences familiales et aux agressions sexuelles. Conçu pour les plus de 16 ans, il a fait l’objet de nombreux essais.

Talia Meital Schwartz-Tayri, fondatrice et directrice du laboratoire « AI for Social Work » à l’université Ben Gurion, dans le sud d’Israël. (Autorisation)

Selon Schwartz-Tayri, la nécessité d’une aide psychologique de premier secours est tout particulièrement importante dans les communautés arabes et juives mizrahim — les Juifs originaires de pays musulmans.

« La probabilité qu’un membre de la société arabe, surtout un homme, sollicite un soutien psychologique est infime », a-t-elle indiqué, invoquant les préjugés culturels. Elle a expliqué avoir constaté ces mêmes préjugés au sein de sa propre famille élargie, juive mizrahim.

Au début du mois, le laboratoire a organisé un webinaire destiné aux arabophones, auquel ont participé plus de 100 personnes.

Schwartz-Tayri espère que son application pourra être diffusée aux Émirats arabes unis et à Bahreïn via les ambassades israéliennes sur place, et que sa version anglaise sera présentée aux communautés de la diaspora.

Pour développer cette application, l’équipe a travaillé avec des responsables de la santé mentale et des hauts gradés de l’armée israélienne, des scientifiques spécialisés en médecine d’urgence, ainsi que des professionnels et des bénévoles des services d’urgence nationaux, des unités hospitalières de première ligne et des organisations humanitaires.

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