Une chaîne US de droite diffuse un reportage sur la violence d’Israéliens radicaux

Selon des médias arabes, des résidents d’implantations auraient tué 117 têtes de bétail et volé 400 à une communauté bédouine de Cisjordanie ; Tsahal disperse une manifestation de Palestiniens

Matt Gaetz lors d'une émission de la chaîne One America News, diffusée le 16 juillet 2025. (Crédit : Capture d'écran/X)

La chaîne ultra-conservatrice One America News Network a diffusé mercredi un reportage sur le meurtre, la semaine dernière, de Saif Musallet, un Palestino-Américain, qui aurait été tabassé à mort par des résidents d’implantations juifs en Cisjordanie. Ce reportage témoigne d’un changement dans l’opinion publique américaine de droite concernant les actions d’Israël à l’égard des Palestiniens.

Le fait que la chaîne se concentre sur un phénomène autrefois largement ignoré dans les milieux conservateurs met en évidence le changement d’attitude d’une partie des républicains partisans de Donald Trump, qui sont progressivement devenus plus critiques à l’égard d’Israël.

Le présentateur du reportage était Matt Gaetz, un ancien membre du Congrès de Floride, qui était le choix initial du président américain Donald Trump pour le poste de ministre de la Justice. Gaetz avait retiré sa candidature au milieu de scandales croissants.

Dans cette séquence, Gaetz fait notamment référence à la Cisjordanie sous son nom biblique de Judée-Samarie, tout en fustigeant le comportement des Israéliens juifs qui y vivent.

« La vérité, c’est que ce n’est pas une tragédie isolée. Cela s’inscrit dans un schéma d’attaques menées par les colons [résidents d’implantations] israéliens à l’encontre des communautés palestiniennes – attaques qui consistent notamment à incendier des maisons, des fermes et des vies, tout cela sous la protection des forces israéliennes qui sont financées par les contribuables américains », a déclaré Gaetz.

« Ce n’est même pas le plus inquiétant. Israël tient rarement ces meurtriers pour responsables », a-t-il ajouté.

« Depuis 2022, huit meurtres de citoyens américains n’ont toujours pas été élucidés, » a-t-il continué.

Plus tôt dans la semaine, l’ambassadeur américain en Israël, Mike Huckabee, fervent chrétien évangélique et partisan de longue date du mouvement des implantations, avait qualifié le meurtre de Musallam d’acte « terroriste » et il avait exigé une enquête israélienne. C’était apparemment la première fois que Huckabee s’exprimait sur le phénomène de la violence des résidents d’implantations.

Des personnes en deuil portant les corps de Saif Musalat, citoyen américano-palestinien, et de Mohammad al-Shalabi, lors de leurs funérailles dans le village d’al-Mazraa al-Sharqiya, en Cisjordanie, le 13 juillet 2025. (Crédit : Zain Jaafar/AFP)

Parallèlement, les médias palestiniens ont rapporté que des résidents d’implantations étaient arrivés jeudi soir dans le village d’al-Malih, une communauté bédouine du nord de la vallée du Jourdain, tuant 117 têtes de bétail appartenant aux habitants et en volant 400 autres.

La police n’a pas encore réagi à cette information et l’armée n’a pas répondu à une demande de commentaire.

Des vétérinaires ont été appelés pour soigner quelques rares moutons qui avaient survécu à l’attaque au couteau et à l’arme à feu contre le troupeau ; certains animaux tremblaient de manière incontrôlable et semblaient en état de choc.

Des groupes de défense des droits de l’Homme ont dénoncé une recrudescence des violences commises par des résidents d’implantations en Cisjordanie. Les Nations unies ont déclaré que ces attaques contre les Palestiniens se déroulaient dans un climat « d’impunité ».

Les tensions en Israël et en Cisjordanie ont fortement augmenté depuis le 7 octobre 2023, date à laquelle quelque 6 000 Gazaouis dont 3 800 terroristes ont fait irruption en Israël par la frontière de Gaza dans le cadre du pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas, tuant plus de 1 200 personnes et prenant 251 otages.

Depuis le 7 octobre, les troupes ont arrêté quelque 6 000 Palestiniens recherchés en Cisjordanie, dont plus de 2 350 affiliés au groupe terroriste palestinien du Hamas.

Selon le ministère de la Santé de l’Autorité palestinienne (AP), plus de 950 Palestiniens de Cisjordanie ont été tués au cours de cette période. Tsahal affirme que la grande majorité d’entre eux étaient des terroristes armés tués lors d’échanges de tirs, des émeutiers qui se sont heurtés aux troupes ou des terroristes qui menaient des attaques.

Depuis lors, 52 Israéliens, dont des membres des forces de sécurité, ont été tués dans des attaques terroristes palestiniennes en Israël et en Cisjordanie. Cinq autres membres des forces de sécurité ont été tués lors d’affrontements avec des terroristes en Cisjordanie.

Des résidents d’implantations masqués lançant des pierres sur des Palestiniens depuis le sommet d’une colline, dans le village de Sinjil, en Cisjordanie, le 4 juillet 2025. (Crédit : John Wessels/AFP)

Vendredi également, des Palestiniens ont affronté les soldats de Tsahal dans le village de Raba, en Cisjordanie, lors d’une marche de protestation contre la création d’un nouvel avant-poste illégal.

« Nous sommes venus dans cette région pour exprimer notre protestation et dire : cette terre est à nous, pas à vous », a déclaré à l’AFP Ghassan Bazour, chef du conseil du village de Raba.

Après avoir accompli la prière musulmane du vendredi au pied de la colline, les manifestants ont continué à avancer vers l’avant-poste, jusqu’à ce que des soldats arrivent sur les lieux et dispersent la foule à l’aide de gaz lacrymogènes, selon l’AFP.

L’armée n’a pas répondu à la demande de commentaires de l’AFP concernant les événements survenus à Raba.

Le Croissant-Rouge palestinien a indiqué que ses équipes avaient pris en charge treize personnes ayant inhalé des gaz lacrymogènes.

« Il y a désormais une colonie ici qui continuera à dévorer la terre et à vider ces zones », a déclaré à l’AFP Muayad Shaaban, chef de la PA’s Colonization and Wall Resistance Commission (commission de résistance à la colonisation et au mur de l’Autorité palestinienne).

Bien qu’elle ait été dispersée par l’armée, Shaaban s’est montré enthousiaste à propos de la marche de vendredi, car, selon lui, les violences de ces dernières années ont rendu toutes les manifestations contre les résidents d’implantations dangereuses pour les Palestiniens.

« Ce modèle de résistance doit être appliqué dans toute la Cisjordanie. J’appelle à des marches massives… pour mettre fin à cette agression, à ce terrorisme », a-t-il déclaré.

La police rouvre l’enquête sur l’attaque d’un militant pacifiste par des résidents d’implantations

Par ailleurs, la police a rouvert cette semaine une enquête sur une attaque perpétrée en mai par des résidents d’implantations contre un militant pacifiste israélien en Cisjordanie, après qu’un article paru dans le quotidien Haaretz a révélé que l’enquête avait été classée sans suite, les policiers ayant déclaré qu’ils n’étaient pas en mesure d’identifier les suspects, alors même que la victime avait fourni des preuves importantes aux forces de l’ordre, notamment le nom de l’un des agresseurs.

Des résidents d’implantations auraient alors agressé un groupe de Palestiniens de Mughayyir al-Deir ainsi qu’un groupe de militants pacifistes israéliens qui les accompagnaient. Les résidents d’implantations auraient ouvert le feu sur les Palestiniens et volé des appareils photo, un téléphone portable, un portefeuille, un ordinateur portable et d’autres objets appartenant au militant Avishay Mohar.

Mohar a déclaré au quotidien qu’il avait déposé plainte au commissariat de Binyamin deux jours après l’attaque. La plainte comprenait des documents médicaux, une photo de plusieurs agresseurs et le nom de l’un d’entre eux.

Un véhicule incendié lors d’une attaque menée par des résidents d’implantations contre le village palestinien d’al-Mughayyir, en Cisjordanie, le 25 juin 2025. (Crédit : Yesh Din)

Le traceur GPS de l’ordinateur était actif pendant les semaines qui ont suivi l’attaque et l’avocat de la victime a informé la police de sa localisation, qui se trouvait entre deux avant-postes illégaux.

Mohar a également proposé à la police d’inspecter sa voiture afin de rechercher d’éventuelles empreintes digitales, car les agresseurs y avaient pénétré.

Malgré toutes ces preuves, la police a décidé de clore l’enquête, estimant ne pas avoir pu identifier les auteurs.

Cette affaire semble mettre en évidence le manque de volonté manifeste des forces de l’ordre d’enquêter sur les incidents de violence commis par des résidents d’implantations, qui restent pratiquement impunis. Selon le groupe de défense des droits Yesh Din, 94 % des enquêtes sur des actes de violence commis par des résidents d’implantations entre 2005 et 2024 se sont soldées par un non-lieu, sans qu’aucune accusation n’ait été retenue.

Le chef de la division de la police en Cisjordanie fait actuellement l’objet d’une enquête pour avoir délibérément classé sans suite des affaires de violence commises par des résidents d’implantations, afin de s’attirer les faveurs d’Itamar Ben Gvir, le ministre ultra-nationaliste de la Sécurité nationale, dont le bureau supervise la police. Alors que le commandant avait initialement été démis de ses fonctions, le commissaire de police a ordonné le mois dernier qu’il soit autorisé à reprendre son travail.

Suite à un article publié par Haaretz concernant la clôture de l’enquête, la police a informé le journal qu’elle avait décidé de rouvrir le dossier afin de localiser les suspects et de les traduire en justice.

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