Un juge critique la police pour ne pas avoir arrêté les réels auteurs de l’agression visant Odeh

La cour relâche les 3 suspects, 2 en résidence surveillée, affirme que la police n'a pas réussi à prouver leur participation, des vidéos montrant des dizaines d'émeutiers impliqués

Des captures d'écran de vidéos publiées sur les réseaux sociaux montrent des manifestants de droite criant des insultes au député Ayman Odeh et entourant son véhicule, à Ness Ziona, le 19 juillet 2025. (Crédit : X ; utilisé conformément à l'article 27a de la Loi sur le droit d'auteur)

Les trois suspects arrêtés par la police samedi dans le cadre d’une agression visant le député arabe Ayman Odeh par des manifestants de droite ont été libérés dimanche. Le juge a estimé que rien ne prouvait leur implication et il a critiqué la police pour ne pas avoir appréhendé les autres manifestants visibles sur les images de l’incident et commettant des actes répréhensibles.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et tous ses ministres – sauf un – sont restés silencieux sur l’incident. Une députée a pour sa part exprimé un soutien sans réserve aux manifestants, que l’on peut voir encercler la voiture d’Odeh et crier « Mort aux Arabes » en frappant sur le pare-brise, brisant la vitre.

Odeh, accusé par nombre de personnalités de droite de soutenir le terrorisme, a récemment survécu à une tentative de la Knesset de l’évincer.

Le juge Guy Maimon, du tribunal de première instance de Rishon Lezion, a ordonné la libération des trois suspects, affirmant que les preuves vidéo présentées par la police ne prouvait pas que les suspects avaient réellement commis les actes que la police leur attribuait.

Deux des hommes – Eden Sarafian, 31 ans et Pinchas Amar, 36 ans – ont été relâchés et assignés à résidence.

Le troisième suspect, un jeune homme de 15 ans, a été libéré sans conditions.

Le juge a également déclaré que de nombreuses autres personnes présentes dans la foule qui a encerclé et attaqué la voiture d’Odeh pouvaient être vus en train de commettre les crimes pour lesquels les deux hommes ont été arrêtés, sans être pour autant appréhendés.


Yaron Forer, l’avocat de Sarafian, a repris cet argument, arguant que « sur des dizaines de personnes qui, sous les yeux des forces de l’ordre, ont heurté la voiture du député Odeh », incluant celles qui ont brisé la lunette arrière, « seules trois ont été arrêtées. Il s’agit de répression sélective de la part de la police. Ils ont simplement pris des suspects, sans rien prouver de leur implication. »

Et d’ajouter, après avoir présenté des vidéos de l’incident au tribunal : « On voit des dizaines de personnes prendre la voiture d’assaut, et c’est précisément celui qui n’a rien fait, qui s’est levé et qui a crié, [qui a été arrêté]. La seule fois où on peut le voir, il essaie de donner un coup de pied à la voiture alors que des policiers se tiennent autour du véhicule et le repoussent. »

Les détenus étaient soupçonnés d’avoir intentionnellement endommagé un véhicule. Un représentant des forces de l’ordre, s’adressant au site d’information Ynet, a également accusé les hommes de « menaces », mais aucune allégation de ce type ne fait l’objet de poursuites.

En plus des accusations de « répression sélective », la police a été critiquée par les organisateurs de la manifestation dans le cadre de laquelle Odeh allait prendre la parole lorsqu’il a été agressé. Les organisateurs ont notamment indiqué qu’ils avaient averti la police du risque de violences et demandé la présence de renforts, mais que leurs demandes sont restées sans suite. (Odeh a pris la parole ultérieurement. Il a été visé par des jets d’objets divers et insulté.)


Odeh lui-même a d’ailleurs soulevé ce point dans une vidéo publiée sur son compte X dimanche, disant qu’il avait appelé les organisateurs de la manifestation – contre la guerre de Gaza et pour un accord global avec le Hamas pour restituer tous les otages – afin de les informer des menaces qu’il avait reçues. Ils lui avaient alors assuré qu’ils préviendraient la police.

« J’ai appelé les organisateurs, je les ai mis au courant de la situation, et je leur ai dit – avec les fascistes, on ne doit pas céder. On ne doit pas abandonner. Il faut les vaincre. Je veux venir. Les organisateurs ont fait preuve de courage. Ils m’ont simplement dit d’informer la police [des menaces], et de venir », a-t-il ajouté.

« Je veux vous le dire : la droite sera violente, de plus en plus violente, contre nous tous », a fait savoir Odeh dans sa vidéo de six minutes, dans laquelle il a répété à plusieurs reprises qu’il fallait faire le choix « du fascisme ou de la démocratie », a appelé à mettre fin à la guerre à Gaza et a exhorté aà la formation d’un partenariat politique judéo-arabe.

« Ce sont eux, les extrémistes. Nous choisissons la vie. La vie des Juifs et des Arabes, avec ces choses merveilleuses que sont la paix, la démocratie, l’égalité, la justice sociale – nous avons raison, eux sont des fascistes, et ensemble, nous les vaincrons », a-t-il martelé, invoquant un langage fréquemment utilisé pour désigner une victoire militaire israélienne contre le Hamas.

Le député Ayman Odeh assistant à une réunion de la faction Hadash-Taal, à la Knesset à Jérusalem, le 30 juin 2025. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

L’agression contre Odeh samedi a rapidement fait l’objet de condamnations de la part des dirigeants des partis d’opposition centristes et de gauche israéliens. Cette nuit-là, le président Isaac Herzog a également condamné l’incident, écrivant sur X, en hébreu et en arabe, que « le recours à la violence criminelle n’est pas seulement inacceptable et contraire à la loi, il constitue également une profonde menace pour la démocratie israélienne. Les responsables de cet acte odieux doivent être pleinement traduits en justice ».

Silence au gouvernement ; la députée du Likud se dit « fière » des émeutiers

Au sein du gouvernement lui-même, cependant, une seule déclaration de condamnation a été publiée. Son auteur, le ministre de l’Intérieur Moshe Arbel, du parti Shas, a exigé des forces de l’ordre qu’elles traduisent en justice les « émeutiers violents ». Arbel devait présenter sa démission du gouvernement dimanche, dans le sillage des autres ministres du Shas qui ont quitté le cabinet du Premier ministre en raison de l’échec de l’adoption d’une loi exemptant du service militaire les étudiants haredi en yeshiva.

La députée Tally Gotliv du Likud, le parti du Premier ministre Benjamin Netanyahu, a approuvé les violences, soulignant sur le réseau social X : « Non seulement je ne condamne pas les manifestants de droite contre Ayman Odeh, le partisan du terrorisme, à Ness Ziona, mais en plus je suis fière d’eux ! »

Et de poursuivre : « Ayman Odeh est le plus grand partisan du terrorisme en Israël, lui qui depuis la tribune de la Knesset qualifie nos soldats d’assassins, de massacreurs, de criminels de guerre ! Chaque partisan du terrorisme qui blesse nos soldats et aide nos ennemis meurtriers devrait savoir que la rue ne l’acceptera pas sans résister. »

« Celui qui crie ‘Gaza a gagné et Gaza vaincra’ et qui soutient les meurtriers, les violeurs, les kidnappeurs et les agresseurs – qu’il reste chez lui, caché », a-t-elle ajouté, exprimant en revanche son « respect » pour « les manifestants de droite, don’t l’esprit n’est pas confus ».

La députée du Likud Taly Gotliv retenue physiquement alors qu’elle chahute le député Ayman Odeh, avant un vote sur la proposition d’expulsion du député arabe de la Knesset, le 14 juillet 2025. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

« Ayman Odeh est un ennemi de l’intérieur qui, grâce au parrainage de la Cour suprême, siège au Parlement israélien alors qu’il cherche à saper l’existence de l’État des Juifs sur la Terre d’Israël, un État avec des droits égaux pour tous ses citoyens, mais pas pour ceux qui le sapent ! »

La semaine dernière, la Knesset n’a pas réussi à adopter une motion visant à expulser Odeh de l’assemblée.

La pétition avait été présentée en janvier, après qu’Odeh se soit dit « heureux de la libération des otages et des prisonniers », faisant référence à un accord avec le Hamas impliquant la libération de Gaza de certaines des personnes enlevées par des terroristes le 7 octobre 2023 en échange de détenus palestiniens retenus dans des prisons israéliennes, parmi lesquels beaucoup avaient été condamnés pour terrorisme.

La pétition avait recueilli le nombre de signatures nécessaires pour la soumettre au vote après qu’Odeh a déclaré durant une manifestation anti-guerre à Haïfa en mai que « Gaza a gagné et Gaza vaincra ». Mais sur les 90 voix – sur 120 députés – requises pour qu’elle aboutisse, la motion visant à expulser Odeh n’a été appuyée que par 73 parlementaires.

Incident raciste dans un cinéma de Jérusalem ; aucune arrestation

Samedi soir, un incident raciste a éclaté à Jérusalem. Des dizaines de jeunes juifs ont été filmés en train de saccager une salle de cinéma en scandant « Mort aux Arabes » et en lançant des objets sur les employés présents derrière le comptoir de l’établissement.

La police a annoncé dimanche n’avoir procédé à aucune arrestation en lien avec l’incident.


Sur des images du cinéma, on voit de très nombreux jeunes hommes jetant des panneaux au sol, lançant des gobelets et ce qui semble être un casque de moto sur des employés arabes du Cinema City de Jérusalem. Les employés ont répliqué, jetant des objets par-dessus le comptoir tout en faisant des doigts d’honneur à la foule.

Les émeutiers ont pris la fuite à l’arrivée des forces de Les émeutiers avait déjà fui les lieux au moment où les policiers sont arrivés, ont rapporté les forces de l’ordre au Times of Israel.

« Aucun suspect n’a été arrêté parce que tous étaient déjà partis, et que les employés n’ont pas pu identifier les suspects en présence des policiers. Nous travaillons donc sur les images pour identifier [les suspects] », a expliqué un porte-parole du district de Jérusalem.

read more: