Le projet porté par l’Autorité foncière israélienne de construction d’un champ solaire deux fois plus vaste que Tel Aviv dans l’un des plus beaux déserts d’Israël a reçu un accueil mitigé. Le tollé soulevé par le choix d’un site au paysage magnifique, près du cratère Ramon, dans le sud du pays, illustre parfaitement la contradiction entre la nécessité d’accroitre la part des énergies renouvelables, la préservation des espaces ouverts et une industrie touristique saine.
L’État estime que pour atteindre son objectif de production de 30 % de l’électricité israélienne à partir d’énergies renouvelables – principalement solaire – d’ici 2030, il faudra installer des panneaux solaires hybrides sur les toits et sur d’autres installations existantes dans les zones urbaines et dans les fermes, en plus des champs solaires.
Le Plan national d’infrastructure 182 (connu sous son acronyme hébreu Tatal 182) affecterait deux sites dans le désert du Néguev, Oron et Zin, au projet, qui occuperait une superficie totale de 110 000 dounams.
Le site ne pourrait pas être vu depuis les villages ou les routes principales. Il resterait toutefois visible pour les randonneurs, a concédé l’Autorité foncière israélienne, en particulier pour ceux qui empruntent le tronçon du Shvil Israël qui comprend le mont Carbolet, ainsi nommé en raison de sa ressemblance avec la crête d’un coq, ou karbolet en hébreu. Cet affleurement rocheux fait partie de la crête entourant le cratère Ramon, d’où l’on peut admirer de vastes étendues de désert.
Selon la Société pour la protection de la nature en Israël, ce projet risque de transformer « les paysages du Livre de la Genèse » en une vaste zone industrielle.
L’Autorité foncière israélienne a pour projet d’utiliser jusqu’à 80 % du site pour des panneaux solaires photovoltaïques qui produiront de l’électricité, tandis qu’une partie du même terrain hébergera des installations souterraines avec des dispositifs de stockage d’électricité et une ferme de serveurs.
La zone restante sera consacrée aux industries liées aux énergies renouvelables, parmi lesquelles la production d’hydrogène, le recyclage des panneaux solaires, un centre de recherche et de développement sur les énergies renouvelables, ainsi qu’un espace pour le développement et les essais de prototypes.
Le 2 juillet, en présentant le projet – encore à ses débuts – aux représentants de l’Autorité foncière israélienne, des ministères, des autorités locales et des organisations environnementales, l’ILA a expliqué avoir choisi ce site parce qu’il était déjà affecté à des activités d’exploitation minière, d’exploitation en carrière et d’autres infrastructures supplémentaires.
ICL Rotem, une filiale du puissant groupe ICL, y extrait déjà de la roche phosphatée pour l’industrie des engrais – une activité « qui devrait encore se poursuivre pendant de nombreuses décennies » jusqu’à ce que la roche soit épuisée, selon le journal.
Il est question de construire le champ solaire par segments. En effet, ICL Rotem procède en vidant une zone, en la réhabilitant, puis en passant à la suivante.
« Le site se trouve dans une zone saturée d’infrastructures, avec des exploitations minière et en carrière, un gazoduc, des lignes électriques, une conduite d’eau, des routes régionales et une voie de chemin de fer », a-t-on expliqué aux participants.
Deux routes régionales traversent les sites, et un chemin de fer consacré au fret devrait être modernisé dans un proche avenir, dans le cadre de la mise en place d’une liaison ferroviaire à destination d’Eilat, sur la mer Rouge.
Même si des réserves naturelles jouxtent les deux sites, il n’y a ni chevauchement ni interférence avec les corridors écologiques empruntés par les animaux, a souligné l’ILA.
L’impact environnemental et sur le paysage reste « limité » par rapport à d’autres sites, encore inutilisés ou actuellement cultivés, a affirmé l’ILA. L’Autorité n’a toutefois présenté aucune alternative.
D’après l’ILA, l’énorme échelle du projet procurera d’importants avantages économiques. La construction s’effectuera par étapes, en commençant par 20 000 dounams qui produiraient 2 000 mégawatts – ou deux gigawatts – d’électricité.
Le but serait de produire 10 gigawatts sur les 16 nécessaires pour atteindre l’objectif de 30 %.
L’ILA a cité une estimation du Conseil économique national selon laquelle l’utilisation de vastes sites terrestres dans le sud du pays pour produire de l’énergie solaire pourrait permettre à l’économie d’économiser 10 milliards de shekels, et ce même en tenant compte du coût d’établissement du réseau de transport du Néguev jusqu’au centre d’Israël, qui consomme l’essentiel de l’électricité du pays.
L’ILA a fait savoir que le ministère de l’Energie avait déterminé qu’il serait moins coûteux de produire de l’électricité solaire dans une installation éloignée que d’utiliser du gaz naturel ou de générer de l’énergie solaire dans les villes, à proximité des points de consommation. Cette évaluation a pris en compte les coûts liés au réseau de transport et aux pertes d’électricité le long des câbles du sud du pays jusqu’au centre.
Il serait moins coûteux de produire de l’électricité solaire dans une installation éloignée que d’utiliser du gaz naturel ou de générer de l’énergie solaire dans les villes, à proximité des points de consommation.
Un porte-parole du ministère de l’Énergie a confirmé au Times of Israel que le ministère soutenait le projet.
Le ministère de la Protection de l’Environnement a toutefois conseillé la prudence, affirmant qu’il soutenait les énergies renouvelables et propres, tout en privilégiant une « planification équilibrée » qui préserverait les zones ouvertes et agricoles, la biodiversité ainsi que les régions uniques et sensibles, comme celle d’Oron-Zin.
Il a fait valoir que le site proposé était situé au cœur du « pays des cratères », une région considérée par le gouvernement comme d’importance nationale et internationale. Une infrastructure aussi massive [que celle du projet] pourrait entraîner « des dommages importants et irréversibles », a-t-il mis en garde.
Un communiqué indique que « le ministère estime qu’avant de promouvoir un tel projet, un examen stratégique élargi est nécessaire, incluant la formulation d’une politique énergétique nationale, l’étude d’alternatives, une évaluation environnementale complète et une vision systémique du secteur de l’électricité. Ce projet ne peut pas être traité comme un plan à site unique. »
Ce projet ne peut pas être traité comme un plan à site unique
Au niveau des autorités locales, le maire de Dimona, Benny Biton, soutient fermement le projet, ainsi que les emplois qu’il pourrait générer.
Eran Doron, qui dirige le conseil régional de Ramat Hanegev dont font partie Oron et Ziv, a toutefois exhorté ceux qui appuient le projet à « agir avec une grande prudence, car il s’agit de paysages parmi les plus beaux de l’État d’Israël, et du Néguev en particulier ».
Le conseil a fait part de son intention de s’opposer au projet, à moins que celui-ci n’apporte des avantages directs à la région. Il a également déclaré qu’il lutterait contre la mise en place de grandes lignes électriques à travers la vallée du Zin.
Il s’agit d’un projet avec des impacts environnementaux d’une ampleur jamais vue auparavant, en Israël ou dans le monde
L’Autorité israélienne de la nature et des parcs a fait écho au ministère de la Protection de l’Environnement, soulignant : « Il s’agit d’un projet avec des impacts environnementaux d’une ampleur jamais vue auparavant, en Israël ou dans le monde. Il nécessite donc une politique nationale, une vision globale et un examen des impacts. L’Autorité participera au processus de planification, afin de s’assurer que les décisions prises sont justes aux niveaux régional et national. »
Le Comité de planification du district Sud, pour sa part, s’oppose au projet en raison des « dommages importants et irréversibles » qu’il causera.
Si le projet est approuvé – la phase de planification devrait durer jusqu’en décembre 2027 -, des milliards de dollars seront nécessaires pour relier le champ solaire au réseau national.
la Communauté du Times of Israël !
