Bennett accuse Netanyahu de « déchirer l’État d’Israël » et s’engage à le remplacer

L’ex-Premier ministre évoque son 'offre généreuse' à Eisenkot pour former une alternative politique, et critique la gestion du gouvernement en matière de conscription des haredim

L’ancien Premier ministre Naftali Bennett s’exprime lors d’une interview sur N12, le 26 mars 2026. (Crédit : Capture d’écran/N12)

L’ancien Premier ministre Naftali Bennett s’est engagé jeudi à remplacer Benjamin Netanyahu et à ne pas siéger dans un gouvernement dirigé par ses soins. Il a toutefois évité d’exclure totalement le chef du gouvernement comme partenaire potentiel d’une future coalition.

Après 30 ans de carrière politique, dont près de la moitié au poste de Premier ministre, Netanyahu « doit rentrer chez lui », a déclaré Bennett au site d’information Ynet, ajoutant que « bien sûr, je ne servirai pas sous ses ordres – je vais le remplacer ».

« Netanyahu, de par ses actions, est en train de déchirer l’État d’Israël », a affirmé Bennett, qui a accusé le Premier ministre de faire passer des « lois controversées » en temps de guerre, de chercher à entériner l’exemption des haredim du service militaire et de continuer à employer des collaborateurs qu’il a qualifiés de « lobbyistes rémunérés par le Qatar », un pays qui soutient le groupe terroriste palestinien du Hamas.

Bennett a tenu des propos similaires lors d’une série d’entretiens qui ont été accordés jeudi à la presse israélienne. Il a également exprimé son soutien à la guerre en cours contre la République islamique d’Iran, disant qu’elle était « justifiée », tout en soulignant que le succès devait être mesuré à l’aune de ses résultats stratégiques, et non des éventuelles déclarations de victoire.

L’ancien Premier ministre, qui intervient fréquemment dans les médias internationaux, ne s’était plus exprimé dans les médias israéliens depuis environ un an. Interrogé sur les raisons de cette prise de parole, il a affirmé avoir « choisi d’accorder cette interview pour redonner espoir au peuple d’Israël ».

« Il y a ici une nation formidable et forte, ainsi qu’une armée puissante, mais les citoyens observent les dirigeants, ce gouvernement malchanceux », a-t-il déclaré.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à gauche) et l’ex-Premier ministre Naftali Bennett (à droite) assistent aux funérailles du rabbin Haim Drukman, à Merkaz Shapira, près de Kiryat Malachi, le 26 décembre 2022. (Crédit : Gil Cohen-Magen/ AFP)

Bennett a également insisté lors de ces entretiens sur le fait qu’il était le seul candidat capable de diriger le bloc sioniste anti-Netanyahu lors des prochaines élections, qui sont prévues au plus tard au mois d’octobre prochain.

Ces propos ont fait suite à un récent sondage qui a révélé que Bennett talonnait Gadi Eisenkot, ancien chef d’état-major de Tsahal et leader du bloc, tant en termes de popularité personnelle auprès des électeurs de l’opposition qu’en nombre de sièges que leurs partis respectifs pourraient obtenir à la Knesset.

« Je suis la seule personne à avoir remplacé Netanyahu au poste de Premier ministre depuis une génération. Je sais comment m’y prendre, je l’ai déjà fait et je le referai », a ajouté Bennett, qui avait pris la tête du gouvernement en 2021 à la faveur d’une coalition éphémère et idéologiquement hétérogène, comprenant pour la première fois un parti arabe.

Bennett a affirmé avoir fait une « offre sérieuse et généreuse » à Eisenkot il y a six mois pour unir leurs forces, sans que celui-ci n’y donne suite.

L’ancien chef d’état-major de Tsahal, Gadi Eisenkot, en visite au kibboutz Yiftah, près de la frontière israélienne avec le Liban, dans le contexte de la guerre en cours contre l’Iran et le Hezbollah, le 9 mars 2026. (Crédit : Ayal Margolin/Flash90)

« La porte est ouverte, mais je vais de l’avant. Je suppose qu’au final, nous nous présenterons [aux élections] en tant que force unifiée. Quoi qu’il en soit, je m’attribuerai le mérite d’avoir remporté les élections », a-t-il déclaré à Israel Hayom.

Il a également confié à d’autres médias qu’Eisenkot était un « homme de valeur » qui se verrait confier un « rôle important » dans un gouvernement qu’il dirigerait.

Conscription et réfractaires au cœur des critiques

Interrogé par N12 sur la composition de son futur gouvernement, Bennett a répondu que « quiconque veut détruire l’État d’Israël » en serait exclu.

Le ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben Gvir serait écarté, car « il est en train d’anéantir l’État d’Israël, il est en train d’anéantir la police », a-t-il déclaré.

Bennett a toutefois évité d’exclure totalement Netanyahu ou le ministre des Finances Bezalel Smotrich comme partenaires de coalition, conditionnant leur participation à certaines décisions.

Le ministre de la Sécurité intérieure, Itamar Ben Gvir, lors d’une réunion de la commission de Sécurité nationale de la Knesset, le 24 mars 2026. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Concernant Smotrich, il a déclaré sur N12 que ce dernier, qu’il a qualifié « d’architecte de la loi sur les réfractaires », devait annuler toutes les mesures favorisant les réfractaires haredim, rediriger les fonds qui leur sont destinés vers ceux qui effectuent leur service, et « annuler toutes ces lois absurdes sur les désaccords ».

Cette dernière critique a semblé viser la tentative du gouvernement de faire adopter des projets de loi affaiblissant le pouvoir judiciaire, y compris après le début de la guerre avec l’Iran, le 28 février.

Concernant Netanyahu, Bennett a indiqué à Israel Hayom que le Premier ministre de longue date devait reconnaître sa responsabilité dans l’incapacité à empêcher le pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre 2023, qui avait déclenché la guerre de Gaza, ajoutant qu’il devait demander la mise en place d’une commission d’enquête nationale sur la débâcle liée à cette attaque. Il l’a appelé à annuler les financements destinés aux « réfractaires » ou qui sont accordés aux institutions haredim qui ne respectent pas les quotas de conscription.

« Quiconque peut servir dans un char à Gaza peut faire partie de mon gouvernement, s’il adhère aux principes », a déclaré Bennett au journal.

Bennett a affirmé que son bloc disposait d’une « solide majorité juive », citant des sondages qui lui attribuent environ 60 des 120 sièges de la Knesset, tandis que le bloc de Netanyahu en obtiendrait environ 50, dont « 15 qui sont opposés au service dans Tsahal et qui sont antisionistes ».

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à droite) et le ministre des Finances Bezalel Smotrich délivrant une déclaration conjointe depuis Jérusalem, le 10 mars 2026. (Crédit : Capture d’écran/Bureau de la presse gouvernementale)

Il a également laissé entendre qu’il tentait d’attirer des membres du camp de Netanyahu, déclarant que « si j’étais dans le camp adverse, je m’inquiéterais beaucoup pour mes flancs – il faut s’attendre à des surprises ».

L’ancien Premier ministre a également noté que ses opinions « sont restées les mêmes – et elles sont même devenues plus profondes ».

« Je suis contre toute cession du moindre centimètre carré de territoire. Je suis contre un État palestinien », a affirmé Bennett. « Mais je suis ici pour dire qu’il existe aussi une droite fédératrice, une droite libérale. »

Le gouvernement de Netanyahu, a affirmé Bennett sur N12, fait passer la politique avant la sécurité nationale en ne recrutant pas près de 100 000 hommes haredim pourtant éligibles au service, malgré la pénurie d’effectifs à laquelle fait face Tsahal.

Des ultra-orthodoxes manifestant contre la conscription militaire, à Jérusalem, le 11 janvier 2026. (Crédit : Chaïm Goldberg/Flash90)

« Nous avons établi ici un État haredi », a déclaré Bennett, appelant à une plus grande intégration de la communauté ultra-orthodoxe dans la société israélienne et à à conditionner les prestations publiques au travail et au service militaire. « Quiconque ne travaille pas ne recevra pas un centime de l’État. Quiconque ne sert pas ne recevra pas un centime de l’État. »

« Il y a une classe politique qui empêche Tsahal de gagner », a déclaré Bennett, ajoutant que les dirigeants actuels « ne savent gagner nulle part, ni à Gaza, ni au Liban, ni en Iran ».

« Il manque 20 000 soldats à Tsahal. Il y a aujourd’hui 100 000 jeunes haredim en âge de servir et en bonne santé. Si l’on n’en recrutait qu’un cinquième, il n’y aurait aucun problème. Mais le gouvernement fait passer la politique avant tout, et c’est ainsi que nous en sommes arrivés là », a-t-il ajouté.

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