Police : le chef de l’unité des crimes majeurs Lahav 433 placé sous enquête
Soupçonné d'abus de confiance et d'abus d'autorité, Manny Binyamin aurait interféré dans l'enquête pour aider un complice

Jeudi soir, Manny Binyamin, le chef du service de police Lahav 433 dédié aux crimes les plus graves, a été identifié comme étant l’officier supérieur arrêté aux fins d’interrogatoire, la veille, autour de soupçons d’abus de confiance et d’autorité.
L’homme, qui a rang de chef adjoint de la Police, a été détenu et interrogé sous caution par le Service des enquêtes internes de la police, soupçonné d’être intervenu dans une enquête classifiée dans laquelle il aurait eu un conflit d’intérêts passé sous silence, et d’avoir pris des mesures pour influencer la gestion de l’affaire au sein de son service. Il aurait par ailleurs aidé un homme d’affaires faisant partie de ses proches.
Il a été interrogé pendant sept heures et les enquêteurs ont saisi son téléphone avant de le remettre en liberté sous conditions, à commencer par l’interdiction d’entrer dans les locaux de la police lors des neuf prochains jours ou de contacter les autres personnes impliquées.
Le suspect est l’un des plus importants officiers de police du pays, promu à deux reprises depuis la prise de fonctions du ministre de la Sécurité intérieure, Itamar Ben Gvir.
Il a lui-même pris ses fonctions à la tête de Lahav 433 en septembre 2024, avec des enquêtes sous l’oeil du grand-public – nombre d’entre elles concernant la corruption de politiciens et de personnalités publiques.
Jeudi matin, les médias israéliens ont rapporté que l’affaire que Benjamin aurait tenté d’influencer n’avait pas encore été rendue publique et n’en était qu’à ses débuts.
« C’est une affaire encore peu connue du grand public », ont déclaré des sources proches de l’affaire à l’agence de presse Ynet.
L’embargo de publication émis par le tribunal de Jérusalem s’oppose à la révélation de la plupart des éléments de l’enquête.
Le Service des enquêtes internes de la police et la police israélienne auraient formé une équipe d’enquête conjointe ad hoc et plusieurs officiers supérieurs – à commencer par le chef de la police, Danny Levy, et des proches du suspect – ont été tenus de signer des accords de confidentialité pour éviter les fuites, explique Ynet.
Levy aurait réuni en urgence les personnels de commandement de la police suite à l’arrestation de Binyamin et devrait nommer le chef adjoint Eli Macmel, actuellement à la tête de l’unité nationale d’enquête sur les fraudes de Lahav 433, chef par interim.
Les officiers supérieurs de la police se sont dits incrédules et sous le choc.
« Nous parlons de l’un des chefs adjoints les plus vifs et les plus respectés de notre organisation », a déclaré un haut responsable au site d’information Maariv. « Il occupe l’un des postes d’enquête les plus élevés, il sait mieux que quiconque la sensibilité des affaires en cours.
Franchement, ces soupçons n’ont aucun sens pour nous. S’ils étaient avérés, ce serait un véritable tremblement de terre ici. Mais jusqu’à preuve du contraire, nous croyons en son intégrité. »
Jeudi, les médias israéliens ont laissé entendre que Ben Gvir, dont le ministère supervise la police, croyait en l’innocence de Binyamin et s’opposait à la nomination de Macmel comme chef par interim.
Ce n’est pas la première fois que Ben Gvir s’oppose publiquement à la police, comme ce fut le cas dans une affaire actuellement en cours d’examen par la justice dans laquelle il est accusé d’avoir empêché la promotion d’une policière impliquée dans l’affaire de corruption du Premier ministre Benjamin Netanyahu.
Par ailleurs, d’autres enquêtes sont dans le viseur, à commencer par le recours déposé devant la Cour Suprême pour désigner l’entité responsable de superviser l’enquête sur l’ex-procureure générale militaire, Yifat Tomer-Yerushalmi, dans l’affaire de la fuite de Sde Teiman.
Cette affaire a exacerbé les tensions entre le ministre de la Justice, Yariv Levin, et la procureure générale Gali Baharav-Miara, les deux parties en présence se refusant à tout compromis. Mardi, au cours d’une audience tendue, les juges de la Cour suprême ont « imploré » les parties prenantes de parvenir à un compromis, ce qui, jeudi, n’était pas fait.
Le conflit autour de l’autorité compétente pour mener l’enquête criminelle sur la fuite – et la dissimulation présumée – a déclenché un tollé politique et mis à nu les profondes divisions sociétales au sujet des services de l’ordre et de justice.







