Israël en guerre - Jour 195

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  • Des femmes transportant des paniers de terre excavée vers la décharge de Tell en-Naṣbeh, tandis que d'autres ramassent des tessons de poterie dans le monticule de terre, en 1935. (Crédit : Musée Badè/École de religion du Pacifique)
    Des femmes transportant des paniers de terre excavée vers la décharge de Tell en-Naṣbeh, tandis que d'autres ramassent des tessons de poterie dans le monticule de terre, en 1935. (Crédit : Musée Badè/École de religion du Pacifique)
  • Un groupe de propriétaires terriens qui ont loué des parcelles de leurs propriétés pour les fouilles de W.F. Badè, à Tell en-Naṣbeh, en 1929. (Crédit : Musée Badè/École de religion du Pacifique)
    Un groupe de propriétaires terriens qui ont loué des parcelles de leurs propriétés pour les fouilles de W.F. Badè, à Tell en-Naṣbeh, en 1929. (Crédit : Musée Badè/École de religion du Pacifique)
  • Une jarre de stockage excavée exposée sur la terrasse de la maison de fouilles après avoir été restaurée par les Reis, dirigés par Reis Mahmoud Abdel Mazim Tantawi, à droite, l'ouvrier principal des saisons 1932 et 1935. (Crédit : Musée Badè/École de religion du Pacifique)
    Une jarre de stockage excavée exposée sur la terrasse de la maison de fouilles après avoir été restaurée par les Reis, dirigés par Reis Mahmoud Abdel Mazim Tantawi, à droite, l'ouvrier principal des saisons 1932 et 1935. (Crédit : Musée Badè/École de religion du Pacifique)
  • L'ouvrier en chef Reis Mahmoud Kureyim restaurant des poteries sur la terrasse de la maison des fouilles, en mai 1929. (Crédit : Musée Badè/École de religion du Pacifique)
    L'ouvrier en chef Reis Mahmoud Kureyim restaurant des poteries sur la terrasse de la maison des fouilles, en mai 1929. (Crédit : Musée Badè/École de religion du Pacifique)
  • Le personnel et les contremaîtres des fouilles de Tell en-Naṣbeh avec quelques travailleurs, en 1926. (Crédit : Musée Badè/École de religion du Pacifique)
    Le personnel et les contremaîtres des fouilles de Tell en-Naṣbeh avec quelques travailleurs, en 1926. (Crédit : Musée Badè/École de religion du Pacifique)

Une expo montre l’armée de gens nécessaire aux fouilles sous le mandat britannique

Soucieux de présenter l’archéologie sous un nouvel angle, le musée Badè présente les excavateurs, transporteurs ayant participé aux fouilles près de Ramallah dans les années 1920

Indiana Jones, avec son chapeau à larges bords, sa chemise blanche ample et ses yeux plissés sous le soleil du désert, a popularisé la figure de l’archéologue solitaire et héroïque à la recherche des secrets du passé. Un héros généralement blanc, de sexe masculin et étranger aux terres qu’il fouille.

Or, une fouille archéologique de grande envergure nécessite en réalité des centaines de personnes, même si la gloire en revient toujours à l’archéologue solitaire.

Mais avec l’évolution des mentalités, historiens et archéologues sont contraints aujourd’hui de trouver d’autres façons de célébrer le travail des ouvriers et du personnel de soutien lors des grandes fouilles, tout au long de l’histoire.

Le Badè Museum of Biblical Archaeology a pour mission de préserver les archives et les découvertes de William F. Badè, un archéologue et aventurier américain blanc qui a effectué des fouilles dans la Palestine sous mandat britannique dans les années 1920 et 1930. Dans sa dernière exposition en ligne, intitulée « Unsilencing the Archives: The Laborers of the Tell en-Nasbeh Excavations (1926-1935), »Badè est relégué à l’arrière-plan et l’accent est mis sur la vie des personnes chargées de creuser et de transporter les déblais.

Badè a passé cinq saisons à fouiller Tell en-Nasbeh, près de Ramallah, qui, selon certains historiens, pourrait être la ville biblique de Mitzpeh. Le site contenait un mur de fortification massif, une porte impressionnante, des maisons avec plusieurs pièces, des tombes familiales, des poteries et des objets en métal. Mitzpeh aurait été habité de 1000 à 586 avant notre ère, mais le site contenait également des objets datant de l’âge du fer et des périodes babylonienne et perse (entre 1200 et 330 avant notre ère). Les tombes voisines datent du début de l’âge du bronze (3200-2000 avant notre ère).

Mitzpeh, qui signifie tour de guet ou poste de surveillance, est mentionné dans la Bible dans la Genèse 31:45-49 comme l’endroit où Jacob et Laban érigent un tas de pierres pour marquer qu’ils se séparent à l’amiable.

Bilan social et élaboration d’un nouveau narratif

En général, les expositions du Musée Badè à Berkeley, Californie, associé à la Pacific School of Religion, présentent les travaux de Badè à Tell en-Nasbeh. Le musée abrite également des archives complètes destinées aux chercheurs qui s’intéressent à l’œuvre de Badè et à l’archéologie biblique.

Le personnel et les contremaîtres des fouilles de Tell en-Naṣbeh avec quelques travailleurs, en 1926. (Crédit : Musée Badè/École de religion du Pacifique)

En 2020, lorsque, contraints par la pandémie de travailler à distance, le personnel s’est mis à creuser dans les archives numériques pour essayer de créer une exposition en ligne, nous confie Melissa Cradic, conservatrice du Musée Badè.

« Au fur et à mesure que nous avancions dans nos recherches, nous nous sommes rendus compte qu’il existait un potentiel inexploité, car il y avait un corpus très riche de documentation écrite et visuelle sur la logistique des fouilles et le processus qui les sous-tendait », a expliqué Melissa Cradic. « [Il y avait] tellement de personnes impliquées, qui n’apparaissaient pas dans les publications officielles ».

« Nous avons trouvé ces nouveaux aspects très intéressants et avons voulu les mettre en lumière, comme la maison des fouilles, le travail des femmes et des enfants, les salaires et les barèmes de rémunération », a-t-elle ajouté. « Ce sont des questions qui ne sont généralement pas abordées dans les études sur l’histoire de l’archéologie dans cette région. »

L’ouvrier en chef Reis Mahmoud Kureyim restaurant des poteries sur la terrasse de la maison des fouilles, en mai 1929. (Crédit : Musée Badè/École de religion du Pacifique)

La conception de l’exposition a débuté au cours de l’été 2020, au moment où les protestations déclenchées par le meurtre de George Floyd ont conduit de nombreuses organisations à réévaluer leurs relations avec les mouvements de justice sociale, le racisme et l’héritage du colonialisme, explique Cradic.

« Il s’agit d’une évaluation critique et d’un regard neuf sur l’histoire, l’histoire de la discipline et le contexte général dans lequel beaucoup de ces grandes fouilles ont eu lieu », a indiqué Cradic, qui a co-commandité l’exposition avec Sam Pfister, ancien commissaire du Badè.

Melissa Cradic, conservatrice du Musée Badè, à Berkeley, en Californie. (Crédit : Musée Badè/École de religion du Pacifique)

Melissa Cradic a travaillé une première fois au Musée Badè alors qu’elle poursuivait son doctorat à l’Université de Californie-Berkeley en 2012, avant de faire une pause et de revenir en 2018. Elle enseigne également l’anthropologie à l’Université d’État de New York – Albany et à l’Université d’État de Sonoma en Californie. Cradic a participé à des fouilles pendant plusieurs saisons en Israël, notamment à Megiddo.

L’exposition en ligne du Musée Badè est divisée en quatre sections, dont une consacrée aux chefs et contremaîtres locaux, souvent originaires de la région de Quft en Égypte ; la « Maloufiya », ou maison de fouilles, et la vie quotidienne du personnel basé à al-Bireh et Ramallah ; le rôle des femmes, des enfants et d’autres membres méconnus de la main-d’œuvre ; et les systèmes de travail et de rémunération en vigueur à l’époque.

« L’idée n’était pas seulement d’être critique, mais de créer quelque chose de nouveau », a déclaré Cradic. « Nous voulions appliquer une approche de justice corrective ou réparatrice, où nous ajoutons un nouvel angle en inversant le scénario et en créant ce nouveau narratif basé sur des sources d’archives relatives aux travailleurs locaux. »

La vue de Tell en-Naṣbeh vers le village d’al-Bireh et une partie de Ramallah. (Crédit : Musée Badè/École de religion du Pacifique)

Une nouvelle approche de l’histoire de l’archéologie

En novembre dernier, l’exposition en ligne a remporté le Community Engagement and Public Outreach award [remporté le prix de l’engagement communautaire et de la sensibilisation du public] décerné par l’American School of Oriental Research (ASOR). Une série de conférences sur YouTube, coparrainée par la Pacific School of Religion, l’Archaeological Research Facility de l’université de Californie-Berkeley et le Palestine Exploration Fund, a accueilli d’autres historiens et archéologues qui explorent les questions liées à la décolonisation de l’archéologie et à la valorisation du rôle des travailleurs et de l’expertise locaux. L’exposition et les recherches menées par les intervenants participant à la série seront rassemblées dans une anthologie qui sera publiée par l’ASOR.

Un groupe de propriétaires terriens qui ont loué des parcelles de leurs propriétés pour les fouilles de W.F. Badè, à Tell en-Naṣbeh, en 1929. (Crédit : Musée Badè/École de religion du Pacifique)

Les écrits de Badè, qui apparaissent dans l’exposition sous forme de lettres et de rapports, oscillent entre propos désobligeants sur les travailleurs et éloges quelques pages plus loin. Les textes qu’il a publiés reflètent l’attitude coloniale de l’époque et sont désobligeants à l’égard des travailleurs.

Il est plus élogieux à l’égard des chefs d’équipe, dont la plupart sont originaires d’une région d’Égypte appelée Quft, et qui ont été formés par d’autres archéologues occidentaux effectuant des fouilles au Moyen-Orient. Mais il leur trouve aussi des défauts.

« Face à l’imprévu, les contremaîtres sont généralement désemparés lorsque les règles apprises en Égypte ne s’appliquent pas. Dans ces cas-là, soit ils ignorent le problème, soit ils suivent des procédures diamétralement opposées à ce qu’il faudrait faire ».

– Manuel de fouilles au Proche-Orient, W.F. Badè, 1934

Des dizaines de milliers de personnes ont visité l’exposition en ligne, un nombre bien supérieur à celui des expositions en personne au Musée Badè. L’exposition a également contribué à faire avancer un débat important, selon Cradic.

« Cette approche ascendante de l’histoire de l’archéologie, qui s’intéresse aux travailleurs impliqués, à la dynamique du travail et à celle du colonialisme, a connu un essor considérable », a-t-elle ajouté. Les fouilles de Badè sont le point de départ idéal pour un examen critique des hiérarchies de travail dans les grandes fouilles, poursuit Cradic. « Cette période a été vraiment formatrice pour le développement de la discipline, ainsi que pour la professionnalisation de [l’archéologie] », a-t-elle déclaré.

Des hommes faisant la queue devant la maison de fouilles de Maloufiya pour recevoir leur salaire hebdomadaire, à Tell en-Naṣbeh, en 1932. (Crédit : Musée Badè/École de religion du Pacifique)

« Le fait de briser les hiérarchies du système [de travail en archéologie], pour comprendre d’où ils viennent, présente de nombreux avantages », a déclaré Cradic.

Les fouilles archéologiques ont beaucoup évolué depuis un siècle. Lors des fouilles menées par les universités, par exemple, une partie du travail manuel est effectuée par des étudiants désireux de travailler sur le site pour acquérir de l’expérience. Les inégalités salariales subsistent toutefois dans le secteur de l’archéologie, comme dans de nombreuses autres industries, ainsi, cette exposition offre l’occasion de découvrir les salaires et la communication en matière de salaires de l’époque.

Stories Instagram des années 1920

Les images d’archives de l’exposition Badè, qui comprennent de courtes séquences vidéo noir et blanc granuleuses, montrent un aspect plus personnel des fouilles, presque comme un flux sur les réseaux sociaux qui donne un aperçu des moments passés dans les coulisses des fouilles.

Certains moments sont plus légers, comme ce groupe de femmes qui rient en balançant soigneusement des paniers sur leur tête, ou cette jeune fille qui démontre timidement l’utilisation d’une pierre à moudre découverte lors des fouilles, ou encore ce gardien de la maison des fouilles qui s’amuse avec ses enfants dans la cour.

Des femmes transportant des paniers de terre excavée vers la décharge de Tell en-Naṣbeh, tandis que d’autres ramassent des tessons de poterie dans le monticule de terre, en 1935. (Crédit : Musée Badè/École de religion du Pacifique)

Une photo montre un repas animé au cours duquel Badè partage des plats traditionnels avec des mukhtars, ou chefs religieux, d’al-Bireh, une autre montre un groupe d’hommes se pressant autour de la fenêtre d’un bâtiment en attendant de toucher leur salaire. De nombreuses photos sont colorisées dans des tons technicolor, ajoutant un filtre de nostalgie digne d’Instagram.

« Les photos, comme les extraits de films, rendent vraiment compte du côté humain de la situation », a déclaré Cradic.

Sur les photos, les travailleurs sont souriants et heureux, ce qui n’a pas toujours été le cas. Il existe de nombreuses photographies d’enfants, souvent nu-pieds, travaillant sur le site de fouilles, mais peu de récits sur le travail des enfants apparaissent dans les archives officielles. Les photos ne rendent pas compte des conflits qui ont surgi, comme cette bagarre avec les dirigeants d’al-Bireh au sujet de l’embauche d’ouvriers provenant de différentes villes, ou la colère suscitée par des salaires trop bas ou retenus.

Le site de Tell en-Nasbeh se trouve près de la ville d’al-Bireh, dans la banlieue de Ramallah, et l’un des objectifs futurs de l’exposition est de contacter les descendants des travailleurs photographiés, a expliqué Cradic. Cette tâche s’est avérée difficile, car aucun membre du personnel du Musée Badè n’est arabophone et n’est en mesure de communiquer avec les locaux pour établir des liens. De plus, peu de travailleurs figurant sur les photos sont identifiés, à l’exception des superviseurs qualifiés, mais ceux-ci sont pour la plupart égyptiens.

Une jarre de stockage excavée exposée sur la terrasse de la maison de fouilles après avoir été restaurée par les Reis, dirigés par Reis Mahmoud Abdel Mazim Tantawi, à droite, l’ouvrier principal des saisons 1932 et 1935. (Crédit : Musée Badè/École de religion du Pacifique)

Le musée espère pouvoir collaborer avec un chercheur en généalogie local afin d’identifier les familles des personnes figurant sur la photo et d’inclure leurs noms dans l’exposition, pour partager les photos avec la communauté, afin que les descendants et la population d’al-Bireh comprennent et apprécient le rôle que leurs ancêtres ont joué dans l’archéologie il y a un siècle.

En attendant, l’exposition restera en ligne et les habitants de la région sont vivement encouragés à visiter le site pour voir s’ils peuvent identifier des membres de leur famille ou s’ils peuvent fournir des informations supplémentaires. Les organisateurs du musée espèrent que ces informations continueront à soulever des questions et à inspirer des discussions sur les groupes les plus marginalisés qui travaillent dans le secteur de l’archéologie, dans le passé comme aujourd’hui.

« L’auto-réflexion et l’examen critique de l’histoire de la discipline sont toujours très utiles « , a déclaré Cradic. « Cela permet de comprendre comment la discipline a évolué et, plus particulièrement, quels étaient les problèmes, lesquels ont parfois évolué, mais pas toujours. »

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