Un officiel de la police visé par une enquête pour collusion présumée avec l’ancien maire de Nazareth

Pour les enquêteurs, Manny Binyamin aurait interféré dans l'enquête sur la prise de contrôle de la mairie de Nazareth par la famille Bakri ; selon l'avocat, les liens entre le chef de Lahav 433 et le politicien sont 'transparents et connus'

Le commandant de l'unité Lahav 433, Manny Binyamin, quittant le département des enquêtes internes de la police, à Jérusalem, le 30 novembre 2025 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Mercredi, les enquêteurs ont fait savoir que le chef de l’unité Lahav 433, l’organe d’investigation d’élite des forces de l’ordre, était soupçonné d’avoir entretenu des liens avec un ancien maire de Nazareth alors que cet homme politique local était lui-même visé par une enquête pour des tentatives présumées de prendre le contrôle financier de la municipalité, en lien avec une famille du crime.

L’embargo qui pesait sur les détails de l’affaire concernant le commissaire adjoint Manny Binyamin a été levé après que la police a mené des raids, cette nuit. Elle a arrêté d’actuels et d’anciens fonctionnaires de la municipalité de Nazareth, ainsi que des membres de la famille criminelle Bakri.

Dans le sillage de ces raids, de l’annonce de l’enquête et de l’opération d’infiltration, le département des enquêtes internes de la police a indiqué que Binyamin était soupçonné d’avoir agi en situation de conflit d’intérêts en raison de ses relations personnelles avec l’ancien maire de Nazareth, aujourd’hui en détention, ajoutant qu’il lui est reproché d’avoir partagé avec lui des informations de nature policière. Le nom de l’ancien fonctionnaire n’a pas été divulgué.

Les enquêteurs, après avoir recueilli des preuves mettant en cause Binyamin dans le cadre de l’enquête sur la famille Bakri, le soupçonnaient d’avoir collaboré avec des responsables de la police dans le nord du pays dans le but de transférer des documents d’enquête à une unité qui lui était subordonnée au sein du Lahav 433.

Des preuves indiquent que la famille criminelle Bakri avait « pris le contrôle de la gestion financière de la municipalité », a fait savoir la police dans la matinée de mercredi. Les fonctionnaires arrêtés sont soupçonnés d’avoir transféré d’importantes sommes d’argent à des membres de gangs criminels, au détriment de la ville et de ses habitants.

Les enquêteurs de la police du district nord ont recherché des preuves supplémentaires dans les locaux de la municipalité de Nazareth.

Une vue de la ville de Nazareth au nord d’Israël, le 25 mars 2024. (Crédit : Nati Shohat/Flash90)

Binyamin a été interrogé pour la première fois à la mi-novembre. Il était alors soupçonné d’avoir illégalement interféré dans l’enquête sur la famille Bakri. Il a été convoqué ultérieurement pour un autre interrogatoire dans les bureaux du DIPI, suspecté d’avoir tenté de promouvoir l’un de ses proches à un poste élevé.

Pour Uri Korb, l’avocat de Binyamin, les soupçons du DIPI à l’encontre de son client sont « sans fondement et très embarrassants ».

« La relation entre le commissaire adjoint Binyamin et l’ancien maire était d’ordre professionnel et transparente pour tout. Elle s’est même poursuivie sur cette base professionnelle afin de ne pas nuire à l’enquête secrète », a-t-il souligné.

Les réunions et les appels téléphoniques entre Binyamin et l’ancien maire étaient « transparents et connus ». De plus, d’autres hauts fonctionnaires ont également pris part à certaines de ces réunions, a ajouté Korb.

« Le chef de Lahav [433] savait que le maire était visé par une enquête, avec tout ce que cela implique », a poursuivi Korb. L’avocat a insisté sur le fait que Binyamin n’avait divulgué aucune information au responsable municipal et que, bien au contraire, il avait supervisé la collecte des preuves qui avaient permis son arrestation.

Binyamin fait actuellement l’objet d’une enquête pour abus de confiance et abus de pouvoir. Il lui est interdit de contacter les personnes impliquées dans l’affaire en cours.

Début décembre, au lendemain de son troisième interrogatoire, Binyamin a repris ses fonctions à la tête de Lahav 433, avec le soutien indéfectible du chef de la police Danny Levy.

Depuis que le scandale a éclaté, Levy, ainsi que d’autres hauts responsables de la police, ont exprimé leur soutien à Binyamin, affirmant que les forces de l’ordre ont besoin de lui pour continuer à diriger l’organisme d’enquête. Des députés de la coalition, parmi lesquels le ministre de la Sécurité intérieure Itamar Ben Gvir, ont accusé le DIPI de mener une enquête politique sur l’officier.

Binyamin est l’un des officiers de police les plus haut gradés du pays. Il a été promu deux fois sous le mandat de Ben Gvir. Il a pris ses fonctions actuelles à la tête du Lahav 433 en septembre 2024. Son travail consiste à superviser des enquêtes très médiatisées, dont beaucoup impliquent des politiciens et d’autres personnalités publiques.

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