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Opinion

Avec Ofer Winter, Netanyahu voit surgir une nouvelle menace sur sa droite

L’ex-général, sans passif lié au 7-Octobre, séduit une droite hostile aux exemptions haredim et il pourrait prendre des voix au Likud, à Smotrich, à Ben Gvir et au Shas

David Horovitz

David est le fondateur et le rédacteur en chef du Times of Israel. Il était auparavant rédacteur en chef du Jerusalem Post et du Jerusalem Report. Il est l’auteur de « Un peu trop près de Dieu : les frissons et la panique d’une vie en Israël » (2000) et « Nature morte avec les poseurs de bombes : Israël à l’ère du terrorisme » (2004).

Montage photos (de gauche à droite) : Ofer Winter, chef du parti « Amkha Yisrael » ; le Premier ministre Benjamin Netanyahu. (Crédits : Chaïm Goldberg/Flash90 ; Quatorzième chaîne)
Montage photos (de gauche à droite) : Ofer Winter, chef du parti « Amkha Yisrael » ; le Premier ministre Benjamin Netanyahu. (Crédits : Chaïm Goldberg/Flash90 ; Quatorzième chaîne)

Parmi les nombreux nouveaux partis qui ont vu le jour à mesure que la campagne électorale s’est intensifiée, c’est Amkha Yisrael, la formation de l’ancien général Ofer Winter qui a été lancée mardi soir, qui inquiète le plus le Premier ministre Benjamin Netanyahu.

Si le chef du Likud a pour habitude de dénigrer systématiquement ses adversaires en les présentant comme de dangereux gauchistes, la ruse risque de ne pas prendre avec Winter, qui est depuis des années ce que l’on peut qualifier « d’allié conditionnel » de Netanyahu. (Le Premier ministre l’avait d’ailleurs, semble-t-il, consulté au cours des premiers mois de la guerre à Gaza qui avait suivi le 7-Octobre.)

Yaïr Netanyahu s’est certes empressé de qualifier Winter de serviteur de la gauche, mais celui-ci reste profondément ancré dans la droite religieuse. C’est lui qui, en 2014, déclarait aux officiers de la brigade Givati, qu’il commandait alors, que l’opération « Bordure protectrice » menée à Gaza était une guerre religieuse lancée contre un ennemi « blasphématoire ». Farouchement opposé à la création d’un État palestinien, il a déclaré sans détour, dans son discours de lancement de campagne mardi, que la seule solution pour Gaza était « l’émigration ».

Winter s’est engagé dans ce même discours à « tout faire pour former un gouvernement de droite aussi large que possible, avec autant de partenaires sionistes que possible » – une formule qui a fait écho à la promesse, réitérée cette semaine par Netanyahu, de former un « large gouvernement national », et qui a donc eu, a priori, tout pour plaire au Premier ministre.

À ceci près que Winter a également déclaré, en choisissant soigneusement ses mots, que « quiconque pense, après le 7-Octobre, que la population israélienne acceptera sans broncher l’immobilisme politique et l’absence de nouveaux visages dans le système commet une grave erreur ».

On est loin de l’exigence beaucoup plus explicite du chef de file de l’opposition Gadi Eisenkot, qui réclame la démission de toute personne ayant occupé un « rôle clé » au moment du pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas. Mais il ne s’agit pas non plus un blanc-seing pour Netanyahu.

Winter, lui, n’est en rien entaché par les événements du 7-Octobre. Alors que son propre avenir au sein de Tsahal était incertain à l’époque, il s’était précipité au front depuis son domicile en Galilée, arme personnelle en main, pour combattre dans la région du kibboutz Beeri. Sur la liste qu’il a présentée mardi à la Knesset figure notamment Sigal Kraunik-Atia, veuve du coordinateur de la sécurité de Beeri, Arik Kraunik, assassiné alors qu’il défendait le kibboutz.

Il défend avec conviction, et sans mâcher ses mots, l’obligation pour les hommes haredim d’effectuer leur service militaire. Une position qui lui a d’ailleurs valu, ce mois-ci, d’être pris à partie et traité de traître par des extrémistes ultra-orthodoxes alors qu’il quittait une conférence où il avait évoqué des parcours spécialement conçus pour faciliter la conscription des Haredim.

Un manifestant interpelle l’ancien général de brigade de l’armée israélienne, Ofer Winter, lors d’une manifestation contre une conférence de Tsahal consacrée à la conscription des haredim, à Jérusalem, le 4 août 2026. (Crédit : Chaim Goldberg/Flash90)

C’est cette position qui rend l’entrée de son parti dans la campagne électorale si spectaculairement problématique pour HaTzionout HaDatit de Bezalel Smotrich. Une grande partie de l’électorat qui lui est naturellement acquis est composé de religieux orthodoxes, d’électeurs de droite, d’habitants des implantations et de partisans du mouvement des implantations. Cet électorat en veut profondément à Smotrich d’avoir soutenu, tout au long du mandat de la coalition sortante, les efforts livrés par les partis ultra-orthodoxes pour inscrire dans la loi une exemption massive du service militaire pour les hommes haredim.

Si le parti de Smotrich représentait jusqu’ici l’option la moins mauvaise pour cet électorat, qui a payé un si lourd tribut au front ces trois dernières années, Winter lui offre désormais une alternative séduisante. Les quelques sondages publiés dans les jours précédant le lancement de son parti plaçaient d’ailleurs Winter au-dessus du seuil électoral, tandis que Smotrich se retrouvait en dessous.

Pour la même raison, Winter pourrait également ravir des voix au parti d’extrême droite Otzma Yehudit, dirigé par le multirécidiviste Itamar Ben Gvir. Il pourrait aussi en prendre au Shas qui, en perte de vitesse dans les sondages, s’emploie désormais frénétiquement, et assez pathétiquement, à diffuser des vidéos et des publications le présentant comme favorable à la fois aux études dans les yeshivot et au service militaire.

Son chef spirituel actuel conseillait pourtant jusqu’ici aux réfractaires à la conscription de jeter leurs ordres d’enrôlement dans les toilettes, tandis que son chef politique s’est employé à tenir stratégiquement le Shas à distance du service militaire, de peur que ses électeurs, une fois sous l’uniforme, ne s’éloignent du parti.

Netanyahu et le Likud n’en sont pas moins extrêmement vulnérables sur cette question à l’approche des élections. Ils ont présidé à la capitulation devant l’exigence intenable des partis ultra-orthodoxes de maintenir une exemption massive du service militaire, alors même que le chef d’état-major Eyal Zamir a averti que Tsahal, face à une pénurie critique de soldats, risquait, ni plus ni moins, de s’effondrer.

Netanyahu s’est récemment mis à insister pour que tous les hommes haredim qui n’étudient pas réellement à plein temps dans une yeshiva doivent effectuer leur service militaire. Il convient toutefois de rappeler qu’il a limogé Yuli Edelstein de la présidence de la commission des Affaires étrangères et de la Défense précisément pour avoir tenté d’imposer de telles conditions, ce que l’électorat israélien, aussi versatile soit-il, ne risque pas d’oublier de sitôt.

Illustration : Le nouveau ministre de la Défense Naftali Bennett rencontrant le Premier ministre Benjamin Netanyahu, le chef d’état-major Aviv Kohavi et le général de brigade Ofer Winter, secrétaire militaire du ministre de la Défense, le 12 novembre 2019. (Crédit : Ariel Hermoni/Ministère de la Défense)

Assez avisé pour avoir placé en deuxième position sur sa liste Yoseph Haddad, un Arabe partisan d’une ligne dure et fervent défenseur d’Israël, Winter entretient également depuis des années des liens étroits avec plusieurs figures de la droite opposée à Netanyahu. Parmi elles figurent Avigdor Liberman, dont il a brièvement été l’attaché militaire lorsque le chef d’Yisrael Beytenu était ministre de la Défense dans le gouvernement Netanyahu, fin 2018, et Naftali Bennett, auprès duquel il a occupé les mêmes fonctions en 2019-2020.

Winter et Bennett se connaissent depuis des dizaines d’années, ayant servi ensemble au sein de Tsahal. Ses relations avec Eisenkot sont sans doute moins chaleureuses : alors chef d’état-major, c’est lui qui avait écarté Winter d’une promotion en 2018 et bloqué sa candidature au poste de secrétaire militaire de Netanyahu, apparemment en raison de la conduite opérationnelle de Winter lors de la bataille du « Vendredi noir » à Rafah, en 2014, après l’enlèvement du corps du lieutenant Hadar Goldin, mais aussi en raison de ses contacts avec des journalistes et des activistes politiques.

De droite à gauche, le ministre de la Défense Avigdor Liberman, le Premier ministre Benjamin Netanyahu, le chef d’état-major de Tsahal Gadi Eisenkot, le secrétaire militaire du Premier ministre, le général de brigade Eliezer Toledano, et le chef du Shin Bet Nadav Argaman, alors que les violences s’intensifient dans l’enclave palestinienne, lors d’une à la division de Gaza de Tsahal, le 17 juillet 2018. (Crédit : Kobi Gideon/GPO)

Il n’est donc pas inconcevable que le parti de Winter, s’il parvient à prendre son essor, puisse véritablement rebattre les cartes en vue de la formation de ce gouvernement de droite « aussi large que possible » qu’il promet. Mais le « si » est de taille pour un parti entièrement nouveau, sans appareil ni structures bien établies, même s’il compte en deuxième position Haddad, un influenceur suivi par des centaines de milliers de personnes sur les réseaux sociaux.

Pour l’heure, cependant, c’est Netanyahu qui commence à sentir souffler le vent Winter.

La semaine a été particulièrement mauvaise pour le Premier ministre. Lundi d’abord, Ben Gvir, qui lui dispute une partie des voix, lui a porté un coup particulièrement vicieux, en annonçant la redécouverte de l’épave de l’Altalena, symbole fort de la droite la plus dure du Likud. Netanyahu s’est empressé de publier une déclaration vidéo dans laquelle, de manière aussi pitoyable que caractéristique, il a salué la retenue héroïque de Menahem Begin, qui avait permis d’éviter qu’une guerre civile n’éclate dans le jeune État, tout en ravivant une vieille fracture entre droite et gauche en dénonçant l’attaque ordonnée par Ben Gurion contre le navire de l’Irgoun chargé d’armes.

Puis, mardi, Zvi Sukkot, député et homme de main de Smotrich armé d’une masse, a un peu plus terni l’image du gouvernement et celle d’Israël tout entier en saccageant un monument palestinien dédié aux « martyrs », tandis que des soldats de Tsahal assistaient, impuissants, à la scène.

Le député d’extrême droite Zvi Sukkot détruit un monument palestinien dédié aux « martyrs » dans le village de Madama, en Cisjordanie, le 25 août 2026. (Crédit : bureau du député Zvi Sukkot)

Et voilà que surgit un nouveau défi, potentiellement sérieux, à son autorité à la tête de son propre camp : un nouveau visage, partisan d’une ligne dure et résolument belliciste, qui refuse de céder au chantage des ultra-orthodoxes, que beaucoup d’électeurs ne peuvent tolérer, et qui, contrairement à Netanyahu, ne porte pas le poids des échecs du 7-Octobre que le Premier ministre voudrait voir les électeurs oublier.

Netanyahu a jusqu’à présent lancé deux avertissements visant Winter. Lundi, il a conseillé aux électeurs de ne pas gaspiller leur voix en faveur des différents petits partis de droite qui risquent de ne pas franchir le seuil électoral. Mardi, au moment où Winter lançait Amkha Yisrael, il a exigé que ces partis « se retirent ou s’unissent à des partis existants ».

Il y a fort à parier que Netanyahu réfléchit déjà à des moyens plus efficaces de désamorcer la menace. Car Winter paraît fort peu disposé à faire l’un ou l’autre.

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