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Le nouveau parti d’extrême gauche de Jeremy Corbyn se réunit pour choisir son nom et son chef

L'ex-chef du Labour, accusé d'antisémitisme, affirme qu'il cherche à créer un "nouveau Parti socialiste démocratique" afin de "remettre en cause le pouvoir dans notre société"

L'ancien chef du Parti travailliste et cofondateur de "Your Party", Jeremy Corbyn, prononce un discours lors de la première journée de la conférence fondatrice de Your Party à Liverpool, dans le nord-ouest de l'Angleterre, le 29 novembre 2025. (Crédit : Darren Staples / AFP)
L'ancien chef du Parti travailliste et cofondateur de "Your Party", Jeremy Corbyn, prononce un discours lors de la première journée de la conférence fondatrice de Your Party à Liverpool, dans le nord-ouest de l'Angleterre, le 29 novembre 2025. (Crédit : Darren Staples / AFP)

Le socialiste Jeremy Corbyn, vétéran de la scène politique britannique, a appelé son nouveau parti « à s’unir » à l’occasion de l’ouverture de sa conférence inaugurale, samedi, alors que la faction tente de se remettre d’un lancement chaotique et cherche à devenir un challenger de gauche viable face au Parti travailliste. Il avait été exclu de ce dernier l’année dernière à la suite d’une série de scandales antisémites.

Alors que la politique britannique se fracture en un système multipartite et que le Premier ministre britannique, Keir Starmer, a fait basculer le Labour vers la droite sur certaines problématiques, le groupe de Corbyn, qui comprend de nombreuses personnes farouchement anti-Israël, espère combler un vide à gauche.

« Nous nous trouvons ici aujourd’hui pour réaliser quelque chose de spectaculaire… pour fonder un nouveau parti socialiste démocratique en Grande-Bretagne qui pourra contester le pouvoir au sein de notre société », a expliqué Corbyn lors de la conférence qui était organisée à Liverpool, au nord-ouest de l’Angleterre.

Il a reconnu que le nouveau parti devrait être en mesure de surmonter ses divergences internes.

« En tant que formation, nous devons nous rassembler et être unis, car la division et la désunion ne servent pas les intérêts de ceux que nous voulons représenter », a-t-il déclaré.

Un appel à l’unité qui a fait suite à des débuts difficiles pour « Your Party », que Jeremy Corbyn et l’ancienne députée Zarah Sultana (Labour) avaient annoncé vouloir former en juillet dernier.

L’ancien leader du Parti travailliste et cofondateur de « Your Party », Jeremy Corbyn, prononce un discours lors de la première journée de la conférence fondatrice de Your Party à Liverpool, dans le nord-ouest de l’Angleterre, le 29 novembre 2025. (Crédit : Darren Staples/AFP)

Quatre députés indépendants s’étaient initialement engagés à les rejoindre – mais deux d’entre eux avaient ensuite démissionné en raison de la guerre ouverte entre Corbyn, 76 ans, et Sultana, 32 ans. Un conflit qui a notamment donné lieu à un différend concernant le lancement raté des adhésions à la faction, ainsi que des menaces de poursuites judiciaires.

« Il est assez évident que cela a été un désastre jusqu’à présent », a commenté Colm Murphy, spécialiste de la gauche britannique à l’université Queen Mary de Londres, auprès de l’AFP.

Selon le Guardian, certaines tensions sont liées à une annonce unilatérale de Sultana, qui avait fait savoir qu’elle et Corbyn se tiendraient ensemble à la barre du parti. Elle a également déploré que les assistants de Corbyn détenaient trop de pouvoir au sein de la faction.

Corbyn et Sultana se sont également échangé des piques après le lancement par cette dernière d’un site internet consacré aux adhésions des nouveaux membres de la formation. Corbyn a déploré ne pas avoir été consulté à ce sujet.

Sultana a semblé faire référence à ces divergences dans un message posté sur le réseau social X samedi, affirmant que le parti « doit être dirigé par ses membres, et non par les députés » et que « la chasse aux sorcières doit cesser ».

Corbyn et Sultana tenteront de mettre leurs différends de côté alors que plusieurs milliers de partisans du nouveau mouvement se sont réunis pendant deux jours à Liverpool, dans le nord-ouest de l’Angleterre.

Les membres doivent choisir le nom officiel du parti et décider s’il doit avoir un seul dirigeant ou être dirigé par ses membres.

Cette nouvelle faction, qui entend remplacer le Labour, a une tâche titanesque devant elle. Les sondages indiquent en effet que le Parti des Verts, à l’extrême gauche, qui est depuis peu dirigé par un leader charismatique de 30 ans plus jeune que Corbyn, a raflé les suffrages de la majorité des électeurs de gauche mécontents.

Foyer naturel

Corbyn avait essuyé deux défaites lors des élections de 2015 et 2020, alors qu’il était à la tête du Labour, avant d’être suspendu pour avoir refusé d’accepter pleinement les conclusions d’un groupe de veille des droits de l’Homme qui avait estimé que l’antisémitisme s’était propagé à grande vitesse parmi les militants du Labour au cours de son mandat.

Corbyn avait lui-même été accusé d’antisémitisme par le Jewish Labour Movement, qui avait notamment souligné qu’il avait rédigé la préface d’un livre affirmant que les Juifs contrôlaient les banques et les médias, qu’il avait exprimé son soutien à un négationniste et qu’il avait déposé une gerbe sur les tombes de terroristes palestiniens ayant assassiné onze athlètes israéliens lors des Jeux olympiques de Munich, en 1972.

Starmer avait succédé à Corbyn à la barre du Parti travailliste en 2020 et il avait entrepris de ramener le parti au centre et de le faire revenir au pouvoir – ce qui était arrivé au mois de juillet 2024, après 14 ans dans l’opposition.

Le Premier ministre britannique Keir Starmer à l’intérieur du 10 Downing Street, à Londres, le 19 juin 2025. (Crédit : Jordan Pettitt/Pool/AFP)

Mais depuis, le Labour a perdu en popularité, notamment auprès des électeurs de gauche, en raison de sa politique répressive en matière d’immigration, de son incapacité à redistribuer suffisamment les richesses et de sa réticence à dénoncer Israël pour la guerre contre le groupe terroriste palestinien du Hamas à Gaza.

Stuart Hill, ancien conseiller Labour qui avait quitté le parti en 2023 après y avoir passé trois décennies, confie ainsi avoir rejoint Your Party « avec enthousiasme ».

« Le Parti travailliste est totalement inefficace », a-t-il dit à l’AFP, l’accusant d’avoir adopté un discours similaire à celui du Parti Reform sur les migrants afin de séduire ses électeurs.

Environ 50 000 personnes ont adhéré à Your Party, avait annoncé Jeremy Corbyn au début du mois, évoquant « un mouvement démocratique de masse pour un véritable changement ».

Le député Vert du Royaume-Uni, Zack Polanski, en 2022. (Crédit : Rob Browne/Domaine public)

Cependant, un sondage YouGov diffusé cette semaine laissait entendre que seuls 12 % des Britanniques envisageraient de voter pour cette faction, contre 28 % pour les Verts, formation actuellement dirigée par Zack Polanski, 43 ans.

Your Party « risque de devenir très rapidement insignifiant », dit Murphy, soulignant que Polanski a « repris » le rôle de Corbyn en tant que « voix populiste et radicale de gauche » en Grande-Bretagne.

La politique britannique a longtemps été dominée par le Labour et par les conservateurs, mais les libéraux-démocrates de centre-gauche ont remporté 72 sièges au Parlement, qui en compte 650, l’année dernière, tandis que le Parti Reform, dirigé par Nigel Farage, en a remporté cinq et les Verts quatre.

Sous la pression de ses propres députés, le Labour a adopté cette semaine un certain nombre de mesures de gauche dans son budget, avec notamment une augmentation du salaire minimum, des allocations familiales et l’introduction d’une nouvelle taxe sur les grandes propriétés.

« Nous devrons faire beaucoup plus pour conserver notre soutien traditionnel », avait auparavant indiqué à l’AFP le député Steve Witherden (Labour), ajoutant que son parti pouvait encore « rester le foyer naturel de la gauche ».

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