Une organisation accompagne les victimes du 7-Octobre sur le (très) long chemin de la guérison

Sans quasiment plus d'otages à Gaza, 255 – L'Organisation des Otages et de Leurs Familles se donne pour mission de donner ce qui leur manque aux ex-otages du 7-Octobre et leurs proches

L'ex-otage et psychologue sociale Gabriela Leimberg lors de la première conférence de l'Organisation 255 en novembre 2025 au Centre Peres, à Jaffa (Autorisation)

Gabriela Leimberg n’a toujours pas repris le travail.

Il y a de cela plus de 820 jours, cette psychologue sociale originaire de Jérusalem a été, comme 251 autres personnes, enlevée par le Hamas lors du pogrom perpétré le 7 octobre 2023. À la fin novembre de cette même année, elle a été libérée en même temps que des dizaines de femmes, de personnes âgées et d’enfants, à la faveur d’un cessez-le-feu d’une semaine.

A l’instar de Leimberg, nombre des 173 otages revenus vivants en Israël ont du mal à tourner la page pour retrouver une vie normale alors même qu’ils tentent d’obtenir la libération de Ran Gvili, sous-officier de police de l’unité d’élite Yamam, assassiné et ultime otage de Gaza.

« La réalité, c’est que cette histoire n’est pas finie », confie au Times of Israel Leimberg, qui travaillait avec des adultes à besoins spécifiques avant son enlèvement. « Il nous est arrivé quelque chose, un événement unique en son genre dont on espère qu’il ne se produira plus jamais, mais qui a fait naître une nouvelle réalité dans cette société, avec un grand besoin de soutien. »

A sa libération, Leimberg a adhéré au mouvement de défense des otages, le fait d’être auprès des familles des autres otages lui procurant un certain sentiment de pouvoir et d’appartenance à une communauté.

Leimberg a été enlevée au kibboutz Nir Yitzhak, en même temps que sa fille adolescente Mia Leimberg, son frère Fernando Marman, leur sœur Clara Marman, et le partenaire de Clara Marman, Luis Har.

Les sœurs et Mia ont été libérées au bout de deux mois de captivité aux mains du Hamas, avec le chien de Mia, une femelle Shih Tzu du nom de Bella, qu’elle avait caché dans son pyjama au moment de l’enlèvement. Un peu plus de deux mois plus tard, le 12 février 2024 exactement, Marman et Har étaient libérés par Tsahal et rapatriés en Israël.

Mia Leimberg, 17 ans, au centre, avec sa mère, Gabriela Leimberg, à droite, et sa tante Clara Marman, à gauche, à leur libération suite à la captivité aux mains du Hamas le 28 novembre 2023. (Capture d’écran/Autorisation)

« En tant qu’ex-otage, je suis considérée comme une victime du terrorisme, je reçois des indemnités du gouvernement, et Mia aussi », explique Leimberg. « Mais pas mon mari. »

Pour ce qui est notamment de l’aide financière, nombre de familles d’otages dépendaient fortement du Forum des Otages et des Familles de Disparus, l’organisation ad hoc mise sur pieds dans les jours suivant le pogrom du Hamas du 7-Octobre. Mais en décembre dernier, le Forum a fermé ses bureaux, faute de fonds suffisants pour continuer à venir en aide aux familles.

Depuis, 255 – L’Organisation des Otages et de Leurs Familles – a vu le jour, ainsi nommée en hommage au nombre d’otages enlevés le 7-Octobre ou déjà séquestrés à Gaza depuis depuis 2014 ou 2015.

L’organisation, née du constat que les otages et leurs proches avaient désormais besoin d’un autre type d’aide, a recensé les besoins grâce à des fonds de la Shashua Family Foundation et de plusieurs organisations à but non lucratif, dont l’organisation humanitaire juive The Joint ainsi que le ministère du Bien-être et des Services sociaux. La première conférence s’est tenue en novembre dernier, en présence de centaines d’ex-otages accompagnés de leurs proches.

La première conférence de 255 – L’organisation des otages et de leurs familles, en novembre 2025 au Centre Peres à Jaffa (Autorisation)

Lorsque la 255 a été créée, explique Mor Peretz, présidente de l’organisation et ex-bénévole du Forum des Otages et Familles de Disparus, « nous n’avions pas encore fini de faire revenir les otages. Personne ne sait d’emblée comment s’y prendre avec les ex-otages mais il faut apprendre vite, très vite, tout en sachant qu’il faudra des années pour tout comprendre. »

Le ministère israélien de la Sécurité sociale et des Affaires sociales a mis en œuvre un programme d’aide aux ex-otages et leurs proches, en coopération avec l’Institut national d’assurance, le ministère de la Santé et d’autres organismes publics.

Ce programme, qui est toujours d’actualité, se compose d’aides financières, notamment au logement, de services médicaux et psychologiques et d’aides à visée professionnelle ou éducative — mais les ex-otages sont nombreux à se plaindre que l’aide du gouvernement ne corresponde pas à leurs besoins ni à ceux de leurs proches qui ont donné de leur temps et de leur énergie pour faire revenir les otages.

Selon Peretz, l’organisation 255 souhaite mettre à disposition ce dont ces personnes ont besoin, en envisageant des partenariats de long terme avec Shashua, les Jewish Federations of Northern America, la Fondation Scheinberg, IsraAid et divers ministères.

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Il est prévu que 255 vienne aussi en aide aux cousins, frères et sœurs, et plus globalement à tout parent d’un ex-otage.

« Il faut commencer à remettre les gens sur pieds mais le gouvernement ne comprend pas que nous ne pouvons pas reprendre la vie qui était la nôtre », témoigne Sharon Calderon, belle-sœur de l’ex-otage Ofer Calderon, et tante des ex-otages Sahar et Erez Calderon. « Cette année et demie passée à me battre pour Ofer a radicalement changé ma vie. Nous ne vivions pas vraiment ; nous ne faisions que nous mobiliser pour qu’il revienne. »

L’otage libéré Ofer Calderon retrouvant ses enfants Rotem, Gaya, Erez et Sahar le 1er février 2025. Erez et Sahar avaient également été enlevés le 7 octobre 2023 et libérés en novembre 2023. (Crédit : Maayon Taof/GPO)

Calderón, son mari Nissim Calderón et leurs enfants ont survécu au pogrom du 7-Octobre qui les a saisis chez eux, au Moshav Tzofa. Après le massacre, ils ont été évacués à Ramat Gan, où ils ont contribué à lancer le mouvement de lutte en faveur du retour de leurs proches de la captivité aux mains du Hamas. Ils n’ont pu ni rentrer chez eux ni reprendre une vie normale ; à ce titre, ils font partie des membres de la famille que 255 entend aider.

Nissan et Sharon Calderon (troisième et quatrième en partant de la gauche), le frère et la belle-sœur de l’otage libéré Ofer Calderon, parlent à la presse au nom de la famille, de l’hôpital Sheba, à Ramat Gan, le 2 février 2025. (Crédit : Paulina Patimer)

« Nous voulons aller là où le gouvernement ne va pas », affirme Peretz. « Jusqu’aux cousins, aux beaux-parents, pour faire en sorte que les fonds qui nous sont généreusement alloués par des philanthropes leur parvienne. C’est en faisant en sorte de combler les trous, les manques que ces familles israéliennes se remettront un jour. »

Pour l’heure, 255 a recensé plus de 3 500 proches d’ex-otages survivants, en allant jusqu’aux deuxième et troisième degrés.

Des thérapies pour les survivants et leurs proches

L’organisation travaille avec plusieurs associations à but non lucratif qui proposent des activités thérapeutiques pour les familles des ex-otages, à commencer par Lev Otef, une organisation à but non lucratif qui invite les ex-otages et leurs proches à Eilat pour des activités thérapeutiques avec des dauphins et organise des ateliers de mise en mouvement pour les familles des ex-otages dans la mer Morte.

« Il faudra des années de travail avec eux », estime Yael Turner-Grossman, fondatrice de Lev Otef. « Les otages survivants sont revenus, nous ne pouvons pas réparer leur vie, nous ne pouvons pas les guérir, l’expérience traumatisante ne disparaîtra pas, mais nous pouvons les aider à apprendre à vivre avec, à les aider à se construire une vie agréable. »

L’association à but non lucratif Lev Otef invite d’ex-otages et leurs proches à faire des activités thérapeutiques avec les dauphins au Sanctuaire pour dauphins d’Eilat (Autorisation)

Turner-Grossman — qui a fondé et dirige GNT, une organisation à but non lucratif qui propose des programme de réhabilitation et d’éducation basés sur le travail corporel, ainsi que Studio 6, un studio de danse pour femmes et filles à Jérusalem — a travaillé avec des évacués du nord et du sud du pays au tout début de la guerre.

« Le gouvernement était alors en plein chaos », rappelle Turner-Grossman, qui a alors frappé à toutes les portes, du ministère des Affaires sociales à un ancien prisonnier de guerre capturé pendant la guerre du Kippour en 1973, afin de comprendre les besoins des ex-otages et de leurs proches.

« Il était clair que la thérapie par la parole ne résoudrait pas les problèmes de celles et ceux qui avaient été otages ; ils avaient besoin d’autre chose », dit-elle.

Son association a reçu une subvention des Jewish Federations of Northern America (JFNA) pour financer des séjours de trois jours au Sanctuaire de Dauphins d’Eilat pour les familles des ex-otages.

En s’associant avec la psychothérapeute Sophie Donio, fondatrice et directrice du programme de thérapie assistée par dauphins d’Eilat, Turner-Grossman a pu faire venir les familles des otages à Eilat lors de la guerre, avant de revenir avec les ex-otages pour leur permettre de nager avec les deux mammifères dressés qui vivent en mer Rouge et viennent dans le récif lorsque Donio les appelle.

« Les dauphins vont instinctivement vers les survivants ; ils savent quoi faire, sans que l’on sache bien comment », confie Turner-Grossman.

Les ex-otages Omri Miran, à gauche avec ses deux filles, David Cunio et ses deux filles et Elkana Bohbot, avec son fils, au Sanctuaire pour dauphins d’Eilat, en novembre 2025 (Autorisation)

Lorsque les familles élargies des ex-otages ont demandé à bénéficier de ces ateliers avec les dauphins, Turner-Grossman, qui travaillait déjà avec 255, a créé une autre initiative, Shluk Neshama – « une gorgée d’âme » en hébreu -, des ateliers de deux jours sur le mouvement, en mer Morte, offerts aux parents les plus éloignés des ex-otages.

Ces soins thérapeutiques font tous partie du processus 255, conçu pour mettre sur pieds des infrastructures capables de venir en aide aux ex-otages et à leurs familles, résume Peretz.

« Cela ne fait qu’un an que nous faisons ça », souligne Leimberg, qui est actuellement l’unique ex-otage à siéger au conseil d’administration de 255.

« Je fais ce que je peux avec ce que j’ai moi-même vécu, et je peux témoigner de certains besoins, mais il est important que chacun s’exprime ; il faut que tout le monde participe. »

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