Israël en guerre - Jour 231

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Ben Abeles, photographié en 2008 devant le mémorial du Kindertransport à la gare de Liverpool Street à Londres, où les enfants sont arrivés après avoir pris le train à Harwich. (Crédit : Helen Abeles)
Ben Abeles, photographié en 2008 devant le mémorial du Kindertransport à la gare de Liverpool Street à Londres, où les enfants sont arrivés après avoir pris le train à Harwich. (Crédit : Helen Abeles)

Une technologie développée par un réfugié juif utilisée par la NASA sur Mars

Benjamin Abeles, qui a fait partie du Kindertransport, est devenu militant de l’aide aux réfugiés à l’âge de 80 ans ; sa famille fait don de ses archives à l’université de Southampton

LONDRES – Les recherches innovantes de Benjamin Abeles ont contribué à alimenter les vaisseaux spatiaux utilisés lors de certaines des missions interstellaires les plus audacieuses de la NASA, notamment le programme Voyager qui a exploré Jupiter et Saturne.

Cependant, alors qu’il n’était qu’adolescent, ce célèbre physicien juif a été contraint de fuir la Tchécoslovaquie occupée par les nazis et a passé une partie de la Seconde Guerre mondiale à travailler dans des emplois précaires et à vivre dans des abris anti-aériens à Londres.

La vie et les réalisations scientifiques d’Abeles ont été mises à l’honneur lors d’un événement le 13 juin à l’université de Southampton, dans le sud de l’Angleterre, à laquelle sa famille a fait don d’un trésor de photos, de lettres et de divers documents.

Abeles, décédé à l’âge de 95 ans en décembre 2020, a travaillé pendant 53 ans en tant que physicien dans le New Jersey. En collaboration avec George D. Cody, ses recherches pour la Radio Corporation of America ont développé les alliages germanium-silicium utilisés dans les générateurs thermoélectriques à radioisotope qui alimentent les vaisseaux spatiaux et les sondes.

Le Dr. Charlie Ryan, professeur associé en astronautique à l’université de Southampton, a déclaré dans un communiqué à la presse que le travail d’Abeles avait eu « une influence très significative sur l’exploration spatiale ».

« Il a contribué à développer un type de source d’énergie pour les vaisseaux spatiaux, utilisant la désintégration radioactive pour produire de l’énergie, qui est la source d’énergie privilégiée pour les missions spatiales où l’utilisation de panneaux solaires n’est pas réalisable », a déclaré Ryan.

« Cela a été utilisé dans certaines des missions les plus révolutionnaires jamais lancées, telles que les sondes Voyager qui ont exploré le système solaire externe et au-delà », a-t-il ajouté.

La technologie développée par Abeles est encore utilisée aujourd’hui, alimentant le rover Perseverance actuellement utilisé par la NASA pour explorer Mars.

Toujours en marge

Comme l’a expliqué la seconde épouse d’Abeles, Helen, lors de l’événement à l’université de Southampton, un thème récurrent de l’histoire de son défunt mari était « d’être emporté par les flots de l’histoire ».

Né à Vienne en 1925 sous le nom de Bedrich Abeles, de mère autrichienne, Selma, et de père tchèque, Ernst, Ben Abeles a passé sa jeunesse en Pologne, où il se souvient que sa famille, pourtant assimilée, avait été victime d’antisémitisme. Mais les conséquences de la Grande Dépression ont contraint son père, homme d’affaires, à déménager la famille à Prague où il avait des relations. Bien qu’il ait formé un cercle d’amis proches, en tant que Juif polonais parlant polonais, le jeune Ben se sentait quelque peu exclu.

Ben Abeles avec sa seconde épouse, Helen, en 2018. (Crédit : Helen Abeles)

En mars 1939, Abeles a été témoin de l’occupation de la capitale tchèque par les troupes allemandes. Quatre mois plus tard, ses parents ont fait leurs adieux à leur fils alors qu’il rejoignait un Kindertransport à destination du Royaume-Uni. Cette opération de sauvetage a permis à 10 000 enfants principalement juifs de trouver refuge en Grande-Bretagne, bien que dans des conditions strictes. L’oncle d’Abeles, Charles, qui avait payé la garantie de 50 livres sterling exigée par le gouvernement britannique pour tous les enfants, a été ensuite assassiné à Auschwitz avec sa famille.

Abeles n’a pas réussi à s’adapter à l’internat où il avait initialement été envoyé en Angleterre et a passé les premières années de la guerre à travailler dans des cuisines et à vivre souvent dans des abris anti-aériens de stations de métro.

Bien que de nombreux enfants du Kindertransport aient trouvé des foyers aimants et attentionnés au Royaume-Uni, ce programme, sur la base du volontariat et très peu surveillé a également donné lieu à des cas de négligence, d’exploitation et de maltraitance.

Le traitement réservé à Abeles au Royaume-Uni n’était donc « pas atypique », a déclaré Tony Kushner, professeur d’histoire à l’université de Southampton, au Times of Israel. « Il n’était pas toujours traité avec beaucoup de respect. Il a réussi à survivre, ce qui témoigne d’une énorme résilience en tant qu’adolescent puis jeune homme devant se débrouiller seul. Il a vécu une vie en marge. »

Au début, Abeles a pu écrire à sa famille restée à Prague. Une courte lettre de style télégraphique envoyée à Ernst, datée de septembre 1941 et conservée dans les archives, disait : « Je suis en bonne santé. Je travaille en cuisine. Avec l’aide de Stefan, peut-être que j’ouvrirai un petit snack-bar. Je t’embrasse. »

Une des lettres de Ben Abeles envoyée à ses parents sous forme de télégramme. Il était surnommé Fred au Royaume-Uni. (Crédit : Archives Ben Abeles)

L’importance que revêtait ces lettres pour son défunt mari a été soulignée par Helen Abeles. « Ben a beaucoup voyagé pendant la guerre, mais il a toujours gardé ces lettres avec lui. Cela montre combien elles lui étaient précieuses », a-t-elle déclaré dans un communiqué de presse. « Ben a toujours dit que ses parents étaient les vrais héros. Ce sont eux qui lui ont donné la vie deux fois en prenant la décision impossible de l’envoyer avec le Kindertransport. »

Une dernière communication en décembre 1941, via des formulaires de la Croix-Rouge, a fait état du mariage de la sœur aînée d’Abeles, Mary. Les archives contiennent sa photo de mariage ainsi que d’autres photos de famille remontant à la fin du XIXe siècle qui ont été sauvegardées par un parent chrétien pendant la guerre.

Mais après ce télégramme, ce fut le silence. Abeles n’a jamais reçu de nouvelles de ses parents ni de sa sœur. Il a plus tard découvert qu’ils avaient péri, ainsi que son beau-frère Jan, dans le camp de concentration de Trawniki en Pologne.

Frères d’armes

À l’aube de ses 18 ans, en mai 1943, Abeles s’est engagé dans le 311e escadron (tchécoslovaque) de la Royal Air Force en tant que mécanicien au sol. Cela lui a donné un sentiment d’appartenance et l’a encouragé à poursuivre ses études. À la fin de la guerre, il avait obtenu l’équivalent du baccalauréat.

Mary, la sœur de Ben Abeles, et son mari Jan Winter le jour de leur mariage à Prague. On les voit tous deux porter des étoiles jaunes les identifiant comme juifs. Ils sont tous deux morts aux mains des nazis en 1942. (Crédit : Archives Ben Abeles)

Après la guerre, Abeles est retourné à Prague et, en découvrant que son meilleur ami d’école, Marcel Neumann, était toujours en vie, il a décidé de ne pas retourner à Londres où une place à l’université l’attendait. Au lieu de cela, il a obtenu une maîtrise en physique à l’université Charles.

Cependant, la vie tranquille et heureuse d’Abeles – il avait été pratiquement adopté par la famille Neumann – allait être perturbée à nouveau par un bouleversement politique lorsque les communistes ont pris le pouvoir en 1948. L’antisémitisme croissant et la crainte d’être visé en raison de ses liens avec l’Occident ont incité Abeles à émigrer en Israël, où il a obtenu son doctorat à l’université hébraïque.

Cependant, le séjour d’Abeles dans le nouvel État juif en pleine expansion a été de courte durée : il a eu du mal à apprendre une nouvelle langue et ne supportait pas la chaleur extrême. En 1956, il s’est dirigé vers le New Jersey.

Le parcours d’Abeles après la guerre – du Royaume-Uni à Prague, en passant par Israël et les États-Unis – était « curieux », a déclaré Kushner, mais pas « atypique des parcours curieux que beaucoup de Kinder ont empruntés ». À titre d’exemple, probablement moins de la moitié des enfants réfugiés sont restés en Grande-Bretagne, ce qui n’était « pas accidentel dans la mesure où le Royaume-Uni était considéré comme un lieu temporaire pour eux », a-t-il expliqué.

Ben Abeles travaillant comme commis cuisinier au Bailey’s Hotel, à Londres, en 1940. (Crédit : Archives Ben Abeles)

Deux ans après son arrivée aux États-Unis, Abeles a rencontré sa première épouse, Ann, une réfugiée de Vienne. Le couple a eu trois enfants et est resté marié jusqu’à la mort d’Ann en 2007.

Dans une nécrologie de mars 2021, son fils David se souvient : « Papa aimait explorer la nature, et pendant les fortes chutes de neige dans le New Jersey, il sortait nos skis de fond. Je le suivais dans les rues, essayant de le suivre. »

« Amoureux de la randonnée et des montagnes, avec son béret, ses bottes délabrées et son éternelle mentalité de marginal et son humour, il était pour moi un Charlie Chaplin revisité », poursuit-il.

Abeles a rencontré sa seconde épouse, Helen, l’année suivante et a décidé, à l’âge de 83 ans, de déménager au Royaume-Uni pour vivre avec elle. Il est retourné en Grande-Bretagne en 2009, près de 70 ans jour pour jour après son arrivée en tant qu’adolescent en provenance de Prague.

Engagement tardif

Plus tard dans sa vie, Abeles pensait souvent aux souffrances endurées par sa famille pendant la Shoah, a raconté sa veuve lors de l’événement. Il lui disait qu’il y pensait chaque jour.

Au-delà de cette expérience traumatisante, Helen Abeles estime que l’impact du Kindertransport sur son défunt mari a été profond.

« L’immense sacrifice de ses parents en l’envoyant ailleurs a poussé l’étudiant médiocre et l’adolescent difficile à se surpasser », a-t-elle déclaré. « Cette motivation a permis au monde de bénéficier de son générateur, développé avec George Cody, pour l’exploration spatiale. »

Cela a également façonné son attitude envers les migrants et les réfugiés, selon Helen Abeles.

« Le fait d’avoir été réfugié et migrant, ainsi que sa proximité avec les horreurs des persécutions raciales, ont donné à Ben une grande conscience sociale et une remise en question des positions politiques oppressives », a-t-elle déclaré.

Au Royaume-Uni, il s’est porté volontaire en tant que traducteur pour les familles roms nouvellement arrivées de Slovaquie et a milité aux côtés d’organismes de bienfaisance pour des voies légales sûres permettant aux jeunes réfugiés de se rendre au Royaume-Uni.

L’étiquette placée autour du cou de Ben Abeles lors de son embarquement dans le Kindertransport à Prague, en 1939. Enfant, on l’appelait Fritz. (Crédit : Archives Ben Abeles)

La famille d’Abeles a fait don de ses archives aux Archives et aux Collections spéciales de l’université de Southampton, qui abritent les archives anglo-juives. L’une des plus grandes archives juives d’Europe occidentale, elle comprend plus de 4 millions d’articles.

Les archives couvrent toute la vie d’Abeles. Parmi les objets se trouvent l’étiquette qui lui a été attachée lors de son embarquement sur le Kindertransport et la médaille Stuart Ballantine de l’Institut Franklin aux États-Unis qui lui a été décernée 60 ans plus tard en reconnaissance de ses recherches scientifiques sur le générateur thermoélectrique qui a permis à l’humanité d’explorer l’espace extra-atmosphérique.

Ben Abeles, à droite, recevant la médaille Stuart Ballantine du Franklin Institute, en 1979. (Crédit : Archives Ben Abeles)

Il est logique, selon Kushner, que la vie de réfugiés célèbres tels qu’Abeles soit citée en exemple de ce que les migrants apportent à leurs nouveaux pays d’accueil. Mais il a toutefois émis une certaine réserve et a souligné que cela ne devrait pas être la seule raison pour laquelle les pays accueillent ceux qui fuient la persécution.

« Les réfugiés prennent toutes les formes. La plupart d’entre eux vivent des vies très calmes et ordinaires », a-t-il dit. « Il y a des preuves que les réfugiés ont tendance à réussir au-delà de la norme, dans le sens où ils doivent se créer une nouvelle vie, qu’ils sont très désireux de s’intégrer et de faire partie de la société et que, par conséquent, leur contribution est parfois disproportionnée. »

« Ce n’est pas la raison pour le faire. Nous ne devrions pas l’attendre de chaque réfugié. L’essentiel est que nous les accueillons parce que c’est la bonne chose à faire. Tout le reste est un avantage supplémentaire », a ajouté Kushner.

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