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Hussein al-Cheikh, au centre, secrétaire général du Comité exécutif de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP), assistant aux funérailles du Premier ministre Ahmad Qurei, dans la ville de Ramallah, en Cisjordanie, le 22 février 2023. (Crédit : Ahmad Gharabli/AFP)
Hussein al-Cheikh, au centre, secrétaire général du Comité exécutif de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP), assistant aux funérailles du Premier ministre Ahmad Qurei, dans la ville de Ramallah, en Cisjordanie, le 22 février 2023. (Crédit : Ahmad Gharabli/AFP)
Portrait

Hussein al-Cheikh, partenaire fiable des Occidentaux ou « petit insecte » aux côtés d’Abbas

Que signifierait pour Hussein al-Cheikh de diriger un peuple dont le rêve d’indépendance s’éloigne de plus en plus ?

Hussein al-Cheikh, au centre, secrétaire général du Comité exécutif de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP), assistant aux funérailles du Premier ministre Ahmad Qurei, dans la ville de Ramallah, en Cisjordanie, le 22 février 2023. (Crédit : Ahmad Gharabli/AFP)

Foreign Policy – Le politicien palestinien Hussein al-Cheikh a pénétré dans une salle de conférence fortifiée dans l’imposant siège du ministère israélien de la Défense à Tel Aviv, en février 2022. Peu de Palestiniens pénètrent dans le sanctuaire intérieur de l’armée israélienne, mais, comme se souvient al-Cheikh, il a été accueilli par les hauts gradés de l’armée et par les dirigeants de l’agence de sécurité intérieure du Shin Bet.

Le grand et affable al-Cheikh – dont les cheveux poivre et sel sont gominés avec du gel – est le principal intermédiaire entre l’Autorité palestinienne (AP) et Israël en Cisjordanie. Il parle couramment l’hébreu, porte des costumes minutieusement taillés et appelle à la coopération, et non à l’affrontement, avec Israël. Al-Cheikh – qui a commencé en tant qu’adolescent comme activiste de rue portant un blouson de cuir et qui a passé 11 ans derrière les barreaux d’une prison israélienne – est un fonctionnaire globe-trotter portant une Rolex qui travaille aujourd’hui dans les coulisses pour empêcher l’effondrement de l’AP, dirigée par Mahmoud Abbas.

Les représentants du pouvoir israélien apprécient al-Cheikh, le considérant comme un partenaire pragmatique capable de trouver un terrain d’entente. « Il est notre homme à Ramallah », a déclaré un haut responsable de la sécurité israélienne à la retraite, qui a requis l’anonymat en raison de son rôle actuel en tant que réserviste dans les services de renseignement israéliens. De nombreux Palestiniens estiment toutefois que son approche n’a fait que renforcer le statu quo du conflit, à savoir une « occupation » militaire apparemment sans fin, qui en est maintenant à sa sixième décennie.

Assis avec les généraux israéliens, al-Cheikh a raconté une visite émouvante de sa grand-mère dans les ruines de leur ville natale de Deir Tarif, dans le centre d’Israël. Elle avait repéré des orangers qu’elle avait elle-même plantés avant d’être expulsée de son village, qui fut détruit lors de la guerre de 1948. Les embrassant, elle avait pleuré.

Les négociations visant à mettre fin à la domination israélienne sur les Palestiniens étant moribondes depuis longtemps, al-Cheikh a déclaré aux généraux qu’il s’était lui-même regardé dans le miroir, se demandant s’il ne commettait pas une erreur en continuant à coopérer avec Israël. « S’il n’y a pas de partenaire du côté israélien qui croit en la paix et en deux États pour deux peuples, est-ce que je trahis les larmes de ma grand-mère ? », leur a dit al-Cheikh. « Pouvez-vous imaginer ce que ressent un Palestinien lambda vivant dans un camp de réfugiés ? »

Trente ans après la création de l’AP dans le cadre des pourparlers de paix israélo-palestiniens, de nombreux Palestiniens ne croient plus qu’elle deviendra un État indépendant. Israël, de plus en plus à droite, n’a pas l’intention de mettre fin à son « occupation » de sitôt. La communauté internationale s’est retirée. Les Palestiniens restent divisés entre le Fatah, le parti laïc d’Abbas, qui contrôle la Cisjordanie, et le groupe terroriste palestinien du Hamas qui dirige la Bande de Gaza.

Un Palestinien discutant avec un soldat israélien, dans le centre de Hébron, en Cisjordanie, le 4 juillet 2023. (Crédit : Mosab Shawer/AFP)

Les Palestiniens de Cisjordanie attendent aux checkpoints pendant la journée et voient les troupes israéliennes faire des raids dans leurs quartiers la nuit. Ils sont de plus en plus nombreux à dire que l’AP – qui administre les villes palestiniennes et arrête les terroristes qui planifient des attaques contre les Israéliens – existe pour faire le sale boulot de « l’occupation » israélienne.

Pour beaucoup, al-Cheikh est l’homme qui fait le sale boulot. Il est le visage de l’élite de l’AP, qui vit ce qu’un ancien fonctionnaire palestinien vivant en Cisjordanie a qualifié « d’occupation VIP ». Les hauts fonctionnaires palestiniens franchissent les barrages routiers israéliens et perçoivent des salaires considérables qui leur permettent de financer des villas bordées de palmiers dans la ville désertique de Jéricho et des escapades extravagantes en Europe. Leurs enfants font la fête à Haïfa et à Jaffa, villes israéliennes dont l’accès est interdit à la plupart des Palestiniens.

« L’élite palestinienne est le véritable bénéficiaire du processus de paix », a déclaré Me Ghandi al-Rabi, un éminent avocat basé à Ramallah.

La bataille pour succéder à Abbas, âgé de 87 ans, intéressent de nombreux candidats, dont aucun ne peut être d’office considéré comme gagnant. Mais al-Cheikh a une chance de devenir le prochain président de l’AP, malgré son impopularité, grâce à ses liens étroits avec Israël et les États-Unis.

Pendant neuf mois, Foreign Policy a interrogé 75 Palestiniens, Israéliens, Américains et Européens, dont des fonctionnaires, des diplomates, des hommes d’affaires et des défenseurs des droits, qui ont dressé un tableau de l’ascension d’al-Cheikh vers les plus hautes sphères de la prise de décision palestinienne.

Lors d’un rare entretien de deux heures dans son bureau à Ramallah, al-Cheikh a reconnu le fossé qui sépare les dirigeants palestiniens de la population. « L’Autorité n’est pas en mesure d’offrir un horizon politique à la population. Elle n’est pas en mesure de résoudre les problèmes financiers et économiques de la population dus à l’occupation », a-t-il déclaré. « Mais quelle est l’alternative à l’AP ? Le chaos et la violence. »

Les fonctionnaires américains opposent favorablement al-Cheikh à d’autres hommes politiques palestiniens, qu’ils qualifient d’obstinés. Lors de sa dernière rencontre avec le président américain Joe Biden, Abbas a parlé ad nauseam « pendant 25 minutes avant de laisser Biden prononcer un seul mot », a déclaré un haut fonctionnaire de l’administration qui n’a pas été autorisé à parler de la réunion. Selon des diplomates américains et européens, le Premier ministre de l’AP, Mohammad Shtayyeh, soumet souvent les dignitaires en visite à des conférences de 40 minutes sur l’histoire et le droit international. Quant à al-Cheikh, « lorsque vous entrez dans une pièce avec lui, vous pouvez voir qu’il est vraiment, vraiment désireux de trouver des solutions », a déclaré le fonctionnaire. Un diplomate européen en poste dans la région l’a décrit comme « un réparateur qui veut résoudre les problèmes, pas les théoriser ».

« Mais il est à peu près aussi populaire auprès du peuple palestinien que l’était le Shah en janvier 1979 », a ajouté le fonctionnaire, faisant référence au dirigeant corrompu et autoritaire de l’Iran avant qu’une révolution ne porte au pouvoir l’ayatollah Ruhollah Khomeini.

Le Premier ministre palestinien Rami Hamdallah, au centre, et le ministre des Affaires civiles de l’AP Hussein al-Cheikh, à droite, entourés par les services de sécurité après leur arrivée au poste-frontière d’Erez, à Beit Hanun, dans le nord de la Bande de Gaza, le 2 octobre 2017. (Crédit : Mahmud Hams/AFP)

La vie d’al-Cheikh retrace la marche du mouvement national palestinien depuis des décennies vers l’impasse actuelle. Il avait 7 ans lorsqu’Israël a occupé la Cisjordanie en 1967, a été emprisonné à 17 ans et libéré au moment où la Première Intifada balayait la Cisjordanie à la fin des années 1980.

Après la création de l’AP dans les années 1990, al-Cheikh a lentement gravi les échelons. Il a servi dans les forces de sécurité palestiniennes naissantes avant d’occuper son poste actuel, à la tête de l’Autorité générale des Affaires civiles, en 2007. Son ministère s’occupe des liens avec Israël, notamment des permis israéliens qui permettent aux Palestiniens de contourner les restrictions imposées à leurs déplacements.

Son parcours d’activiste de rue portant un blouson de cuir à fonctionnaire détesté s’est déroulé parallèlement au fossé qui ne cesse de se creuser entre le gouvernement palestinien et son peuple, qui ne croit plus que ses dirigeants le libéreront de « l’occupation », et encore moins qu’ils construiront un État démocratique.

Al-Cheikh travaille en étroite collaboration avec Israël pour prévenir les attaques palestiniennes contre les Israéliens. Il négocie avec les responsables israéliens pour moderniser les infrastructures palestiniennes vétustes. Ce dirigeant de 62 ans estime que tout cela est nécessaire pour préserver l’espoir, de plus en plus lointain, que les Palestiniens accèdent un jour à la liberté.

« Nous devons réduire le fossé qui nous sépare », a déclaré al-Cheikh, comparant son approche à la saisie d’une pomme au lieu d’un paquet de quatre pommes inaccessible. « Aussi petite que soit la réalisation, elle est importante. »

Le fragile édifice de l’AP repose sur les épaules d’Abbas, qui a été élu pour la première fois pour un mandat de quatre ans en 2005 et qui gouverne aujourd’hui par voie d’autocratie. Mais al-Cheikh a à peine caché son désir de succéder à Abbas, s’attirant les foudres de ses adversaires qui l’accusent d’agir comme s’il était déjà devenu président. Il a renforcé sa présence en ligne et s’est transformé en figure publique de l’AP, sillonnant Ramallah dans une Mercedes-Benz flanquée d’un important service de sécurité.

Mais rares sont ceux qui affirment qu’il pourrait être considéré comme un président légitime. Comme d’autres membres du cercle rapproché d’Abbas, al-Cheikh « a commencé par faire partie du peuple, mais il est devenu totalement isolé ». Pour une grande partie de la population, il représente tout ce qui a mal tourné avec l’AP : déconnecté, corrompu et lié à Israël », a déclaré Tamir Hayman, qui a dirigé les services de renseignement militaire israéliens jusqu’en 2021. « On ne peut pas imposer un Karzaï aux Palestiniens », a déclaré l’ancien diplomate palestinien Mohammed Odeh, en référence au président afghan soutenu par les États-Unis de 2002 à 2014.

Lors de sa rencontre avec les généraux israéliens en février 2022, al-Cheikh a déclaré que la décision d’aller vers un avenir meilleur leur appartenait. Il s’agissait d’un aveu brutal de l’énorme différence de pouvoir entre les chefs de la sécurité décorés et l’AP, une différence dans laquelle al-Cheikh a joué un rôle pendant des années. Mais c’était aussi un refus d’envisager ce que les dirigeants palestiniens pourraient faire pour changer le douloureux présent de leur peuple. Le rassemblement a finalement permis aux Palestiniens de faire quelques petites concessions, mais ils n’ont jamais été aussi près de l’indépendance.

La lune gibbeuse décroissante se levant de l’autre côté de la frontière, à l’est, au-dessus de la Jordanie, depuis la ville palestinienne de Jéricho, en Cisjordanie, le 4 août 2023. (Crédit : Ahmad Gharabli/AFP)

L’enfance d’al-Cheikh s’est déroulée dans une maison de la classe moyenne, dans une Cisjordanie méconnaissable pour les Palestiniens d’aujourd’hui. Il n’y avait pratiquement pas d’implantations israéliennes dans les premières années qui ont suivi « l’occupation », pas d’ambassadeurs ni de ministres palestiniens en costume portant le sigle de leur Autorité palestinienne mort-née, pas de mur de séparation gris serpentant sur les collines escarpées.

Pendant les décennies qui ont suivi 1967, Israël a gouverné directement le territoire. Des gouverneurs militaires israéliens ont présidé les villes palestiniennes, assumant la responsabilité de la propreté des rues et de la gestion des hôpitaux. Les Palestiniens ouvraient des comptes dans les banques israéliennes de Khan Younès et de Naplouse. Le cœur battant de la lutte palestinienne se trouvait à l’étranger – en Jordanie, au Liban, partout ailleurs qu’en Territoires palestiniens.

Certains Palestiniens se souviennent de cette époque avec nostalgie. Beaucoup se souviennent que l’on pouvait sauter dans une voiture et aller de Gaza à la frontière avec le Liban sans s’arrêter à un poste de contrôle, ou prendre facilement l’avion à l’aéroport d’Israël. Aujourd’hui, ces simples privilèges sont hors de portée de la plupart des Palestiniens.

Ramallah, aujourd’hui gonflée par l’afflux d’aide internationale à l’AP, n’était encore qu’un modeste ensemble de maisons et d’entreprises lorsque al-Cheikh était enfant. Son père, Shehada, tenait un magasin de produits alimentaires en gros, niché dans les collines près des églises en pierre calcaire de la Vieille Ville. Sa famille élargie – les Tarifi – a toujours entretenu des liens étroits avec les Israéliens. Son parent Jamil, riche homme d’affaires propriétaire de carrières, profitait de ses relations avec les autorités israéliennes pour obtenir des permis et des privilèges pour les Palestiniens qu’il connaissait. D’une certaine manière, al-Cheikh a hérité de l’entreprise familiale : assurer la liaison entre les autorités israéliennes et les Palestiniens.

Mais c’est dès l’adolescence qu’al-Cheikh s’est engagé dans la lutte contre le régime israélien. En 1978, il a été condamné à onze ans de prison après avoir rejoint une cellule impliquée dans des attaques contre des Israéliens, bien qu’il ait déclaré n’avoir commis aucun acte de violence. (L’armée israélienne affirme avoir perdu les archives de son procès). Il a ensuite raconté à des fonctionnaires israéliens en visite dans le pays que sa condamnation avait brisé le cœur de son père. « Je ne l’ai jamais vu raconter cette histoire sans pleurer », se souvient un deuxième haut fonctionnaire israélien à la retraite qui le rencontrait fréquemment.

La monotonie de l’incarcération a incité al-Cheikh à s’informer sur Israël. Il a passé des heures chaque jour à lire des livres et des journaux en hébreu et à s’entraîner à parler avec ses geôliers, pour finalement parler couramment. (Lors de notre entretien, al-Cheikh s’exprimait principalement en arabe, mais il semblait plus expressif lorsqu’il racontait des histoires en hébreu). Il a ensuite enseigné la langue à d’autres prisonniers. « Je ne savais rien d’Israël », dit-il. « Je voyais des soldats israéliens dans ma ville, près de la porte d’entrée de ma maison. Mais qu’est-ce qu’Israël ? J’ai étudié tout cela en prison. »

Al-Cheikh n’était pas un leader parmi les prisonniers palestiniens, qui ont mené des grèves de la faim ou participé à des manifestations derrière les barreaux, ont déclaré des co-détenus. Mais sa volonté de se faire un nom dans la politique palestinienne était évidente. « Hussein pense que les personnes qui ne sont pas ambitieuses sont mortes. Seuls les morts n’ont pas d’objectifs », a déclaré Jihad Tummaleh, un militant du Fatah qui a fait de la prison avec lui.

Lorsqu’al-Cheikh a quitté la prison, la Première Intifada – terme désignant le soulèvement – battait son plein.

Bill Clinton regardant Yitzhak Rabin et Yasser Arafat se serrer la main, lors de la signature des accords d’Oslo, le 13 septembre 1993. (Crédit : GPO)

Quelques années plus tard, Israël et l’OLP avaient négocié les Accords d’Oslo, qui avaient conduit Israël à se retirer de certaines parties de la Cisjordanie et de la Bande de Gaza et confier certaines responsabilités à l’AP nouvellement créée. Cet organe semi-autonome avait commencé à superviser les services de base offerts aux Palestiniens, tels que l’éducation et les soins de santé. Mais il était largement confiné aux villes palestiniennes, et la majeure partie de la Cisjordanie et de la Bande de Gaza sont restées sous le contrôle direct d’Israël.

Al-Cheikh a passé quelques années à chercher sa place dans le nouvel ordre créé par le rapprochement entre Israël et les Palestiniens. Il a été colonel dans un service de renseignement connu pour son action contre les opposants tels que le Hamas, et a travaillé dans la police. Il a fini par devenir un activiste mineur au sein des cadres de base du Fatah.

Sa maîtrise de l’hébreu lui a permis d’établir des liens étroits avec les responsables israéliens. En tant que jeune officier des forces de sécurité entre 1994 et 1997, al-Cheikh a assuré la traduction entre les responsables palestiniens et israéliens lors de réunions conjointes. Dans un geste impensable près de 30 ans plus tard, il s’est même rendu dans un lycée israélien de Ramat HaSharon, une ville riche située au sud de Tel Aviv, pour faire un exposé devant des adolescents israéliens sur la coopération israélo-palestinienne et la possibilité d’une paix.

« Il leur a présenté les choses dans un hébreu parfait », a déclaré Yoni Fighel, ancien gouverneur militaire de Ramallah, qui a enseigné à l’école et avait invité al-Cheikh.

Les jours heureux d’Oslo n’ont pas duré. L’échec des négociations de paix à Camp David en 2000 a été suivi de manifestations à la mosquée Al-Aqsa. Des affrontements ont rapidement éclaté en Israël, en Cisjordanie et à Gaza, préparant le terrain pour la violence de la Seconde Intifada. Mais même les responsables israéliens de la sécurité s’accordent à dire que al-Cheikh a soigneusement évité d’y prendre part. « Hussein était à la tête du Fatah et faisait toutes sortes de conneries, mais il n’était pas un combattant ou un commandant sur le terrain », a déclaré Shalom Ben-Hanan, un officier supérieur à la retraite du Shin Bet.

La Seconde Intifada a fait voler en éclats le processus de paix israélo-palestinien, qui ne s’est jamais complètement rétabli, et a enhardi l’aile droite du pays. L’impasse a donné du pouvoir à des fonctionnaires comme al-Cheikh, dont le travail consiste davantage à délivrer des permis qu’à engager des pourparlers de paix.

En 2017, al-Cheikh est devenu le garde du corps/bras droit d’Abbas, aux côtés du lugubre chef des renseignements Majed Faraj. Le duo a formé ce que certains responsables palestiniens appellent « un cercle fermé » autour d’Abbas, qui est devenu intolérant aux critiques.

Des fonctionnaires du bureau d’Abbas affirment qu’al-Cheikh est assis à côté du président sur les vols, prenant des notes dans un petit carnet sur ce qu’il lui dit et le répétant plus tard lors de réunions avec des dignitaires étrangers. Il est devenu proche des membres de la famille d’Abbas, apparaissant sur une photo avec un petit-fils du président en août dernier, qui l’a décrit comme un « leader national ». (« Il a une capacité particulière à lécher les bottes, à mentir, et à raconter des conneries », a déclaré Nasser al-Kidwa, un ancien membre de la direction du Fatah devenu critique d’Abbas. « Et toujours à convaincre Abou Mazen qu’il est Dieu – ‘Vos arguments sont étonnants, Monsieur le Président' »).

Le général de division Yoav Mordechaï, alors coordinateur des activités gouvernementales dans les territoires (COGAT), à gauche, et le ministre des Affaires civiles de l’Autorité palestinienne, Hussein al-Cheikh, signant un accord visant à revitaliser le comité mixte israélo-palestinien sur l’eau, le 15 janvier 2017. (Crédit : COGAT)

Abou Mazen [le nom de guerre d’Abbas et sous lequel il est connu auprès des Palestiniens], a permis l’ascension d’al-Cheikh parce qu’il favorise des conseillers incapables de remettre en question son autorité.

« Le président pourrait facilement se débarrasser de lui s’il tombait en disgrâce », a déclaré al-Kidwa. « Il n’est qu’un petit insecte à côté de lui », a-t-il déclaré. « Si Abou Mazen change de position demain, al-Cheikh ne sera plus là. »

En décembre, on a entendu al-Cheikh réprimander Abbas en le qualifiant de « fils de 66 putains » dans un enregistrement qui a été divulgué aux médias palestiniens. Le choix de divulguer l’enregistrement était une indication révélatrice du fait que les rivaux d’al-Cheikh considèrent Abbas comme sa principale source de force. Al-Cheikh a rejeté les enregistrements comme étant des fabrications visant à « saper l’unité nationale ».

Au-delà des liens personnels, Abbas et al-Cheikh partagent un engagement en faveur d’une solution négociée avec Israël et se méfient de leurs rivaux du Hamas, qui ont pris le contrôle de la Bande de Gaza lors d’un coup d’État en 2007. Lors d’une réunion en 2017 avec des responsables américains, al-Cheikh a prévenu que la promotion d’un accord pour réconcilier le Fatah et le Hamas se terminerait par des roquettes du groupe islamiste volant au-dessus de sa tête, a déclaré le haut fonctionnaire de l’Administration Biden.

Le président de l’Autorité palestinienne, Mahmud Abbas, à gauche, et Hussein al-Cheikh, secrétaire général du Comité exécutif de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), assistant aux funérailles du Premier ministre Ahmad Qurei, dans la ville de Ramallah, en Cisjordanie, le 22 février 2023. (Crédit : Ahmad Gharabli/AFP)

« Je crois totalement au plan et à l’approche d’Abou Mazen », a déclaré al-Cheikh à Foreign Policy. « Il me fait confiance. Je le remercie pour cette confiance. »

Aujourd’hui encore, al-Cheikh répète son opposition aux attaques contre les Israéliens, qui, selon lui, font le jeu d’Israël. « Je suis pour la résistance à l’occupation. Je suis totalement opposé à ce que l’on fasse du mal aux civils », a-t-il déclaré. « Je soutiens la résistance à l’occupation israélienne et j’y crois toujours. Mais comment ? »

Al-Cheikh fonctionne comme un « schizophrène », « assis sur le fil du rasoir et essayant d’opérer sur tous les fronts à la fois », a déclaré Nickolay Mladenov, ancien envoyé spécial des Nations unies pour la paix au Moyen-Orient.

« Il vous faut fournir des services à votre peuple, tout en sachant très bien que les gens vont s’opposer à vous parce que vous ne les emmenez pas vers la solution à deux États que vous leur avez promise depuis si longtemps », a déclaré Mladenov.

Des Palestiniens portant des drapeaux nationaux affrontant des troupes israéliennes dans le village cisjordanien de Kfar Qaddum, près de l’implantation Kedumim, le 9 juin 2023. (Crédit : Jaafar Ashtiyeh/AFP)

Ces derniers mois, al-Cheikh s’est efforcé de rétablir le calme au milieu des affrontements armés les plus sanglants depuis la Seconde Intifada. Les forces israéliennes ont tué plus de 140 Palestiniens, terroristes et civils, cette année ; les assaillants palestiniens ont tué au moins 29 Israéliens, pour la plupart des civils.

La montée de la violence reflète le désespoir généralisé des Palestiniens. Les jeunes Palestiniens n’ont jamais voté lors d’une élection nationale. Et pourtant, l’élite politique semble plus préoccupée par la question de savoir qui remplacera le vieillissant Abbas que par le remaniement d’un système défaillant. Pendant ce temps, les terroristes qui affrontent les soldats israéliens dans la Vieille Ville de Naplouse ou dans le camp de réfugiés de Jénine jouissent d’une popularité que les dirigeants de l’AP, tels qu’al-Cheikh, ne peuvent que fantasmer.

Alors que les responsables palestiniens se vantent d’avoir construit un « État de Palestine », ce qui existe réellement n’est qu’un ersatz d’État – des ministères qui servent principalement de plateformes aux responsables pour distribuer des postes luxueux, des contrats convoités et des permis qui échappent à la règle militaire israélienne. « Ce que nous avons aujourd’hui, ce sont les vestiges du projet national », a déclaré l’analyste politique Jehad Harb.

La misère de l’occupation imprègne la vie des Palestiniens, mais l’hypocrisie des dirigeants palestiniens – qui appellent à la justice sur la scène internationale alors que la corruption et l’autocratie prolifèrent chez eux – ajoute une couche supplémentaire de frustration. Les Palestiniens qui critiquent leurs dirigeants en ligne ou organisent des manifestations sont souvent arrêtés, voire pire.

Des manifestants avec des photos de Nizar Banat, critique de l’Autorité palestinienne, pendant un rassemblement dénonçant sa mort à Ramallah, en Cisjordanie, le 24 juin 2021. (Crédit : Nasser Nasser/AP Photo/)

En juin 2021, des agents de sécurité palestiniens auraient battu à mort le critique Nizar Banat. Ce meurtre a déclenché de rares manifestations qui ont été dispersées par des voyous en civil qui ont violemment attaqué des journalistes et des manifestants. L’AP a déclaré que la mort de Banat était une erreur et a jugé un certain nombre d’agents de sécurité, mais les critiques soutiennent que l’affaire a traîné en longueur.

« L’occupation a joué le premier rôle dans nos souffrances, mais, petit à petit, l’Autorité est devenue un fardeau parallèle par sa répression des militants politiques et de la société civile, sa corruption généralisée et ses décrets juridiques antidémocratiques », a déclaré Muhannad Karaja, un avocat spécialisé dans les droits de l’Homme qui a représenté des dissidents emprisonnés pour avoir critiqué le gouvernement. En mars, l’AP a gelé la licence de son cabinet d’avocat, ce qu’Omar Shakir, directeur de Human Rights Watch (HRW) pour Israël et la Palestine, a qualifié de « dernier exemple en date de ses efforts systématiques pour museler la dissidence ».

Les dirigeants palestiniens peinent à répondre au mécontentement de la population. « Nous ne sommes pas des anges », a déclaré Sabri Saidam, un responsable du Fatah, ajoutant que les tentatives de discussion sur les échecs de la gouvernance palestinienne détournaient l’attention de la lutte contre l’occupation israélienne. D’autres s’abstiennent de critiquer le gouvernement, mais se livrent à une certaine introspection. « Il m’arrive de défendre l’Autorité et ses dirigeants, et je sais que j’ai tort », a déclaré Azzam al-Ahmad, éminent membre du Fatah depuis longtemps, reconnaissant qu’il a défendu des choses auxquelles il « ne croit pas ».

Al-Cheikh a déclaré que les cas de répression et de corruption étaient des aberrations. « Je ne dis pas que notre performance est à 100 % », a-t-il reconnu. Mais pour de nombreux Palestiniens, ces prétendues aberrations sont liées au système même que préside al-Cheikh.

À LIRE : La mort de Nizar Banat a mis en lumière la corruption de l’AP. Quid de la justice ?

Israël réglemente étroitement les déplacements des Palestiniens. Quiconque souhaite se rendre à Jérusalem pour prier à Al-Aqsa ou manger dans les restaurants de poisson de Jaffa doit obtenir un permis délivré par l’armée israélienne. Mais Israël permet à une partie privilégiée de l’élite palestinienne de se déplacer librement sur son territoire, en contournant les restrictions qui irritent le grand public.

Les permis dits « VIP » permettent aux hauts fonctionnaires palestiniens de franchir les postes de contrôle normalement réservés aux Israéliens. Les hommes d’affaires fortunés peuvent demander une « carte d’homme d’affaires », ou BMC – un laissez-passer qui leur permet d’accéder presque sans entrave à Israël et à son aéroport international près de Tel Aviv.

Du côté palestinien, le bureau des Affaires civiles d’al-Cheikh est chargé de distribuer les permis israéliens exclusifs – et de nombreux Palestiniens de Ramallah, Bethléem et Tulkarem racontent qu’un ami ou un voisin a payé pour eux. « Lorsque vous parlez aux Palestiniens, ils vous disent : corrompu, corrompu, corrompu », a déclaré Ben-Hanan, en faisant référence à al-Cheikh. (Notre reportage n’indique pas l’implication directe d’al-Cheikh dans les cas présumés de corruption).

Lorsque les commerçants s’adressent aux fonctionnaires du ministère d’al-Cheikh pour obtenir un BMC, ils peuvent se voir demander des faveurs ou de l’argent, selon plusieurs hommes d’affaires de premier plan. « Avec l’augmentation de la demande, certaines personnes offrent des choses pour adoucir le marché », a déclaré Samir Hazboun, secrétaire-général de l’Union des Chambres de Commerce.

Certains fonctionnaires, a ajouté Hazboun, ont dit aux demandeurs : « Arrangez nos bureaux, installez-nous des climatiseurs, et vous obtiendrez votre BMC ». D’autres fonctionnaires ont accepté des pots-de-vin de 10 000 dollars. Dans une enquête réalisée en 2022 par la Coalition pour la responsabilité et l’intégrité, basée à Ramallah, près d’un quart des Palestiniens ont déclaré avoir payé un pot-de-vin ou offert un cadeau – ou qu’un proche l’avait fait – en échange de l’obtention d’un service public.

« Les gens utilisent leurs relations pour s’en tirer à bon compte », a déclaré Samir Abuznaid, ancien président du bureau gouvernemental de l’AP chargé de l’obligation de rendre des comptes.

Le ministre palestinien du Développement social, Ahmad Majdalani, a rejeté les allégations de corruption endémique du gouvernement. « Les histoires que vous me racontez sont insignifiantes », a-t-il déclaré. Al-Cheikh a affirmé qu’il avait cherché à endiguer le problème et a nié que la corruption était généralisée. Lorsqu’il a été confronté à des allégations spécifiques de corruption au sein de son ministère, il a opposé un démenti catégorique. « Avez-vous la moindre idée du nombre de personnes que j’ai envoyées au bureau du procureur ? », a répondu al-Cheikh concernant les allégations de corruption. Il n’a pas répondu aux questions concernant le nombre de personnes qu’il avait envoyées aux autorités judiciaires, mais il a affirmé qu’il avait suivi chaque affaire de près et qu’il avait même assisté à des audiences.

Pour leur part, les fonctionnaires israéliens ont déclaré avoir reçu des quantités de plaintes concernant la corruption au sein des affaires civiles de la part de Palestiniens et d’employés d’organisations à but non lucratif. Mais tant que l’AP réprime les terroristes palestiniens, beaucoup en Israël ne voient pas de raison d’intervenir, a déclaré Kobi Lavy, ancien conseiller pour les Affaires palestiniennes auprès de l’Administration civile, l’organe bureaucratique de « l’occupation » israélienne.

Les Palestiniens nous disent : « Si la situation n’était pas confortable pour Israël, vous y mettriez fin » », a déclaré Lavy, ajoutant qu’il avait signalé des cas de corruption à des supérieurs – qui se sont montrés désintéressés. « En fin de compte, ce n’est pas très agréable à dire, mais ils ont raison. S’il n’est pas question de terrorisme [de leur part], qui s’en soucie ? »

Selon les hommes d’affaires, les pratiques malhonnêtes s’étendent à la distribution par le gouvernement de licences lucratives, souvent accordées à des amis et à des parents de hauts fonctionnaires. Ces permis, qui permettent d’exploiter des stations-service, d’importer des cigarettes et de gérer d’autres entreprises, enrichissent les personnes bien informées.

Un entrepreneur palestinien a décrit comment il a fait entrer deux membres de la famille d’al-Cheikh dans son entreprise en tant « qu’associés fictifs » – une pratique que les chefs d’entreprise ont qualifiée d’outil courant pour surmonter la bureaucratie. L’un des partenaires a apporté une contribution mineure à l’entreprise, l’autre aucune, a expliqué l’homme d’affaires en parcourant des enregistrements portant le nom de l’un d’entre eux et des conversations WhatsApp.

Grâce à leur association avec al-Cheikh, les membres de la famille ont aidé l’homme d’affaires à obtenir un permis et à contourner les obstacles réglementaires. En échange, ils ont perçu une part des recettes de l’entreprise. « Sans eux, l’entreprise n’aurait pas pu aller de l’avant », a-t-il déclaré. « Sa famille est un organisme gouvernemental à elle seule. (L’homme d’affaires a demandé à ce que les détails relatifs à son entreprise ne soient pas divulgués afin de le protéger des représailles de l’AP). Al-Cheikh n’a pas répondu à une demande de commentaire sur les activités commerciales des membres de sa famille envoyée à son chef de cabinet.

Des manifestants palestiniens brandissant des pancartes portant le hashtag arabe #enough_corruption lors d’un rassemblement, dénonçant l’AP à la suite de la mort de l’activiste Nizar Banat, détenu par les forces de sécurité de l’AP, dans la ville de Ramallah, en Cisjordanie, le 11 juillet 2021. (Crédit : Abbas Momani/AFP)

Les chefs d’entreprise estiment que ces projets reflètent la façon dont la classe dirigeante palestinienne domine presque tous les aspects de la vie. « Malheureusement, la Palestine est devenue un terrain de jeu pour les criminels », a déclaré Hisham Massad, ancien directeur de la Chambre de Commerce et d’Industrie de Jénine. « Partout ailleurs, la corruption est dissimulée. Ici, elle est au vu et au su de tous. »

Le favoritisme perçu au sein du ministère d’al-Cheikh nourrit le ressentiment, en particulier chez les Palestiniens de Cisjordanie qui craignent d’être expulsés vers Gaza parce que leur carte d’identité indique qu’ils vivent dans l’enclave. Pendant des années, Israël n’a pas autorisé les changements d’adresse entre la Cisjordanie et la Bande de Gaza, exposant ainsi les Palestiniens à un risque d’expulsion. Selon un rapport diplomatique américain datant de 2009, al-Cheikh a déclaré à des fonctionnaires américains qu’Israël n’accordait des exceptions qu’à des fonctionnaires « en guise de faveurs à la direction de l’AP ». (Les restrictions navales durables de Gaza par Israël et l’Égypte y rend la vie plus difficile pour la plupart des Palestiniens qu’en Cisjordanie).

En 2021, le précédent gouvernement israélien a annoncé qu’il mettrait à jour les adresses de milliers de Palestiniens, les sortant ainsi de plusieurs années d’incertitude. Des foules se sont pressées dans les bureaux des Affaires civiles pour mettre à jour leurs documents, mais le processus a été entaché d’accusations de népotisme.

Le haut fonctionnaire Mahmoud al-Habbash a changé d’adresse pour la Cisjordanie, tout comme 17 membres de sa famille, selon les données des registres du ministère. Son assistant et beau-frère, Khaled Baroud, et au moins 10 membres de sa famille ont également reçu la mise à jour. Habbash a déclaré que sa famille avait fait des demandes de changement d’adresse auprès du ministère des Affaires civiles depuis 2009 et qu’elle n’avait pas exploité ses relations. Baroud n’a pas répondu à une demande de commentaire.

« Israël est la principale entité qui prive les Palestiniens de leurs droits fondamentaux, mais il est frustrant et exaspérant que les gens ne puissent pas compter sur l’Autorité pour défendre leurs intérêts de manière appropriée », a déclaré Jessica Montell, directrice-exécutive de HaMoked, une organisation israélienne qui soutient les droits de résidence des Palestiniens. « Il semble évident que ces décisions sont prises de façon à favoriser systématiquement leur famille. »

Pourtant, ce sont les allégations de mauvais traitements infligés par al-Cheikh aux femmes qui pourraient constituer le principal obstacle à son désir de succéder à Abbas. La plupart des scandales remontent à plusieurs années mais ont néanmoins entaché son image. Certains sont des rumeurs infondées, mais au moins l’un d’entre eux semble révéler l’impunité dont jouissent les hauts fonctionnaires. Le traitement présumé par al-Cheikh d’une employée de son bureau en 2012 a donné lieu à une plainte officielle, à une enquête qui a impliqué Abbas et qui s’est terminée par un paiement « sous la table » de 100 000 dollars, selon un responsable palestinien, une personne proche de la plaignante à l’époque et d’autres personnes au fait de l’affaire.

Selon les personnes au fait de l’affaire et les médias de l’époque, lorsqu’il a convoqué une jeune ingénieure en informatique de son ministère dans son bureau pour réparer un problème informatique en 2012, il l’a harcelée verbalement, commentant son apparence et lui a fait des attouchements alors qu’elle l’avait repoussé. Sans se laisser décourager, il a commencé à la toucher, ont déclaré les fonctionnaires. Elle a raconté avoir rapidement crié en signe de protestation avant de quitter la pièce en claquant la porte, ont-ils ajouté.

Fait rare, le mari de l’informaticienne, membre d’une milice influente affiliée au Fatah, le parti au pouvoir, a décidé de s’opposer à al-Cheikh en déposant une plainte officielle – plainte qui a été retirée à la suite d’un paiement. Soudain, l’avenir politique du haut fonctionnaire palestinien semblait compromis.

Le secrétaire général du comité exécutif de l’OLP, Hussein al-Cheikh, accordant une interview à l’Associated Press dans son bureau de Ramallah, le 13 juin 2022. (Crédit : Nasser Nasser/AP Photo)

Ce scandale a alarmé les alliés d’al-Cheikh au sein de l’establishment de la Défense israélienne. Avi Issacharoff, journaliste spécialisé dans les affaires palestiniennes, se souvient avoir reçu un appel inhabituel d’un officier supérieur israélien lui demandant d’empêcher la publication de ses articles sur la question à l’époque, afin de protéger la réputation d’al-Cheikh. Issacharoff a tout de même publié les articles.

Lors de son entretien avec Foreign Policy, al-Cheikh a refusé de répondre en détail aux allégations, déclarant qu’il ne perdrait pas son temps avec des « propos insignifiants ».

Apparemment conscient qu’il devrait répondre à des questions sur ces accusations, il a déclaré au début de l’entretien qu’il ne répondrait pas aux questions qu’il « n’aime pas ». Avant de quitter son bureau, il a déclaré en hébreu qu’il avait une proposition à faire : « Oubliez tout cela. C’est de la propagande négative contre moi. » Al-Cheikh a refusé de répondre à des questions spécifiques sur l’incident. Dans un courriel, son chef de cabinet a qualifié toutes les questions de Foreign Policy de « nulles » et a déclaré qu’al-Cheikh « n’a pas le temps de répondre à des allégations aussi nulles ».

En public, le gouvernement israélien et l’AP se disputent constamment sur des questions politiques. Mais les responsables des deux cotés maintiennent ce qu’un diplomate a appelé un « mariage catholique » pour éviter l’effondrement du statu quo, que tous deux préfèrent pour l’instant.

Au printemps 2022, alors que la frustration de l’opinion publique palestinienne augmentait à la suite d’affrontements meurtriers entre terroristes et forces de sécurité israéliennes, Abbas a menacé en privé de geler la « coordination de la sécurité », une politique impopulaire en vertu de laquelle les autorités palestiniennes et israéliennes échangent des renseignements pour réprimer le terrorisme palestinien. Si elle avait été mise à exécution, cette menace aurait pu entraîner une escalade de la violence.

Les responsables américains et israéliens se sont tournés vers al-Cheikh pour persuader le président de faire marche arrière. Les liens étroits qu’entretient al-Cheikh avec Abbas, ainsi que sa volonté de compromis, ont longtemps fait de lui la personne de référence pour les diplomates. « Lorsque les choses deviennent vraiment tendues, il est la personne pour calmer la situation, a déclaré un fonctionnaire américain, qui l’a qualifié de « chuchoteur [à l’oreille] d’Abbas ».

Al-Cheikh s’est entretenu discrètement avec Barbara Leaf, haute fonctionnaire du Département d’État, qui l’a informé qu’Israël s’était engagé à cesser les démolitions de maisons jusqu’à la visite de Biden en juillet dernier, selon le haut fonctionnaire de l’Administration de Biden. Al-Cheikh s’est appuyé sur cette proposition pour dissuader Abbas de passer à l’acte. Ses homologues israéliens restent également en contact permanent avec lui, le qualifiant de partenaire fiable pour l’amélioration des réseaux cellulaires palestiniens, qui nécessitent l’approbation d’Israël, pour la transmission des messages des dirigeants israéliens à Abbas, etc. Samer Sinijlawi, un militant du Fatah, a déclaré que des fonctionnaires israéliens téléphonaient sans cesse à al-Cheikh lors d’un voyage dans le désert jordanien il y a une quinzaine d’années. « Le nombre d’appels entre lui et la liaison militaire israélienne n’était pas normal », a-t-il déclaré. « Des meilleurs amis ne se parlent pas autant. »

« Il vous donne l’impression que c’est lui qui détient les clés. ‘Si je conclus un accord avec vous sur une sous-station électrique à Jénine ou sur quelque chose lié à la coordination de la sécurité, comptez sur moi pour que cela se produise' », a déclaré Michael Milshtein, un officier de renseignement israélien à la retraite qui a déjà rencontré al-Cheikh.

Mais pour de nombreux Palestiniens, al-Cheikh joue sur les termes qu’Israël préfère – des concessions progressives qui améliorent la vie quotidienne mais ne rapprochent pas les Palestiniens de l’indépendance. « Il est pragmatique, mais il n’a pas le pragmatisme nécessaire pour obtenir des résultats », a déclaré Sinijlawi.

Un membre des forces de sécurité israéliennes dirigeant les Palestiniens à un poste de contrôle israélien à Bethléem, en attendant d’être autorisés à traverser pour assister aux prières pendant le mois de jeûne musulman du Ramadan à la mosquée al-Asqa au sommet du mont du Temple à Jérusalem, en Cisjordanie, le 14 avril 2023. (Crédit : Hazem Bader/AFP)

À la fin de l’année 2022, al-Cheikh a donné son accord à une mesure qui allait ébranler de nombreux Palestiniens : le paiement d’un loyer à Israël pour des terres de Cisjordanie que les Palestiniens considèrent comme « occupées ». L’idée était d’établir une douane palestinienne dans la ville de Tarqumiya, en Cisjordanie, ce qui donnerait aux Palestiniens un minimum de souveraineté en louant le terrain à Israël. « J’ai été sidéré : nous parlons de terres occupées de part en part », a déclaré un fonctionnaire du bureau d’al-Cheikh, qui a requis l’anonymat pour éviter les représailles. « J’ai pensé que si cet accord se concrétisait, il créerait un précédent extrêmement dangereux. »

(Al-Cheikh a déclaré qu’il consentait à louer les parcelles dans le cadre d’un accord de 99 ans, qualifiant cette partie de la proposition de « non-problématique ». Mais il a ajouté que l’accord avait échoué parce qu’Israël avait refusé que le tabac et l’alcool, dont les importations apportent des revenus considérables dans les caisses de l’AP, soient traités par cette dernière).

Les Palestiniens qui critiquent les décisions de hauts fonctionnaires comme al-Cheikh font l’objet de menaces et d’intimidations. En novembre 2020, al-Cheikh avait annoncé que le gouvernement reprenait officiellement la coordination avec Israël, y compris la stratégie largement détestée consistant à collaborer avec Israël pour réprimer les terroristes. Aseel Suleiman, animateur radio sur Raya FM – une station basée à Ramallah – a prononcé un monologue contre al-Cheikh, qui venait de prendre les ondes pour qualifier la décision de reprendre la coordination avec Israël de « grande victoire pour notre peuple palestinien ».

« Que Dieu fasse de cette soirée un enfer pour celui qui a vendu, trahi et coordonné, et qui a ensuite déclaré que c’était une victoire », avait déclaré Suleiman, la voix étranglée par la rage. « Quelle crédulité ! »

En réponse, al-Cheikh avait appelé le propriétaire de la chaîne et lui avait demandé avec fureur de « régler la situation », a déclaré un responsable palestinien au courant de l’incident. Il avait également insisté pour que le média publie un article soutenant le rétablissement des liens. Le journal s’était exécuté et avait publié un éditorial défendant la décision. Al-Cheikh nie avoir eu connaissance de cet incident.

Les pro-al-Cheikh américains comprennent qu’il a un problème d’image au niveau national. En octobre dernier, les autorités américaines ont invité al-Cheikh – plutôt que le Premier ministre de l’AP – à se rendre à Washington pour rencontrer des responsables américains, notamment le conseiller à la Sécurité nationale Jake Sullivan. « Il voulait venir, évidemment, pour renforcer sa propre crédibilité au sein de l’AP, et notre souhait était de le laisser venir et de lui donner une certaine crédibilité », a déclaré le fonctionnaire de l’administration.

Tant que la politique américaine visera à maintenir l’espoir d’une solution à deux États face à des années d’impasse, Washington aura besoin de personnes comme al-Cheikh. « Il essaie de maintenir debout toute cette tour en ruine », a déclaré le fonctionnaire de l’administration. « Il comprend nos limites et celles des Israéliens. »

Mais on peut se demander dans quelle mesure il comprend encore les limites palestiniennes. Quelle que soit la personne qui prendra les rênes du pouvoir à la place du président octogénaire, il est certain qu’elle sera à la tête d’une Autorité palestinienne profondément problématique. Hanan Ashrawi, ancien haut fonctionnaire palestinien, a déclaré que le prochain président de l’AP héritera d’une situation dans laquelle Israël « continue de tuer des gens, de démolir des maisons, d’étendre les colonies et d’annexer des terres » tout en gérant l’héritage d’un gouvernement qui a utilisé son pouvoir limité « pour opprimer et commettre des injustices à l’encontre de son propre peuple ».

La secrétaire adjointe d’État américaine Wendy Sherman, à gauche, rencontrant le ministre des Affaires civiles de l’Autorité palestinienne, Hussein al-Cheikh, à Washington, le 4 octobre 2022. (Crédit : Département d’État américain/Twitter)

Mahzouz Shalaldeh, un enseignant de 39 ans originaire d’un village situé à flanc de colline près de Hébron, dans le sud de la Cisjordanie, a déclaré que les espoirs de ses élèves de Seconde – quant à un avenir meilleur – s’amenuisent d’année en année, car ils se sentent coincés entre « le marteau de l’occupation et l’enclume de l’Autorité ».

« L’occupation nous étouffe et l’Autorité pratique toutes les formes de corruption possibles », a-t-il déclaré. « Les portes de l’espoir ont été fermées pour nous. »

Al-Cheikh admet que de nombreux Palestiniens ne croient plus que son gouvernement les libérera de l’occupation israélienne. Il n’est pas certain que cela l’incite à changer de cap.

« Il est certain que les gens ont perdu espoir. Mais moi, en tant que fonctionnaire et dirigeant, je ne le peux pas », a-t-il ajouté.

Adam Rasgon est membre de la rédaction du New Yorker. Aaron Boxerman est journaliste au New York Times à Londres.

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