De retour de l’espace, Jessica Meir aux prises avec la terre à l’ère COVID-19
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  • Jessica Meir et Christina Koch, les deux femmes astronautes de la Nasa actuellement présente sur la Station spatiale internationale. (ISS /AP/SIPA)
    Jessica Meir et Christina Koch, les deux femmes astronautes de la Nasa actuellement présente sur la Station spatiale internationale. (ISS /AP/SIPA)
  • L'astronaute de la NASA Jessica Meir (troisième à gauche) avec ses coéquipiers à bord de la Station spatiale internationale. (Crédit NASA)
    L'astronaute de la NASA Jessica Meir (troisième à gauche) avec ses coéquipiers à bord de la Station spatiale internationale. (Crédit NASA)
  • L'astronaute de la NASA Jessica Meir prend des photos de la Terre depuis une fenêtre de l'ISS. (NASA)
    L'astronaute de la NASA Jessica Meir prend des photos de la Terre depuis une fenêtre de l'ISS. (NASA)
  • L'astronaute Jessica Meir travaille sur une expérience scientifique à bord de l'ISS (Crédit : NASA)
    L'astronaute Jessica Meir travaille sur une expérience scientifique à bord de l'ISS (Crédit : NASA)
  • Jessica Meir, astronaute à la NASA, lors d'une sortie dans l'espace avec la station spatiale internationale (Crédit : NASA)
    Jessica Meir, astronaute à la NASA, lors d'une sortie dans l'espace avec la station spatiale internationale (Crédit : NASA)

De retour de l’espace, Jessica Meir aux prises avec la terre à l’ère COVID-19

Avec 7 mois dans la Station spatiale internationale et des sorties dans l’espace derrière elle, l’enfant pionnier d’un Israélien né en Irak vise le projet Artemis sur la Lune

Jessica Meir, astronaute à la NASA, dit être en manque d’étreintes. Elle était impatiente de prendre dans ses bras ses proches et ses amis à son retour sur Terre, le 17 avril, après 205 jours passés dans l’espace. Mais à cause de la COVID-19 et des règles de distanciation physique, elle s’est résignée à encore attendre.

« Ça a été le plus difficile pour moi : Ne pas pouvoir prendre quelqu’un dans mes bras pendant sept mois et, à mon retour sur terre, de me retrouver encore dans l’incapacité de le faire », explique Meir.

Le Times of Israel a interviewé Meir près de deux mois après son atterrissage en toute sécurité au Kazakhstan à bord d’un vaisseau spatial russe Soyouz, après un séjour de sept mois à bord de la Station spatiale internationale. C’était la première mission spatiale de Meir, et la réalisation d’un rêve d’enfance, bien avant qu’elle ne soit sélectionnée comme membre de la classe de huit de la NASA en 2013.

Pendant la mission, Meir est entrée dans l’histoire en participant à la première sortie spatiale entièrement féminine, lorsqu’elle est sortie de l’ISS avec sa collègue Christina Koch, astronaute de la NASA, le 18 octobre 2019, pour plus de sept heures afin de remplacer un contrôleur de puissance. Meir a ensuite effectué deux autres sorties dans l’espace avec Koch, pour un total de 21 heures et 44 minutes à l’extérieur de la station spatiale.

Suite à un processus de retour à Houston inhabituellement compliqué pour Meir et son collègue de la NASA, Andrew Morgan, pour cause de coronavirus, les deux astronautes ont été directement placés en quarantaine pendant une semaine au Johnson Space Center, lorsqu’ils sont revenus sur Terre.

« L’une des raisons les plus importantes de cette quarantaine d’une semaine, c’est que les astronautes peuvent présenter un dérèglement du système immunitaire lorsqu’ils sont en vol ou parfois après. Nous pouvons présenter une réduction des lymphocytes T dans le système immunitaire et, parfois, nous réactivons des virus latents qui se manifestent pendant ou après la mission. En fait, nous sommes un peu immuno-déprimés et bien sûr, personne n’a voulu que nous puissions nous trouver en contact avec la COVID-19 dans cette situation », explique Meir.

Même si elle est dorénavant de retour chez elle, elle n’interagit qu’avec un nombre limité de personnels de la NASA. Les membres de sa famille, et notamment sa mère, âgée de 75 ans, n’ont pas encore pu venir la voir, faute d’avions en circulation dans le contexte de l’épidémie.

L’astronaute de la NASA Jessica Meir parle à sa mère au téléphone par satellite aux abords de la navette spatiale Soyuz MS-15 après l’atterrissage, en compagnie de l’astronaute de la NASA Andrew Morgan et du cosmonaute de la Roscosmos Oleg Skripochka dans une zone reculée située à proximité de la ville de Zhezkazgan au Kazakhstan, le 17 avril 2020 (Crédit :NASA/GCTC/Andrey Shelepin)

En plus de se rendre presque quotidiennement à la NASA pour des tests médicaux et pour une remise en forme physique – elle doit retrouver toutes ses forces après plus de six mois passés dans une situation de micro-gravité – Meir fait son travail, qui consiste principalement en des retours d’information, des interviews pour les médias ou des événements de sensibilisation – via internet, depuis chez elle.

Malgré l’entraînement intensif suivi par Meir avant de partir dans l’espace, elle dit que son expérience au sein de la station spatiale internationale (ISS), et particulièrement les sorties dans l’espace, est allée au-delà de toutes ses attentes.

Je savais que ça aurait un effet profond sur moi. Cela a été encore plus incroyable que tout ce que j’avais pu imaginer

« Ça a été encore plus extrême que ce que j’avais pu penser au préalable. J’ai rêvé pendant toute ma vie d’aller dans l’espace et je savais que ça aurait un effet profond sur moi. Cela a été encore plus incroyable que tout ce que j’avais pu imaginer… C’est presque surréaliste que cela ait pu se produire », s’exclame Meir.

Jessica Meir, astronaute à la NASA, lors d’une sortie dans l’espace avec la station spatiale internationale (Crédit : NASA)

« Il est impossible de se préparer au sentiment ressenti lorsque le corps flotte en permanence et qu’on regarde la Terre depuis ce point de vue. J’ai gardé en permanence le sourire pendant ces sept mois, pratiquement tout le temps. Je n’ai jamais été plus heureuse dans ma vie, constamment heureuse. Je me suis vraiment sentie chez moi et dans mon élément, comme si j’étais là où je devais être », dit-elle.

Meir connaissait tous les aspects techniques de sa mission sur le bout des doigts après s’y être exercée sur Terre de manière répétée, engoncée dans une combinaison spatiale, dans une piscine. L’équipage de l’ISS s’est appuyé sur des procédures familières pour effectuer des tâches variées durant de longues journée de travail et sur la mémoire musculaire pendant les sorties dans l’espace.

Je me suis vraiment sentie chez moi et dans mon élément, comme si j’étais là où je devais être

La réalisation des petites tâches quotidiennes comme se nourrir, se laver les dents ou aller aux toilettes dans l’espace s’est avérée être le plus grand défi. Il a fallu à Meir toute sa force mentale, au cours des premières semaines dans la station spatiale, pour trouver comment fonctionner dans un espace volumétrique, où l’être humain n’est soumis à aucun vecteur gravitationnel.

« Je pouvais poser quelque chose par terre, mais je pouvais tout autant le poser sur le plafond ou sur le mur. Nous avons des supports et des équipements disposés sur les quatre surfaces, dans la station internationale. Et nos cerveaux ne sont pas habitués à raisonner ainsi. Les premières semaines, mon cerveau faisait cette confusion en prenant le plafond pour le sol », explique Meir.

Elle note qu’elle a senti son cerveau se livrer à ces tentatives d’adaptation au cours des premières semaines.

Cela montre la grande plasticité du cerveau humain

« Cela montre la grande plasticité du cerveau humain », dit-elle.

Meir a eu la chance de ne pas être en proie au « mal de l’espace » lors de son arrivée à l’ISS et de ne pas avoir souffert de problèmes du système vestibulaire à son retour sur terre. Elle dit néanmoins avoir ressenti une fatigue immense et une certaine instabilité lorsqu’elle est rentrée chez elle.

L’astronaute de la NASA Jessica Meir (troisième à gauche) avec ses coéquipiers à bord de la Station spatiale internationale (Crédit NASA)

Une fois de retour, « on ressent littéralement la gravité. Quand on s’assied, on a l’impression que quelqu’un vous enfonce dans le fauteuil. Quand vous êtes allongé sur votre matelas, vous avez l’impression d’y être comprimé, » explique-t-elle.

Meir a bien récupéré physiquement. Sa vitesse de course n’est toutefois plus ce qu’elle était dans le passé, un phénomène qu’elle attribue à la différence entre sa foulée sur le tapis roulant dans l’espace (où elle ne se portait qu’à environ 70 %) et le fait de devoir déplacer tout le poids de son corps aujourd’hui, sur Terre.

Interrogée sur les expérimentations scientifiques dans lesquelles elle a été impliquée, Meir évoque avec enthousiasme plusieurs expériences physiologiques. Toutes avaient été mises en place pour conserver les astronautes en bonne santé pour des missions futures de courte durée ou de plus longue durée, et pour soutenir et faire avancer également la recherche médicale sur Terre.

Six mois de voyage spatial représentent l’équivalent, dans certains cas, de 20 à 30 ans de vieillissement

Une expérimentation, appelée « l’écho vasculaire », a utilisé les ultrasons et des mesures de pression sanguine pour observer les vaisseaux sanguins dans le corps humain. L’équipe internationale qui a travaillé sur ce sujet a découvert que les murs de l’artère carotide deviennent plus épais et plus raides dans l’espace.

« Cela signifie que six mois de voyage spatial représentent l’équivalent, dans certains cas, de 20 à 30 ans de vieillissement. Si cela persiste ensuite ou si ça disparaît, quels sont les mécanismes à l’origine de ce phénomène : ce sont là les facteurs que l’expérience tente de déterminer. Manifestement, c’est quelque chose de significatif que nous nous devons absolument de comprendre », dit Meir.

L’astronaute Jessica Meir travaille sur une expérience scientifique à bord de l’ISS (Crédit : NASA)

Une autre expérience porte sur la rareté dans le monde des organes destinés à la transplantation, ainsi que sur les difficultés posées par la gravité pour faire croître des cellules en couches de tissus pouvant devenir des organes. L’“atelier de biofabrication” – une imprimante 3D qui utilise des tissus humains pour imprimer – sur l’ISS s’attaque à ce problème. Meir a imprimé des cellules cardiaques et du cartilage pour le ménisque du genou.

« L’hypothèse est que sans la gravité, vous pourriez faire croître des couches de tissus pour en faire des organes. Je ne dis pas que nous aurons nécessairement une usine de fabrication d’organes dans l’espace, mais les résultats de ces expériences nous renseigneront certainement sur les processus qui se déroulent sur Terre », a déclaré Mme Meir.

Meir a envoyé ses effets personnels à l’ISS dans un véhicule cargo avant son lancement le 25 septembre dernier. Elle attend toujours que beaucoup d’entre eux lui soient rendus. Parmi eux se trouvaient ses désormais célèbres chaussettes de Hanoukka, qu’elle a présentées dans un tweet en décembre dernier.

« C’était mon message le plus célèbre – qui aurait pu le croire ?! » s’est-elle exclamée.

Meir, qui se revendique comme juive et dont le père était un Israélien né en Irak, a emporté avec elle dans l’espace un certain nombre de souvenirs personnels importants, dont un drapeau israélien. Elle a également apporté un drapeau suédois pour honorer sa mère née en Suède, ainsi qu’une paire de montres que ses parents se sont offertes l’un à l’autre pour leur premier anniversaire. Meir a même apporté l’ours panda en peluche qu’elle a depuis l’âge de six ans, lorsqu’elle a fait un dessin d’elle se tenant sur la lune quand son professeur lui a demandé ce qu’elle voulait faire quand elle serait grande.

De nombreux Israéliens et Juifs ont été émus par un post que Meir a publié le 1er février pour marquer le 17e anniversaire de la catastrophe de la navette spatiale Columbia. Il contient des photos du recto et du verso d’une pièce commémorative en l’honneur de l’astronaute israélien Ilan Ramon, qui est mort lorsque la navette s’est désintégrée lors de sa rentrée dans l’atmosphère terrestre.

Meir s’est envolée avec une reproduction d’un tableau de la femme de Ramon, feu Rona Ramon, ainsi qu’une réplique d’une carte postale de la collection de Yad Vashem.

« J’aime vraiment cette pièce. Je pense qu’ils ont fait un si bon travail en sélectionnant celle-ci », a déclaré Meir à propos de la carte postale. « Une victime des camps de concentration l’a envoyée à son fils. C’était un croquis d’eux regardant les étoiles. Les parallèles sont vraiment jolis ».

L’astronaute de la NASA Jessica Meir prend des photos de la Terre depuis une fenêtre de l’ISS. (NASA)

Fin octobre, Meir commencera un nouveau travail au Centre spatial Johnson. Elle commencera également à attendre sa prochaine mission de vol spatial, qui, espère-t-elle, sera dans le cadre du projet Artemis visant à envoyer la première femme et le prochain homme sur la lune.

« J’adorerais aller sur la lune, mais ce n’est pas à moi d’en décider. Alors on verra bien ce qui se passera. Il y a des chances que je puisse être impliquée dans cette mission d’une manière ou d’une autre. Ce serait l’objectif », a-t-elle déclaré.

J’adorerais aller sur la lune

Avec 3 280 orbites autour de la Terre et un voyage de 86,9 millions de kilomètres à son actif, Meir a hâte de retourner dans l’espace. Depuis son retour en avril, elle pense davantage à voyager à nouveau au-delà de notre monde qu’à réintégrer la vie sur notre planète.

« J’y serais retournée le lendemain de mon retour. Je partirai demain. Une fois que vous avez éprouvé ce sentiment, vous en voulez plus. Pour la plupart des gens qui ont voyagé dans l’espace, vous ne pensez qu’au moyen d’y retourner », a déclaré Jessica Meir.

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