Un organisme européen de sécurité routière suspend Israël pour ses « mesures gouvernementales »

On ignore si cette décision est liée aux politiques de sécurité routière ou à la guerre à Gaza ; 2025 a été l’année la plus meurtrière sur les routes israéliennes depuis vingt ans

Illustration : Embouteillages sur l'autoroute Ayalon, à Tel Aviv, le 18 octobre 2023. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)

Une importante organisation européenne à but non lucratif, basée à Bruxelles et engagée dans la réduction du nombre de morts et de blessés sur les routes, a suspendu Israël de son programme de recherche comparative sur la sécurité routière, estimant que de récentes décisions du gouvernement israélien contredisent son engagement à « protéger la vie humaine ».

Dans une lettre publiée le 1ᵉʳ décembre 2025 par Haaretz, Antonio Avenoso, directeur exécutif du Conseil européen pour la sécurité des transports (ETSC), a indiqué que le conseil d’administration avait décidé de suspendre l’Autorité nationale israélienne de sécurité routière de son programme d’indice de performance en matière de sécurité routière (PIN).

« Les récentes actions du gouvernement israélien actuel ont été jugées incompatibles avec l’engagement de principe de l’ETSC et du programme PIN à protéger la vie humaine », écrit Avenoso, précisant que la suspension est entrée en vigueur au début du mois et qu’elle sera réévaluée périodiquement.

La lettre ne précise pas si cette décision est uniquement motivée par l’incapacité d’Israël à enrayer la hausse du nombre d’accidents mortels de la route, en progression depuis plusieurs années, ou si elle constitue une critique plus large de la guerre menée contre le groupe terroriste palestinien du Hamas dans la bande de Gaza, vivement dénoncée par plusieurs institutions européennes pour de présumées violations des droits de l’Homme.

Le dernier rapport PIN, publié en août, indique qu’Israël a enregistré une hausse de 22 % des décès sur les routes entre 2023 et 2024, la plus forte augmentation parmi les 32 pays étudiés. La majorité d’entre eux ont, au contraire, connu une baisse de la mortalité routière.

Selon ce rapport, l’augmentation du nombre de morts sur les routes en Israël s’inscrit dans une tendance continue depuis 2014, le pays ayant enregistré une hausse cumulée de 34 % en dix ans.

Un véhicule endommagé, à côté d’une ambulance, après un accident de voiture dans lequel est impliqué le chanteur israélien Gidi Gov, sur l’autoroute Ayalon, le 15 septembre 2025. (Magen David Adom)

D’après l’Autorité nationale israélienne de sécurité routière (NRSA), avec 452 décès, l’année 2025 a été la plus meurtrière sur les routes israéliennes depuis 2005.

Le ministère des Transports a récemment adopté un plan quinquennal visant à réduire de 5 % par an le nombre de décès sur les routes jusqu’en 2030. Cet objectif est nettement inférieur à celui de 50 % de réduction affiché dans un plan similaire présenté en 2020.

« Les Européens nous ont adressé un carton rouge dans la lutte contre les accidents de la route », a déclaré à Haaretz Yaniv Yaakov, directeur général de l’organisation à but non lucratif Or Yarok, engagée en faveur de politiques de circulation plus sûres en Israël. « La sécurité routière a été négligée ces dernières années et reléguée au bas de la liste des priorités, et voilà le résultat. »

« Tandis que les gouvernements européens placent la sécurité routière au plus haut niveau de priorité et agissent dans le cadre de plans nationaux pluriannuels, le ministère des Transports a fait preuve d’indifférence et d’un manque d’intérêt », a-t-il ajouté. « L’absence d’un plan pluriannuel structuré se traduit par une hausse du nombre de morts, dont nous payons tous le prix après une nouvelle année d’échec. »

La hausse de la mortalité routière intervient alors que le directeur sortant de la NRSA, organisme indépendant chargé de coordonner la lutte contre les accidents de la route entre les différents ministères, a averti que le retard dans la mise en œuvre d’un plan pluriannuel doté de financements avait entravé les efforts de prévention.

Le premier plan stratégique de ce type avait été approuvé en 2005 et mis en œuvre jusqu’en 2015. Un rapport du contrôleur de l’État publié en mai 2024 indiquait que ses objectifs, notamment le déploiement d’au moins 450 unités de contrôle routier et la réduction du nombre annuel de décès à un maximum de 300, n’avaient jamais été atteints.

Lors de sa création, le budget annuel de la NRSA avait été fixé à 550 millions de shekels, mais il a diminué progressivement pour atteindre aujourd’hui environ 60 millions de shekels, selon The Marker.

Par ailleurs, la division de la police chargée de la sécurité routière opère très en deçà des normes internationales.

Selon le quotidien économique, on compte une voiture de patrouille pour 180 kilomètres de routes interurbaines, contre une moyenne d’une pour 10 kilomètres dans les pays de l’OCDE.

read more: