À Gaza, partir reste difficile malgré la « porte ouverte » d’Israël
Visas, contrôles de sécurité, difficultés à trouver des hôtes et autres obstacles bureaucratiques rendent le départ de la bande de Gaza long et difficile
Apparaissant à l’écran depuis son domicile en Espagne, Ezz al-Din Shehab, 30 ans, ressemblait à n’importe quel jeune Européen ordinaire préparant un master de création littéraire.
Un stylo à la main et une œuvre d’art posée contre une armoire derrière lui, Shehab semblait plongé dans une tranquillité domestique. Cette scène rassurante cachait pourtant les difficultés et les souffrances d’un jeune homme qui avait passé les trois dernières années dans une véritable odyssée pour quitter la bande de Gaza, à la suite du pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas en Israël le 7 octobre 2023, et de la guerre qui avait éclaté dans la foulée.
Shehab est né et a grandi à Jabaliya, dans le nord de la bande de Gaza. Après avoir terminé ses études secondaires, il est parti en Égypte pour poursuivre ses études supérieures, puis s’est finalement installé à Ispahan, en Iran, pour étudier la médecine.
Au cours de ses neuf années d’études en Iran, il n’est jamais retourné à Gaza. Son premier retour au pays, pour fêter la fin de ses études, a eu lieu le 4 octobre 2023. Il prévoyait de rester quelques jours, puis de partir pour un stage de médecine en Allemagne.
Près de trois ans plus tard, fin juillet 2026, Shehab a finalement quitté Gaza pour se rendre en Espagne, après avoir obtenu une bourse pour un master en écriture.
Il a remporté cette bourse grâce à ses textes sur la guerre, initialement publiés sur les réseaux sociaux, puis rassemblés dans un livre intitulé Journal d’un jeune médecin : notes sur le génocide à Gaza, publié cette année par Scribe UK.
Le gouvernement israélien affirme vouloir que les habitants de Gaza quittent l’enclave, et nombreux sont ceux qui souhaitent fuir cette région ravagée par les bombardements et la pauvreté.
Mais près d’un an après l’entrée en vigueur du cessez-le-feu, en octobre 2025, les habitants de Gaza rencontrent toujours d’énormes difficultés lorsqu’ils tentent de la quitter.
Le principal obstacle est de trouver un pays disposé à les accueillir. Mais même pour ceux qui ont une destination, les obstacles administratifs liés à la situation à l’intérieur de Gaza peuvent rendre le processus de départ long et incertain.
Une légère hausse des départs
Des données exclusives obtenues par le Times of Israel auprès des autorités chargées de la gestion des points de passage illustrent l’ampleur du goulot d’étranglement.
Depuis le début du cessez-le-feu, quelque 10 500 personnes ont quitté Gaza, dont plus de 6 000 par le point de passage de Rafah vers l’Égypte et environ 4 500 par celui de Kerem Shalom vers Israël.
Ce chiffre n’est que légèrement supérieur à celui enregistré au cours d’une période comparable de la guerre : entre juin 2024 et juillet 2025, quelque 8 000 habitants de Gaza avaient quitté l’enclave, ce qui indique que le mécanisme complexe régissant les départs est resté globalement inchangé depuis le cessez-le-feu.
Et ce, bien que le ministère de la Défense ait annoncé, début 2025, la création d’une direction chargée du « départ volontaire » des habitants de Gaza, affirmant qu’elle avait pour but d’aider des centaines de milliers de Gazaouis à rejoindre des pays tiers.
Cette initiative israélienne faisait suite à la présentation, par le président américain Donald Trump, d’un projet visant à reloger l’ensemble des 2 millions de Gazaouis hors de l’enclave, dans le cadre d’une proposition plus large visant à mettre fin à la guerre.
Toutefois, le plan en vingt points présenté par Trump en septembre 2025 adoptait une approche nettement différente.
« Personne ne sera contraint de quitter Gaza, et ceux qui souhaitent partir seront libres de le faire et de revenir. Nous encouragerons les gens à rester et leur offrirons la possibilité de construire un Gaza meilleur », précise le plan, marquant ainsi un revirement par rapport à la proposition initiale du président visant à déplacer l’ensemble de la population de Gaza.
Néanmoins, au début du mois, le ministre de la Défense, Israel Katz, a déclaré que le plan initial faisait toujours l’objet de discussions entre Israël et les États-Unis, information démentie par la Maison Blanche. Katz a affirmé que des sondages montraient qu’environ 80 % des Gazaouis souhaitaient partir, mais n’avaient nulle part où aller.
« Il n’y a finalement pas de véritable solution pour Gaza sans cette migration », a déclaré Katz lors d’une conférence le 2 septembre.
« Le Hamas ne leur permet pas [de partir], et aucun pays au monde ne les accueille. Le président Trump a mis cette question à l’ordre du jour. À présent, chaque pays doit accueillir ces personnes – et c’est là le véritable enjeu. »
Si d’autres pays se montraient disposés à accueillir des Gazaouis, Katz a déclaré que le gouvernement israélien « est organisé et prêt à les faire sortir – par la mer, par les airs, par tous les moyens possibles ».
Des membres de la communauté internationale ont à plusieurs reprises accusé Israël de tenter de faciliter le transfert massif de la population gazaouie, une accusation que le Premier ministre Benjamin Netanyahu dément fermement.
Le bureau de Netanyahu a refusé de commenter.
Cependant, des responsables politiques de droite, y compris des personnalités de son gouvernement, ont à plusieurs reprises appelé à encourager l’émigration des Gazaouis.
Ces dernières semaines, alors qu’Israël se dirige vers des élections, plusieurs partis politiques – dont le parti d’extrême-droite Otzma Yehudit et un parti dirigé par l’ancien général controversé de l’armée israélienne Ofer Winter – ont souligné qu’ils encourageraient la « migration volontaire » depuis Gaza s’ils faisaient partie du prochain gouvernement.
En raison des conditions de vie catastrophiques, de nombreux Gazaouis semblent disposés à accepter l’offre d’Israël, bien que certains experts soulignent qu’il n’y a rien de volontaire dans une migration dans de telles circonstances et accusent Israël de mener une politique de nettoyage ethnique. Pour l’instant, ceux qui tentent de partir affirment que leurs efforts sont entravés plutôt que facilités.
Aucun contact entre les Gazaouis et Israël
Le 7-Octobre, Israël a complètement fermé sa frontière avec la bande de Gaza, bien que le point de passage de Rafah vers l’Égypte soit resté ouvert pour ceux qui souhaitaient partir.
La société égyptienne Hala a facilité le départ de toute personne en mesure de payer – environ 5 000 dollars par personne -, qu’elle ait ou non des liens avec un pays tiers ou qu’elle ait besoin de soins médicaux, sous réserve uniquement d’une autorisation de sécurité délivrée à la fois par Israël et par l’Égypte.
Les projets de Shehab de partir pour l’Allemagne ont été contrecarrés par le coût soudainement exorbitant du départ, ainsi que par la difficulté de rejoindre Rafah, à l’extrême sud de la bande de Gaza, depuis le domicile familial situé à Jabaliya, à l’autre bout de cette enclave déchirée par la guerre.
La prise de contrôle de la frontière entre Gaza et l’Égypte par Tsahal en mai 2024 a entraîné la fermeture de Rafah pendant plusieurs mois, rendant toute sortie de la bande de Gaza impossible.
À partir de juillet 2024, Israël a commencé à autoriser un nombre limité d’évacuations médicales depuis Gaza vers des pays tiers via le point de passage de Kerem Shalom, vers le sud d’Israël. De là, les personnes évacuées se rendaient soit à l’aéroport de Ramon, près d’Eilat, pour prendre un vol vers leur destination, soit par la route vers la Jordanie pour s’envoler depuis ce pays.
Ces évacuations ont débuté à la suite d’un recours déposé par plusieurs organisations de défense des droits de l’Homme : Gisha, Physicians for Human Rights Israel et HaMoked : Centre pour la défense de l’individu.
Début février 2025, Israël a commencé à autoriser les Gazaouis titulaires de certains types de visas pour des pays tiers à quitter la bande de Gaza par Kerem Shalom selon le même mécanisme, même en l’absence de nécessité médicale.
Le point de passage de Rafah a été rouvert en février de cette année, mais l’Égypte n’accepte plus les Gazaouis sur la simple base d’un paiement. Désormais, seuls ceux qui disposent d’une autorisation pour bénéficier de soins médicaux spécialisés peuvent entrer. Le Caire autorise également certains Gazaouis à transiter par l’Égypte à destination d’un pays tiers, à condition qu’ils disposent d’un visa et d’un lien avec ce pays, comme une famille ou un emploi sur place.
La France, par exemple, a accueilli en juillet 2025 un groupe de 115 Gazaouis dans le cadre de son programme PAUSE destiné aux « scientifiques et artistes en exil ». Ce programme vise à permettre aux chercheurs, universitaires et artistes qui ne peuvent poursuivre leur travail dans leur pays d’origine en raison de la guerre, de persécutions ou de menaces pour leur sécurité de s’installer en France et d’y poursuivre leurs activités.
Une bourse d’études dans un pays tiers constitue également un moyen de sortir via l’Égypte ; Shehab s’est donc mis à la recherche d’un établissement prêt à le parrainer.
Il a multiplié les candidatures, contactant des institutions et des responsables dans plus de vingt pays, dans l’espoir de trouver un moyen de partir.
« Finalement, j’ai écrit un livre [sur la vie pendant la guerre] et j’ai obtenu une bourse pour un master en littérature en Espagne en janvier 2025 », a-t-il expliqué.
Grâce à ce livre, il a pu entrer en contact avec un professeur d’une université espagnole, qui l’a aidé à obtenir cette bourse.
Les Gazaouis qui souhaitent partir doivent coordonner leur départ avec les autorités israéliennes. Toutefois, l’intermédiaire habituel pour de telles autorisations, l’Autorité palestinienne (AP), ne joue pratiquement aucun rôle dans le processus, selon Shehab et Shaï Grinberg, porte-parole du groupe de défense des droits Gisha, qui aide les Gazaouis cherchant à partir.
Tout au plus, a expliqué Grinberg, l’AP peut parfois aider à délivrer des documents, tels que des passeports palestiniens, ou à transmettre des titres de voyage aux autorités compétentes.
Au lieu de l’AP, c’est la mission locale du pays d’accueil qui fait office d’intermédiaire entre les deux parties : d’une part, elle communique avec le résident de Gaza pour mener à bien la procédure de visa et, d’autre part, elle collabore avec le Coordinateur des activités gouvernementales dans les Territoires palestiniens (COGAT) pour procéder à un contrôle de sécurité de la personne que le pays cherche à évacuer.
Le COGAT, un organisme du ministère israélien de la Défense chargé des affaires civiles palestiniennes, a confirmé au Times of Israel qu’un habitant de Gaza souhaitant quitter l’enclave communique uniquement avec l’ambassade étrangère concernée, et non avec les autorités israéliennes.
Dans le cas de Shehab, l’université qui a accepté de le parrainer a contacté le ministère espagnol des Affaires étrangères afin d’entamer le processus de coordination de son départ de Gaza avec Israël.
Seuls les pays qui entretiennent des relations diplomatiques avec Israël et qui disposent d’une mission dans ce pays capable de collaborer avec le COGAT peuvent recourir à ce mécanisme pour évacuer les habitants de Gaza qu’ils ont accepté d’accueillir.
Bien que les relations entre Israël et l’Espagne se soient considérablement détériorées ces dernières années en raison de la guerre à Gaza, Madrid continue de disposer d’une ambassade à Tel Aviv qui pourrait coordonner ce départ.
Selon Grinberg, certains pays entretenant des relations diplomatiques avec Israël ont refusé de recourir à ce mécanisme, ce qui signifie que les Gazaouis ne peuvent pas s’y rendre depuis la bande de Gaza. Elle n’a pas souhaité nommer ces pays.
Elle a ajouté que le niveau d’effort et d’implication variait considérablement d’un pays à l’autre.
« Certains pays se sont fortement impliqués dans l’évacuation des habitants de Gaza, tandis que d’autres, en réalité, n’apportent pas leur aide lorsque l’évacuation concerne leurs propres ressortissants [qui doivent être évacués, par opposition au regroupement familial et à d’autres cas], » a-t-elle déclaré.
Des relations indispensables
Pour Shehab, l’obtention de la bourse n’était que la première étape d’un processus qui allait le contraindre à rester à Gaza pendant un an et demi de plus.
La majeure partie des démarches pour la bourse et le visa pouvait se faire en ligne. Cependant, pour finaliser le dossier, Shehab devait envoyer des documents papier au consulat général d’Espagne à Jérusalem, qui traite les dossiers des résidents de Gaza et de Cisjordanie.
Pour un habitant de Gaza, cette exigence, en apparence banale, constituait un obstacle énorme. Depuis le début de la guerre, les services postaux reliant Gaza au reste du monde ont cessé de fonctionner, empêchant ainsi les habitants d’envoyer des documents à l’étranger.
« L’université m’a demandé des documents que je devais lui envoyer à la [mission espagnole] de Jérusalem. Comment étais-je censé envoyer quoi que ce soit à Jérusalem ? », s’est souvenu Shehab.
Il s’est finalement appuyé sur un réseau d’amis et de connaissances à travers les frontières internationales, qui ont réussi à acheminer ses documents de Gaza à Jérusalem, un trajet d’environ 70 kilomètres.
« Il y a par exemple des délégations médicales qui se rendent à Gaza ; j’ai donc confié mes documents à l’une d’entre elles, qui les a emportés en Jordanie. J’ai ensuite demandé à l’une de mes connaissances en Jordanie de les envoyer à Jérusalem. Je connaissais une femme à Jérusalem qui les a récupérés et a pris contact [avec le consulat] », a-t-il expliqué.
Grinberg a souligné un autre obstacle bureaucratique auquel les Gazaouis sont souvent confrontés : de nombreux pays exigent que les demandeurs fournissent des données biométriques avant de délivrer un visa, mais il n’existe aucun appareil doté des capacités de numérisation requises à l’intérieur de Gaza. Les Gazaouis doivent donc demander une dérogation.
« Certains pays sont disposés à exempter les résidents de Gaza de la procédure habituelle », a-t-elle déclaré.
« Dans ces cas-là, il est parfois possible d’approuver la demande de visa en principe à l’avance, d’évacuer la personne vers la Jordanie, et ce n’est qu’une fois sur place que la transmission des données biométriques est effectuée à l’ambassade du pays d’accueil. »
« Sans une telle dérogation, l’obtention d’un visa pour de nombreux pays [qui exigent des données biométriques] est actuellement impossible pour les résidents de la bande de Gaza », a ajouté Grinberg.
Shehab a finalement quitté Gaza le 22 juillet, en compagnie de quatre autres étudiants ayant également reçu des bourses pour étudier en Espagne et d’une famille – une mère et ses quatre jeunes enfants – qui s’est envolée pour l’Espagne dans le cadre d’un dispositif de regroupement familial.
On ignore encore pourquoi il a fallu 18 mois à Shehab pour mener à bien les démarches et partir, mais il pense que ce retard pourrait être dû aux contrôles de sécurité auxquels il a dû se soumettre. Comme le médecin a transité par la Jordanie, il a dû obtenir l’autorisation d’Amman ainsi que celle d’Israël avant de pouvoir enfin s’envoler pour l’Espagne.
Il estime également que des contacts bien placés auraient pu accélérer le processus.
« Tout est une question de relations », a-t-il déclaré.
« Je connais du monde, mais je n’ai pas de relations influentes. Quelqu’un capable d’entrer en contact avec un haut responsable du ministère des Affaires étrangères d’un pays peut partir plus facilement. »
Depuis la sécurité de l’Espagne, Shehab considère rétrospectivement ces mois d’attente comme une période marquée par des risques mortels dans l’enclave, où les frappes militaires se sont poursuivies même après le cessez-le-feu.
« À Gaza, le temps se paie au prix du sang », a-t-il déclaré.
Trois de ses frères sont toujours à Gaza et il tente désormais de trouver un moyen de les faire sortir eux aussi, en obtenant des visas étudiants pour qu’ils puissent étudier à l’étranger.
Le retard pris dans le dossier de Shehab est loin d’être un cas isolé. Selon Gisha, l’organisation a apporté son aide dans des centaines de dossiers juridiques au cours des deux dernières années, concernant des habitants de Gaza cherchant à quitter l’enclave, que ce soit pour des raisons médicales, pour poursuivre des études ou pour un regroupement familial. Gisha indique que leurs départs ont été retardés de plusieurs mois, même après qu’ils ont obtenu les autorisations nécessaires de la part des pays disposés à les accueillir.
Grinberg a déclaré au Times of Israel que, dans de nombreux cas, l’un des obstacles était une « restriction de sécurité » israélienne inexpliquée qui empêchait une personne de partir. Ces restrictions étaient parfois levées lorsqu’elles étaient contestées sur le plan juridique, notamment dans le cadre de recours déposés devant la Haute Cour de justice.
« Cela démontre le caractère arbitraire avec lequel ces restrictions de sécurité sont imposées », a-t-elle fait valoir.
Un responsable de la sécurité a répondu au Times of Israel en indiquant que « 98 % de toutes les demandes d’évacuation vers des pays tiers – qu’il s’agisse d’évacuations médicales ou pour d’autres raisons – sont approuvées, et les demandes de départ des Gazaouis sont traitées immédiatement, avec une réponse fournie en l’espace de quelques jours ».
« Il n’y a aucune limite au nombre de personnes pouvant partir dans le cadre de ces évacuations. Nous encourageons les pays à mener davantage d’évacuations », a-t-il également souligné.
Dans la salle d’attente
De nombreux Gazaouis quittent l’enclave pour des raisons de santé. L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) organise en effet des évacuations médicales vers des pays tiers pour les patients et les blessés de la guerre.
Même avant les combats contre le groupe terroriste palestinien du Hamas, le système de santé de Gaza offrait une gamme de services médicaux bien plus limitée que dans les pays occidentaux, en particulier pour le traitement du cancer et d’autres formes de soins spécialisés.
De ce fait, de nombreux Gazaouis nécessitant des traitements indisponibles dans l’enclave se rendaient régulièrement dans des hôpitaux en Israël ou en Cisjordanie. Ces traitements étaient généralement financés par l’AP – ou, dans de rares cas, par des organisations humanitaires – tandis que leur passage était coordonné entre Israël et l’AP par l’intermédiaire de la commission des Affaires civiles de l’AP.
Les habitants de Gaza ont pu partir se faire soigner après avoir obtenu le financement nécessaire et l’autorisation de sécurité israélienne.
Après le 7-Octobre, Israël a cessé d’autoriser les habitants de Gaza à se rendre en Israël ou en Cisjordanie pour y recevoir des soins. Cette mesure concernait notamment les hôpitaux palestiniens de Jérusalem-Est, qui disposent de fonds spécifiques pour traiter les Gazaouis et qui leur prodiguent des soins depuis longtemps.
Selon des responsables et d’autres personnes familières avec le système, avec qui le Times of Israel s’est entretenu, le processus d’évacuation médicale depuis Gaza comporte plusieurs étapes. L’obstacle le plus crucial se présente à la fin : trouver un pays disposé à accueillir le patient ou le blessé, ainsi que les membres de sa famille qui l’accompagnent.
Avant d’en arriver là, chaque patient ou blessé demandant à être évacué, généralement pour des pathologies graves mettant sa vie en danger, doit obtenir l’autorisation de se faire soigner à l’étranger auprès d’un comité de médecins spécialistes relevant du ministère de la Santé de Gaza, contrôlé par le Hamas. Une fois l’autorisation accordée, le nom du patient est transmis à l’OMS, qui le met en relation avec les pays disposés à l’accueillir pour y être soigné.
Selon les chiffres de l’OMS, au 24 septembre 2026, plus de 13 600 patients avaient été évacués pour raisons médicales de Gaza vers des pays tiers, la grande majorité d’entre eux se rendant en Égypte.
Cependant, l’obtention d’une autorisation d’évacuation médicale ne garantit pas qu’un patient puisse en réalité partir.
En mars, l’OMS a déclaré que « plus de 18 500 patients à Gaza ont toujours un besoin urgent de soins médicaux qui ne sont pas disponibles sur place ».
Depuis avril, le nombre d’évacuations organisées par les missions de l’OMS a considérablement augmenté, passant d’une centaine par mois à entre 350 et 450.
Cependant, nombreux sont ceux qui continuent d’attendre, comme Saad Abu Aita, 49 ans, blessé au début de la guerre, et qui attend toujours une évacuation médicale vers l’étranger.
« Le 14 octobre 2023, une semaine après le début de la guerre, ma maison a été bombardée et j’ai été blessé », a déclaré Abu Aita au Times of Israel.
« Mon père et deux de mes enfants ont été tués lors du bombardement. Ma mère, mon épouse, deux de mes autres enfants et moi-même avons survécu. »
« J’ai été blessé au bras. Aujourd’hui, ce bras est handicapé et j’ai toujours des éclats d’obus dans la poitrine », a-t-il ajouté.
Abu Aita a expliqué avoir été soigné dans plusieurs hôpitaux de Gaza et avoir subi de multiples opérations. Après l’une d’entre elles, il a rencontré un médecin américain qui lui a annoncé que l’intervention n’avait pas été couronnée de succès et qu’il devait subir une nouvelle opération.
« Je lui ai dit qu’il me serait difficile de subir une nouvelle opération [à Gaza] ; il m’a donc rédigé une lettre de recommandation pour un traitement à l’étranger », a raconté Abu Aita.
Selon Abu Aita, le médecin l’a aidé à préparer le dossier médical nécessaire pour soumettre son cas au comité et obtenir l’autorisation d’évacuation, en certifiant que son état de santé était suffisamment grave pour justifier un traitement hors de Gaza et suffisamment stable pour supporter le voyage.
Il a reçu ce document en mars 2025. Mais aucun pays n’a accepté de l’accueillir.
La manière dont les pays sélectionnent les Gazaouis qu’ils sont prêts à accueillir pour des soins manque de transparence et varie d’un pays à l’autre. Les annonces concernant des missions d’évacuation individuelles vers certains pays précisent généralement les types de patients que le pays d’accueil souhaite prioriser à ce moment-là.
« Il y a beaucoup de problèmes avec les pays qui accueillent des personnes. Il y a un manque de volonté d’accepter des personnes venues de Gaza », a déclaré Abu Aita.
« Je pense que la partie israélienne est disposée à ouvrir les points de passage et à laisser sortir les gens, mais il y a un problème avec les pays qui les accueillent. »
Abu Aita a ajouté que les restrictions imposées par les pays d’accueil concernant le nombre de proches pouvant accompagner un patient peuvent également placer les familles devant un choix déchirant.
« Certains [pays] stipulent que seules deux personnes peuvent accompagner un blessé », a-t-il expliqué.
« Une personne part avec un accompagnateur et laisse sa famille à Gaza – ce qui sépare les familles. »
Une source proche du processus d’évacuation a confirmé au Times of Israel que les pays d’accueil déterminent eux-mêmes les catégories de patients ou de blessés qu’ils sont prêts à accueillir. Leur participation implique également qu’ils acceptent de prendre en charge les frais de traitement et le séjour des patients sur leur territoire, ainsi que ceux de leurs proches accompagnateurs.
En juillet 2024, par exemple, les Émirats arabes unis ont accueilli 85 malades et blessés graves en provenance de Gaza. Selon l’OMS, 53 de ces patients étaient atteints d’un cancer, tandis que 20 présentaient des traumatismes et que les autres souffraient de diverses autres pathologies.
D’après les données de l’ONU, environ la moitié des patients évacués dans le cadre de missions de l’OMS ont été recensés comme souffrant de « traumatismes » ou d’un cancer.
Abu Aita a déclaré que vivre avec ses blessures à Gaza était un véritable calvaire, alors qu’il attendait d’être accueilli quelque part.
« La situation est extrêmement difficile. Je suis un blessé vivant dans une tente au centre de Gaza. Je ne peux pas travailler, je ne peux rien apporter [à ma famille] », a-t-il expliqué.
« Le matin, il faut aller chercher de l’eau [à un réservoir]. Mes enfants – mon fils de 14 ans et ma fille de 18 ans – m’accompagnent car, en raison de ma blessure, je ne peux pas aller chercher l’eau moi-même. »
« Laissez-nous partir »
Pour les Gazaouis, la perspective de quitter l’enclave pour des raisons de sécurité, pour améliorer leur niveau de vie, pour des raisons de santé ou pour d’autres raisons peut revêtir une importance politique.
Malgré les conditions de vie catastrophiques qui y règnent, les Gazaouis, ainsi que de nombreux dirigeants arabes, ont intérêt à ce qu’ils y restent afin de contrecarrer les projets de certains politiciens israéliens visant à réduire la population de Gaza et à repeupler l’enclave avec des résidents d’implantation, neutralisant ainsi les aspirations nationales palestiniennes.
« L’AP et les pays arabes ne veulent pas que les Palestiniens de Gaza partent, car cela deviendrait alors une question de migration », a affirmé Shehab.
L’Autorité palestinienne n’a pas répondu à une demande de commentaire.
Les pays qui, dans d’autres circonstances, seraient disposés à accueillir des réfugiés, hésitent également à coopérer à un processus susceptible de renforcer l’expansion de la présence juive et de compromettre les progrès vers la création d’un État palestinien.
Parmi les Gazaouis qui sont partis grâce à des liens avec un pays tiers, certains obtiennent des visas temporaires valables plusieurs mois ou plusieurs années, tandis que d’autres peuvent entamer une procédure d’obtention de la nationalité s’ils le souhaitent. Tout dépend du pays et des circonstances dans lesquelles ils sont arrivés.
Quant aux personnes évacuées pour raisons médicales, le pays d’accueil s’engage auprès de l’OMS à héberger le patient pendant toute la durée de son traitement. Par la suite, ce sont les lois sur l’immigration de ce pays qui déterminent si les personnes évacuées peuvent, si elles le souhaitent, s’engager sur la voie de la naturalisation ou d’une autre forme de résidence permanente. Seules l’Égypte et la Jordanie ont renvoyé des patients à Gaza une fois leurs traitements terminés.
Plutôt que de déplacer définitivement les Gazaouis ailleurs, les acteurs internationaux, notamment par l’intermédiaire du Conseil de Paix, poursuivent une stratégie visant à améliorer leurs conditions de vie en reconstruisant la bande de Gaza.
Au début de la guerre, le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi avait averti qu’autoriser une migration massive des Gazaouis « anéantirait la cause palestinienne, la cause la plus importante de notre région », une idée qu’il n’a cessé de défendre au cours des trois années qui ont suivi l’assaut barbare et sadique du Hamas.
Cependant, les Gazaouis affirment qu’ils souffrent et ont désespérément besoin d’un répit, même si un exode n’est pas politiquement opportun.
« Je vous rapporte ce que disent les gens dans la rue [à Gaza], non pas en tant que personne qui déteste cette terre », a déclaré Shehab.
« Nous aimons cette terre. Nous sommes palestiniens et nous y avons grandi. Mais ça suffit – laissez-nous partir. »