Des extrémistes juifs auraient ouvert le feu sur des Palestiniens et tenté de s’emparer d’une maison ; les attaques se multiplient
Plusieurs personnes ont été blessées par balle pendant la récolte des olives près du village d'Aqraba ; un Palestinien confie au ToI que des pro-implantations assiégent sa maison, après l'avoir attaquée la nuit dernière
Plusieurs attaques de partisans du mouvement pro-implantations ont été signalées mardi en Cisjordanie, notamment une fusillade et le siège d’une habitation palestinienne. Aucune arrestation n’a pourtant été effectuée par les autorités israéliennes, qui se montrent incapables de mettre un terme à ce phénomène quotidien.
Dans des champs rattachés au village d’Aqraba, au nord de la Cisjordanie, un partisan du mouvement pro-implantations a ouvert le feu sur des Palestiniens qui tentaient de récolter leurs olives, ont rapporté les médias palestiniens.
Sur les images tournées sur place, on entend des coups de feu, tandis que l’on voit des Palestiniens fuir la zone à bord d’un véhicule.
Selon ces médias, plusieurs Palestiniens ont été blessés par les tirs, et d’autres ont été passés à tabac par des résidents d’implantations ; on ignore encore toutefois le nombre exact de victimes.
Parmi les blessés figurait un photographe palestinien.
L’armée israélienne n’a pour l’instant pas réagi à cet incident.
Les agriculteurs palestiniens affirment faire face à une recrudescence des agressions commises par des extrémistes juifs pendant la période de la récolte annuelle des olives. Ils mentionnent notamment des passages à tabac, des vols et des actes de vandalisme.
Des résidents d’implantations assiègent une maison palestinienne dans le sud de la Cisjordanie
Mardi, dans une autre région de Cisjordanie, une famille palestinienne a rapporté que des résidents d’implantations avaient assiégé son domicile.
Yousef Shanaran, un habitant de Wadi Rahim, dans le sud des collines d’Hébron, a déclaré au Times of Israel que des dizaines de résidents d’implantation avaient attaqué son domicile, situé près du village de Samu, avant d’ériger une tente pour bloquer la seule route permettant d’y accéder.
Des dizaines de résidents d’implantation ont été filmés lundi alors qu’ils jetaient des pierres sur la maison. Les médias palestiniens ont par ailleurs fait savoir que des extrémistes juifs avaient également incendié plusieurs véhicules qui se trouvaient à proximité.
Shanaran a raconté que les résidents d’implantations avaient tenté de mettre le feu à la porte de sa maison et de s’y introduire, mais sans succès. Il se trouvait alors à l’intérieur avec sa femme et quatre de ses plus jeunes enfants, âgés de 8 à 13 ans.
Selon Shanaran, un avant-poste illégal a été établi ces derniers mois à environ 800 mètres de son domicile. Cet avant-poste a été démoli puis reconstruit à plusieurs reprises. Peu avant la première attaque de lundi, toutefois, une extension de l’avant-poste a été érigée plus près de sa maison, sous la forme d’une tente bloquant la seule route permettant de sortir de la propriété.
Shanaran a indiqué craindre de sortir de chez lui, de peur d’être attaqué par des extrémistes jiufs. Des images prises mardi matin montraient deux de ces derniers près de la tente.
Suite à l’attaque survenue lundi près de Samu, la tente avait été démontée – mais elle avait déjà été réinstallée mardi matin. Un militant israélien en contact avec Shanaran expliqué au Times of Israel qu’il avait contacté la police dans la matinée pour signaler la présence de la tente.
L’armée israélienne et la police n’ont pas répondu aux demandes de commentaires.
Une autre attaque a par ailleurs été signalée dans la nuit de lundi à mardi dans le village de Burqa, dans le centre de la Cisjordanie, au cours de laquelle une maison a été incendiée.
Des images prises sur place semblent indiquer que la maison a subi d’importants dégâts à la suite de l’incendie.
Aucune arrestation n’a été signalée après cet incendie criminel qui n’a pas fait de blessés.
Même si des incidents de violence impliquant des résidents d’implantations se produisent régulièrement en Cisjordanie, souvent plusieurs fois par jour, les arrestations sont extrêmement rares – et les condamnations encore davantage.
Dimanche, au cours d’une réunion du Conseil des ministres, le chef du Shin Bet, David Zini, a averti qu’il pourrait chercher à rétablir la détention administrative pour les extrémistes juifs de Cisjordanie, afin de lutter contre les attaques de ces derniers sur les Palestiniens, ont rapporté les médias israéliens.
La récente escalade de la violence des résidents d’implantations a contraint Zini à s’interroger sur le degré de fermeté avec lequel le Shin Bet devrait traiter les extrémistes juifs.
Dans le sillage de cette recrudescence des violences en Cisjordanie au début de l’année, les agents de terrain du Shin Bet avaient recommandé que plusieurs résidents d’implantations extrémistes soient placés en détention administrative. Selon la Treizième chaîne, Zini avait refusé de le faire.
Cette position s’inscrivait alors dans la lignée de celle du ministre de la Défense, Israel Katz, qui avait mis fin au recours à la détention administrative (une mesure qui permet de détenir un suspect sans inculpation) à l’encontre des suspects juifs, tout en intensifiant son utilisation contre les Palestiniens et les Israéliens arabes.
Les autorités israéliennes tentent de détruire deux avant-postes illégaux
Cette vague d’attaques a été associée à l’expansion rapide des avant-postes illégaux, qui se sont multipliés en Cisjordanie depuis le pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre 2023.
Ces avant-postes abritent certains des partisans les plus extrémistes du mouvement pro-implantations, qui sont impliqués dans de nombreuses attaques contre les Palestiniens.
Alors qu’ils sont techniquement construits sans disposer de tous les permis nécessaires, la plupart de ces avant-postes bénéficient, à des degrés divers, de financements, de matériel et même d’armes de la part du gouvernement, qui les considère comme un outil pour étendre le contrôle d’Israël sur la Cisjordanie, tout en limitant l’accès des Palestiniens à ce territoire.
Ce sont plus de 200 avant-postes illégaux qui ont été établis en Cisjordanie au cours du mandat de quatre ans du gouvernement sortant. Beaucoup d’entre eux auraient été mis en place en coordination avec les autorités municipales des implantations, l’armée israélienne (IDF) et d’autres agences de l’État.
Seul un faible pourcentage d’avant-postes est mis en place sans cette coordination ; ce sont souvent ces avant-postes qui font l’objet de mesures coercitives de la part de l’Administration civile, une agence relevant du ministère de la Défense et contrôlée par le ministre des Finances, Bezalel Smotrich, l’architecte de l’expansion massive du projet d’implantations menée par le gouvernement.
Des militants du mouvement pro-implantations ont rapporté mardi que des forces de la police des frontières et du personnel de l’Administration civile s’employaient à évacuer deux avant-postes illégaux situés respectivement dans le centre et le nord de la Cisjordanie.
Selon ces militants, les forces de sécurité auraient recouru à une « violence sans précédent » au cours de ces évacuations, notamment en utilisant des gaz lacrymogènes et en menaçant d’utiliser des pistolets Taser contre les résidents d’implantations et les manifestants présents sur les lieux.
Sur des images publiées par les militants depuis l’avant-poste illégal de Netzah Shmuel, on voyait des policiers se battre avec les résidents d’implantations et tenter de les arrêter.
Les résidents d’implantations ont indiqué que plusieurs d’entre eux, ainsi que des militants, avaient été blessés.
Selon l’organisation d’aide juridique Honenu, cinq personnes ont été arrêtées par les services de sécurité lors de l’évacuation d’Ora Yisrael, parmi lesquelles se trouvaient des mineurs, dont un adolescent de 14 ans.
Des agents de la police des frontières affrontent des militants du mouvement pro-implantations alors qu’ils tentent d’évacuer l’avant-poste illégale de « Netzah Shmuel », le 6 octobre 2026. (Autorisation de la chaîne WhatsApp Hilltop News)
Israël démolit un immeuble à Jérusalem-Est, délogeant des dizaines de Palestiniens
Si ce type de mesure reste rare à l’encontre des constructions illégales des résidents d’implantations, les démolitions de constructions sauvages réalisées par des Palestiniens et des Arabes israéliens en Cisjordanie et sur le territoire d’Israël proprement dit ont fortement augmenté sous règne de l’actuel gouvernement israélien.
Mardi, des bulldozers israéliens ont procédé à la démolition d’un immeuble résidentiel de cinq étages à Jérusalem-Est, dans lequel vivaient quelque 70 personnes. Une action que l’Autorité palestinienne locale a qualifiée de « transfert forcé ». »
Le ministre de la Sécurité intérieure d’extrême droite, Itamar Ben Gvir, lequel a supervisé ces démolitions avec jubilation, a fait valoir que l’immeuble avait été construit sans permis.
« J’adore ce bruit. Nous démolissons ce qui est illégal », lance Ben Gvir dans une vidéo publiée sur X, dans laquelle on le voit à l’intérieur de la cabine de l’un des bulldozers.
Jérusalem-Est, densément peuplée, est confrontée à une grave crise du logement. Des milliers de logements y ont été construits sans permis – des permis quasiment impossibles à obtenir auprès des autorités israéliennes, selon les habitants palestiniens.
Le gouvernorat de Jérusalem, l’autorité locale palestinienne de la région, a condamné la démolition de mardi, qu’il a qualifiée « d’escalade dangereuse dans la stratégie de démolitions de logements et de transferts forcés… ainsi que d’imposition d’une nouvelle réalité démographique et urbaine ».
Hanine Hreibat, enseignante et mère de quatre enfants, qui louait l’un des dix appartements de l’immeuble, a raconté qu’un contingent important de policiers israéliens était arrivé dans le quartier d’At-Tur aux premières heures de la matinée, avec trois bulldozers.
Les policiers ont fait irruption dans les appartements, et ont donné dix minutes aux habitants pour quitter les lieux, a-t-elle ajouté.
Hreibat a déclaré à l’AFP qu’elle s’était réveillée en entendant son mari demander à grands cris aux policiers de ne pas entrer dans la chambre où elle se trouvait. Elle a ajouté avoir vécu « cinq minutes de terreur, avec des armes pointées sur nos têtes ».
Les policiers lui ont uniquement permis d’emporter ses médicaments, de l’argent, son sac à main et sa carte d’identité, a-t-elle poursuivi.
Au milieu des décombres, les habitants ont récupéré des bouteilles de gaz, et rangé les vêtements qu’ils avaient réussi à extraire de l’énorme tas de débris dans des sacs en plastique.
Hreibat a précisé qu’elle n’avait nulle part où aller, après cette démolition.
« Nous allons chercher un deuxième logement. Aujourd’hui, nous sommes chez mes beaux-parents, et demain nous serons chez mes parents », a-t-elle expliqué.
Les habitants ont confirmé à l’AFP qu’ils avaient reçu un avis de démolition lundi, mais qu’ils ignoraient quand celle-ci aurait lieu.