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Daniel, le fils de Bernard Giberstein, le fondateur de DIM devant le site historique de la société. (Crédit: Daniel Giberstein)
Bernard et Daniel Giberstein. (Autorisation)
Interview

Daniel Giberstein rend un émouvant hommage à son père, le « gibor » de Dim

« Le silence des tableaux », présenté mi-juin en avant-première à Paris, est une promesse d’un enfant à ses parents tant aimés et si inspirants

Bernard et Daniel Giberstein. (Autorisation)

Heureusement, Daniel Giberstein est un grand sportif. Voilà plusieurs années que ce chef d’entreprise de belle allure s’est lancé dans la plus difficile des courses d’endurance : elle le mène sur les traces de son père, Bernard Giberstein, le fondateur de la célèbre marque Dim. Son documentaire, « Le silence des tableaux », réalisé en toute indépendance, ressemble à un sprint final au bout duquel le fils espère décrocher la plus belle des victoires : la reconnaissance, fût-elle posthume, du parcours exceptionnel d’un père taiseux dont il a mis longtemps à découvrir les faces cachées. Présenté en avant-première en juin, le film, construit sur un fonds d’archives familiales et des interviews, brosse le portrait d’un homme atypique et d’une époque effervescente.

Le Times of Israël :  À quoi devez-vous d’avoir été un si bon maître de cérémonie ? Êtes-vous porté par la mission que vous vous êtes assignée ? 

Daniel Giberstein : Sûrement ! C’est une force intérieure. Pour autant, ce n’est pas tant la présentation de la soirée qui m’a semblé l’étape la plus difficile car elle représentait l’aboutissement du projet. Il y a eu, dans la construction du film, des périodes compliquées, marquées par une forme de découragement, mais il suffisait que je m’installe à la table de montage pour avoir en face de moi le meilleur exemple de courage et de résilience qui m’obligeaient. J’ai également été porté par le plaisir de partager ce film et mon admiration avec un public bienveillant.

Bernard et Daniel Giberstein. (Autorisation)

Vous rendez de nouveau hommage à votre père, après un premier film-documentaire personnel en 2014 puis deux documentaires du réalisateur Eric Bitoun dont « L’homme aux bas nylon » a fait l’objet d’un entretien dans le Times of Israel. À la question « Reste-t-il des zones d’ombre ? », vous répondiez : « Je pense que nous savons l’essentiel ». Pourquoi, alors, ce nouveau volet ?

Ce n’est pas la promesse de l’aube mais celle d’un soir, faite à ma maman, de réaliser un film sur mon père qu’elle admirait et aimait énormément. Il me tenait à cœur de raconter cette histoire de manière plus personnelle. Les documentaires précédents traitaient essentiellement de Dim, des images de Dim à travers la publicité et des recherches que nous avons faites ensemble, avec Eric Bitoun, pour retrouver les racines dont mon père ne nous avaient pas parlé, en Pologne, en Belgique et en Suisse. J’ai appris beaucoup de choses. Il restait à raconter l’histoire de sa vie avec tout ce qu’elle a comporté de courage, de mise en danger et de force de reconstruction. C’est, ici, le regard du fils. J’ai fait ce film de manière indépendante pour ne pas avoir le poids d’un producteur ou d’un directeur de chaîne m’imposant ses exigences. Je voulais conserver ma liberté. J’ai choisi de dire pratiquement tout, notamment des choses que je n’avais jamais racontées. Mes nièces elles-mêmes ont été pétrifiées en découvrant la première scène. J’ai décidé d’être sincère jusqu’au bout.

« Ma chère maman, j’ai tenu parole, le film sur papa est là et je te le dédie. Je sais combien tu l’aimais et combien tu étais fière de lui et je sais aussi que tu comptais pour lui. Ce soir je ressens ta présence parmi nous, je sais que tu es là, je pense à toi, je t’aime très fort. »

       Extrait du discours de Daniel Giberstein le 16 juin dernier au Publicis

Pourquoi avoir déclaré, sur scène, que Bernard Giberstein « n’a pas obtenu de son vivant la reconnaissance qu’il a méritée » ? Est-ce pour vous une façon de dire que le créateur d’un fleuron français, un capitaine d’industrie qui a contribué au rayonnement de la France et créé des milliers d’emplois méritait plus que le très légitime boulevard à son nom à Autun, site historique de sa société ? 

Ce n’est pas à la hauteur de la place qu’il a occupée dans l’industrie française. Ni des combats qu’il a menés et pour lesquels, il est vrai, il ne s’est jamais mis en avant. Certaines trahisons ont fait par la suite que, pendant vingt ans, les médias parlaient de Dim et du baron Bich, devenu son associé, mais jamais de son créateur, Bernard Giberstein.

« Certaines trahisons ont fait que pendant vingt ans, les médias parlaient de Dim et du baron Bich, devenu son associé, mais jamais de son créateur, Bernard Giberstein »

Durant toute une période, mon père a été volontairement effacé des tablettes. Son nom n’était pas mentionné. Il a fallu attendre une vingtaine d’années après sa mort et l’inauguration d’un nouveau bâtiment à Autun pour qu’il réapparaisse. C’est là que les choses ont commencé à changer, sans qu’il n’y ait jamais eu de véritable reconnaissance….

« J’admire mon père parce que… » : c’est par une anaphore que vous avez clamé votre admiration pour votre père, déclinant ainsi les thématiques développées dans le film. À commencer par son courage et son action héroïque qui ont permis de faire passer des dizaines de familles juives en Suisse. L’Association « Les Gardiens de la Vie » lui a rendu hommage au Mémorial de la Shoah…

Au cours d’une cérémonie très émouvante, un diplôme posthume au nom de mon père m’a été remis, en présence de toute la famille. L’Association « Les Gardiens de la vie » honore la mémoire de juifs qui ont sauvé des Juifs, à la différence des Justes parmi les Nations qui concernent des non-Juifs ayant sauvé des Juifs.

Remise du diplôme « Gardien de la Vie » à titre posthume. (Crédit : Daniel Giberstein)

Une scène du film montre Michel Drucker, intervenant lors de cette cérémonie, particulièrement ému…

La scène le montre sous le coup de l’émotion alors qu’il parlait de son père qui avait sauvé ma mère.

L’animateur, que l’on a l’impression de connaître depuis toujours, a mis du temps avant de s’exprimer publiquement sur sa judéité…

Quand, dans les années 1965-1966, il est apparu à l’antenne, ma mère m’a dit : « C’est son père qui m’a sauvée, pendant la guerre. Abraham Drucker parlait parfaitement le yiddish et il était un peu amoureux de moi. Il me trouvait très balebatish (respectable, bien élevée) et il m’a sauvé la vie en me faisant transférer à l’hôpital Rothschild au prétexte d’une opération de l’appendicite. Cela m’a évité le convoi de déportation ». Et plus on voyait  Michel Drucker à la télévision, moins ma mère comprenait pourquoi il ne disait jamais un mot sur le fait qu’il était juif. Cela a duré des années. L’écriture de son livre Qu’est-ce qu’on va faire de toi (Robert Laffont, 2007)  a rapproché Michel de son histoire.

Autre source d’admiration : l’humilité de votre père. Est-ce la phrase du Grand Rabbin Haïm Korsia qui, lors de la cérémonie des « Gardiens de la Vie », a déclaré : « Je trouve tellement beau qu’une réussite économique et sociale aille de pair avec un cœur et une âme » ? 

Après la soirée, j’ai revu le Grand Rabbin et je lui ai dit que je l’avais cité. Ce à quoi il a répondu : « C’est une belle phrase » ! Je la trouve en effet très belle : les mots sont d’une simplicité « biblique », ils disent tout.

« Ils ne savaient pas que c’était impossible alors ils l’ont fait ». En quoi cette citation de Mark Twain (également attribuée à Churchill et à Pagnol) que vous avez rappelée sur scène s’applique-t-elle à Bernard Giberstein ? 

Son champ des possibles était différent du nôtre. Nous nous imposons des limites, il n’en avait pas. Il était toujours à l’affût de nouvelles idées qui, pour lui, n’étaient qu’une question de volonté.

En effet, « Chaque obstacle le stimulait », comme vous l’avez déclaré. Le documentaire souligne que ce fut le cas aussi bien pendant la guerre que dans son activité professionnelle. À Troyes notamment, où selon l’un des intervenants, les « israélites n’étaient pas très aimés ». Une forme d’antisémitisme larvé, en 1953, quelques années seulement après la fin de la guerre ?

À Troyes vivaient des familles établies là depuis des générations. La France profonde découvrait cet immigré juif polonais et elle l’a rejeté, en tant qu’étranger. Il l’a ressenti. Les grèves dont je parle dans le film ont été la goutte d’eau qui l’a convaincu de quitter Troyes. L’accueil qu’il a reçu à Autun a été bienveillant, d’autant que la ville avait besoin d’un industriel pour relancer l’activité économique, après la fermeture des Télots qui avait mis la quasi-totalité de la population au chômage. Tout le monde en a profité.

On a découvert, dans le film mais aussi dans la salle où d’anciens salariés étaient présents, un patron à l’écoute…

C’était une vraie famille. Les anciens salariés disent : « On arrivait le matin et on ne regardait pas l’heure pour savoir quand la journée allait se finir. Quand on partait en vacances, on était content de revenir ». Ils n’hésitaient pas à faire des heures supplémentaires. Je vais vous raconter une petite anecdote : cela se passe à l’usine de Château-Chinon,  en fin de journée. Les ouvriers sont partis, il ne reste sur place qu’un contremaître qui repère un type en imperméable rôdant entre les métiers. Il va le voir et lui dit : « Monsieur, je suis désolé mais l’usine est fermée et interdite au public. Merci de sortir ». Le type sort. Le lendemain, le directeur de l’usine convoque le contremaître et lui dit : « Tu as fait sortir quelqu’un hier ? ». Le contremaître confirme. « Tu sais qui c’était ? C’était le patron ! ». Le contremaître demande : « Je suis viré alors ? ». « Non, tu reçois une promotion » lui répond le directeur. C’est une histoire vraie.

Mon père avait perdu le regard de son propre père et il a essayé de recréer un socle familial. Il considérait ses salariés comme ses enfants. Et tous le ressentaient.

Son esprit de pionnier a également forcé votre admiration. Il fut notamment précurseur s’agissant d’égalité hommes/femmes…

Publicité Dim. (Autorisation Daniel Giberstein)

Il allait là où d’autres n’allaient pas, par exemple lorsqu’il a décidé de supprimer le formage du collant, ce qui a donné un produit final ressemblant plutôt à un chiffon emballé dans un joli petit cube. Mais lui savait que lorsque la femme allait enfiler le « chiffon » sur la jambe, le résultat serait plus fluide et plus élégant. Sans compter que l’absence de formage supprimait une opération coûteuse et diminuait le prix du collant. C’était aussi son côté très pragmatique. Et il était, comme vous le relevez, en avance sur son temps car à l’époque, il n’y avait chez Dim aucune distinction entre le salaire des femmes et celui des hommes. Les conditions de travail étaient les mêmes pour tous. Il était précurseur sur un combat qui est encore d’actualité…

La date et l’endroit choisis pour l’avant-première ne relèvent pas du hasard : la date est celle de l’anniversaire de votre mère et le lieu, l’emblème du lien de confiance entre Marcel Bleustein-Blanchet, président-fondateur de Publicis, et Bernard Giberstein. Est-ce pour cela que vos remerciements sont allés à Maurice Levy (PDG de Publicis Groupe pendant 30 ans) ? 

Madame Giberstein, entourée de son époux Bernard (à gauche) et de Marcel Bleustein-Blanchet. (Autorisation)

Marcel Bleustein-Blanchet et mon père ont été deux formidables bâtisseurs.

Chacun a, dans son domaine, marqué son époque. J’ai exprimé ma reconnaissance envers Maurice Levy pour sa générosité et sa fidélité au souvenir de la relation privilégiée entre ces deux hommes.

Dim doit à Publicis et Publicis doit à Dim. J’ai été très touché par son témoignage dans le film.

Publicis et Dim sont en effet intimement liés. On garde évidemment en tête le logo sonore (ré sol la si ré mi / ta ta ta ta ta ta), œuvre du compositeur Lalo Schiffrin, cousin éloigné de Jacques Schiffrin, fondateur de la Pléiade, évincé parce que juif…

Couverture du livre de Jacques Schiffrin, un éditeur en exil », aux éditions Seuil.

J’ai appris, en regardant les derniers JO d’hiver, que Lalo Schiffrin est aussi l’oncle de la championne de ski américaine Mikaela Shiffrin…

S’agissant de la musique, quand l’agence Publicis a repris le budget « Bas Dimanche » en décidant, par la suite, de laisser tomber le « manche » – ce que mon père a accepté en quelques minutes – elle avait cherché une musique fortement liée à la marque. Dans un premier temps, le service marketing de Dim avait refusé le projet de la publicité avec les filles qui dansent sur la musique de Lalo Schiffrin. Il la trouvait trop différente, trop moderne. Le responsable de Publicis avait alors appelé le patron de Dim pour lui dire combien l’agence croyait à cette nouvelle campagne. Mon père lui a alors répondu : « Je ne l’ai pas vue mais je vous fais confiance »…

« Je ne pourrais pas dire pourquoi nous n’avons jamais abordé sa jeunesse, ni pourquoi je ne l’ai jamais interrogé sur sa famille, la Pologne… »

À l’origine de votre quête, n’y a-t-il pas la photo de votre bar-mitsva et le gros plan sur le visage mélancolique de votre père ? 

Daniel Giberstein et son père lors de la Bar Mitsva de Daniel. (Crédit : Daniel Giberstein)

Il y a en effet ce regard qui m’a frappé, des années plus tard. À quoi pensait-il ? J’ai compris qu’il pensait à sa famille. Cela a été un élément déclencheur très fort. Puis, à peu près au même moment, il y a eu la carte que Vita Sztulman a envoyée à ma mère et dans laquelle elle lui écrit : « Mon mari doit sa carrière à votre mari et ma famille et moi, nous lui devons la vie ».

J’ai décidé de creuser. J’ai passé beaucoup de temps avec mon père, il m’amenait au bureau, j’assistais à certains de ses rendez-vous, j’allais dans les usines. En vacances, au ski ou sur le bateau, nous passions des heures ensemble.

Je ne pourrais pas dire pourquoi nous n’avons jamais abordé sa jeunesse, ni pourquoi je ne l’ai jamais interrogé sur sa famille, sur la Pologne… Aujourd’hui, je réalise ce qu’il a vécu, je me mets à sa place. Il avait connu des années de bonheur, entouré de sa famille… Toute une vie qui a soudainement disparu.

Daniel Giberstein et ses parents lors de la Bar Mitsva de Daniel. (Crédit : Daniel Giberstein)

D’où le titre du film, « Le silence des tableaux » qui sont les portraits de ses parents, Rachel et Melech ?

Oui, les portraits de ses parents, disparus dans la Shoah, se trouvaient dans notre salon. Je savais ce qui leur était arrivé mais on n’en parlait pas et je ne réalisais pas, concrètement, ce que cela représentait…

« Je crois qu’on s’est associé avec un mishiguene ! »

N’est-ce pas aussi pour honorer leur mémoire qu’il a installé une filiale (Gibor) en Israël ?

Je suis certain que là encore, il pensait à eux. À quelques semaines du début de la guerre des Six Jours, alors que tout le monde le lui
déconseillait ! Cela s’est décidé en 24 heures, avec une petite entreprise israélienne qui fabriquait des bas et avec laquelle il s’est associé. Quand ils sont allés visiter le grand espace dans lequel l’usine allait être installée, mon père a déclaré : « Ici, je mettrai 3 200 métiers ». En entendant cela, son interlocuteur israélien a dit : « Je crois qu’on s’est associé avec un mishiguene ! » (« fou » en yiddish). Et quelques mois plus tard, les 3 200 métiers tournaient à plein régime.

Melech et Rachel Gilberstein (Crédit : autorisation)

Et l’histoire des avions d’El Al, rapportée dans le film ? 

Elle est véridique. L’armée voulait transporter des pièces détachées pour la marine et El Al a répondu : « Désolés, nous n’avons plus de places. Tous nos avions sont remplis de collants ».

Le sionisme de votre père s’est également incarné dans la construction d’un hôpital…

Plaque au nom de Bernard Giberstein, à l’hôpital de Kfar Saba. (Autorisation)

Il est situé à Kfar Saba. Mon père était là pour la pose de la première pierre et pour donner le chèque pour la construction de l’hôpital. Il est décédé malheureusement dans l’année qui a suivi. L’hôpital a été inauguré en présence de toute la famille. Il y a une plaque à son nom.

L’anaphore vous a également permis de témoigner votre admiration pour l’irréductible optimisme de votre père. C’est l’un des moments difficiles de notre entretien mais son suicide, que vous évoquez dans le documentaire pour la première fois de manière aussi directe, ne vous fait-il pas réviser cette dimension de son caractère ? N’était-ce pas plutôt de la pugnacité ?

Tout au long de sa vie, mon père a fait preuve d’un optimisme forcené. Quand il s’est suicidé, il était en pleine dépression et il était très pessimiste. Ce n’était plus lui. Sa dépression était peut-être aussi l’aboutissement de toutes les épreuves qu’il avait vécues tout au long de sa vie. Il a suffi d’un moment d’inattention. Il souffrait. Sans doute ne se sentait-il plus capable d’affronter les combats qu’il avait toujours été capable de gagner…

Vous avez continué à suivre de près l’actualité de la société fondée par votre père. Le directeur général actuel, François Riston, est intervenu sur scène, annonçant le retour du nom Dim et du logo et indiquant que l’entreprise revenait « à son essence ». C’est pour vous, on l’imagine, une bonne nouvelle…

Excellente nouvelle et excellente intention ! Pendant quelques années, le précédent propriétaire, une société américaine de textiles (Ils avaient d’ailleurs tout appris de mon père, à l’époque, chez Gibor) avaient retiré le logo Dim pour le remplacer par celui de leur marque, Hanes. François Riston a décidé de remettre Dim en avant. Je pense que la découverte de l’histoire du fondateur de Dim lors de la soirée l’a renforcé dans cette intention de souligner l’identité de la marque.

Pourquoi avoir également invité sur scène les deux sauveteurs auxquels vous devez la vie après l’arrêt cardiaque dont vous avez été victime au Racing en 2011 ? 

En dehors du fait qu’ils m’ont sauvé la vie et que j’ai voulu leur rendre hommage, il s’avère que cet accident a été l’un des éléments déclencheurs de ce film. J’ai pris conscience de l’urgence de le commencer car le temps nous est compté…

Ce documentaire que vous avez conçu de façon indépendante avec l’aide de votre ami réalisateur Bernard Cazedepats inscrit à son générique un nom prestigieux : Vladimir Cosma. Ce n’est pas vous faire offense que de vous demander comment vous avez obtenu l’accord du célèbre compositeur (présent à la soirée) à qui l’on doit notamment la bande originale de Rabbi Jacob…

C’est une histoire incroyable. Je me dis que pour être arrivé à l’aboutissement de ce film, il a fallu une succession de faits qui, parfois, m’ont dépassé. La présence de Vladimir Cosma en fait partie. À un ami agent immobilier qui m’interrogeait sur l’avancée du film, je confiais que j’en étais au stade de la musique. « J’ai vendu son appartement à Vladimir Cosma » me répondit-il. « Je peux lui en parler, si tu veux ».

Vladimir Cosma en 2007. (Crédit : Fbernaud – Own work/CC BY-SA 4.0)

Il m’a évidemment semblé présomptueux de demander à un artiste de cette renommée ayant de surcroît travaillé avec les plus grands, de faire la musique de mon documentaire, mais mon ami restait convaincu que le compositeur serait touché par l’histoire. Trois jours plus tard, je déjeune par hasard non loin de Françoise Coquet, la productrice de Michel Drucker. J’engage la conversation et je lui parle du film et de cet ami qui veut me présenter à Vladimir Cosma. « Il se trouve que Michel Drucker le reçoit dans quinze jours » me répond-elle. « Pourquoi ne viendriez-vous pas, il vous le présenterait dans sa loge ». Mars 2020 : confinement général, annulation de l’émission de Drucker. Deux jours après, je profite de l’heure de liberté permise pour sortir quotidiennement et là, je croise au Bois de Boulogne un couple dont l’homme ressemble à Vladimir Cosma. J’en suis venu à me demander si, à force d’en entendre parler, je ne commençais pas à faire une fixation ! Je me souviens exactement de ce que je lui ai dit quand il est arrivé à ma hauteur : « Ne me dites pas que ce n’est pas vous ! Êtes-vous Vladimir Cosma ? ». J’ai ajouté que c’était pour moi, en quelques jours, la troisième chance qui se présentait de lui parler du film. « Il n’est pas possible qu’il n’y ait pas un signe quelque part. Vous êtes destiné à faire la musique de mon film ! ». Il a été touché par l’histoire et cela s’est fait. Toute la musique est signée Cosma ! Les compositions sont splendides et le générique de fin est particulièrement émouvant.

Nombreux sont en effet les spectateurs qui avaient les yeux humides. Comment le film va-t-il être diffusé ?

J’en suis à cette étape. Je pense qu’il sera diffusé dans des salles de cinéma puis repris à la télévision. Je vais m’approcher de distributeurs qui, je l’espère, m’accueilleront. J’ai très envie de le présenter lors de festivals, notamment en Israël. Je pense vraiment qu’il peut toucher le public. Et qui sait, peut-être gagner des prix… Je me suis jusqu’ici concentré sur la fabrication. Maintenant que le bébé est né, nous allons lui trouver un berceau…

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