Interview

Au programme du plus jeune président du KKL-JNF

Eyal Ostrinsky, qui revient longuement sur les finances de l’organisation, indique qu'il n’achètera pas de terres en Cisjordanie. Sa priorité ira à la foresterie et à la périphérie

Le président du KKL-JNF, Eyal Ostrinsky, prend la parole lors de l’inauguration du parc Sayeret Shaked à Ofakim, dans le sud d'Israël, le 2 février 2026 (Crédit : Michael Houri, KKL-JNF Photo Archive).

La récente nomination d’Eyal Ostrinsky à la présidence du Keren Kayemeth Le-Israel (Fonds national juif – KKL/JNF) fait suite à plusieurs semaines d’âpres négociations au sein de l’Organisation sioniste mondiale (WZO).

Ces négociations ont pris une tournure particulièrement grave suite à la tentative aussi controversée qu’infructueuse de Miki Zohar, ministre du Likud, le parti au pouvoir, à faire nommer le fils du Premier ministre, Yair Netanyahu, à un haut poste rémunéré au sein de la WZO.

L’accord finalement conclu prévoit que des représentants du Likud et de l’opposition de centre-gauche se partageront à parts égales les mandats de cinq ans à la tête de la WZO et du KKL-JNF.

Eyal Ostrinsky, 45 ans, le plus jeune président du KKL-JNF à ce jour, s’est imposé comme le choix consensuel à ce poste.

Actif au sein du Parti travailliste depuis son plus jeune âge, il a travaillé dans des organisations nationales telles que la WZO, où il a occupé le poste de chef de cabinet de l’ancien vice-président de la WZO, Yizhar Hess, et au KKL-JNF, où il a conseillé l’ancien président Danny Atar. À la Knesset, il a occupé des fonctions de conseil et d’organisation auprès de plusieurs députés.

Lui succédera, pour la seconde moitié du mandat, Shai Hajaj, du Likud, qui préside le Centre du gouvernement régional.

Depuis sa prise de fonction, Ostrinsky a d’ores et déjà fait la une des journaux en promettant que le KKL-JNF n’achèterait plus de terres en Cisjordanie et mettrait fin au financement des programmes éducatifs dans les avant-postes de Cisjordanie qui encouragent les résidents d’implantations d’extrême droite à persécuter les Palestiniens.

Il a également refusé de présenter des excuses pour avoir été le seul, à la table présidentielle, lors du Quiz biblique d’Israël, le mois dernier, à ne pas porter de kippa. Dans un long message publié sur Facebook, il a expliqué que la Bible hébraïque appartenait aux Juifs de tous horizons.

Créé en 1901 pour acheter et aménager des terres en vue de l’implantation juive, et connu pour les centaines de millions d’arbres qu’il a plantés dans tout Israël, le KKL-JNF agit en tant que gardien, au nom du peuple juif, de 13 % du territoire national, dont la gestion est assurée par l’Autorité des terres d’Israël.

Sorte d’ONG à laquelle a été reconnu le statut de société d’utilité publique, elle intervient dans les questions de sylviculture, d’eau, d’éducation, de développement communautaire, de tourisme mais aussi de recherche et de développement.

La rivière Tzippori, dans le nord d’Israël, à la réhabilitation de laquelle le KKL-JNF a participé. (Pnina Zetsler/KKL-JNF)

Bon an, mal an, elle a été accusée de népotisme, de compter des effectifs pléthoriques, de payer des salaires élevés et de bénéficier d’avantages indus, sans parler d’un supposé manque de responsabilité.

Peu de temps après avoir pris ses fonctions, M. Ostrinsky a contacté plusieurs médias, dont The Times of Israel, pour demander à être interviewé. Lorsqu’on lui a demandé pourquoi, il a répondu qu’il souhaitait que le public sache ce qu’il fait et ait confiance en lui, qu’il savait ce qu’il fallait corriger et qu’il avait l’intention de guider l’organisation vers « un meilleur avenir ».

L’interview suivante a été remaniée pour des questions de clarté et de concision.

The Times of Israel : Selon un rapport de la Knesset de novembre dernier, l’actif net du KKL-JNF s’élevait à près de 24,7 milliards de NIS, dont environ 15,6 milliards de NIS en biens immobiliers. Pouvez-vous expliquer d’où proviennent les fonds de l’organisation et comment ils sont dépensés ?

Eyal Ostrinsky : 80 % à 90 % de nos fonds proviennent de la commercialisation de terrains auprès de promoteurs et d’entrepreneurs par le biais de l’Autorité des terres d’Israël. Le reste provient de dons et de la location de nos bâtiments.

Notre budget de fonctionnement s’élève à 1,86 milliard de NIS. Sur ce montant, un peu plus de 800 millions de NIS vont aux activités, et 640 millions de NIS aux frais généraux, dont les salaires. Le reste est transféré à des institutions nationales telles que l’Agence juive.

Ce montant de 640 millions de NIS est élevé.

Il y a de cela cinq ans, il s’élevait à 400 millions de NIS. Cette année, on m’a demandé de le porter à 690 millions. J’ai refusé et l’ai réduit de 10 millions de NIS. L’an prochain, je souhaite encore abaisser ce montant de 15 à 20 millions de NIS.

Il y a 1 300 postes rémunérés, ce qui est beaucoup. Je ne licencierai personne, mais je dois réfléchir à la nécessité de pourvoir tous les postes laissés vacants lorsque des personnes partent à la retraite ou sont promues. Nous devons également réduire les déplacements à l’étranger, le parrainage de conférences et les publications. Mon objectif est d’augmenter la part du budget de fonctionnement effectivement consacré aux activités.

Nous disposons également cette année d’un budget d’environ 1 milliard de NIS pour les projets d’infrastructure. Les recettes annuelles provenant de l’Autorité des terres d’Israël ont baissé, passant de près de 7 milliards de NIS en 2021 à 2,5 milliards de NIS l’année dernière : elles devraient se situer au même niveau cette année. Il y a eu moins de terrains mis sur le marché, peut-être à cause des guerres [à Gaza, au Liban et en Iran].

Sur cette photo non datée, un enfant tient une boîte bleue du KKL-JNF destinée à la collecte de dons. Cette boîte bleue fut l’un des premiers moyens de collecter des fonds pour cette organisation naissante et était courante dans de nombreux foyers juifs. (Avec l’aimable autorisation du KKL-JNF)

Beaucoup considèrent que le KKL-JNF dispose de sommes colossales qui devraient être consacrées à des projets publics.

Je ne connais même pas la valeur actualisée de nos actifs, car il ne s’agit pas de liquidités ; cela n’a donc aucune importance. Il s’agit principalement de terrains, que nous ne pouvons pas vendre pour dégager des fonds.

J’ai pris mes fonctions avec un excédent d’environ 900 millions de NIS, qui sera consacré au développement, et qui vient s’ajouter à ce que je recevrai cette année de la part de l’Autorité des terres d’Israël.

N’oubliez pas non plus que nous devons reverser des fonds au gouvernement : 2 milliards de NIS en 2023, 2 milliards de NIS en 2024, plus 800 millions de NIS de plus répartis entre 2025 et 2027.

Quelles sont vos priorités ?

Les forêts sont clairement en tête de liste. Je souhaite augmenter la superficie forestière et limiter les dégâts causés aux forêts, deux défis de taille. Je souhaite revoir notre politique de plantation après avoir consulté de nombreux experts qui affirment qu’il vaut mieux planter davantage d’arbres dès aujourd’hui. Et je souhaite améliorer les espaces ouverts au public.

Des espèces forestières indigènes prospèrent grâce à la lumière créée par l’éclaircissage des arbres à la station de recherche du KKL-JNF, dans la Forêt des Martyrs, près de Jérusalem, le 16 avril 2024. (Sue Surkes/Times of Israel)

Comment comptez-vous protéger les forêts alors qu’il n’existe pas de dispositions légales en la matière et que la pression pour construire, encore et encore, est considérable ?

Sans loi, les outils dont nous disposons sont insuffisants. Nous souhaitons faire adopter une loi sur les forêts afin de renforcer la protection, affirmer notre présence au sein des comités d’aménagement du territoire et obtenir davantage de pouvoirs en matière de contrôle et d’application de la loi, à l’instar de l’Autorité israélienne de la nature et des parcs. Cette autorité [qui est un organisme d’État] peut fermer ses sites la nuit. Nous, non.

Notre autre priorité consiste à réhabiliter les communautés frontalières [ravagées par la guerre] de Gaza et du Liban, ainsi qu’à développer la Galilée, au nord, et le Neguev, au sud.

Eyal Ostrinsky, président du Fonds national juif (KKL-JNF). (Reuven Kapuchinsky)

Quels projets êtes-vous prêt à financer en Cisjordanie ?

Je ne crois pas à la colonisation de la Judée et de la Samarie, mais je ne vis pas tout seul, et je dois respecter les décisions d’un conseil d’administration composé de personnes issues de tout l’éventail politique.

Il n’y aura pas d’achat de terres en Cisjordanie. Mais s’il y a des parcs ou des festivals au sein des implantations, il n’y a aucune raison de ne pas les soutenir, car un enfant de Gush Etzion (en Cisjordanie) ne devrait pas être lésé par rapport à un enfant de Raanana (dans le centre d’Israël).

Que pouvez-vous dire aux habitants de Jérusalem qui vivent à Talbieh, Rehavia et Nayot, et dont la maison se trouve sur des terrains que l’Église orthodoxe grecque a vendus à des sociétés immobilières privées ? Le KKL-JNF peut les sortir de cette situation d’incertitude en acceptant de prolonger ses baux fonciers actuels, qui expirent dans les années 2050.

Vue sur la rue Marcus à Talbieh, l’un des quartiers de Jérusalem dans lesquels le patriarcat grec orthodoxe a vendu des terrains à des investisseurs privés. (Avec l’aimable autorisation d’Eiferman Realty)

Nous en discuterons lorsque nous serons sur le point de prendre une décision, dans quelques mois, d’ici la fin de l’année. Le plus important est d’assurer la sécurité des habitants et de préserver les espaces verts.

Amenez-vous une gestion différente au sein de l’organisation, et comment savez-vous que les changements que vous mettez en place ne seront pas annulés par Shai Hajaj ?

Ces cinq dernières années, il y a eu des querelles intestines entre les membres du conseil d’administration, mais aussi entre eux et les présidents. Je suis en train de changer cela. Jusque-là, toutes les décisions se sont prises d’un commun accord. En tant que président, c’est moi qui soumets des initiatives au conseil d’administration, et non l’inverse. Je souhaite élaborer des plans de travail jusqu’en 2030, en concertation avec Shai Hajaj. Et de toute façon, je ne partirai pas.

Les relations entre le KKL-JNF et ses partenaires étrangers sont parfois tendues. Les fonds américains ne transitent pas par les bureaux de Jérusalem mais sont versés directement aux projets. Russell Robinson, directeur général du JNF-USA depuis 1997, n’a pas mis les pieds au bureau du KKL à Jérusalem depuis des années, et les Américains lancent de nombreux projets sans nécessairement consulter le siège à Jérusalem — comme le Village de la jeunesse sioniste, que le JNF-USA souhaite implanter à Beer Sheva pour un montant de 350 millions de dollars. On m’a dit que vous ne considériez pas cela comme une priorité absolue.

Raz Malka (à gauche), cofondateur de Lobby 1701, favorable à une paix durable le long de la frontière nord d’Israël, photographié aux côtés de Russell Robinson, directeur général du JNF-USA, et de Sarah Azizi, chargée de la collecte de fonds pour le JNF-USA.

Ces dernières années, nous nous sommes attachés à renforcer la coopération avec les filiales étrangères, qui sont indépendantes, et nous travaillons en étroite collaboration avec la plupart d’entre elles. Il nous reste encore du chemin à faire avec la filiale américaine. Nous menons toutefois avec elle un projet de 50 millions de dollars visant à réhabiliter la zone frontalière de Gaza, dont 12 millions de dollars sont déjà alloués à Shlomit, une implantation située dans le conseil régional d’Eshkol. Il est important que le JNF-USA comprenne son rôle au sein du réseau mondial, et non en tant qu’entité distincte, et qu’il travaille pour le moins en coordination avec le programme de Jérusalem.

Pourquoi l’argent du KKL-JNF ne serait-il pas versé directement dans les caisses de l’État ?

Posez donc la question aux maires du kibboutz Nir Oz ou du kibboutz Manara [dévastés respectivement par le Hamas au sud et le Hezbollah au nord], à la Haute Galilée et aux centres de jeunesse ; vous ne la poserez pas deux fois.

Le KKL-JNF n’appartient pas au gouvernement israélien, mais au peuple d’Israël. Il dépasse le cadre d’Israël. Et c’est le seul endroit où conservateurs et libéraux ont voix au chapitre.

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