Israël en guerre - Jour 145

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  • Le cinéaste David Wilkinson à Auschwitz-Birkenau (Crédit : Autorisation)
    Le cinéaste David Wilkinson à Auschwitz-Birkenau (Crédit : Autorisation)
  • Le cinéaste David Wilkinson dans un château à York où toute la communauté juive a été assassinée en 1190. (Crédit : Autorisation)
    Le cinéaste David Wilkinson dans un château à York où toute la communauté juive a été assassinée en 1190. (Crédit : Autorisation)
  • La figure médiatique Robin Lustig (à gauche) et le réalisateur David Wilkinson sur un site de la Shoah en Lituanie. (Crédit : Autorisation)
    La figure médiatique Robin Lustig (à gauche) et le réalisateur David Wilkinson sur un site de la Shoah en Lituanie. (Crédit : Autorisation)
  • Axel Fischer du musée de Nuremberg et le cinéaste David Wilkinson. (Crédit : Autorisation)
    Axel Fischer du musée de Nuremberg et le cinéaste David Wilkinson. (Crédit : Autorisation)
  • Lukasz Lipinski, un guide du musée d'État d'Auschwitz-Birkenau en Pologne, avec le réalisateur David Wilkinson, près d'un étang où les cendres des victimes étaient jetées dans l'ancien camp de la mort. (Crédit : Autorisation)
    Lukasz Lipinski, un guide du musée d'État d'Auschwitz-Birkenau en Pologne, avec le réalisateur David Wilkinson, près d'un étang où les cendres des victimes étaient jetées dans l'ancien camp de la mort. (Crédit : Autorisation)
  • Le chasseur de nazis Stephen Ankier (à droite) et le réalisateur David Wilkinson dans "Getting Away With Murder(s)". (Crédit : Autorisation)
    Le chasseur de nazis Stephen Ankier (à droite) et le réalisateur David Wilkinson dans "Getting Away With Murder(s)". (Crédit : Autorisation)
Interview"La plus grande erreur judiciaire de l'histoire de l'humanité"

Comment et pourquoi tant de responsables de la Shoah ont-ils échappé à la justice ?

Moins de 600 responsables de la Shoah ont été condamnés à de lourdes peines, David Wilkinson révèle dans son film comment criminels nazis et collaborateurs s’en sont sortis

Après avoir passé 18 ans à réaliser « Getting Away With Murder(s)« , le réalisateur britannique David Wilkinson s’est heurté à un refus catégorique lorsqu’il a présenté son documentaire aux chaînes de télévision internationales et aux services d’abonnement tels que Netflix.

D’une durée de trois heures, le film de Wilkinson est un réquisitoire détaillé contre la fameuse « grande impunité » dont ont bénéficié presque tous les responsables de la Shoah. Le film se concentre sur certains criminels de guerre allemands, ainsi que sur quelques-uns de leurs collaborateurs non allemands, pour expliquer comment tant de tueurs de masse ont évité de devoir répondre de leurs crimes.

« L’absence de justice pour les victimes de la Shoah est la plus grande erreur judiciaire de l’histoire de l’humanité », a déclaré Wilkinson au Times of Israel. « Le monde doit le savoir », a-t-il ajouté.

« Getting Away With Murder(s) » est disponible sur plusieurs plateformes de streaming américaines depuis le 27 janvier, date de la Journée internationale de commémoration de la Shoah. Le film est diffusé dans 11 pays européens depuis juillet, a déclaré Wilkinson.

« Ce documentaire a été un travail de longue haleine », a déclaré Wilkinson, qui a produit ou distribué 125 films au cours d’une carrière qui s’étend sur plus de quarante ans.

« Le film aurait pu s’intituler ‘Les Juifs ne comptent pas’ », a déclaré David Wilkinson, qui a dû financer lui-même une grande partie du documentaire, avec sa femme, la costumière Amy Roberts, de la série Netflix « The Crown ».

Le chasseur de nazis Stephen Ankier (à droite) et le réalisateur David Wilkinson dans « Getting Away With Murder(s) ». (Crédit : Autorisation)

David Wilkinson confie que même les chaînes de télévision israéliennes étaient peu enclines à soutenir ce documentaire tentaculaire sur la Shoah.

« On m’a dit à plusieurs reprises qu’Israël avait plus de documentaires sur la Shoah que n’importe quel autre pays », a déclaré Wilkinson, dont le film a également été rejeté par le Festival du film de Berlin.

Après une série de refus commerciaux, « Getting Away With Murder(s) » est néanmoins devenu un favori auprès des critiques britanniques. Wilkinson a été comparé à Claude Lanzmann, célèbre pour son film « Shoah », et le film a été élu meilleur documentaire de l’année par l’influent quotidien britannique The Guardian.

« C’était le pouvoir de la presse libre. Sans leur soutien, je pense réellement que le film aurait été ignoré », a déclaré Wilkinson.

Des vies longues et souvent prospères

Selon les historiens, entre 750 000 et un million de personnes ont pris part à la mise en œuvre de la Shoah en Europe. Or, moins de 600 d’entre eux ont été condamnés à de lourdes peines au terme de la guerre.

« La plupart des responsables de ces crimes ont vécu une vie longue et souvent prospère, même si beaucoup d’entre eux étaient des tueurs de masse facilement identifiables », a déclaré Wilkinson, qui a obtenu l’autorisation d’utiliser des centaines de photos du United State Shoah Memorial Museum.

Lukasz Lipinski, un guide du musée d’État d’Auschwitz-Birkenau en Pologne, avec le réalisateur David Wilkinson, près d’un étang où les cendres des victimes étaient jetées dans l’ancien camp de la mort. (Crédit : Autorisation)

Pour expliquer comment tant de criminels ont échappé à la justice, « Getting Away With Murder(s) » inclut des entretiens avec, notamment, Benjamin B. Ferencz, 100 ans, le dernier procureur vivant de Nuremberg, ou encore des chasseurs de nazis modernes sur la piste de criminels qui vivent leurs derniers jours.

Au cours de près des vingt années consacrées à la réalisation du film, Wilkinson a constaté que la plupart des gens pensent qu’au moins la moitié des criminels de guerre allemands ont été punis. Or, seuls quelques milliers de personnes ont été jugés coupables des crimes de guerre commis par l’Allemagne, soit environ 1 % de tous les criminels de guerre nazis.

À la fin de la Seconde Guerre mondiale, au moins 400 collaborateurs se sont installés en Grande-Bretagne

Comme le montre « Getting Away With Murder(s)« , la présence de criminels de guerre en Grande-Bretagne était bien connue des cercles gouvernementaux et policiers, mais pratiquement rien n’a été fait à ce sujet, a déclaré Wilkinson.

« À la fin de la Seconde Guerre mondiale, au moins 400 collaborateurs se sont installés en Grande-Bretagne. Ils venaient des États baltes, d’Ukraine, de Biélorussie et d’autres pays qui avaient été occupés par les nazis », a déclaré Wilkinson.

Axel Fischer du musée de Nuremberg et le cinéaste David Wilkinson. (Crédit : Autorisation)

« Certains Britanniques sont offusqués lorsque je souligne que ce pays n’était pas aussi merveilleux pour les Juifs qu’on le dit, mais il est vraiment choquant que nous n’ayons pas pris davantage de mesures juridiques contre tous ces meurtriers qui vivaient ici », a déclaré Wilkinson.

L’un de ces tueurs de masse vivait à Edimbourg. Ses voisins immédiats étaient juifs.

« L’un de ces tueurs de masse vivait à Edimbourg. Ses voisins immédiats étaient juifs », a ajouté le cinéaste.

Tournant dans 10 pays pendant 18 mois, Wilkinson a déployé des drones pour obtenir des images impressionnantes sur d’anciens sites de massacre, du plus grand camp d’extermination de la Shoah – Auschwitz-Birkenau – à des sites de massacre en grande partie méconnus le long de la mer Baltique.

« Ils continuent à infliger des souffrances »

Lorsque Wilkinson s’est rendu en Lituanie pour tourner « Getting Away With Murder(s)« , il a été approché par des locaux venus lui dire que son documentaire était basé sur des mensonges.

« Il y a un nombre considérable de négationnistes de la Shoah dans ces pays, alors même qu’ils vivent entourés de monuments à la mémoire des victimes de massacres », a déclaré Wilkinson, dont le film est diffusé dans les pays baltes depuis juillet.

La figure médiatique Robin Lustig (à gauche) et le réalisateur David Wilkinson sur un site de la Shoah en Lituanie. (Crédit : Autorisation)

En Lituanie, ce sont parfois des citoyens locaux, et non des unités allemandes, qui ont perpétré les massacres de Juifs. Pendant le tristement célèbre pogrom de Kaunas, par exemple, une atmosphère de carnaval régnait alors que les Juifs étaient torturés et assassinés par leurs voisins.

« C’est bien que les gens de ces pays voient le film », a déclaré Wilkinson, qui a aussi réalisé le documentaire anti-BREXIT acclamé, « Postcards from the 48%« , en 2018.

La négation de la Shoah, a déclaré Wilkinson, est souvent une décision prise par des personnes éduquées et informées.

« [Ces personnes] savent que la Shoah a existé. Il faudrait être d’une étrange stupidité pour ne pas le savoir. Les preuves sont tellement accablantes », a déclaré le cinéaste.

« A mon avis, les négationnistes de la Shoah tiennent ces propos comme une arme pour bouleverser et déstabiliser les victimes et leurs descendants », a déclaré Wilkinson. « Ils continuent à leur infliger des souffrances ».

Le cinéaste David Wilkinson à Auschwitz-Birkenau (Crédit : Autorisation)

Soulignant les dangers de la négation, « Getting Away With Murder(s) » se termine par les mots du chasseur de nazis Simon Wiesenthal : « Ceux qui ignorent les meurtres du passé ouvrent la voie aux meurtres de l’avenir. »

C’est pourquoi le film dure 175 minutes.

Au cours des deux dernières années, Wilkinson a parcouru plus de 10 000 miles dans son petit pays pour s’adresser directement au public lors des plus de 50 projections, la plupart d’entre elles pendant des confinements dû à la pandémie.

Il a choisi d’organiser la première mondiale du documentaire à York, en Angleterre, car en 1190, l’entière population juive de cette ville a été massacrée par ses voisins. Le cinéaste a évoqué ce massacre dans son discours, ainsi que l’histoire de l’antisémitisme depuis cette époque jusqu’à aujourd’hui.

« Dans ce pays, certaines personnes n’ont de cesse de rappeler que nous avons été le seul pays d’Europe à aider les Juifs [pendant la Shoah] », a déclaré Wilkinson. « Nous utilisons les actes de Nicholas Winton comme s’ils avaient été sanctionnés par le gouvernement et que le nombre d’enfants sauvés se comptait en centaines de milliers. »

Le cinéaste David Wilkinson dans un château à York où toute la communauté juive a été assassinée en 1190. (Crédit : Autorisation)

Et Wilkinson d’ajouter : « Mais personne ne demande jamais : ‘Et les parents de ces enfants juifs ?’. Oui, on a laissé entrer certains enfants, mais on a laissé les parents et les grands-parents se faire massacrer. »

En Grande-Bretagne, Wilkinson a été la cible d’une longue attaque verbale il y a plusieurs années, lorsqu’un homme dans un bus public a pris le cinéaste pour un Juif. Wilkinson, qui est barbu et n’est pas juif, portait un manteau noir, un pantalon noir et un chapeau noir, et l’agresseur s’est mis à lui hurler des insultes antisémites en pleine figure.

« Personne ne demande jamais : ‘Et les parents de ces enfants juifs ?' »

« Tous les passagers ont ignoré cette tirade de tropes épouvantables qui a duré 90 secondes, un écho de l’Allemagne des années 1930 », a déclaré Wilkinson. « Après cette attaque, j’ai décidé de commencer à filmer le documentaire avec mon propre argent », a-t-il ajouté.

Au fur et à mesure de ses recherches et de ses tournages, Wilkinson s’est rendu compte de la complexité de la réponse à sa question initiale.

« Et c’est pourquoi le film dure 175 minutes », a déclaré Wilkinson. « Ma seule motivation à faire ce film était de trouver la réponse à la question de savoir pourquoi tant de personnes s’en sont tirées avec leur crime – le crime de meurtre de masse à l’échelle industrielle. »

Ruines du complexe de chambres à gaz-crématoires d’Auschwitz-Birkenau, l’ancien camp de la mort nazi en Pologne, octobre 2017 (Crédit : Matt Lebovic/The Times of Israel)
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