Rechercher
Des personnes manifestent devant les bureaux du New York Times à New York, le 14 mai 2026. (Luke Tress/Times of Israel)
Des personnes manifestent devant les bureaux du New York Times à New York, le 14 mai 2026. (Luke Tress/Times of Israel)

Couverture d’Israël : pour ses 175 ans, le New York Times est au cœur de la tempête

Le quotidien de la communauté juive new-yorkaise entretient une relation tumultueuse avec Israël, ravivée depuis le 7 octobre 2023

JTA — Pour des générations de Juifs américains, le New York Times est plus qu’un simple journal.

Il est depuis longtemps le journal de la plus importante communauté juive en dehors d’Israël, le guide quotidien d’une ville devenue le centre culturel de la vie juive américaine et, plus largement, le reflet des aspirations de Juifs qui s’estiment instruits, cosmopolites, épris de culture et du vaste monde.

Depuis 175 ans et la fondation du journal, le 18 septembre 1851, aucun sujet n’a autant divisé ses lecteurs juifs que sa couverture d’Israël. Ce mois-ci, au moment où le Times fête son 175e anniversaire avec plusieurs dossiers spéciaux, cette polémique est ravivée.

Le 23 septembre dernier, le fonds de pension de l’État de Floride et un think tank conservateur qui compte des actionnaires du Times ont porté plainte contre le journal et demandé la communication de documents internes de nature à établir dans quelle mesure le Conseil d’administration a correctement supervisé la manière dont le journal a couvert le sujet israélien. Selon les plaignants, des erreurs répétées et d’autres éléments dénotent d’un manquement aux normes journalistiques du New York Times et reflètent un parti pris clairement anti-Israël.

Selon le Times, il s’agit d’une plainte infondée et motivée par des considérations politiques, constitutive d’une tentative de pression sur un organe de presse indépendant.

Quelques jours avant le dépôt de cette plainte avait été publié un papier d’Edieal Pinker, professeur à la School of Management de Yale, cité dans les documents de procédure. Dans son étude, Pinker tente de chiffrer la plainte des partisans d’Israël, à savoir le fait que la couverture de la guerre commencée par le pogrom du Hamas du 7 octobre 2023 par le Times ait minimisé les souffrances israéliennes et le rôle du Hamas dans le conflit.

Des personnes manifestent devant les bureaux du New York Times à New York, le 14 mai 2026. (Luke Tress/Times of Israel)

Sur la base de l’examen de 1 559 articles du Times publiés entre le 7 octobre 2023 et le 6 juin 2024, Pinker dit avoir trouvé une trame dominante selon laquelle Israël aurait eu une « responsabilité et une liberté d’action quasi-exclusives » suite au pogrom du Hamas. Il ajoute que le bilan humain israélien après le 7-Octobre, celui des combattants du Hamas et les violences palestiniennes ont reçu beaucoup moins d’attention. Selon lui, les témoignages directs des souffrances palestiniennes ont été nettement plus fréquents que ceux des Israéliens.

Pinker a expliqué à la JTA qu’il ne sous-estimait pas la très grande différence entre le nombre de Palestiniens et d’Israéliens tués pendant la guerre mais que cela ne dédouanait pas le journal, dont la couverture de la guerre avait clairement mis l’accent sur les souffrances palestiniennes.

Le Times est en désaccord avec les conclusions de Pinker. Le porte-parole du journal a assuré que le journal avait couvert la guerre « avec plus de rigueur que tout autre organe de presse américain » et que les rédacteurs en chef avaient fait des « choix prudents et éclairés » en ce qui concerne le sujet, la rédaction, le cadrage et le ton dans le but de garantir un journalisme indépendant.

Divisions, partis pris et normes

Le débat autour de l’étude de Pinker et de la plainte est le signe de l’obsession de toujours de la communauté juive américaine pour la couverture d’Israël par le Times, ainsi que des divisions au sein du judaïsme américain. Plusieurs observatoires des médias, dont CAMERA et HonestReporting, s’emploient à mettre en exergue les erreurs commises dans la couverture d’Israël par le Times et d’autres médias, en mettant l’accent sur les articles ou titres qui montrent Israël sous un jour défavorable — une critique des médias mêlée d’un plaidoyer pro-israélien.

Les universitaires et journalistes de gauche accusent souvent ces critiques d’avoir leur propre parti pris et rejettent leur méthodologie, estimant qu’ils cherchent à positionner Israël au-dessus de la mêlée et ignorent le rôle d’une presse indépendante.

Auteur et historien qui a beaucoup écrit sur les médias américains, Eric Alterman a écrit dans « We Are Not One », histoire de la relation entre les Juifs américains et Israël, publiée en 2022, que si le Times avait un penchant, c’était un « penchant pro-Israël cohérent, et parfois subtil ».

Il évoque les fréquentes manifestations de critiques des médias pro-palestiniens, qui estiment que le Times fait preuve de partialité envers Israël, ainsi que les rédacteurs en chef et chefs de bureau juifs qui, à Jérusalem, tout en se montrant souvent critiques envers Israël, ont utilisé des termes et un cadrage reflétant la perspective d’Israël. (Le mot « Nakba », le terme palestinien désignant la création d’Israël, lequel signifie « catastrophe », n’est apparu dans le journal qu’en 1998.)

Un homme brandissant un drapeau palestinien alors que des militants pro-palestiniens et anti-Israël manifestent devant l’Université de Columbia, à New York, le 20 avril 2024. (Crédit : Leonardo Munoz/AFP)

Mais Alterman soulève un autre point, plus important, concernant tout autant le public que le journal. Il estime en effet que nombre de Juifs américains ont grandi dans le « mythe » de l’infaillibilité israélienne et voient les critiques ou les mauvaises nouvelles concernant Israël comme intrinsèquement suspectes ou comme la preuve d’une hostilité envers Israël ou les Juifs.

« Pour les personnes qui ont grandi dans ce mythe et définissent leur identité juive de par leur fidélité à ce mythe… la couverture négative d’Israël est très douloureuse, très difficile à encaisser », explique dans une interview Alterman, professeur d’anglais et de journalisme au Brooklyn College. « Comme je l’explique dans mon livre, le fait de critiquer les médias en raison de leur couverture d’Israël est fédérateur d’identités juives plurielles. »

En ce qui concerne les plaignants évoqués plus haut — le think tank National Center for Public Policy Research et le State Board of Administration de Floride, qui, en tant qu’actionnaires du Times, se disent en droit d’inspecter les livres et registres de la société —, la question n’est pas l’identité juive des voix critiques, mais ce qu’ils estiment être l’impuissance du Conseil d’administration du Times à faire respecter ses propres normes journalistiques.

La plainte est accompagnée de nombreux exemples, à commencer par la couverture par le Times de l’explosion d’octobre 2023 à l’hôpital al-Ahli de Gaza-City, laquelle a, dans un premier temps, attribué la frappe à un tir aérien israélien avant que le journal ne reconnaisse s’en être exagérément remis aux affirmations du Hamas. La plainte cite également un compte-rendu d’octobre 2023 sur une attaque du Hamas dans la ville israélienne d’Ofakim dans lequel, selon les plaignants, les rédacteurs ont modifié à deux reprises les références aux attaquants, passant de « terroristes » à « hommes », signe selon eux d’une réticence à parler de façon négative du Hamas.

Un autre signe, selon eux, du parti pris des médias lors de cette guerre, se trouve dans un article de juillet 2025 consacré à un jeune garçon palestinien gravement dénutri. Alors que le journal dit que le sujet était « né en bonne santé », les plaignants estiment que les personnels du Times avaient eu accès avant publication à des informations selon lesquelles le garçonnet souffrait d’une pathologie de naissance. (Le Times a par la suite publié un correctif.)

« Faute de contrôle de la part du Conseil d’administration », lit-on dans les documents de procédure, « les normes journalistiques ont été instrumentalisées au sein du journal pour servir les agendas personnels de rédacteurs échappant à tout contrôle. »

Une histoire juive

Au cœur de ce débat se trouve non seulement ce qui est peut-être la source d’information individuelle la plus importante au monde, mais aussi une institution aux racines juives complexes. Adolph Ochs, éditeur de presse juif du Tennessee né de parents immigrés allemands, a racheté le journal en difficulté en 1896. Ce sont ses descendants qui en ont, depuis lors, toujours eu le contrôle. Le beau-père d’Ochs était le rabbin Isaac Mayer Wise, fondateur du judaïsme réformé en Amérique, et pendant des décennies, la ligne éditoriale du journal a reflété l’anti-sionisme véhément du mouvement réformé.

A LIRE : La famille Sulzberger et le passé juif complexe du New York Times

Le gendre d’Ochs, Arthur Hays Sulzberger, est devenu le rédacteur en chef du journal entre 1935 à 1961. Toute discussion au sujet de la relation entre le Times et la communauté juive est hantée par l’incapacité du journal, alors sous la direction de Sulzberger, à couvrir rigoureusement la Shoah, au moment des faits.

Lorsque le journal publiait des informations sur l’anéantissement des Juifs, a écrit l’ancien directeur de la rédaction Max Frankel dans un tardif et exceptionnel mea culpa à l’occasion du 150e anniversaire du Times, « elles étaient la plupart du temps reléguées dans ses pages grises et austères, jamais mises en une, analysées ou décodées. »

Du point de vue d’Alterman, Sulzberger était « antisémite au niveau de l’embauche et anti-sioniste dans ses positions politiques » ; Laurel Leff, qui a écrit sur l’histoire du Times pendant la Shoah dans son livre de 2005, « Buried by the Times », se montre un peu plus mesurée.

Cet article du New York Times du 20 juin 1899 rend compte de la conférence de la Fédération des zionistes américains à Baltimore, dans le Maryland. Les propriétaires du journal de l’époque partageaient les sentiments anti-sionistes de nombreux dirigeants juifs réformés. (Wikimedia Commons via la JTA)

Bien que le Times ait abondamment rendu compte des persécutions et massacres menés par les nazis, il a souvent omis de préciser que les Juifs étaient les principales cibles du génocide nazi. Selon Leff, qui est professeure émérite de journalisme à l’Université Northeastern, Sulzberger redoutait que l’on pense que le Times faisait un plaidoyer particulier en faveur des Juifs.

« Il avait une sensibilité particulière envers la question juive en raison de ses origines », explique Leff dans une interview. « Il tenait énormément à ce que le Times ne soit pas perçu comme un journal juif, ce que ses rédacteurs en chef et reporters savaient. »

Cette sensibilité ne s’est pas uniquement manifestée dans le choix des articles mis ou non en Une.

Lorsqu’Abraham Rosenthal a rejoint les rangs du journal en tant que jeune reporter, en 1941, ses supérieurs lui ont dit de signer « A.M. Rosenthal », estimant que son prénom faisait trop juif.

Mais que ce soit par sévérité envers lui-même face à l’ampleur de la Shoah ou simplement emporté par le récit dominant de l’époque, le Times a pendant de nombreuses années présenté le nouvel État d’Israël « comme un pays en lutte, désireux de se developper en dépit de l’hostilité implacable de ses voisins arabes », comme l’a écrit l’ex-reporter du Times Neil A. Lewis dans un document de 2012 pour le Shorenstein Center on the Press, Politics and Public Policy.

« Mais, à compter de la fin des années 1960, le récit a évolué vers quelque chose de plus équivoque », poursuit Lewis. « Cette image de petit pays – incarnation de David luttant contre un Goliath figuré par ses ennemis – a cessé d’avoir cours après la nette victoire d’Israël lors de la guerre de 1967. Et progressivement, la situation des réfugiés palestiniens a commencé à émerger. »

Lorsque Rosenthal est devenu directeur de la rédaction, en 1977 – premier des cinq Juifs à occuper ce poste lors des quarante années suivantes -, il a aligné le journal sur la majorité de ses lecteurs juifs, à savoir des personnes toujours laïqus, mais plus ouvertes aux sujets juifs et au recrutement de journalistes juifs. Rosenthal lui-même, après sa mise à la retraite en 1986, s’est lancé dans des éditoriaux et des chroniques en faveur des dirigeants du parti de droite israélien, le Likud.

« Rosenthal avait fait plus que quiconque pour réconcilier le Times avec son identité juive », a écrit l’ancien membre du Times, Samuel Freedman, à la mort de Rosenthal en 2006. Entre autres, Rosenthal a mis fin à la politique « tacite » qui empêchait les Juifs de parler d’Israël.

Cela n’a pas pour autant mis le Times à l’abri des critiques : Thomas L. Friedman, qui a été chef du bureau de Jérusalem entre 1984 et 1988, a remporté trois prix Pulitzer pour sa couverture du Moyen-Orient tout en restant (et en demeurant) une cible de choix en raison de sa couverture d’Israël. (En 1989, une table ronde avec Friedman, au 92nd Street Y, a été interrompue par des perturbateurs pro-Israël qui ont eu une altercation avec les agents de sécurité. « J’ai passé cinq années à Beyrouth. Qui aurait pensé que ce serait le 92nd Street Y qui aurait ma peau ? », a déclaré sur scène Friedman, qui est aujourd’hui chroniqueur.)

Le chroniqueur du New York Times Thomas Friedman anime une session lors du New York Times Dealbook, le 6 novembre 2019 à New York. (Mike Cohen/Getty Images pour The New York Times/AFP)

C’est la couverture, par Friedman et d’autres journalistes, de la très polémique première guerre du Liban qui a décidé des organisations pro-Israël de suivre et de critiquer la couverture de la région par les médias. CAMERA, le Comité pour l’exactitude de la couverture du Moyen-Orient en Amérique, a ainsi été fondé en 1982 par Winifred Meyer en réaction à ce que ses cofondateurs et elle percevaient comme un traitement très déformé et anti-israélien de l’opération militaire israélienne. Dans son livre de 1989, « From Beirut to Jerusalem », Friedman lui-même a critiqué la presse étrangère au Liban pour avoir traité l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) avec davantage de bienveillance qu’Israël, les États-Unis ou leurs alliés libanais.

Dans le même temps, le journal en est venu de plus en plus à incarner un autre type d’identité juive américaine, celle de l’intellectuel urbain laïc, plutôt riche et ouvert à la culture, américaine et étrangère. L’essor d’Internet a frappé nombre de quotidiens, là où l’influence du Times n’a fait que croître.

En charge des plaintes des lecteurs en sa qualité de médiateur du Times entre décembre 2003 et mai 2005, Daniel Okrent, explique que la couverture d’Israël et des Palestiniens était le sujet le plus disputé du journal, les deux parties étant convaincues que le Times favorisait l’autre camp. Après chaque mention d’Israël, aussi anodine soit-elle, ses collègues et lui se préparaient à une avalanche de courriers

« Sur ce sujet, les réactions sont tellement intenses que les gens ont du mal à dépasser le stade de leurs émotions », a déclaré Okrent dans une interview.

Ari Goldman, journaliste spécialiste des religions qui a passé 20 ans au New York Times à partir de 1975, a souvent fait les frais de ces sentiments. Juif pratiquant, il explique avoir fréquemment été abordé à la synagogue par des personnes qui lui demandaient : « Comment pouvez-vous travailler pour un journal antisémite ? »

« À la synagogue, ils venaient agiter un morceau de papier sous mon nez, ce à quoi je leur répondais : « Où est le reste du journal ? » », a déclaré dans une interview Goldman, professeur émérite à la Columbia Journalism School. « Si vous regardez la couverture dans son ensemble, oui, vous trouvez des erreurs, et des articles qui semblent avoir un penchant négatif. Mais il y a de nombreux articles qui équilibrent cela, et de nombreux articles qui sont favorables à Israël et racontent l’histoire d’une manière plus globale. »

Goldman assure que les journalistes du Times font de leur mieux pour traiter les sujets comme il se doit et que le journal publie des rectificatifs lorsqu’il se trompe. Il voit également dans le récent recrutement de Yair Rosenberg, pour une toute nouvelle rubrique religieuse axée sur la vie juive américaine, le signe que la direction a pris conscience qu’il « manquait quelque chose dans sa couverture ».

Une manifestante brandit un drapeau palestinien devant l’immeuble du New York Times lors d’une manifestation contre le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu pendant la 79e session de l’Assemblée générale des Nations unies, le 26 septembre 2024, à New York. (AP Photo/Julia Demaree Nikhinson)

« Des modèles » de couverture

Critiques et défenseurs s’accordent à dire que le Times donne souvent le ton aux autres médias — mais aussi aux lecteurs. Dans son livre de 2005, « Stars of David », la journaliste Abigail Pogrebin interroge le compositeur de Broadway Stephen Sondheim sur ses sentiments envers Israël. « Mon attitude envers Israël est l’attitude du New York Times envers Israël », avait-il répondu. « Quoi qu’ils disent, c’est ce que je crois. »

C’est ce type d’influence qui motive les critiques du Times. Bien que Pinker n’accuse pas le Times de parti pris, son étude évoqué l’idée d’un « agenda » du journal destiné à influencer l’opinion publique. « J’ai réuni la preuve de plusieurs déséquilibres au niveau de la couverture de la guerre qui pourraient très certainement influencer les lecteurs dans un sens qui ne correspond pas à la réalité », écrit-il dans son étude.

Lors d’une interview, Pinker a expliqué vouloir déplacer le débat afin de l’éloigner des questions individuelles et de dégager des schémas d’ensemble.

« Ce que je constate, c’est qu’il y a très peu de couverture de ce que l’on pourrait appeler la souffrance ou le coût de la guerre du côté israélien, alors qu’il y a une très forte couverture de ces éléments du côté palestinien », a-t-il souligné.

Ces choix rédactionnels, a-t-il dit, minorent la responsabilité du Hamas dans cette guerre. Sans comparer la couverture de la guerre par le Times à celle d’autres médias, il évoque un « cadrage » alternatif du conflit : « Le 7-Octobre a prouvé aux Israéliens qu’ils faisaient face à une menace inacceptable à Gaza, et qu’ils ne seraient pas tranquilles tant qu’ils n’auraient pas éliminé cette menace. »

Alterman rejette l’analyse de Pinker, qu’il qualifie de « quasi-comique », affirmant qu’elle ne prend pas en compte le décalage entre les 1 200 Israéliens tués le 7-Octobre et les dizaines de milliers de Palestiniens tués à Gaza lors de la guerre qui a suivi. Aucun média, précise-t-il, n’est tenu de mentionner le traumatisme et la colère ressentis par les Israéliens lorsque Gaza est bombardée presque chaque jour et que les pénuries alimentaires sont légion.

« Il y a eu un très grand nombre de reportages sur ce qu’ont enduré les Israéliens, sur le plan émotionnel et financier, suite au 7-Octobre ; cela n’a pas de sens de dire qu’il devrait y avoir eu autant de reportages sur cet événement qui a duré un jour et sur les opérations militaires quotidiennes d’une guerre qui a duré deux ans », estime Alterman.

Alterman ajoute que les critiques du journal ne tiennent pas compte de la séparation entre les services d’information du Times et ses pages d’opinion.

Du côté des opinions, les critiques réguliers d’Israël dépassent de loin ses défenseurs les plus fidèles. Parmi les premiers, on retrouve Friedman, Ezra Klein et Michelle Goldberg, dont les critiques semblent souvent écrites depuis une position de sympathie envers l’Israël d’avant, plus libéral, mais aussi des chroniqueurs invités, à l’instar de M. Gessen et Peter Beinart, qui accusent Israël de « génocide ». Tous les cinq sont juifs.

Bret Stephens s’inscrit, lui, dans la tradition des chroniqueurs de droite juifs qui défendent fidèlement Israël, tout comme Rosenthal, William Safire ou encore David Brooks. David French et Russ Douthat, deux chroniqueurs conservateurs, ont eux aussi tendance à défendre Israël lorsqu’ils écrivent sur le conflit.

En début d’année, lorsque Nicholas Kristof a écrit un texte faisant état d’abus sexuels sur des détenus palestiniens de la part des forces de sécurité israéliennes, des voix critiques ont laissé entendre que son texte ne répondait pas aux règles journalistiques attendues d’un article d’actualité. Malgré tout, le Times l’a défendu, affirmant que tous les éléments avaient été vérifiés et corroborés, lorsque cela était possible, avec des témoins ou des sources.

Stephens, qui critique rarement son employeur en public, n’a pas réagi à la chronique de Kristof. Mais neuf jours plus tard, dans une chronique revenant sur 25 années de couverture médiatique provocatrice ou non vérifiée d’Israël, il a écrit ce qui pourrait s’imposer comme le manifeste des critiques juifs américains de la couverture d’Israël.

« Le fil conducteur de ces récits, et de bien d’autres, est qu’ils impliquent tous une volonté chevillée au corps, mais au final difficile à mener à bien, de prouver que les Israéliens veulent à tout prix tuer des innocents et faire du mal aux plus vulnérables, manifestement par pure cruauté », a écrit Stephens. « Les reporters ne cherchent pas à exposer de façon impartiale les mauvaises actions, où qu’elles surviennent — si c’était le cas, les erreurs ne pencheraient pas invariablement dans la même direction idéologique. Il ne s’agit pas de dire la vérité. Il s’agit d’alimenter en récits les esprits crédules. »

Cette photo montre l’entrée du bâtiment du New York Times recouverte de peinture rouge par des manifestants pro-palestiniens, le 10 novembre 2023, à New York. (Crédit : AP/Eduardo Muñoz Álvarez)

Pour certains Juifs, la couverture d’Israël par le Times, qu’elle soit négative ou non, est le signe que le journal fait ce qu’un grand média doit faire, à savoir examiner d’un œil critique les puissants, y compris un gouvernement soutenu par les États-Unis et profondément lié à la vie juive américaine.

Pour d’autres, cette même couverture est la preuve que le journal est, une fois de plus incapable de comprendre le sens de l’histoire juive — et notamment ce que pensent et vivent les Juifs pour lesquels la sécurité d’Israël est indissociable de la leur.

Ce que les deux camps partagent, c’est une relation avec le New York Times qui peut sembler à la fois familiale et obsessive.

« Je crois que cela renvoie quelque part à un sentiment de propriété », conclut Goldman en imaginant que ses lecteurs juifs se disent : « ‘Je suis un Juif de New York. C’est mon journal, il devrait me refléter et refléter mes idées.’ »

En savoir plus sur :
Pour commenter, rejoignez
la Communauté du Times of Israël !
Rejoidre la Communauté du Times of Israël
Seuls les membres qui payent un abonnement peuvent commenter les articles. Alors rejoignez nous et profitez d'autres avantages !
Veuillez utiliser un email au format suivant : example@domain.com
Confirm Mail
Merci ! Consultez votre mail maintenant
Vous faites désormais partie de la Communauté du Times of Israël ! Un e-mail contenant votre lien de connexion a été envoyé à . Une fois configuré, vous pourrez profiter de vos avantages et commenter.

Merci pour votre fidélité !

Si vous voyez ce message, ça veut dire que vous faites partie de nos lecteurs les plus assidus. Pour continuer votre lecture, veuillez rejoindre notre Communauté. Rejoignez-nous maintenant !
image
Inscrivez-vous gratuitement
et continuez votre lecture
L'inscription vous permet également de commenter les articles et nous aide à améliorer votre expérience. Cela ne prend que quelques secondes.
Déjà inscrit ? Entrez votre email pour vous connecter.
Veuillez utiliser le format suivant : example@domain.com
SE CONNECTER AVEC
En vous inscrivant, vous acceptez les conditions d'utilisation. Une fois inscrit, vous recevrez gratuitement notre Une du Jour.
Register to continue
SE CONNECTER AVEC
Log in to continue
Connectez-vous ou inscrivez-vous
SE CONNECTER AVEC
check your email
Consultez vos mails
Nous vous avons envoyé un e-mail à .
Il contient un lien qui vous permettra de vous connecter.