Une société dirigée par Marie-Caroline Le Pen a vendu des disques nazis et antisémites

La sœur aînée de Marine Le Pen a dirigé dans les années 1990 la Serp, une maison d'édition musicale qui rééditait des discours de propagandistes de Vichy et des chants de la Waffen-SS

Marie-Caroline Le Pen, membre du Rassemblement national (RN), assiste à une conférence de presse pour sa campagne en tant que candidate aux élections législatives en France, au Mans, le 18 juin 2024. (Crédit : GUILLAUME SOUVANT / AFP)

La société d’édition musicale fondée par Jean-Marie Le Pen en 1963 a commercialisé, dans les années 1990, des enregistrements de discours antisémites et collaborationnistes ainsi que des chants nazis, alors qu’elle était dirigée par sa fille aînée, Marie-Caroline Le Pen, rappelle Libération dans une enquête publiée le 29 octobre 2026.

Selon des documents consultés par le quotidien, Marie-Caroline Le Pen a pris la gérance de la Société d’études et de relations publiques (Serp) en 1992, puis sa direction générale l’année suivante. Ses sœurs Marine et Yann détenaient chacune 8 % du capital, tandis que Marie-Caroline en possédait jusqu’à près d’un tiers. Les trois sœurs ont conservé leurs parts jusqu’à la mise en sommeil de l’entreprise, au début des années 2000, puis sa fermeture en 2008.

Parmi les disques réédités figurait un album consacré à Philippe Henriot, ancien secrétaire d’État à l’Information et à la Propagande du régime de Vichy, connu pour ses éditoriaux antisémites diffusés sur Radio Paris pendant l’Occupation. La présentation de l’album louait ses talents d’orateur sans évoquer le contenu de ses discours.

La Serp a également commercialisé des chants de la Wehrmacht, de la Légion Condor et de la SS, ainsi que des entretiens avec Léon Degrelle, ancien dirigeant collaborationniste belge et membre de la Waffen-SS, dans lesquels il faisait l’éloge de Hitler et Mussolini. Son catalogue comprenait aussi des poèmes de Robert Brasillach, écrivain collaborationniste condamné à mort à la Libération et connu pour ses écrits antisémites.

Interrogé par Libération, Jonathan Thomas, chercheur ayant consacré une thèse à la Serp, estime que Marie-Caroline Le Pen ne peut être considérée comme une simple gérante de façade. Il relève notamment que le catalogue s’est diversifié sous sa direction avec l’arrivée de groupes de rock identitaire français.

Les documents comptables consultés par le quotidien montrent que le chiffre d’affaires de la Serp dépassait 2,4 millions de francs en 1993. Une partie de cette activité provenait d’un contrat exclusif de trois ans avec le Front national, qui confiait à la société sa communication audio et vidéo ainsi que l’animation de ses meetings.

Contactées par Libération, Marine et Marie-Caroline Le Pen n’ont pas répondu. Cette dernière demeure aujourd’hui une proche conseillère de sa sœur et joue un rôle actif dans la préparation de la campagne présidentielle du Rassemblement national. Elle a échoué à devenir députée en 2024 dans la Sarthe.

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