Les fantômes de David Ben Gurion et d’Yitzhak Rabin planent au-dessus de Yair Golan. Leurs portraits, accrochés en hauteur sur un mur d’un blanc immaculé, dominent le QG politique où règnent le calme et la sérénité, au lieu du chaos et de l’effervescence de la puissante machine politique qui a dirigé Israël au cours des décennies passées.
Golan, ancien général devenu le leader du camp de la paix en Israël, est assis derrière un élégant bureau baigné d’une lumière éclatante.
Aujourd’hui, le bureau de Tel Aviv abrite Les Démocrates, le parti né de la fusion réticente d’Avoda et de Meretz, qui se situe un peu plus à gauche que le parti travailliste sur l’échiquier politique.
Jadis parti dominant de la scène politique israélienne, dont étaient issus tous les Premiers ministres ayant régné sur le pays au cours des trente premières années de son existence, Avoda a récemment été contraint de s’allier au parti Meretz, après des années d’un déclin qui ont vu une importante partie de son électorat se tourner vers des nouveaux venus centristes comme Yesh Atid, et la classe politique du pays s’orienter davantage vers la droite. Aux dernières élections, Avoda a tout juste réussi à franchir le seuil de la Knesset. Le Meretz, pour sa part, n’est pas parvenu à y entrer.
Si Merav Michaeli. avait accepter de fusionner les deux partis, avaient alors déclaré les nombreux critiques, le gouvernement actuel n’aurait peut-être jamais pu accéder au pouvoir fin 2022.
C’est en réponse à cette critique qu’a été créé, l’année dernière, le parti Les Démocrates. Il est dirigé par Golan, un ancien membre de la Knesset issu du Meretz, connu pour ses propos virulents, qui ont souvent testé les limites du discours acceptable et suscité de vives protestations.
Dans une longue interview accordée ce mois-ci au Times of Israel, le leader de gauche a obstinément affirmé n’avoir aucune intention de modérer ou de modifier son approche franche.
« Ce sont les ministres du gouvernement israélien qui appellent à détruire ce qui reste de Gaza, à bombarder et à affamer la population qui sont le problème — pas moi, qui me contente de rapporter leurs propos », a-t-il insisté.
Golan a vivement critiqué la réponse apportée par le gouvernement à l’attaque du Hamas du 7 octobre 2023, le comportement d’Israël à Gaza et la réforme judiciaire prévue. Il participe régulièrement aux manifestations antigouvernementales.
Ancien chef d’état-major adjoint de l’armée israélienne, Golan, 61 ans, a mené une carrière militaire et fait preuve d’un héroïsme largement reconnu le 7-Octobre, rejoignant à plusieurs reprises des zones infiltrées par des terroristes pour apporter son aide à ceux qui fuyaient le massacre. Des éléments qui ajoutent à la complexité de l’image d’ennemi de l’État que ses adversaires de droite tentent de dessiner.
La personnalité de Golan peut toutefois s’avérer polarisante. En 2016, lors d’une cérémonie de commémoration de la Shoah, alors qu’il était chef d’état-major adjoint de Tsahal, il a comparé les tendances de la société israélienne vis-à-vis des Palestiniens à celles de l’Allemagne nazie. Ces propos, qui ont déclenché une véritable tornade, lui ont, estime-t-il, coûté sa promotion au poste le plus élevé de l’armée.
Golan a de nouveau suscité l’indignation en mai dernier, en déclarant, en référence à la guerre à Gaza, qu’ « un pays sensé ne combat pas des civils, ne tue pas des bébés pour le plaisir ». Il a ensuite insisté sur le fait qu’il parlait du gouvernement, et non de l’armée.
Golan affirme que le public n’est pas aussi conservateur que le laissent entendre les experts, et que les défaillances du gouvernement — et les menaces qu’elles représentent — ont, au contraire, redynamisé les électeurs.
Les députés du parti — Gilad Kariv, Naama Lazimi, Efrat Rayten et Merav Michaeli — semblent présenter un front uni, en parfaite adéquation avec la vision de leur nouveau leader, en dépit des divergences qui empêchaient auparavant les factions de fusionner.
Après avoir fait campagne pour la direction du parti en promettant d’unir Avoda et Meretz autour d’une vision politique cohérente, Golan a, l’an dernier, consacré son temps à réinventer les Démocrates, pour convaincre un électorat qui considère largement le parti comme une relique dépassée et obsolète. Fervent critique du gouvernement, c’est en redéfinissant la carte politique et en faisant de son parti le gardien du libéralisme israélien et des valeurs démocratiques assiégées que le politicien a répondu.
« S’en tenir à l’ancien paradigme gauche-droite-centre est une erreur. Cela nous enferme dans des concepts dépassés, et nous empêche d’envisager un avenir meilleur », a-t-il affirmé. « La réalité actuelle, en Israël, est celle de la lutte qui oppose un camp corrompu et autoritaire à un camp libéral-démocratique. »
Selon les sondages, Les Démocrates, si les élections avaient lieu aujourd’hui, obtiendraient suffisamment de voix pour remporter neuf à dix sièges à la Knesset, un bien meilleur score que les quatre sièges actuellement détenus par le parti Avoda, mais un résultat inférieur aux 13 sièges que les deux partis ont remportés en se présentant sous deux étiquettes distinctes aux élections de 2021.
Dans cette interview, Golan a exclu toute participation à un gouvernement où se trouveraient le Premier ministre Benjamin Netanyahu ou des figures d’extrême droite telles qu’Itamar Ben Gvir et Bezalel Smotrich. Il a déclaré qu’il pourrait envisager de collaborer avec les partis haredim si les circonstances l’exigeaient.
« En principe, je pourrais rejoindre un gouvernement auquel ils participeraient si j’y étais contraint politiquement. Mais ce dont Israël a réellement besoin, c’est d’une coalition allant de Bennett à Mansour Abbas, du Raam, dirigée de l’intérieur par le camp libéral-démocratique, et non par la droite », a-t-il ajouté.
En 2021, Golan et Meretz faisaient partie d’une large coalition qui réunissait des politiciens de tout l’échiquier, parmi lesquels le parti islamiste arabe Raam. Le conservateur Naftali Bennett, qui a occupé le poste de Premier ministre pendant la majeure partie de son bref mandat, est pour le moment considéré comme un candidat sérieux en mesure d’évincer à nouveau Netanyahu du pouvoir lorsque les électeurs se rendront aux urnes, en octobre.
Golan a par ailleurs insisté sur le fait que la campagne des Démocrates se concentrait sur des questions essentielles telles que le coût de la vie, le logement et l’éducation de la petite enfance, afin de répondre aux préoccupations quotidiennes de la population israélienne plutôt que de s’enliser dans des batailles idéologiques.
« C’est la politique identitaire qui nous a tués. Je pense que la principale leçon que nous devons tirer de la victoire de [Zohran] Mamdani, le maire élu de New York, n’est pas de savoir s’il est bon pour Israël ou pour les Juifs. C’est de comprendre que le public veut des dirigeants qui s’occupent de la vie elle-même, et qui vont à la rencontre des citoyens ordinaires là où ils se trouvent », a-t-il déclaré.
Il a toutefois clairement indiqué que le combat primordial, pour lui et son parti, était idéologique : la lutte pour la démocratie israélienne.
« Comprendre que le public veut des dirigeants qui s’occupent de la vie elle-même, et qui vont à la rencontre des citoyens ordinaires là où ils se trouvent. »
Golan s’est entretenu avec le Times of Israel le 20 novembre. Il a évoqué la vision de son parti, de la gauche israélienne, de l’union de l’opposition et d’un futur gouvernement. La transcription a été modifiée pour plus de clarté.
Lors des dernières élections, le parti Avoda a réussi à entrer de justesse à la Knesset, et Meretz n’y est pas parvenu. Existe-t-il donc une gauche en Israël ? Et en quoi êtes-vous différents de ce qui existait auparavant ?
S’en tenir à l’ancien paradigme gauche-droite-centre est, à mon sens, une erreur. Cela nous enferme dans des concepts dépassés et nous empêche d’envisager un avenir meilleur. La réalité actuelle en Israël est celle de la lutte qui oppose un camp corrompu et autoritaire à un camp libéral-démocratique. Le camp libéral-démocratique doit défendre l’Israël que nous souhaitons contre un camp corrompu aux tendances fascistes et au nationalisme extrême.
Telle est la réalité. Malheureusement, certains membres de mon camp ne le comprennent pas encore.
Dans l’opposition ?
Oui. Le paradigme doit changer. Au lieu de se placer là où se trouve déjà le public et d’essayer de lui plaire, le leadership devrait se concentrer sur ce qui est bon pour Israël et sur la manière d’y amener l’opinion.
Cela ne semble pas très démocratique.
Pour Harry Truman, le leadership était la capacité de convaincre les gens d’aller dans une direction qu’ils ne veulent pas prendre, mais qu’ils savent au fond d’eux-mêmes qu’ils doivent prendre. C’est ça, le vrai leadership. Les alternatives qui s’offrent au public ne sont pas le bien absolu contre le mal absolu. Souvent, le choix s’effectue entre une très mauvaise option et une option moins mauvaise — ou une bonne option, avec des inconvénients.
Au lieu de cela, notre camp s’est rabaissé pendant des années, cèdant aux discours de la droite selon lesquels la gauche serait « faible » ou incapable de mener des guerres. En réalité, la gauche a remporté les guerres les plus importantes d’Israël et réalisé ses plus grandes victoires militaires.
Le fait que la droite se qualifie de « camp national » est absurde. Comment peuvent-ils être nationalistes quand la moitié de leur faction ne sert pas dans l’armée ? Nous sommes le camp national. J’en appelle donc à Lapid, Gantz et Eisenkot : bâtissons un camp libéral-démocratique large et fort, qui propose une véritable alternative à ce gouvernement.
Mais au lieu de cela, ils clament que le public s’est tourné vers la droite, et que Naftali Bennett est le seul qui puisse apporter le changement. Netanyahu contre Bennett, c’est la droite contre la droite. C’est Bennett qui a introduit [le Forum Kohelet – entre autres à l’origine de la refonte judiciaire très controversée – ndt] dans nos vies, attaqué la Cour suprême et injecté du contenu religieux dans l’éducation. De quoi parlons-nous ? Êtes-vous devenus fous ?
Vous n’êtes pas d’accord pour dire que le public s’est tourné vers la droite ?
Je ne suis pas du tout d’accord. C’est une affirmation sans fondement. Observons les caractéristiques de la « gauche » par rapport à celles de la « droite » : la majeure partie de la population comprend que les accomplissements militaires doivent être ancrés dans des accords politiques — une vision traditionnellement de gauche, par opposition au mantra de droite qui prône la force, la force et encore la force.
En matière d’économie, la plupart des citoyens veulent un État providence, et non un capitalisme néolibéral à l’américaine. La plupart veulent des libertés individuelles, et non un État halachique. La plupart veulent une plus grande intégration des haredim, et non un isolement et une autonomie continus.
Accepteriez-vous de participer à un gouvernement avec Bennett ?
Oui. Je suis un politicien réaliste.
Comment vous entendriez-vous avec lui et d’autres hommes politiques de droite comme Avigdor Liberman, du parti Yisrael Beytenu ?
Je suis capable de travailler avec n’importe qui, pourvu qu’il soit honnête et qu’il soutienne Israël en tant qu’État démocratique, libéral et libre. J’ai déjà travaillé avec eux : j’ai été vice-ministre de l’Économie dans le gouvernement Bennett, et j’ai collaboré avec lui et avec Liberman, qui était ministre des Finances.
Nous sommes tous conscients que nous avons besoin les uns des autres. Nous ne voulons aucun des partis de la coalition actuelle. Ces partis sont destructeurs : un Likud corrompu, les nationalistes extrémistes Ben Gvir et Smotrich, et les haredim qui détruisent l’État.
Vous ne siègeriez donc avec aucun membre de la coalition ?
Pas avec Ben Gvir, Smotrich ou Netanyahu.
Mais vous pourriez siéger avec les haredim ?
Les haredim accepteront n’importe quoi tant qu’ils obtiendront leur part du gâteau. En principe, je pourrais rejoindre un gouvernement avec eux si j’y étais contraint politiquement. Mais ce qui est réellement bon pour Israël, c’est une coalition allant de Bennett à Mansour Abbas, du Raam, sous la direction du camp libéral-démocratique, et non de la droite.
Qu’en est-il des partis arabes ?
Quiconque accepte le principe fondateur selon lequel Israël est la patrie du peuple juif, un État libre, égalitaire et démocratique, peut être un excellent partenaire. Ceux qui ne l’acceptent pas, comme Balad, ne sont en revanche pas des partenaires. Je ne siègerai pas avec Netanyahu, Ben Gvir ou Smotrich pour ces mêmes raisons.
Quels progrès ont été réalisés entre les partis d’opposition en matière de rassemblement ?
Nous avons des discussions, qui sont positives et qui se poursuivent. Mais il reste encore beaucoup de chemin à parcourir.
Nous devons y parvenir. J’essaie de convaincre Lapid et Eisenkot. Nous devons le faire.
Parlons de l’économie et du coût de la vie. Vous êtes l’un des rares partis à proposer un programme économique officiel. Cela constituera-t-il un élément important de votre campagne ?
Absolument. Avec la démocratie et la sécurité, le coût de la vie est l’une de nos principales préoccupations.
Tout d’abord, les prix de l’immobilier explosent. L’État les contrôle par le biais du prix des terrains. Pourquoi les terrains sont-ils si chers ? Pour financer les ultra-orthodoxes qui ne travaillent pas, ainsi que les implantations. En supprimant ces dépenses inutiles, nous pourrions faire baisser les prix des terrains sans augmenter les impôts.
Deuxièmement, les tarifs de l’éducation préscolaire sont inimaginables. Comment une famille peut-elle réussir à payer 5 000 shekels par enfant et par mois ? Avec deux enfants, cela représente 10 000 shekels, rien que pour la garderie. Si Israël cessait de financer les adultes valides pour qu’ils puissent fréquenter une yeshiva et investissait plutôt dans la petite enfance, les jardins d’enfants seraient abordables, et les jeunes familles ne s’effondreraient pas sous le poids de cette charge.
Pour beaucoup, la récente victoire de Zohran Mamdani lors des élections municipales de New York a prouvé que la gauche gagne lorsqu’elle se concentre sur le coût de la vie et l’accessibilité financière plutôt que sur l’idéologie. Pensez-vous que la gauche israélienne pourrait en tirer des leçons ?
Nous l’avons fait. Nous ne nous occupons pas de politique identitaire. C’est la politique identitaire qui nous a tués. La principale leçon à tirer de la victoire [de Mamdani] n’est pas, à mon sens, de savoir s’il est bon ou non pour Israël ou pour les Juifs. Le principal enseignement de cette élection, c’est que le public veut des dirigeants qui s’occupent de la vie elle-même, et qui vont à la rencontre des citoyens ordinaires là où ils se trouvent.
Quand je parle du coût de la vie, de la sécurité et de la démocratie, je parle de la vie elle-même. L’explosion de la Cisjordanie signifie qu’il faut déployer toute l’armée israélienne dans la région, à cause de ces fous qui courent partout en commettant des attentats. Cela nous fait souffrir, en tant que peuple et en tant qu’individus. Une dérive totalitaire fera souffrir tous ceux qui veulent un État libre. Et le coût de la vie, bien sûr, pèse sur votre portefeuille.
Selon vous, quelle est la question la plus importante pour la population à l’heure actuelle ?
La sauvegarde de la démocratie israélienne. Nous devons réglementer, limiter et décentraliser le pouvoir. Comment ? En adoptant une constitution, en limitant à deux le nombre de mandats du Premier ministre, et en transférant le pouvoir de Jérusalem aux municipalités.
Qu’en est-il de la sécurité ?
C’est la deuxième question principale. Nous devons ancrer les avancées militaires dans des accords politiques, qui renforcent la sécurité à long terme. C’est un domaine dans lequel nous échouons actuellement. Gaza est en plein chaos, et plutôt que de faire appel à des acteurs capables de mener la reconstruction comme l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, la Jordanie et l’Égypte, nous traitons avec la Turquie et le Qatar parce que Netanyahu a abandonné le terrain.
Nous devons prendre l’initiative face à l’Iran. Les frappes sont une bonne chose, mais quelle sera la prochaine étape ? Nous avons besoin d’un nouvel accord.
La Cisjordanie est en train d’exploser sous nos yeux. Nous devons y rétablir l’ordre public, mettre fin au terrorisme juif qui envenime la situation, et offrir une réelle perspective politique aux Palestiniens.
Israël n’a aucune politique dans ces régions et dans d’autres, notamment au Liban. De plus, tout ce que nous avons accompli sur le plan militaire est en train de partir en fumée. Au lieu de profiter de l’occasion pour créer une alliance de modérés – Égypte, Jordanie, Irak, Arabie saoudite, Émirats arabes unis, Maroc –, nous laissons la Turquie, le Qatar et l’Iran relever la tête, et nous donnons au Hamas l’espace nécessaire pour réapparaître, parce que nous n’avons pas construit d’alternative à Gaza.
Que pensez-vous du plan de Trump pour Gaza ?
Tout d’abord, bravo aux Américains d’avoir élaboré un plan. C’est Israël qui aurait dû en présenter un. Le fait qu’il y ait un plan américain mais pas de plan israélien montre que les Américains en ont assez de nous, et qu’ils ont décidé que si nous ne proposions pas de plan, ils le feraient eux-mêmes.
C’est insensé.
C’est également un problème car, en fin de compte, les Américains poursuivent des intérêts américains, qui ne sont pas nécessairement ceux d’Israël. Les États-Unis considèrent par exemple le Qatar et la Turquie comme des alliés parce qu’ils pensent à des relations mondiales plus larges, comme la Chine, tandis que, du point vue de notre perspective, ils sont alignés avec le Hamas et les Frères musulmans. Si Israël avait été mieux impliqué dans le processus, nous aurions peut-être au moins pu exclure le Qatar.
Autre problème, c’est qu’il n’existe aucun mécanisme solide permettant de surveiller la frontière entre Gaza et l’Égypte. Les armes du Hamas ne sont pas tombées du ciel ; elles ont traversé la frontière, que ce soit à la surface du sol ou sous le sol, à l’aide de drones ou de tunnels. Nous avons besoin d’acteurs neutres et dignes de confiance qui ne chercheront pas à satisfaire une partie en particulier – que ce soit Gaza, l’Égypte ou même nous, mais qui chercheront uniquement à mettre un terme aux trafics. Un policier égyptien susceptible d’accepter des pots-de-vin, ça ne suffit pas.
Vous êtes l’un des seuls leaders politiques à continuer de parler d’une solution à deux États. Comment voyez-vous la voie menant à un État palestinien aujourd’hui ?
Il est trop tôt pour parler d’un État palestinien.
Israël doit d’abord décider : annexion ou séparation. Annexer cinq millions de Palestiniens serait un désastre. La droite pousse à l’annexion ; ironiquement, c’est la position « de gauche » la plus extrême au monde : absorber des millions d’étrangers.
C’est la raison pour laquelle je pense que le concept de gauche contre droite, tel qu’il est compris en Occident, n’est pas pertinent en Israël. Je suis contre l’annexion de millions de Palestiniens et je suis favorable à la séparation et à la clarification des frontières.
Est-ce qu’il y aura demain un État palestinien indépendant ? Probablement pas, parce qu’il ne pourra exister que quand nous leur ferons confiance. Nous ne ferons aucun compromis sur la sécurité. Nous conserverons notre liberté d’action tant que les organisations terroristes existeront – mais pas d’annexion. L’annexion détruirait Israël.
Vous avez déjà été critiqué pour vos propos, notamment au mois de mai, lorsque vous avez semblé suggérer qu’Israël tuait des bébés à Gaza « pour le plaisir ». Pensez-vous que vous devez changer votre style ou risquer de vous aliéner les électeurs ?
Je ne changerai pas mon style. Nous faisons face à une « machine à poison » qui nous attaque à chaque fois que nous sommes amenés à révéler la vérité.
Les ministres du gouvernement israélien qui appellent à détruire ce qui reste de Gaza, à bombarder et à affamer la population, c’est eux, le problème. Le problème, ce n’est pas moi, qui me suis contenté de rapporter leurs propos.
De nombreux jeunes Américains, y compris des Juifs, se sentent moins proches d’Israël que les générations précédentes. Comment réagissez-vous à cela ?
La perte de l’identité démocratique et libérale d’Israël crée un fossé terrible avec les jeunes Juifs du monde entier.
Tous ceux qui ont grandi dans une société démocratique et libérale ne pourront pas s’identifier à un Israël qui abandonne l’État de droit, qui est un État nationaliste extrême ou qui pratique l’apartheid.
Si nous voulons qu’Israël reste la patrie du peuple juif, nous devons préserver son identité démocratique et libérale.
