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Le leader britannique du Parti Vert, Zack Polanski, dans le centre de Londres, le 2 septembre 2025. (Crédit : JUSTIN TALLIS / AFP)
Le leader britannique du Parti Vert, Zack Polanski, dans le centre de Londres, le 2 septembre 2025. (Crédit : JUSTIN TALLIS / AFP)
Explications

Au Royaume-Uni, un Zack Polanski qui s’inspire (à fond) de Zohran Mamdani

L’étoile montante de la politique tire le Parti des Verts vers l’extrême gauche anti-Israël — et en récolte les dividendes politiques, au grand dam de ses rivaux

LONDRES — Quatre mois à peine après avoir été élu à la tête du Parti des Verts, Zack Polanski s’impose rapidement comme le plus important homme politique juif britannique — tout comme le porte-étendard d’une gauche radicale redynamisée.

Jeune, gay et végan, Polanski, qui est âgé de 43 ans, talonne dans les sondages le parti travailliste au pouvoir ; son ascension fulgurante est le fruit d’un cocktail à la Zohran Mamdani, fait de promesses de faire payer les riches et d’avoir un gouvernement plus fort, sans oublier des positions anti-israéliennes.

« Je m’inspire beaucoup de Mamdani », a fièrement annoncé Polanski suite à l’élection du nouveau maire de New York.

L’ascension fulgurante de Polanski a freiné les débuts du nouveau parti d’extrême gauche de Jeremy Corbyn, en proie à des luttes intestines entre alliés de l’ex-leader travailliste déchu. Et l’ascension des Verts fait pression sur le Premier ministre, Keir Starmer, pour qu’il vire à gauche et stoppe l’hémorragie de ses soutiens au profit du parti de Polanski.

Entre les revirements, la croissance économique en panne et la flambée des impôts, sans oublier les débats autour de Starmer, la popularité du Parti travailliste a baissé dans les sondages. Pour nombre d’électeurs, la défaite historique des conservateurs, en juillet dernier, est le signe de leur disgrâce.

Aux antipodes, le parti Reform UK, mouvement insurrectionnel de droite conduit par Nigel Farage — un libertarien populiste à l’origine de la campagne victorieuse en faveur du Brexit – fait des dégâts en politique.

Alors que Farage rallie les conservateurs désabusés et la classe ouvrière traditionnellement acquise au Labour dans les circonscriptions du « red wall » du nord de l’Angleterre, Polanski s’arroge lui le soutien des jeunes électeurs, notamment dans les grandes villes britanniques de gauche.

Ex-acteur devenu hypnothérapeute, Polanski a quitté les Libéraux-démocrates centristes pour rejoindre les Verts en 2017 avant d’être élu à l’Assemblée de Londres, devant laquelle le maire de la capitale britannique est responsable, puis vice-chef du Parti vert. L’été passé, il a brigué le plus haut poste du parti en se présentant lui-même comme l’anti-Farage, tout en promouvant une approche qu’il qualifie d’« éco-populisme ».

De gauche à droite : le chef du Parti vert Zack Polanski, Philip May et Hugh O’Leary assistent à la cérémonie du dimanche du Souvenir au Cénotaphe de Whitehall, dans le centre de Londres, le 9 novembre 2025. (HENRY NICHOLLS / POOL / AFP)

La stratégie de Polanski est très logique sur le plan électoral. Lors des dernières élections générales, avec à la clef 40 sièges parlementaires, les Verts sont arrivés en deuxième position ; tous les sièges sont allés au Labour, la plupart dans les bastions urbains du parti, caractérisés par une forte majorité de diplômés, à l’instar de Londres, Manchester, Leeds ou encore Merseyside.

Un agenda radical

S’il n’est pas totalement absent, l’argument traditionnel des Verts sur le dérèglement climatique est relégué au second plan, au profit d’un message fait de lutte des classes et d’ultra-progressisme, qui dit en substance : « Il n’y a pas de justice environnementale sans justice raciale, sociale et économique. »

C’est la question des richesses et des inégalités, et non le changement climatique, qui a été au cœur de son discours lors de la conférence annuelle du Parti vert, en octobre dernier.

En affirmant que le Royaume-Uni était un pays dans lequel « une très petite minorité a pris notre pouvoir et nos richesses », il a affirmé qu’il était « temps de les reprendre » en introduisant une taxe sur les « super riches » et en mettant fin à « l’échec » de la privatisation. Les Verts souhaitent en effet nationaliser les compagnies de services publics, établir un constructeur public de logements et plafonner les salaires les plus élevés.

« Il ne faut pas taxer et dépenser », a déclaré Polanski à la BBC en septembre dernier. « Il faut dépenser et taxer. »

Au moment où l’immigration nourrit les craintes de la population, ce que montrent les sondages, Polanski est « ouvertement résolument pro-migration ». En se plaçant au cœur des guerres culturelles britanniques, il a qualifié la décision de la Cour suprême de ce printemps, qui a défini les femmes par leur sexe biologique et non leur genre, de « transphobie à peine voilée » et s’est engagé à « soutenir envers et contre tous nos frères et sœurs trans ».

Le chef du Parti vert britannique, Zack Polanski, en 2022. (Rob Browne / Domaine public)

Polanski est opposé à la hausse des dépenses de défense décidée par le gouvernement (les Verts s’opposent depuis longtemps au principe d’une dissuasion nucléaire indépendante britannique) et a envisagé le départ de l’OTAN du Royaume-Uni lors de la campagne pour la présidence du parti. Le mois dernier, il a suscité l’incrédulité de son intervieweur, à la télévision, en déclarant qu’il demanderait au président russe d’abandonner ses armes nucléaires.

Polanski a beau qualifier Farage de « marionnette qui adore Trump, ne touche pas aux impôts, refuse la science et démantèle le NHS », c’est bien le Parti travailliste de Starmer qui reste le principal sujet de ses attaques.

« Quand Farage dit de sauter, le Labour [demande] ‘de quelle hauteur’ », assure-t-il, en accusant Starmer de « tout faire pour que l’extrême droite gagne des voix » en « protégeant les richesses et le pouvoir des super riches. »

Mais c’est le soutien – supposé – du Parti travailliste à Israël qui agace le plus Polanski. Dans son discours d’ouverture de la conférence des Verts, en octobre dernier, le tout nouveau chef du parti n’a parlé ni de l’Iran, ni de la Chine, ni de la Russie — à peine de l’Ukraine, pour évoquer ses origines juives — mais a consacré plusieurs minutes à Gaza.

Après avoir dénoncé le « massacre de masse » et le « génocide » commis par Israël en Palestine, il s’en est pris au gouvernement Starmer, qualifié de « complice actif de la mort des Palestiniens » et a réitéré les appels des Verts à un embargo total sur les ventes d’armes à Israël, à la fin du partage de renseignements et à la levée de l’interdiction du groupe extrémiste Palestine Action.

Polanski, qui a à plusieurs reprises demandé l’interpellation du Premier ministre Benjamin Netanyahu et condamné les frappes aériennes « atroces et illégales » d’Israël contre les programmes nucléaires et missiles balistiques iraniens en juin dernier, assure avoir grandi dans un foyer « très sioniste », élevé dans la croyance que l’État juif était « le centre de tout » et « devait être défendu à tout prix ».

Mais « Israël a changé », affirme Polanski, qui se dit « tout sauf sioniste ».

Manifestation en soutien à l’Action pour la Palestine, devant les Royal Courts of Justice, la Haute Cour britannique, dans le centre de Londres, le 26 novembre 2025. (CARLOS JASSO / AFP)

Polanski a donc adopté une position plus dure envers Israël, mais aussi sur ce qu’il considère comme de l’antisémitisme. Il est revenu sur de précédentes critiques concernant le scandale antisémite qui a secoué le Labour du temps du prédécesseur de Starmer, le tenant de la gauche dure Jeremy Corbyn pour affirmer qu’il est « totalement faux » que le parti ait été « gangréné » par l’antisémitisme, admettant avoir eu tort de le critiquer…

Face aux révélations sur l’antisémitisme existant au sein du Parti vert, au moment des élections générales de l’an dernier, Polanski a choisi de mettre en garde contre « la confusion entre critique légitime du gouvernement israélien et antisémitisme » tout en accusant d’autres partis d’« instrumentaliser » la question.

Comme l’a reconnu Polanski, la conviction des électeurs progressistes que le Labour n’a pas été assez dur envers Israël a permis aux Verts de rafler des voix supplémentaires. Mais sa position anti-sioniste n’est pas en rupture radicale avec l’hostilité historique des Verts envers l’État juif.

Selon le Dr James Vaughan, expert des relations Royaume-Uni-Israël au service de politique internationale de l’Université d’Aberystwyth, dès 1990, un haut responsable du Parti vert aurait dit que les « Verts ne justifiaient aucunement l’existence d’Israël ». Il y a plus de dix ans, un rapport commandé par le Conseil régional du Parti vert disait son inquiétude envers la tendance d’un certain activisme anti-Israël à tolérer un antisémitisme de faible intensité.

Des manifestants brandissent une bannière anti-Israël et pro-palestinienne devant le lieu de tournage d’une émission de la BBC consacrée au Parti vert et au parti anti-immigration Reform UK à Birmingham, en Angleterre, le 28 juin 2024. (Peter Byrne / POOL / AFP)

« En ce sens, le positionnement du Parti vert de Polanski n’a rien de bien nouveau : c’est juste qu’il évolue dans un climat politique nettement plus favorable, avec des opinions autrefois marginales sur l’illégitimité du sionisme qui sont de plus en plus acceptées voire normalisées », déclare Vaughan.

Le style politique de Polanski attire tout autant l’attention, sinon plus, que ses idées politiques. Bon orateur, charmant et sympathique, il parle sans jamais employer de menace ni faire preuve de supériorité morale, des traits traditionnellement attribués à l’extrême gauche. Son hyperactivité et son habileté sur les réseaux sociaux porte déjà ses fruits : il compte déjà plus de 100 000 abonnés sur TikTok (deux fois plus que Starmer) et 500 000 sur Instagram. Peu de temps après avoir gagné les élections à la tête des Verts, il a lancé un podcast hebdomadaire, « Bold Politics ».

Grâce au nouveau slogan « Ramener l’espoir », le parti des Verts est passé de moins de 70 000 membres en début d’année à 184 000 en décembre — soit plus que les Libéraux-Démocrates et les Conservateurs — et il est mieux placé que jamais dans les sondages, certains d’entre eux le donnant au coude à coude avec le Labour. En octobre dernier, des sondages indiquaient que 15 % de ceux qui soutenaient le Labour en juillet dernier comptaient passer du côté des Verts.

Ces mêmes sondages montrent que les Verts progressent fortement à Londres, bastion travailliste, et battent de 25 points le parti de Starmer chez les jeunes.

Le professeur Glen O’Hara, professeur d’Histoire moderne et contemporaine à l’université Oxford Brookes, qualifie Polanski d’« adversaire le plus dangereux du Labour à gauche depuis des décennies. »

« Polanski est habile et dit exactement à la Grande-Bretagne libérale et ouverte sur l’extérieur ce qu’elle souhaite entendre. Que ce soit au sujet des dépenses publiques, de l’immigration, des services publics ou d’autres sujets encore, il parle le langage des classes moyennes progressistes, déçues par le virage pris par Starmer vers l’apaisement des électeurs de Reform UK », explique O’Hara. « Polanski a commencé à adoucir un peu son langage de gauche de façon à ratisser plus large. »

La farce Your Party

Polanski est par ailleurs parvenu à empêcher Corbyn de profiter de l’impopularité du Labour en offrant un nouveau foyer politique aux Britanniques de gauche.

Polanski, qui s’est dit prêt à faire une place à Corbyn chez les Verts, a été aidé par le lancement chaotique de Your Party – un parti socialiste – de Corbyn et par les querelles amères entre ses fondateurs.

Exclu du Labour par Starmer suite au scandale antisémite au sein du parti sous sa direction et réélu au parlement en juillet dernier sans étiquette, Corbyn a commencé à créer son nouveau parti, de gauche, cet été et a rapidement obtenu le soutien de l’Alliance indépendante, un groupe de députés pro-Gaza qui a pris quatre sièges majoritairement musulmans aux travaillistes lors des élections générales.

Jeremy Corbyn, au centre, avec des soutiens aux prisonniers liés aux activités du groupe Palestine Action, organisation interdite, à Londres le 18 décembre 2025. (Henry NICHOLLS / AFP)

Mais les relations entre Corbyn et Zarah Sultana, jeune députée musulmane fidèle à sa politique d’extrême gauche et anti-Israël, ont été tendues dès le départ. Élue à la Chambre des communes en 2019, Sultana a été suspendue du Parti travailliste parlementaire peu après les élections générales pour s’être rebellée contre le nouveau gouvernement lors d’un vote sur les politiques sociales.

Après avoir démissionné du Parti travailliste en juillet dernier, Sultana a annoncé la création d’un tout nouveau parti avec Corbyn, ce qui l’a surpris et irrité.

Lorsque le site Internet du parti s’est ouvert, quelques semaines plus tard, le duo n’a pas davantage réussi à se mettre d’accord sur son nom. Corbyn parlait de « Your Party », Sultana assurant que ce ne serait pas là le nom du parti, lui préférant le nom de « Parti de gauche ». In fine, la décision avait été reportée, les membres ayant voté au sujet du nouveau nom du parti lors d’une conférence cet automne. (Ils ont décidé de s’en tenir à Your Party).

L’impression que Your Party était une farce politique s’est renforcée en septembre dernier lorsque, Polanski gagnant en popularité suite à son élection à la tête du parti des Verts, Corbyn et Sultana se sont lancés dans un nouveau conflit au sujet du lancement du portail d’adhésion de leur parti. Sultana a affirmé que le nouveau parti était géré comme un « club de garçons sexiste », Corbyn faisant savoir qu’il souhaitait obtenir un avis juridique.

Une querelle plus grave a traversé le parti sur la question des droits des personnes trans après qu’Adnan Hussain, député indépendant pro-Gaza rallié à Your Party, a déclaré que « les droits des femmes et les espaces sûrs ne devaient pas être remis en cause ». Fervente défenseure des droits trans, Sultana a répliqué en disant que « Les droits des personnes trans sont des droits humains. Your Party les défendra — sans conditions. »

La députée Zarah Sultana arrive pour une interview à la BBC, à Londres, le 21 juillet 2024. (Photo par BENJAMIN CREMEL / AFP)

Hussain a quitté le parti en dénonçant des « luttes intestines persistantes » et faisant état de préjugés envers les députés musulmans au sein du groupe. Quelques jours plus tard, un autre député pro-Gaza, Iqbal Mohamed, mettait ses pas dans ceux de Hussain en raison « de fausses accusations et calomnies contre moi et d’autres ».

La situation ne s’est pas améliorée lorsque la conférence de lancement de Your Party, à la fin du mois dernier, a commencé par l’expulsion de plusieurs membres qui se sont avérés être également membres d’autres partis d’extrême gauche, à commencer par le Socialist Workers Party.

Corbyn a ouvert l’événement par un appel à « l’unité » et fait reprendre au public le slogan « Palestine libre, libre » alors que Sultana — qui boycottait l’événement — s’est emportée contre « la chasse aux sorcières » au sein de Your Party qui, selon elle, a donné lieu à des faits d’ « intimidation et diffamation » et des « actes de sabotage délibéré ». Le parti a par ailleurs voté en faveur d’une direction collective, avec un président qui ne siège pas au Parlement.

« Your Party est une coalition de partis d’extrême gauche et d’egos qui ne cessent de s’affronter », estime Alex Hearn, directeur du groupe de campagne Labour Against Antisemitism. « Les électeurs les ont vus tout rater, de la gestion des données au nom de leur propre parti. »

Jeremy Corbyn prononce un discours le premier jour de la conférence fondatrice de Your Party, à Liverpool, en Angleterre, le 29 novembre 2025. (Darren Staples / AFP)

Ce qui ne l’empêche pas de dire que « le chaos va bien au-delà de l’incompétence organisationnelle. »

« Ils essaient de maintenir une alliance impossible faite de militants d’extrême gauche, de musulmans socialement conservateurs et de militants sur des sujets tels que les droits des personnes trans », ajoute-t-il. « Au-delà de Gaza, ils vivent dans des mondes qui n’ont rien en commun. »

Polanski n’a pas rallié la gauche du Labour du seul fait des échecs de Your Party.

« Les Verts savent bien ce qu’ils représentent », assure Hearn. « Unis derrière un populiste charismatique qui comprend le message, l’urgence climatique est passée au second plan face au ‘génocide à Gaza’. » Ils se sont repositionnés comme alternative socialiste du Labour, l’attrait populiste de Polanski à gauche reflétant celui de Reform à droite. »

Contrairement à Your Party, conclut Hearn, les Verts sont « assez organisés et disciplinés pour que cela fonctionne ».

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