Face aux violences sur tous les fronts, les Arabes israéliens s’ouvrent à l’aide en santé mentale
Après 18 mois d’activité dans les villes arabophones, un centre du nord d’Israël observe moins de préjugés et une hausse des appels
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Quelques secondes ont suffi, lors d’une chaude soirée de samedi en juillet 2024, pour transformer la ville druze de Majdal Shams en un lieu de tragédie et de deuil national.
Douze enfants et adolescents ont été tués lorsqu’une roquette Falaq-1 de fabrication iranienne, tirée par le groupe terroriste chiite libanais du Hezbollah, s’est abattue sur un terrain de football, laissant un immense cratère, des vélos et des scooters calcinés, ainsi que des batteries de vélos électriques fondues.
Au lendemain de l’attaque, cette ville perchée sur le mont Hermon est devenue un lieu de recueillement pour des Israéliens venus de tous les horizons pour rendre hommage aux victimes.
Le centre communautaire de prévention du stress Mashabim (Ressources, en hébreu) a ouvert une antenne à Majdal Shams afin d’offrir un accompagnement thérapeutique et un soutien aux personnes traumatisées.
Cette antenne a été la première d’un réseau de dix centres ouverts par Mashabim dans le nord d’Israël – dont trois dédiés exclusivement aux arabophones et quatre autres accueillant à la fois des personnes parlant arabe et hébreu.
Basée à Kiryat Shmona, l’organisation œuvre depuis 1981 au renforcement de la résilience communautaire le long de la frontière nord instable d’Israël. Ces nouvelles antennes s’inscrivent dans les deux centres de résilience financés par l’État que Mashabim gère depuis cinq ans.
Le personnel arabophone de Mashabim a été multiplié par dix, passant de cinq personnes avant le mois d’octobre 2023 à une cinquantaine aujourd’hui.
Alors qu’à ses débuts l’organisation se contentait de traduire des documents de l’hébreu vers l’arabe, elle produit désormais ses propres brochures et ses vidéos en arabe, afin de mieux répondre aux besoins de ses publics et à la diversité de leurs contextes religieux et culturels.
Ainsi, une brochure destinée aux jeunes lecteurs sur le deuil, qui a été rédigée après la tragédie de Majdal Shams, utilise des prénoms druzes et reflète la croyance de la communauté en la réincarnation.
Des mois de cartographie
Les équipes arabophones ont passé des mois à rencontrer élus locaux, professionnels de santé et habitants afin d’identifier les besoins, intervenant dans des lieux variés tels que les écoles, les crèches ou encore les clubs pour personnes âgées.
Layla Sawaed, assistante sociale et psychothérapeute responsable des communautés arabophones chez Mashabim, souligne l’importance de concevoir des supports originaux adaptés aux sensibilités culturelles.
Elle cite notamment une vidéo de Mashabim destinée aux enfants israéliens, dans laquelle un pilote de l’armée à la retraite promettait de les protéger depuis les airs.
« La plupart des Arabes (à l’exception des Bédouins et des Druzes) ne servent pas dans Tsahal », explique-t-elle. « Ils ne parlent pas le langage militaire. Nous avons donc créé à la place une vidéo avec un clown, destinée aux parents et aux enfants. Il propose des idées ludiques. Pour encourager la respiration, par exemple, il invite à sentir une fleur puis à souffler comme pour éteindre une bougie. »
Parmi les autres approches adaptées figurent l’organisation d’ateliers non mixtes dans les régions conservatrices, séparant hommes et femmes, ou encore l’utilisation d’images de femmes vêtues de manière pudique.
« Il n’existe même pas de mot arabe pour désigner la résilience », ajoute-t-elle.
Le professeur Mooli Lahad, fondateur de Mashabim, explique au Times of Israel que l’élargissement des services destinés aux arabophones du nord du pays a rendu les populations musulmanes, chrétiennes, druzes et bédouines plus disposées à accepter de l’aide provenant de l’extérieur de leurs communautés.
Le psychologue Amir Wakid dirige « Route 70 », l’une des quatre nouvelles antennes de Galilée occidentale. Le projet, nommé d’après l’autoroute, dessert cinq villes musulmanes et druzes et vise à ouvrir des salles de consultation dans chacune d’elles.
À ce jour, seules deux ont pu être mises en place, à Kfar Yassif et à Jdeide Makr. Le manque de financement, la pénurie de thérapeutes arabophones et la hausse des demandes entraînent des délais d’attente pouvant dépasser deux mois.
Depuis le début de la guerre avec l’Iran, la ligne d’assistance en arabe de Mashabim a reçu environ 140 appels, contre seulement six dans la période qui a suivi le 8 octobre 2023, a-t-il déclaré. C’est à cette date que le Hezbollah a commencé à tirer des roquettes sur Israël en soutien au groupe terroriste palestinien du Hamas – soutenu lui aussi par le régime iranien – qui venait, la veille, d’assassiner dans le sud d’Israël plus de 1 200 personnes et d’en enlever 251 pour les emmener en otages dans la bande de Gaza.
De multiples sources d’angoisse
Selon Lahad, les communautés arabophones d’Israël sont confrontées à plusieurs sources d’angoisse. Parmi celles-ci, notamment les violences endémiques dans les villes arabes, liées à la criminalité organisée et aux gangs armés, qui ont déjà fait plus de 60 morts depuis janvier ; les attaques de missiles de Téhéran et du Hezbollah ; le manque d’abris protégés ; ainsi que la crainte de réactions hostiles de la part d’Israéliens juifs face à des propos pouvant être mal interprétés.
Un autre obstacle réside dans la honte et la stigmatisation associées à la recherche d’aide extérieure, poursuit Lahad. L’anxiété est souvent perçue comme une maladie mentale, ce qui, dans les milieux conservateurs, peut entraîner un isolement social et nuire aux perspectives matrimoniales.
Les arabophones sont également exposés aux médias arabes, explique encore Lahad, aux images effroyables de Gaza, et aux publications mensongères diffusées depuis l’Iran, affirmant par exemple qu’Israël est entièrement en flammes.
« Ils ont peur de tout le monde », conclut-il. « C’est une peur généralisée. Toutes les études, y compris celles menées après la deuxième guerre du Liban en 2006, montrent que les symptômes d’anxiété sont bien plus fréquents au sein de la population arabe israélienne que dans la population juive. »
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