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  • Des clientes du Café de l'art et de la mode,  à Varsovie, dans les années 1930. (Crédit: Domaine public via les Archives numériques nationales de Pologne)
    Des clientes du Café de l'art et de la mode, à Varsovie, dans les années 1930. (Crédit: Domaine public via les Archives numériques nationales de Pologne)
  • Des clientes du Café de l'art et de la mode,  à Varsovie, dans les années 1930. (Crédit: Domaine public via les Archives numériques nationales de Pologne)
    Des clientes du Café de l'art et de la mode, à Varsovie, dans les années 1930. (Crédit: Domaine public via les Archives numériques nationales de Pologne)
  • Un défilé de mode au Café del 'art et de la mode de Varsovie dans les années 1930. (Crédit: Domaine public via les Archives numériques nationales de Pologne)
    Un défilé de mode au Café del 'art et de la mode de Varsovie dans les années 1930. (Crédit: Domaine public via les Archives numériques nationales de Pologne)
  • Photo de groupe des animateurs d'un groupe de jeunes, Varsovie, Pologne, 1934, une photo offerte par Nehama Even-Nur. (Autorisation:  archives photographiques de Yad Vashem, 8985/1)
    Photo de groupe des animateurs d'un groupe de jeunes, Varsovie, Pologne, 1934, une photo offerte par Nehama Even-Nur. (Autorisation: archives photographiques de Yad Vashem, 8985/1)
  • Une carte postale envoyée depuis le camp d'été de la jeunesse sioniste Hanor Hatzioni en Pologne, datée du 16 juillet 1934, une photo offerte par Nehama Even-Nur. (Autorisation : Archives photographiques de Yad Vashem, 8985/1)
    Une carte postale envoyée depuis le camp d'été de la jeunesse sioniste Hanor Hatzioni en Pologne, datée du 16 juillet 1934, une photo offerte par Nehama Even-Nur. (Autorisation : Archives photographiques de Yad Vashem, 8985/1)
Interview

Dans la fastueuse Varsovie de l’entre-deux-guerres, deux femmes en quête de leur mentor disparu

Dans « The Last Woman of Warsaw », l’autrice Judy Batalion dépeint la diversité juive de cette ville cosmopolite avec un duo improbable

Judy Batalion savait déjà, il y a cinq ans, qu’elle n’en avait pas terminé avec ces jeunes femmes juives déterminées et résilientes qu’elle avait appris à si bien connaître en travaillant sur son best-seller « The Light of Days : The Untold Story of Women Resistance Fighters in Hitler’s Ghettos », un livre qui avait été salué par la critique.

« Je me suis beaucoup intéressée à cette période. Je savais qu’il y en avait encore tellement plus à découvrir ! Je voulais explorer davantage le monde qui avait su donner naissance à ces jeunes femmes juives à la fois audacieuses et si élégantes », dit Batalion.

Une quête qui l’a conduite à Varsovie, la capitale de la Pologne — le « Paris du Nord » de l’entre-deux-guerres. Et en remontant encore le temps – ce temps d’avant les ghettos nazis et d’avant ces combattants partisans qu’elle décrit dans « The Light of Days » – elle explique avoir découvert une ville de presque de 1,2 million d’habitants qui bouillonnait d’art, de culture et de vie nocturne à une époque marquée par l’instabilité politique, la montée du nationalisme de droite et la percée du nazisme. Une époque qui allait rapidement basculer dans l’horreur.

C’est dans cette Varsovie ardente de 1938 que vivent les deux personnages principaux de son roman, Fanny Zelshinsky et Zosia Dror.

« The Last Woman of Warsaw » est sorti le 7 avril.

Batalion confie au Times of Israel qu’après avoir écrit un mémoire, puis un ouvrage de non-fiction, « The Light of Days », elle s’est sentie prête à écrire ce roman préquel.

‘The Last Woman of Warsaw’, écrit par Judy Batalion (Crédit: Dutton)

« Je me considère comme fluide en matière de genre », plaisante l’autrice.

Elle a tenté, explique-t-elle, de créer un récit – à haut risque – mettant en scène un « couple improbable », un duo composé de deux jeunes femmes qui tentent de trouver l’amour et de déterminer ce qui compte vraiment pour elles dans un monde qui commence à s’effondrer.

Fanny est la fille unique – fashion-victim avant l’heure – de parents divorcés qui sont tous les deux issus de familles d’industriels prospères. Étudiante en français à l’université, elle est passionnée par la photo et elle souhaite changer de filière – mais pour cela, elle doit parvenir à faire reconnaître la valeur de son travail à son professeur de photographie. Son rêve : devenir une photographe reconnue, un statut qui lui apportera l’indépendance financière nécessaire pour échapper au mariage qui lui a été promis.

Zosia, fervente sioniste, a quitté sa campagne à destination de Varsovie dans le sillage des pogroms qui ont ravagé sa ville et décimé sa famille. Convaincue du fait que le socialisme sioniste est la seule réponse à apporter à la question juive, elle a rapidement gravi les échelons au sein du mouvement, espérant obtenir un visa pour la Palestine, ce sésame presque impossible à obtenir.

Fanny vit dans un quartier chic de Varsovie et elle fréquente des non-Juifs. Zosia, vêtue de vêtements déjà mille fois portés, dans l’incapacité de se nourrir correctement, vit dans une communauté du vieux quartier juif.

Mais malgré leurs différences, les deux jeunes femmes se rencontrent et elles décident de faire équipe pour se mettre à la recherche de Wanda Petrovsky, une photographe de légende portée disparue (un personnage qui a été probablement inspiré par les grandes photographes polonaises de l’époque, comme Zofia Chomętowska).

Il s’avère que Petrovsky se trouve être à la fois la professeure de photographie de Fanny et l’une des principales responsables du mouvement sioniste de Zosia, qui pense qu’elle pourrait avoir un visa et un message important à son intention.

« The Last Woman of Warsaw » aborde de nombreux thèmes. Le livre parle notamment du sentiment nourri par les Juifs à l’égard de la Pologne, ce pays qui était alors le leur, à la veille d’un tournant de l’Histoire. A la fin du roman, Fanny et Zosia doivent toutes les deux décider où elles veulent vivre, réalisant que la Pologne n’est peut-être plus un endroit sûr pour les Juifs. Une décision qui est loin d’être facile.

« Le foyer qui est le tien et ton identité sont intimement liés. Sans foyer – et peu importe que tu y vives ou pas – qui peux-tu être réellement ? Si tu ne sais pas quel est ton foyer, ou ce qu’il est censé être, tu vas te perdre inexorablement », dit Zosia à Fanny.

Ce qui suit est une interview de Judy Batalion, un entretien qui a été réexaminé à des fins de concision et de clarté.

The Times of Israel : Pour quelle raison avez-vous décidé d’écrire un autre livre qui, lui aussi, se déroule en Pologne pendant la Shoah ou dans les années qui l’ont précédé ? Pourquoi avez-vous souhaité revisiter le sort de jeunes femmes similaires à celles qui étaient au cœur de « The Light of Days » ?

Judy Batalion : Je voulais m’éloigner de cette période, mais elle n’a cessé de me rappeler à elle. J’avais l’impression qu’il y avait quelque chose d’inachevé, et j’avais le sentiment que je devais absolument partager cet univers. J’ai commencé à m’intéresser à la scène politique et à la communauté juive de l’époque en général, mais aussi, en particulier, à l’art et à la culture dans la Varsovie de l’entre-deux-guerres.

Aviez-vous des préjugés sur la Pologne de l’entre-deux-guerres et sur ses Juifs avant de commencer vos recherches pour ces deux livres, et certains d’entre eux ont-ils été balayés ?

Il y avait une légende familiale chez nous – ainsi, quand ma grand-mère polonaise, survivante de la Shoah, était venue à New York pour la première fois dans les années 1950, on raconte qu’elle avait dit : ‘Oh, c’est sympa, mais ce n’est pas Varsovie’. On pensait que c’était une blague mais dès que j’ai commencé à faire des recherches sur la Varsovie d’avant-guerre, j’ai été très surprise. Je ne savais pas que Varsovie était la « capitale des néons« , ni que la ville était surnommée « le Paris du Nord » avec ses boîtes de nuit et ses défilés de mode.

Un défilé de mode au Café de l’art et de la mode de Varsovie, dans les années 1930 (Crédit: Domaine public via les Archives numériques nationales de Pologne)

Pour ma part, j’avais en tête les photos de Roman Vishniac et « Un violon sur le toit ». J’avais cette image de Juifs qui, en Pologne, étaient tous religieux, vivant à la campagne. Ce n’était pas la réalité. Certains Juifs étaient religieux, et beaucoup vivaient dans des shtetls, mais beaucoup de Juifs vivaient dans les villes, et beaucoup étaient assimilés. C’étaient des Juifs de culture. La communauté juive était très diversifiée sur le plan politique, religieux et social, ce que j’ignorais et qu’il me semblait important de partager.

Dix pour cent de la population polonaise d’avant-guerre était juive, tout comme 30 % de la population de Varsovie — ce sont des chiffres énormes. Varsovie était un centre urbain très stratifié et complexe. Juifs et non-Juifs travaillaient et créaient de l’art ensemble. Cela m’a vraiment passionnée et intéressée. J’ai vu tellement de parallèles avec notre monde contemporain que j’ai senti que je devais y retourner.

J’ai également appris à quel point la politique polonaise était compliquée à l’époque. La Pologne était devenue un nouveau pays indépendant après la Première Guerre mondiale, et elle essayait de se trouver. C’était un pays en quête d’identité, tout comme les Juifs essayaient de comprendre comment ils s’intégraient dans cette nouvelle Pologne [ou non].

Pourquoi avez-vous décidé d’écrire cette histoire sous forme de fiction ?

Cette période de l’histoire de Varsovie me passionnait. Mais, au départ, je n’avais pas d’histoire, et je ne pouvais pas aller enquêter sur place ni accéder à des outils de recherche comme je l’aurais fait [s’il n’y avait pas eu de restrictions de déplacements à cause de la pandémie de COVID]. Je me suis dit : « Tu sais quoi ? Je vais inventer une histoire. » Je n’avais jamais publié de roman auparavant, mais j’avais écrit beaucoup de fiction, de scénarios et de séries télévisées. En fait, même « The Light of Days » a d’abord été un roman, avant que je ne le transforme en essai. Les personnages de mon nouveau roman sont tous inspirés de personnes réelles, que j’ai étudiées pendant des années. La fiction m’a toutefois donné la liberté de créer des personnages plus complexes, d’explorer leur psychologie et d’inventer des dialogues.

Une photo de groupe prise lors d’un camp d’été du mouvement de jeunesse Hanoar Hatzioni, à Varsovie, en Pologne, le 16 juillet 1934, offerte par Nehama Even-Nur. (Autorisation : Archives photographiques de Yad Vashem, 8985/1)

Quels ont été les défis auxquels vous avez été confrontée lors de l’écriture de ce roman ?

Les personnages de Fanny et Zosia m’ont tout de suite inspirées. J’adore cette dynamique de « duo improbable ». Je voulais que ces deux jeunes femmes très différentes soient amenées à se côtoyer, à apprendre l’une de l’autre et à évoluer. Mais je me demandais comment les rapprocher, et ce qui se passerait une fois qu’elles seraient réunies. Comment faire pour que tout cela se déroule dans le cadre de cette Varsovie surprenante et flamboyante que je rêvais d’explorer ? Cela n’a pas été facile. J’ai dû réécrire l’intrigue onze fois.

L’autre difficulté résidait dans les questions éthiques que je me suis posées. Qu’avais-je le droit de changer et de transformer en fiction ? Dans certains projets, cela n’a aucune importance : on peut tout romancer, et tant mieux, c’est ce qui fait tout leur intérêt. Ce livre est né de mon envie de faire connaître ce monde, qui a bel et bien existé et qui a marqué l’histoire, et qui, à mon sens, présente un intérêt majeur pour notre époque. Je me suis demandé si je pouvais modifier les dates de tels ou tels événements ou celles de l’adoption de certaines lois. Je me suis longuement débattu avec cette question. J’en parle dans la note de l’auteur à la fin du livre.

« Pour trouver un sens à sa vie, il faut parfois savoir prendre des risques. »

La photographie joue un rôle important dans ce roman. D’où vous est venue cette connaissance de la photographie de cette époque, en particulier celle des femmes photographes d’art et de presse ?

Judy Batalion (Beowulf Sheehan)

L’idée d’intégrer la photographie m’est venue très tôt. J’ai eu la chance de voir une exposition au Metropolitan Museum of Art consacrée aux femmes photographes de cette époque. Je suis restée très marquée par cette exposition, qui m’a beaucoup appris. Ce qui m’a tout d’abord séduite, c’est l’appareil photo Leica. Du jour au lendemain, on disposait d’appareils portables, qui ne nécessitaient pas de matériel encombrant. C’était nouveau, exaltant et rafraîchissant. Et les femmes pouvaient en posséder. On pouvait se promener dans la rue avec son appareil dans un sac à bandoulière, utiliser son Leica en cachette, ou s’allonger par terre pour prendre une photo. L’exposition présentait les différentes façons dont les femmes capturaient le monde qui les entourait. Dans de nombreux cas, il s’agissait de gros plans, de lieux intimes et de points de vue inhabituels sur le monde. Les photos donnaient l’impression d’un monde un peu décousu, un peu abstrait. Peut-être était-ce le reflet d’une époque politiquement difficile et confuse.

Entre les deux personnages principaux de votre roman, à laquelle vous identifiez-vous le plus : Fanny ou Zosia ?

Je me voyais plutôt comme Zosia, qui est plus cérébrale, peut-être un peu mal à l’aise en société et timide. Mais une de mes amies très proches a lu les ébauches du livre et m’a fait remarquer : « Oh, tu es tellement Fanny. » Je suppose qu’elles font toutes les deux partie de moi, que ce sont deux facettes de ma personnalité qui essaient d’apprendre l’une de l’autre ou de s’entendre.

Des clientes du Café de l’art et de la mode, à Varsovie, dans les années 1930. (Crédit: Domaine public, via les Archives numériques nationales de Pologne)

En quoi êtes-vous proche de Fanny ?

Fanny est quelqu’un qui, finalement, accepte de prendre des risques. Elle se rend compte que pour trouver un sens à sa vie, il faut parfois savoir prendre des risques.

Vos livres traitent de l’histoire juive du point de vue de jeunes femmes juives. Pour quelle raison, selon vous ?

Je suis une femme juive, et c’est donc avec ce regard que je raconte des histoires. Je suis peut-être aussi dans une quête de mes origines, d’un sentiment d’appartenance à une communauté. Je viens d’une famille de survivants de la Shoah. Pendant une grande partie de ma vie, je me suis sentie coupée de mes racines. Il m’arrive parfois de ne pas ressentir de lien avec le passé. J’ai parfois l’impression que ce travail de recherche [et l’écriture de ces livres] est pour moi un moyen de trouver un point d’ancrage, de me construire une histoire.

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