20 ans après, des rapports militaires inédits révèlent la pagaille qui a régné lors de l’enlèvement de Shalit
Ces documents retracent les premiers instants qui ont suivi l'attaque : le soldat n'a été identifié comme otage que plusieurs heures après avoir été emmené de force à Gaza, ce qui a déclenché une crise nationale qui a duré 5 ans et donné lieu à un accord d'échange considéré comme un prélude au 7-Octobre
Il y a vingt ans, le soldat israélien Gilad Shalit a été enlevé alors qu’il se trouvait dans un char lors d’une attaque transfrontalière menée par le Hamas, puis emmené de force à Gaza.
Jeudi, à l’occasion du vingtième anniversaire de l’enlèvement de Shalit, le ministère de la Défense a rendu publics des registres militaires inédits détaillant les événements de cette journée fatidique. Ces rapports consistent en des comptes rendus, minute par minute, des informations reçues au centre de commandement de l’armée israélienne concernant les opérations, rédigés à la main en temps réel.
La plupart des informations contenues dans les rapports publiés jeudi étaient déjà connues, mais ces documents brossent un tableau plus complet de la confusion et des retards fatals au sein des rangs de Tsahal au lendemain de l’enlèvement transfrontalier – un sinistre présage du 7 octobre 2023.
Le caporal Shalit était déployé avec trois autres soldats à l’intérieur d’Israël, près de la frontière avec Gaza, lorsqu’une cellule du Hamas, qui s’était infiltrée en Israël par un tunnel transfrontalier, a tendu une embuscade à leur char, tuant le lieutenant Hanan Barak et le sergent-chef Pavel Slutsker, tôt dans la matinée du 25 juin 2006.
Shalit a été légèrement blessé lors de l’attaque et capturé par les terroristes, qui l’ont emmené dans la bande de Gaza. Il y a croupi pendant près de 2 000 jours avant d’être libéré en octobre 2011 en échange de plus d’un millier de prisonniers palestiniens, dont Yahya Sinwar, qui allait par la suite prendre la tête du Hamas et orchestrer le pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre 2023.
Le journal de bord récemment rendu public montre que le premier rapport faisant état d’une attaque est parvenu à 5h13 du matin. Il mentionnait de nombreuses explosions entendues dans la zone du kibboutz frontalier de Kerem Shalom et indiquait, selon une première évaluation, qu’il s’agissait d’impacts de roquettes.
Une minute plus tard, à 5h14, la mention « il y a des victimes » apparaît dans le journal.
S’ensuivent de nombreuses entrées documentant le déploiement des troupes et signalant l’infiltration de terroristes dans la zone.
Près d’une heure et demie après le début de l’attaque, à 6h40 du matin, un rapport indiquant qu’un « soldat est porté disparu d’un char » apparaît pour la première fois.
Quatre minutes plus tard, le nom de code « Hannibal » est inscrit dans le journal des opérations, en référence au très controversé « Protocole Hannibal » de Tsahal. Cet ordre militaire, officiellement abrogé en 2016, accordait aux troupes une grande latitude pour faire tout ce qui était nécessaire afin d’empêcher l’enlèvement d’un camarade, y compris au risque de mettre leur vie en danger.
Cette directive, désormais caduque, a fait l’objet d’un regain d’attention tant au niveau national qu’au niveau international lorsqu’il a été rapporté qu’elle aurait été utilisée par l’armée lors du pogrom perpétré le 7 octobre 2023 contre le sud d’Israël, au cours duquel 251 otages, militaires et civils, ont été enlevés.
À 7h12, un signalement est reçu concernant la découverte d’un casque et d’un gilet pare-balles tachés de sang, près de la barrière frontalière.
À 8 heures, Shalit est officiellement identifié comme étant le soldat enlevé.
En réponse à cet enlèvement, Tsahal a envoyé des troupes à Gaza pour la première fois depuis le retrait unilatéral de la bande de Gaza, un an plus tôt, afin de localiser Shalit et de faire pression sur le Hamas. L’opération a ensuite été élargie en réponse aux tirs de roquettes visant le sud d’Israël, mais elle a pris fin en novembre sans que Shalit n’ait été retrouvé.
Au cours des cinq années de sa captivité, ses parents, Noam et Aviva Shalit, ont mené une campagne nationale très médiatisée en faveur de sa libération. Sa photo est devenue l’un des symboles les plus reconnaissables d’Israël, tandis que des sympathisants organisaient des veillées et des manifestations dans tout le pays pour réclamer sa libération.
La campagne a également utilisé des rubans jaunes comme symbole de solidarité, un motif qui a ensuite été repris par le Forum des familles des otages et disparus pendant les deux années que la crise des otages du 7-Octobre a duré.
Shalit a finalement été libéré dans le cadre d’un échange controversé au cours duquel Israël a relâché 1 027 Palestiniens emprisonnés pour terrorisme ou pour des infractions connexes, dont beaucoup étaient responsables d’attentats majeurs contre des Israéliens.
Répondant aux critiques formulées à l’époque à l’encontre de cet accord, le Premier ministre Benjamin Netanyahu, alors en poste pour la deuxième fois, avait assuré : « C’était le meilleur accord que nous pouvions obtenir. »
« Je sais très bien que la douleur des familles des victimes du terrorisme est trop lourde à supporter. Il est difficile de voir les assassins de leurs proches être libérés avant d’avoir purgé l’intégralité de leur peine », a déclaré Netanyahu après la libération de Shalit.
« Mais je savais également que, dans le contexte diplomatique actuel, c’était le meilleur accord que nous pouvions obtenir, et rien ne garantissait que les conditions qui avaient permis de le conclure perdureraient à l’avenir. »
Parmi les terroristes libérés dans le cadre de cet échange figurait Sinwar, qui purgeait quatre peines de prison à perpétuité pour avoir orchestré l’enlèvement et le meurtre de deux soldats israéliens, ainsi que l’exécution de quatre Palestiniens accusés de collaboration avec Israël.
Sinwar, qui a fini par devenir le chef du Hamas à Gaza, aurait puisé son inspiration dans sa propre libération pour planifier l’assaut barbare et sanglant du 7 octobre 2023 contre le sud d’Israël, au cours duquel plus de 1 200 personnes ont été tuées et 251 autres ont été enlevées et retenues en otage à Gaza.
L’échange de 2011 concernant Shalit est aujourd’hui largement considéré comme un tournant dans la doctrine du Hamas en matière de prise d’otages. Il a renforcé la conviction du groupe terroriste que les otages constituaient son moyen de pression le plus efficace contre Israël et a jeté les bases de la stratégie qui a présidé aux enlèvements massifs perpétrés le 7-Octobre.
La plupart des otages enlevés le 7-Octobre ont été relâchés dans le cadre d’échanges similaires, ce qui a conduit à la libération de plus de 3 000 prisonniers palestiniens, dont certains purgeaient des peines de prison à perpétuité pour des attaques meurtrières contre des Israéliens.
Sinwar a été éliminé en octobre 2024 lors d’un échange de tirs avec les troupes de Tsahal à Gaza.
Au cours de la crise des otages, Shalit aurait rencontré les familles de plusieurs Israéliens enlevés par le Hamas, leur exprimant son soutien et leur assurant que leurs proches parviendraient à survivre et à se remettre de cette épreuve, malgré les difficultés.
Démobilisé en avril 2012, Shalit a obtenu le grade de sergent-major. Il a épousé Nitzan Shabbat en 2021, soit dix ans après sa libération. Âgé de 39 ans aujourd’hui, il travaille comme journaliste sportif, restant largement à l’écart des projecteurs qui suivaient autrefois chacun de ses faits et gestes.