Une rabbin de Chicago offre au pape Léon une kippa des White Sox
Lizzi Heydemann a remercié le souverain pontife, qui a appelé à libérer les otages et dénoncé la campagne militaire d’Israël, pour avoir 'placé l’humanité des Israéliens et des Palestiniens sur un pied d’égalité'
JTA — Lizzi Heydemann ne savait pas ce qu’elle allait dire au pape Léon XIV.
Mais lorsque cette femme rabbin de Chicago s’est retrouvée seule face au nouveau souverain pontife lors d’une visite au Vatican, aux côtés d’une délégation de dirigeants de Chicago, elle l’a remercié pour ses propos sur la guerre à Gaza.
« Je lui ai dit : ‘Depuis deux ans, il n’est pas facile d’être rabbin. Mais je tiens à vous remercier d’avoir, alors même que le conflit faisait rage, su préserver l’humanité de toutes les personnes impliquées' », a rapporté Lizzi Heydemann.
Léon, premier pape américain et originaire du South Side de Chicago, n’a cessé, depuis sa nomination l’année dernière, de plaider en faveur de la libération des otages israéliens et d’un cessez-le-feu dans la guerre à Gaza, une guerre qu’il a qualifiée de « revanche » et de « barbarie ».
Si ces propos ont irrité certains dirigeants juifs qui les ont interprétés comme visant injustement Israël, d’autres, dont Heydemann, ont vu en eux un exemple à suivre pour critiquer la guerre.
« Vous pouvez être contre la guerre, mais je ne vous entends ni condamner ni dénigrer qui que ce soit », a également dit Heydemann à Léon. « Je vous remercie d’avoir placé l’humanité des Israéliens et des Palestiniens sur un pied d’égalité. C’est quelque chose de rare. »
« Il a semblé reconnaissant », a-t-elle ajouté. « Comme s’il comprenait exactement ce dont je parlais. »
Heydemann, fondatrice et responsable de la communauté spirituelle juive indépendante Mishkan Chicago, avait été invitée par le maire de Chicago, Brandon Johnson, à intégrer une délégation composée de responsables de la société civile, du monde des affaires et de la religion qui s’est rendue à Rome la semaine dernière. (Johnson est connu pour ses critiques virulentes à l’égard d’Israël, qui lui ont valu des remontrances de la part de certains responsables juifs de Chicago.)
Elle a déclaré avoir été la seule femme rabbin à avoir pris part à ce voyage.
Jeudi, alors qu’elle attendait l’arrivée du pape dans la salle où la délégation était rassemblée, Heydemann a raconté avoir fondu en larmes.
« Ce qui m’a frappée, c’est que lui, sans doute plus que n’importe qui d’autre au monde, est un chef religieux sur lequel tous les regards sont braqués », a déclaré Heydemann. « Il est à la fois aimé et soumis à des critiques constantes. Un type de pression que tous les rabbins américains ont pu expérimenter, ne serait-ce qu’un peu, ces dernières années. »
Si cet échange a pris une dimension émotionnelle inattendue pour Heydemann, il s’est également distingué par un clin d’œil à la communauté juive de Chicago : une kippa aux couleurs des White Sox.
Heydemann a expliqué avoir ajouté cette kippa, ornée du logo des Chicago White Sox à l’extérieur et d’une grenade à l’intérieur, dans le coffret de cadeaux sur le thème de Chicago qui a été offert au pape jeudi pendant sa visite, en hommage à son attachement de longue date à cette équipe de baseball.
« Nous avons pensé que ce serait un joli point de connexion entre le pape et moi », a déclaré Heydemann, soulignant que le zucchetto blanc typique du souverain pontife ressemblait « beaucoup à une kippa ».
« Imaginer qu’après une longue journée de travail passée à porter le zucchetto couleur crème assorti à sa robe, il l’échangera peut-être, le soir venu, contre une kippa des White Sox en jersey, qu’il pensera avec tendresse à sa chère ville de Chicago et à la communauté spirituelle juive qui la lui a offerte, nous remplit tous de joie », a poursuivi Heydemann.
Sur la liste des cadeaux qui a circulé dans les médias locaux, un autre objet à symbolique juive : un sac fourre-tout portant l’inscription « On résiste aux tyrans depuis Pharaon ». Cette phrase est un slogan de Truah, le groupe rabbinique de défense des droits de l’Homme au conseil d’administration duquel siège Heydemann. Mais la femme rabbin a précisé qu’il s’agissait d’une erreur : c’était elle qui portait le sac, elle ne l’a pas offert à Léon.
En se remémorant sa rencontre avec le pape, Heydemann a expliqué que son expérience lui avait permis de renforcer sa conviction sur l’importance de « jeter des ponts, même en présence de différences ».
« Dans notre monde, nous avons trop à perdre pour ne pas continuer à entretenir des relations les uns avec les autres malgré nos différences », a souligné Heydemann.
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