Un photographe juif canadien zoome sur la diversité des soldats seuls de Tsahal
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  • « Emily, 19 ans. Ville non divulguée, Ouzbékistan. Infanterie. » (Brant Slomovic)
    « Emily, 19 ans. Ville non divulguée, Ouzbékistan. Infanterie. » (Brant Slomovic)
  • Hadar, 21ans, originaire de Migdal Ha'Emek, soldate dans l'armée de l'air israélienne. (Crédit : Brant Slomovic)
    Hadar, 21ans, originaire de Migdal Ha'Emek, soldate dans l'armée de l'air israélienne. (Crédit : Brant Slomovic)
  • Josh, 22 ans. West Caldwell, New Jersey, USA. commandant de Peloton dans l'infanterie. (Crédit : Brant Slomovic)
    Josh, 22 ans. West Caldwell, New Jersey, USA. commandant de Peloton dans l'infanterie. (Crédit : Brant Slomovic)
  • Samuel, 19ans, originaire de Milan, en Italie, soldat dans l'infanterie. (Crédit : Brant Slomovic)
    Samuel, 19ans, originaire de Milan, en Italie, soldat dans l'infanterie. (Crédit : Brant Slomovic)
  • Peter, 18 ans, originaire de Minsk, en Biélorussie, . Équipes de sauvetage. (Crédit : Brant Slomovic)
    Peter, 18 ans, originaire de Minsk, en Biélorussie, . Équipes de sauvetage. (Crédit : Brant Slomovic)
  • 'Belén, 19 ans, Cordoue, en Espagne, soldate dans l'infanterie. (Crédit : Brant Slomovic)
    'Belén, 19 ans, Cordoue, en Espagne, soldate dans l'infanterie. (Crédit : Brant Slomovic)
  • « Sisit, 21 ans. Addis-Abeba, Ethiopie. Infanterie. » (Brant Slomovic)
    « Sisit, 21 ans. Addis-Abeba, Ethiopie. Infanterie. » (Brant Slomovic)
  • 'Stas, 19. Gomel, Belarus. Logistics' (Brant Slomovic)
    'Stas, 19. Gomel, Belarus. Logistics' (Brant Slomovic)
Interview

Un photographe juif canadien zoome sur la diversité des soldats seuls de Tsahal

Dans “The Cracks in Everything”, Brant Slomovic, un médecin urgentiste de Toronto présente des années de portraits émouvants de jeunes venus du monde entier pour défendre Israël

Pendant près de cinq ans, le photographe canadien Brant Slomovic a focalisé son objectif sur les soldats seuls d’Israël, ces jeunes hommes et femmes venus du monde entier pour servir dans l’Armée de défense d’Israël, en laissant leurs familles derrière eux, dans leur pays d’origine.

« Quand j’ai entendu parler pour la première fois des soldats seuls et que j’ai commencé à lire à leur sujet, j’ai été frappé par le fait que c’est une façon extraordinaire de rechercher un sentiment d’appartenance », a déclaré Slomovic dans une interview au Times of Israel depuis son domicile de Toronto.

À tout moment, environ 3 500 étrangers servent dans l’armée israélienne, la majorité d’entre eux venus d’Amérique du Nord ou de pays d’ex-Union soviétique. D’autres viennent d’Europe ou de pays comme le Panama, l’Argentine, le Brésil, l’Australie, l’Inde et l’Éthiopie. (Un nombre équivalent de soldats seuls sont des Israéliens qui ont grandi en Israël, mais n’ont pas de famille en Israël.)

« En les regardant, je peux mieux me comprendre, ainsi que les choix que j’ai faits dans ma vie », a déclaré Slomovic, qui est aussi médecin urgentiste et a suivi sa formation médicale initiale au Technion de Haïfa.

Certains des soldats seuls étrangers ont grandi dans des foyers juifs à tendance sioniste, tandis que d’autres ne connaissaient pas grand-chose d’Israël avant de prendre leur décision de venir. Certains soldats ne sont pas juifs selon la loi religieuse juive, et d’autres ne sont même pas sûrs des origines juives de leur famille. Néanmoins, ils ont tous choisi de partager leur sort avec le peuple juif et de risquer leur vie pour l’État et la terre d’Israël.

« Sisit, 21 ans. Addis-Abeba, Ethiopie. Infanterie. » (Brant Slomovic)

Slomovic, 50 ans, a récemment publié sa première monographie. Intitulé The Cracks in Everything, son livre présente les portraits de soldats venus de 17 pays différents, et des paysages autour des bases militaires, ou sur les routes que Slomovic a prises pour s’y rendre ou en revenir.

Le titre fait référence aux fameuses paroles « Il y a une fissure, une fissure dans tout. C’est par là que la lumière entre » de la chanson « Anthem » de l’icône canadienne Leonard Cohen.

« Shachar, 19 ans. Valence, Espagne. Infanterie. » (Brant Slomovic)

Le livre comprend 60 des milliers d’images que le photographe a capturées lors des huit voyages qu’il a effectués en Israël depuis 2015 pour ce projet.

The Cracks in Everything s’achève par une postface de l’auteur et journaliste canado-israélien Matti Friedman. Après avoir lu les mémoires de Friedman sur son service dans l’armée israélienne au Liban, Pumpkinflowers: A Soldier’s Story of a Forgotten War, Slomovic lui a demandé d’expliquer aux lecteurs de sa monographie ce que ça signifie de servir dans l’armée israélienne, en particulier en tant que soldat seul.

Friedman s’est exécuté : « Ce qui vous permet de tenir pendant le service militaire, qui est horrible la plupart du temps, ce sont les gens autour de vous – vos camarades, bien sûr, mais aussi vos parents, qui vous préparent un repas chaud et font votre lessive à chaque permission, et vous procurent leur soutien et les souvenirs de leur propre temps passé sous les drapeaux ».

« Contrairement aux soldats d’un pays comme l’Amérique, qui mène des guerres très lointaines, ici il n’y a pas de déploiements à l’étranger et s’enrôler ne signifie pas forcément quitter la maison. Contrairement aux films de guerre hollywoodiens où les héros combattent seuls, la vie dans une véritable armée, et certainement dans cette armée, est collective. Accompagner les soldats pendant cette période de leur vie et les amener au bout de leur service en toute sécurité, pour les Israéliens, c’est un projet familial », écrit Friedman.

Les soldats isolés, cependant, ne bénéficient pas de la proximité de ce soutien familial. Alors qu’est-ce qui leur donne envie de venir en Israël et de rejoindre l’armée israélienne malgré ces difficultés ? Slomovic voulait comprendre, et transmettre visuellement la réponse à travers ses clichés.

« Emily, 19 ans. Ville non divulguée, Ouzbékistan. Infanterie. » (Brant Slomovic)

Lors d’entretiens en tête-à-tête avec plus de 50 soldats qu’il a rencontrés lors de ses visites de bases militaires, Slomovic a appris leurs histoires. Il lui est rapidement apparu qu’il y a des facteurs d’attraction, ou de répulsion qui poussent ces jeunes à venir en Israël et pour servir ce pays.

Pour ceux qui ont grandi dans des maisons et des écoles sionistes, rejoindre l’armée israélienne n’était pas un choix totalement inattendu. D’autres se sentaient profondément isolés et étrangers dans les sociétés occidentales et cherchaient un sentiment d’appartenance auprès de leurs camarades de Tsahal et au sein de la société israélienne, connue pour sa chaleur et son hospitalité.

« Malgré sa fragmentation politique, Israël reste une société cohésive, voire tribale, par rapport aux pays d’Amérique du Nord ou d’Europe. Et l’armée israélienne est une tribu dans une tribu », écrit Friedman.

« Gabrielle, 25 ans. Brisbane, Australie. Unité des relations publiques. » (Brant Slomovic)

Il y a également ceux qui ont été contraints de fuir l’antisémitisme ou les difficultés économiques dans leur pays d’origine, ou qui voulaient prendre des distances par rapport à un contexte familial délicat.

« J’ai également été très frappé de voir combien d’entre eux cherchaient à apporter leur contribution, à servir une cause plus importante qu’eux-mêmes. Je pense que c’est quelque chose de vraiment fort dans la génération Z », a affirmé Slomovic.

« La maturité de ces jeunes, leur volonté de se sacrifier et leur sens du devoir sont de la vieille école, et dans le bon sens du terme », a-t-il ajouté.

Dès le départ, Slomovic n’avait aucune intention de photographier les combats ou la vie militaire quotidienne. À l’aide d’un appareil photo numérique et de la lumière naturelle, il voulait créer des portraits fixes de soldats seuls.

Pour la plupart des images, Slomovic a placé les soldats au centre d’un cadre horizontal, et à une certaine distance de l’objectif. Aucun de leurs commandants ou camarades n’est avec eux. En tant que soldats seuls, ils apparaissent seuls.

Brant Slomovic. (Autorisation : Brant Slomovic)

Tous les soldats regardent l’objectif, à l’exception d’un fantassin de 21 ans, Raphaël, originaire d’Anvers en Belgique, qui tourne le dos au photographe.

Après avoir discuté avec les soldats, Slomovic décide avec eux du lieu où prendre les portraits. Le sujet des photos sont les jeunes hommes et femmes, mais également les paysages où ils évoluent – que ce soit le désert du Néguev, les hauteurs du Golan ou un espace urbain palestinien en Cisjordanie. Slomovic connecte les soldats aux paysages, pour exprimer et transmettre leur attachement à la terre qu’ils ont juré de protéger.

« Les soldats isolés se battent pour quelque chose en quoi ils croient, et pour quelque chose de concret », a déclaré Slomovic.

Le livre inclut aussi un certain nombre de gros plans verticaux de soldats. Sur ces clichés, les sujets regardent intensément sur le côté, détournant leur regard de l’objectif. Paradoxalement, cela donne l’effet que les soldats sont moins ouverts sur le plan émotionnel que sur les clichés pris de plus loin.

« Autoportrait de Covid ». (Brant Slomovic)

Slomovic a affirmé que contrairement à son travail de médecin urgentiste, la photographie lui permet de briser la distance émotionnelle avec les gens. Cela a été particulièrement vrai lors de ses photos de soldats seuls, il a même gardé contact avec certains.

Depuis l’éruption de la pandémie de CoVid-19, un nouveau projet a permis à Slomovic de combiner ses rôles d’urgentiste et de photographe, brisant les barrières qu’il avait précédemment établies entre les deux activités.

Il photographie des scènes dans les hôpitaux de Toronto où il travaille. Pour ce projet en cours, intitulé Anything but normal [Tout sauf normal], Slomovic capture avec son smartphone – mais il y a un hic.

« Nous devons garder nos téléphones scellés dans des sachets zippés pour éviter la contamination, alors j’ai décidé de photographier à travers le plastique », a-t-il expliqué.

Les images sont en noir et blanc, et floues.

« Il y a des œillères, une étroitesse de vue dans ces images. C’est exactement ce que j’ai ressenti en faisant mon travail en ce moment », a déclaré Slomovic.

« Josh, 22 ans. West Caldwell, New Jersey, USA. Infantry Platoon Commander. ». (Brant Slomovic)
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