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Illustration : La Secrétaire d’État adjointe des États-Unis, Wendy Sherman, à gauche, et le ministre palestinien des Affaires civiles, Hussein al-Cheikh, à Washington, le 4 octobre 2022. (Crédit : Département d’État des États-Unis/Twitter)
Illustration : La Secrétaire d’État adjointe des États-Unis, Wendy Sherman, à gauche, et le ministre palestinien des Affaires civiles, Hussein al-Cheikh, à Washington, le 4 octobre 2022. (Crédit : Département d’État des États-Unis/Twitter)
Interview

Ce qui compte pour le journaliste Adam Rasgon : L’avenir de l’Autorité palestinienne

Le journaliste spécialiste des affaires palestiniennes se penche sur la montée en puissance d’un successeur potentiel de Mahmoud Abbas et sur les raisons du déclin de l’AP

Jacob Magid est le correspondant du Times of Israël aux États-Unis, basé à New York.

Bienvenue à « What Matters Now » [Ce qui compte maintenant], un podcast hebdomadaire qui examine un sujet déterminant façonnant Israël et le monde juif – aujourd’hui.

Le mois prochain marquera le 30e anniversaire de la signature des Accords d’Oslo, par lesquels les dirigeants israéliens et palestiniens ont convenu de créer l’Autorité palestinienne (AP), censée être un organe temporaire chargé d’assurer une autonomie palestinienne limitée sur certaines parties de la Cisjordanie et de la Bande de Gaza – un organe qui servirait de fondement à un futur État palestinien.

Trente ans plus tard, nous sommes toujours aussi éloignés de cette vision. l’AP existe toujours et l’un des signataires des Accords d’Oslo, Mahmoud Abbas, est toujours à sa tête, mais le mécanisme qu’il met en œuvre n’est pas à la hauteur des attentes de la population.

Mais les problèmes des Palestiniens doivent-ils également être ceux d’Israël ?

Notre invité cette semaine, le journaliste Adam Rasgon, semble l’affirmer.

« En fin de compte, il est dans l’intérêt d’Israël d’avoir une Autorité palestinienne transparente et efficace, car cela apportera une plus grande stabilité à la Cisjordanie et à la région en général », a-t-il déclaré lors de notre entretien.

Rasgon a près de dix ans d’expérience dans la couverture des affaires palestiniennes pour le Times of Israel, le Jerusalem Post, le New York Times et le Wall Street Journal.

Aujourd’hui membre de l’équipe éditoriale du New Yorker, il a récemment co-rédigé le profil de l’un des plus proches collaborateurs de Mahmoud Abbas, Hussein al-Cheikh.

Le nouveau secrétaire général du Comité exécutif de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), Hussein al-Cheikh s’entretenant avec The Associate Press dans son bureau, à Ramallah, le 13 juin 2022. (Crédit : Nasser Nasser/AP)

L’histoire est celle d’al-Cheikh, mais c’est aussi celle, plus large, d’une AP qui est née du soutien des foules mais qui, comme al-Cheikh, s’est progressivement éloignée du peuple et de ses luttes.

Nous avons discuté des leçons à tirer de la carrière d’al-Cheikh, de son avenir et de celui de l’AP, ainsi que du rôle d’Israël dans tout cela.

Cette semaine, nous avons donc demandé au journaliste Adam Rasgon : « Qu’est-ce qui compte maintenant ? »

Notre entretien a été édité et condensé dans un souci de clarté et de concision.

Le Times of Israel : Adam, merci beaucoup d’être venu pour ce qui est en quelque sorte un retour aux sources pour vous au Times of Israel.

Adam Rasgon : Merci, Jacob. C’est un plaisir d’être avec vous.

Avec Aaron Boxerman, ancien correspondant de Times of Israel pour les affaires palestiniennes, vous avez récemment publié dans le magazine Foreign Policy un profil incroyablement révélateur du ministre de l’AP Hussein al-Cheikh, pour lequel vous avez interrogé 75 responsables palestiniens, israéliens et internationaux sur une période de neuf mois. Vous avez également des années d’expérience dans la couverture des affaires palestiniennes, ce qui fait de vous la personne idéale pour poser la question suivante : Qu’est-ce qui compte maintenant ?

L’avenir de l’Autorité palestinienne.

C’est pourquoi mon collègue et moi-même avons choisi de faire le portrait de Hussein al-Cheikh, qui est en lice dans la course à la succession du dirigeant de l’AP Mahmoud Abbas et qui est également une personnalité extrêmement influente au sein du système politique palestinien.

Vous parlez de l’avenir, mais qu’en est-il du présent ? Où en sommes-nous dans le contexte actuel de la politique palestinienne ?

Nous pouvons dire que l’AP est au plus bas et qu’elle est confrontée à une crise de légitimité. L’AP a été créée il y a 30 ans et sa raison d’être était de rapprocher les Palestiniens de la liberté, de l’indépendance et de la création d’un État. Mais à bien des égards, elle a depuis longtemps dépassé sa raison d’être. Les hauts responsables de l’AP se tiennent debout et tentent d’empêcher leur tour de s’écrouler, mais ils la maintiennent en place alors que l’occupation israélienne est renforcée et que les libertés démocratiques au sein de la sphère palestinienne sont érodées.

Le dirigeant de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, à droite, votant lors des élections locales dans la ville de Ramallah, en Cisjordanie, le 15 décembre 2005. (Crédit : Muhammed Muheisen/AP Photo)

Pourquoi, en cette période d’érosion, avez-vous jugé important de vous concentrer sur Hussein al-Cheikh ?

Beaucoup de gens ont pensé que nous essayions de suggérer que al-Cheikh serait le prochain dirigeant de l’AP, mais cela n’était pas du tout le but. Ce que nous voulions dire, c’est que la vie d’al-Cheikh est une représentation des 30 dernières années de l’histoire palestinienne. Elle retrace le fossé qui ne cesse de se creuser entre la population et les dirigeants palestiniens.

Al-Cheikh est quelqu’un qui a commencé comme activiste de rue portant un blouson de cuir et qui est maintenant au sommet de l’administration palestinienne, parcourant le monde pour rencontrer des ministres et des dignitaires dans les capitales étrangères, conduisant une Mercedes Benz autour de Ramallah, et est l’une des figures les plus influentes dans la prise de décision palestinienne.

À quoi ressemble cette distance que vous avez mentionnée ? Comment s’est-elle manifestée ?

Al-Cheikh a grandi à Ramallah et son père était grossiste en alimentation. Il a passé 11 ans en prison [israélienne]. Il a fait partie d’une cellule du Fatah qui s’est livrée à des actes de violence contre Israël, bien qu’il ait lui-même déclaré qu’il n’était pas directement impliqué dans ces actes. Il a appris l’hébreu en prison et a étudié Israël. Lorsque l’AP a été créée au début des années 90, il a essayé de trouver sa place dans le nouvel ordre et a fini par rejoindre les forces de sécurité.

Sa percée a eu lieu lorsqu’il est devenu ministre des Affaires civiles. Le ministère des Affaires civiles [de l’AP] porte un nom technocratique, mais c’est un ministère qui traite avec Israël, qui s’occupe directement de toutes les questions liées aux permis, aux approbations de construction dans les parties de la Cisjordanie qui sont sous le contrôle d’Israël, etc. Al-Cheikh lui-même traite également avec Israël sur pratiquement toutes les questions, qu’il s’agisse de tensions à Jénine, d’affrontements à Naplouse ou d’un accord pour la fourniture de services cellulaires 3G ou 4G. Il est le principal interlocuteur.

Des Palestiniennes traversant le point de contrôle de Qalandiya, à l’extérieur de la ville de Ramallah, en Cisjordanie, le 15 avril 2022. (Crédit : Flash90)

Dans votre article, vous citez un responsable américain qui a qualifié al-Cheikh de « chuchoteur [à l’oreille] d’Abbas ». Comment est-il devenu si proche du dirigeant de l’AP ?

Abu Mazen [le nom de guerre d’Abbas et sous lequel il est connu auprès des Palestiniens et des Israéliens] a toujours gardé près de lui les responsables du système politique palestinien qui sont proches d’Israël. Al-Cheikh est quelqu’un qui, à bien des égards, est un « béni-oui-oui ». Au fil des ans, Abu Mazen est devenu de plus en plus intolérant à la critique. Il n’accueille pas dans son cercle les conseillers qui remettent en cause son point de vue. Al-Cheikh est quelqu’un qui répète et renforce les opinions de son patron. Un fonctionnaire palestinien avec lequel nous nous sommes entretenus, Nasser al-Kidwa, a déclaré qu’al-Cheikh avait une capacité particulière à « lécher les bottes, mentir, et raconter des conneries ». C’est cette mentalité de ‘béni-oui-oui’ qui, je pense, l’a rapproché de son patron, mais aussi sa capacité à cultiver des relations fortes avec Israël et à montrer au chef qu’il est capable de travailler avec Israël sur différentes questions [et capable] de maintenir ces relations dans les moments de tension au fil des ans.

Je me souviens dans votre article que ce n’était pas seulement Abbas qui l’aimait, mais que les Israéliens l’apprécient vraiment et se sont même portés garants pour lui contre toutes sortes d’allégations de corruption et même de harcèlement sexuel. Comment cela se fait-il ?

Lorsque vous parlez aux responsables israéliens de la Défense, beaucoup d’entre eux sont très positifs au sujet d’al-Cheikh. Il est considéré comme un pragmatique avec lequel on peut travailler. Cela contraste avec d’autres responsables palestiniens, comme le Premier ministre de l’AP, Mohammed Shtayyeh, qui, selon les diplomates étrangers, passait les 40 premières minutes de la réunion à leur donner des leçons d’histoire et de droit international, ne leur laissant que cinq minutes pour discuter de questions pratiques. Avec al-Cheikh, vous entrez dans la pièce et en 15 minutes, vous avez déjà conclu trois accords : l’un pour ouvrir une route à Jénine, un deuxième pour régler la question d’une sous-station électrique et un troisième pour résoudre les problèmes liés aux réseaux cellulaires en Cisjordanie. Al-Cheikh est considéré par les responsables israéliens de la sécurité comme quelqu’un qui ne va pas trop les presser sur les grandes questions politiques. Bien sûr, il dira qu’il veut une solution à deux États et qu’il veut parvenir à l’indépendance palestinienne, mais il se concentre davantage sur ces questions progressives, ce que les Israéliens préfèrent.

C’est clairement un pragmatique, mais qu’en est-il des allégations de corruption dont il a fait l’objet ?

Son ministère est chargé des permis, et il s’agit de permis liés à l’accès à Israël – que vous soyez un travailleur et que vous souhaitiez simplement travailler sur un projet de construction quelque part en Israël, mais aussi des permis pour les hommes d’affaires qui veulent pouvoir conduire leur voiture en Israël pour organiser des réunions avec d’autres hommes d’affaires à Tel Aviv ou qui veulent utiliser l’aéroport Ben Gurion, ou des permis pour importer certains produits et matériaux. Les allégations que nous avons entendues tout au long de notre reportage sont que les fonctionnaires de son ministère ont accepté des faveurs et de l’argent en échange de ces permis sous la table. Un homme d’affaires important nous a dit que le ministère accordait des permis à ceux qui installaient des climatiseurs dans leurs bureaux. L’homme d’affaires s’est souvenu de cas où des personnes avaient payé 10 000 dollars en échange de permis. Telles sont les principales allégations que nous avons entendues au cours de notre reportage.

Le général de division Yoav Mordechaï, alors coordinateur des activités gouvernementales dans les territoires (COGAT), à gauche, et le ministre des Affaires civiles de l’Autorité palestinienne, Hussein al-Cheikh, signant un accord visant à revitaliser le comité mixte israélo-palestinien sur l’eau, le 15 janvier 2017. (Crédit : COGAT)

Quel rôle joue Israël dans la détérioration de l’AP à laquelle nous assistons ?

Lorsque nous avons parlé aux Palestiniens, ils ont affirmé qu’Israël permettait cette corruption. Ils disaient qu’Israël avait remis ces permis à l’AP pour qu’elle les distribue, et qu’Israël savait très bien que le ministère d’al-Cheikh ne les distribuait pas de manière équitable. Les fonctionnaires israéliens reconnaissent avoir reçu des tas et des tas de plaintes de la part de défenseurs des droits de l’Homme et d’hommes d’affaires palestiniens qui affirment que ces permis ne sont pas distribués de manière équitable. Mais lorsque nous avons parlé à un fonctionnaire en particulier – Kobi Lavy, un ancien conseiller de la liaison israélienne du COGAT avec les Palestiniens – il a dit que les Palestiniens avaient raison lorsqu’ils disaient que ces permis n’étaient pas distribués équitablement, mais il a maintenu qu’il s’agissait d’une question palestinienne interne et que s’il ne s’agissait pas de quelque chose lié au terrorisme, qui s’en souciait vraiment ? C’est en substance ce qu’il nous a dit.

Que pensez-vous de cet argument ?

Certaines des personnes à qui nous avons parlé ont dit qu’il était finalement dans l’intérêt d’Israël d’avoir une AP transparente et efficace, parce que cela apportera une plus grande stabilité à la Cisjordanie et à la région de manière plus générale.

Comment l’AP a-t-elle réagi à ces allégations de corruption ?

Elle s’est montrée très réticente. Nous avons parlé à un ancien ministre de l’Éducation qui a admis que « nous ne sommes pas des anges », mais qui a soutenu que discuter des échecs de l’AP ne faisait que détourner l’attention du véritable problème, à savoir l’occupation israélienne. Lorsque nous avons présenté ces plaintes à Wasel Abu Yousef, membre du comité exécutif de l’OLP [Organisation de libération de la Palestine], il est resté bouche bée et n’a pas su quoi répondre. Il s’est contenté de rire, et je ne pense pas que c’était pour prendre la situation à la légère, mais plutôt pour exprimer qu’il n’avait rien d’autre à dire, qu’il n’était pas sûr des mesures que l’AP pouvait prendre, qu’elle était en quelque sorte enlisée dans la boue, incapable de changer de cap, même sur ces questions concernant la bonne gouvernance.

Des avocats palestiniens manifestant pour protester contre le fait que le dirigeant palestinien établit des lois par décret, ce qu’ils considèrent comme une violation de l’indépendance du pouvoir judiciaire, devant le Bureau du Premier ministre dans la ville de Ramallah, en Cisjordanie, le 25 juillet 2022. (Crédit : Abbas Momani/AFP)

L’AP est-elle une cause perdue ?

L’AP est de plus en plus confrontée à une crise de légitimité à l’intérieur de ses frontières. Dans les sondages d’opinion, près de 90 % des gens considèrent que l’AP est corrompue. Cependant, elle continue à fournir des emplois à des centaines et des centaines de milliers de Palestiniens, et donc à servir un objectif dont certains Palestiniens espèrent qu’il les rapprochera de la création d’un État. Mais ce nombre est de plus en plus faible.

Si vous regardez les enquêtes récentes, vous verrez que peu de Palestiniens pensent réellement que l’AP sera en mesure de créer un État dans un avenir proche, non seulement parce que l’occupation israélienne s’est encore renforcée, mais aussi parce que l’AP a montré qu’elle était incapable d’assurer une bonne gouvernance à l’intérieur du pays.

L’une des critiques les plus virulentes que nous ayons entendues a été formulée par un diplomate européen, qui a déclaré que l’AP était essentiellement devenue un conglomérat au service d’une élite de Palestiniens, tandis que le reste de la population souffrait. Selon lui, Hussein al-Cheikh et des personnes comme le chef des services de renseignement Majed Faraj sont censés maintenir la cohésion du système, tandis que les hommes politiques de l’AP sont censés négocier un accord. Mais cela n’a pas fonctionné. Il ne reste plus que ces individus pour maintenir la tour debout. Ensuite, une fois que les dirigeants de l’AP doivent expliquer à la population pourquoi ils doivent s’opposer à la violence et pourquoi la négociation est la bonne voie à suivre, leurs voix ne sont pas entendues. Au lieu de cela, les voix qui ont le plus d’écho proviennent des militants. D’une certaine manière, ces voix ont acquis une popularité dont les responsables palestiniens ne pouvaient que rêver.

Étant donné que l’AP n’était censée être qu’un substitut à un éventuel État palestinien, je me demande si son effondrement est inévitable en l’absence d’une solution fondée sur la coexistence de deux États.

Si vous parlez aux Palestiniens, ils comprennent très bien que l’AP est faible face à Israël et à son régime militaire. Toutefois, je pense qu’ils s’attendent à ce que leurs propres dirigeants, en particulier ceux qui parcourent le monde pour expliquer que la cause palestinienne est une cause juste et qu’elle concerne les droits de l’Homme, ne permettent pas à la corruption de se répandre dans leurs rangs. C’est ce que les Palestiniens considèrent comme de l’hypocrisie et le fait que leur gouvernement ne réponde pas à leurs attentes.

Des soldats israéliens empêchant des manifestants palestiniens d’atteindre un avant-poste illégal, à la périphérie du village cisjordanien de Mughayer, au nord de Ramallah, le 18 décembre 2020. (Crédit : Nasser Nasser/AP)

Ont-ils une aussi mauvaise opinion de l’AP que d’Israël à l’heure actuelle ?

Me Muhannad Karaja est l’une des personnes à qui nous avons parlé. Il est avocat spécialisé dans les droits de l’Homme et basé à Ramallah. Il dirige un cabinet appelé Lawyers for Justice, que l’AP a récemment décidé de fermer. Karaja a également représenté de nombreux dissidents palestiniens au fil des ans. Selon lui, l’occupation israélienne est le plus grand fardeau auquel les Palestiniens sont confrontés. Mais en raison de la mauvaise gouvernance, des règles anti-démocratiques, de l’affaiblissement du pouvoir judiciaire, de la concentration du pouvoir au sein de l’exécutif et de l’absence d’élections depuis 2006, les Palestiniens considèrent de plus en plus l’AP comme un fardeau parallèle [à celui d’Israël]. C’est ainsi qu’il a présenté les choses. C’est peut-être un peu exagéré, mais je pense que c’est quelque chose que nous avons entendu tout au long de notre reportage.

La solution à beaucoup de ces problèmes peut-elle être trouvée dans l’organisation d’élections par l’AP ?

Je pense que pour les Palestiniens, les élections résoudraient une partie du problème. Le régime militaire israélien serait toujours là, la violence des résidents d’implantations serait probablement toujours là. Mais les élections – si elles devaient réellement conduire à un Parlement représentatif fonctionnant à nouveau après plus d’une décennie – je pense qu’elles ouvriraient l’espace pour plus de choses, qu’elles permettraient plus de contrôle et qu’elles pourraient guérir une partie de l’érosion et rétablir un équilibre des pouvoirs que nous n’avons plus vu depuis de nombreuses années.

Quelle est la probabilité que des élections aient lieu ?

Si Mahmoud Abbas reste au pouvoir, je pense personnellement qu’il est peu probable que des élections aient lieu prochainement. Abbas avait failli signer un décret présidentiel fixant une date pour les élections il y a deux ans – à la fois les élections législatives et les élections présidentielles. Mais il les avait finalement annulées, invoquant le refus d’Israël de laisser les élections se dérouler à Jérusalem-Est. Mais je pense qu’après le départ d’Abbas, que ce soit naturellement ou en prenant sa retraite, il pourrait y avoir une opportunité pour la tenue d’élections.

Je ne vous demanderai pas de sortir votre boule de cristal et de prédire qui sera le successeur d’Abbas, mais à quoi devrait ressembler le processus de succession et quels sont les noms que nous pourrions voir ?

Il est difficile de prédire exactement ce qui se passera, mais plusieurs personnalités se considèrent comme des successeurs potentiels d’Abbas. Il y a Marwan Barghouti, Hussein al-Cheikh, Jibril Rajoub, Mahmoud al-Aloul. De nombreuses personnalités du Fatah se considèrent comme faisant partie du débat sur la succession. Il y a aussi des personnalités du Hamas et d’autres. L’un des scénarii possibles est que la direction du Fatah se réunisse et se mette d’accord sur la marche à suivre en nommant une personnalité spécifique, mais il est difficile d’imaginer que cela se produise car il y a tellement de camps qui s’affrontent en coulisses.

Abbas a soigneusement évité de choisir un vice-président ou quelqu’un pour lui succéder. Il veut que l’attention se concentre sur lui et il sait que dès qu’il désignera un successeur, tout le monde se tournera vers cette personne. Il est également possible que les différents camps au sein du Fatah se divisent et que les différentes personnalités qui disposent de groupes de partisans et d’un accès aux armes s’affrontent pour prendre le trône d’Abbas. Les scénarii sont nombreux. Je dis souvent aux gens : « Si quelqu’un vous dit exactement ce qui va se passer, c’est qu’il ne sait pas vraiment ce qui va se passer. »

Le dirigeant palestinien Mahmoud Abbas pendant le « sommet de Jérusalem » organisé par la Ligue arabe, au Caire, le 12 février 2023. (Crédit : Ahmad Hassan/AFP)

Nous terminerons sur cette question, Adam. Quels sont, selon vous, les principaux enseignements que vous avez tirés de votre expérience dans le cadre de ce reportage ?

Ce fut une expérience extraordinaire que de plonger aussi profondément dans l’histoire d’al-Cheikh et de passer la majeure partie d’une année entière à enquêter sur un individu et à essayer d’apprendre tout ce que nous pouvions sur lui.

Je pense que le témoignage de l’une des personnes que nous avons citées à la fin de l’article, Mahzouz Shalaldeh, résume bien la situation. Mahzouz est enseignant dans la région de Hébron. Il nous a dit que ses élèves sont de plus en plus désillusionnés et qu’ils ont de moins en moins d’espoir en l’avenir. Selon lui, les Palestiniens ont l’impression de vivre entre le marteau de l’occupation israélienne et tout ce que cela implique, et l’enclume de l’AP.

C’est une belle métaphore pour conclure. Adam, merci beaucoup de nous avoir rejoints aujourd’hui.

Merci beaucoup, Jacob. C’est un réel plaisir d’être de retour au Times of Israel et de pouvoir vous parler aujourd’hui.

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