Un documentaire retrace la renaissance de survivants du 7-Octobre au Rock Camp
Inspiré par les funérailles musicales d’un otage tué, le fondateur du camp a invité dix survivants en Californie ; The Bridge retrace leur chemin vers la guérison
JTA – « Ils ont essayé de nous tuer. Nous avons survécu. Mangeons. »
La plaisanterie d’Alan King sur les fêtes juives résume l’essence même de la persévérance juive face à l’horreur. Il aurait pu ajouter : « Chantons. » Depuis des millénaires, la musique accompagne le peuple juif dans la joie comme dans la peine. Moïse et les Israélites ont loué Dieu pour les avoir sauvés des Égyptiens dans le Cantique de la mer. Les mariages, les repas de Shabbat et les kumzitz sont tous accompagnés de chansons joyeuses.
Dans les périodes de dévastation extrême, les chants ont exprimé la survie, la détermination et la mémoire. Pendant la Shoah, les Juifs ont continué à composer et interpréter des chants dans les ghettos et les camps de concentration, dont Theresienstadt. L’Hymne des partisans, Zog nit keyn mol (Ne dis jamais), a été composé dans le ghetto de Vilnius.
Il y a trois ans cette semaine, musique et tragédie se sont une nouvelle fois entremêlées lorsque des terroristes dirigés par le groupe terroriste palestinien du Hamas ont attaqué le festival de musique Nova dans le cadre du pogrom du 7-Octobre dans le sud d’Israël, assassinant 378 personnes et prenant 44 otages.
Ce jour-là, plus de 1 200 personnes, dont 364 civils présents au festival Nova, ont été massacrées dans le sud d’Israël, et 251 ont été enlevées et emmenées à Gaza, déclenchant la guerre à Gaza.
Deux mois plus tard, David Fishof, fondateur du Rock ’n Roll Fantasy Camp, a compris à quel point la musique et le traumatisme pouvaient être intimement liés lors des funérailles de Yotam Haim, l’otage aux cheveux roux qui s’était échappé avec deux autres personnes, mais avait été tué par un tir ami.
« Le frère de Yotam, Tuval, et son père, Raviv, sont tous deux batteurs », a déclaré Fishof, agent sportif établi à Los Angeles et producteur dans le secteur du divertissement. « Ils ont interprété un solo de batterie de 20 minutes en l’honneur de Yotam, après quoi Tuval a jeté ses baguettes dans la tombe. À ce moment-là, j’ai compris que je voulais faire venir Tuval et neuf autres survivants du 7-Octobre au Rock Camp à Los Angeles. »
Avec l’aide de Sam Grundwerg, ancien président mondial du Keren Hayesod – United Israel Appeal, les dix survivants se sont envolés pour Los Angeles en mars 2024 pour participer à ce camp qui affichait complet.
Aujourd’hui, leur expérience est retracée dans The Bridge, un nouveau documentaire produit par Kevin Bright, producteur exécutif de la série Friends, qui montre comment la musique peut ouvrir la voie du traumatisme à la guérison. Le film porte le message selon lequel « quand la tragédie frappe le peuple juif, nous jouons plus fort ». Avant sa sortie dans un plus grand nombre de salles en novembre, le film est actuellement projeté dans une sélection de cinémas nord-américains.
Le Rock Camp, fondé par Fishof en 1997, réunit des rockeurs amateurs et des légendes de la musique pour quatre jours de conseils, de répétitions et de concerts dans des clubs emblématiques tels que le Whisky a Go Go et The Viper Room.
La musique, la mémoire et le traumatisme ont marqué l’enfance de Fishof. La musique a sauvé la vie de son père, Mark, un survivant d’Auschwitz et de Buchenwald.
« Mon père chantait pour les nazis, juste pour les divertir », a raconté Fishof. « Ils lui disaient : ‘Chante cette chanson’, et il le faisait. La musique l’a sauvé. C’était pour lui un moyen de ne plus penser à ce qu’il endurait. »
Son père a été hazan à Hackensack, dans le New Jersey, pendant 33 ans.
Fishof a expliqué que le souvenir des souffrances de son père avait fait du 7-Octobre le pire jour de sa vie.
Ces quatre jours passés au Rock Camp ont, en revanche, pu offrir aux survivants du 7-Octobre un rare répit loin de leur traumatisme, ainsi que la possibilité de retrouver le plaisir de faire de la musique. Les Israéliens ont improvisé avec des légendes du rock telles que Michael Anthony de Van Halen, Sebastian Bach de Skid Row, Warren DeMartini de Ratt et Tommy Aldridge de Whitesnake, et ont rencontré Richard Fortus et Slash de Guns N’ Roses.
Parmi les rockeurs israéliens figurait Raz Shifer, chanteur et guitariste de 27 ans originaire de Ramat Gan, un survivant du festival Nova, proche de deux personnes prises en otage, dont Inbar Haiman, assassinée pendant sa captivité et la dernière femme dont la dépouille a été restituée.
Après ce « samedi noir », raconte Shifer dans le film, « je ne pouvais plus dormir. Je ne pouvais plus manger. Je restais simplement assis sur mon canapé, littéralement en état de choc, à essayer de comprendre ce qui avait bien pu se passer, bordel. J’avais oublié qui j’étais : le Raz joyeux, souriant et plein d’énergie. Le Rock Camp a été ma première occasion de remonter sur scène et d’exprimer tout ce que j’avais en moi. Pour moi, ça a été une étape très importante. J’ai pu me rappeler qui j’étais. La musique, c’est ma victoire. C’est la raison pour laquelle je me lève chaque matin et la force qui me maintient en vie. »
Le groupe comptait également Bar Rudaeff, chanteur et guitariste de 28 ans originaire de Tel Aviv, fils de Lior Rudaeff, ancien coordinateur adjoint de la sécurité du kibboutz Nir Yitzhak, assassiné alors qu’il défendait le kibboutz le 7-Octobre. Sa dépouille a été restituée à Israël en novembre 2025.
Pour Rudaeff, jouer aux côtés de Tommy Aldridge, le légendaire batteur de hard rock et de heavy metal qui a joué avec Ozzy Osbourne et Whitesnake, était une manière de se rapprocher de son père à travers la joie que la musique leur procurait à tous deux.
« Mon père aimait beaucoup le rock des années 80, des artistes comme Deep Purple, Bon Jovi, Foreigner et Ozzy Osbourne, alors quand on a joué avec Tommy, c’était vraiment fort et émouvant », raconte-t-il dans The Bridge.
« Le Rock Camp m’a donné l’occasion de ne plus penser pendant quelque temps au fait que mon père n’était plus là. La musique m’a vraiment aidé à surmonter cette épreuve et a fait ressortir beaucoup d’émotions que je refoulais. Ça a été une lueur d’espoir au milieu d’une de nos périodes les plus sombres et ça m’a donné la force d’aller de l’avant. »
« Au Rock Camp, chaque survivant jouait pour des êtres chers, qu’il s’agisse de membres de sa famille ou d’amis qui avaient été assassinés ou étaient toujours retenus en captivité. Chaque note comptait pour eux », a expliqué Fishof.
« La musique leur a permis de s’extraire du 7-Octobre pendant une semaine. À mes yeux, c’était un répit bien mérité face à tout ce qui se passait alors en Israël », a ajouté Bright. Comme le dit l’un des survivants dans le film, « je vis encore le 7-Octobre. Le traumatisme ne disparaît pas ». À l’époque du tournage de The Bridge, ce traumatisme était encore plus vif, ce qui rend leur simple participation d’autant plus remarquable. »
Trois ans après cette journée dévastatrice d’octobre, les survivants continuent de répondre à l’adversité comme leur peuple le fait depuis des millénaires, en chantant et en faisant de la musique.
Tuval se produit régulièrement et a sorti deux albums, dont Ahim (Frères), en hommage à Yotam. Bar produit désormais de la musique, notamment le prochain album d’un autre participant au camp. Quant à Raz, elle se produit désormais en tournée comme chanteuse à plein temps.
« C’est la musique qui a maintenu mon père en vie pendant la Shoah », a déclaré Fishof. « C’est ce qui lui a permis de tenir le coup, et c’est ce qui nous permet, à moi et à beaucoup d’autres, de tenir le coup. Car quoi qu’il arrive, personne ne pourra jamais nous enlever notre musique. Si nous avons la musique, nous avons la vie. »
Ils ont essayé de nous tuer. Nous avons survécu.
Chantons.
Et mangeons.
Pour trouver une séance près de chez vous, rendez-vous sur thebridgedoc.com.