Des extrémistes juifs incendient des maisons et des voitures en Cisjordanie ; Tsahal recherche les auteurs
Sans nommer les victimes, Benjamin Netanyahu offre son soutien à l'armée, blâmant un 'petit groupe radical' qui déshonore Israël et le judaïsme et ne représente pas les résidents d'implantations
Dimanche, l’armée israélienne a lancé une opération de recherche de suspects après que des dizaines d’extrémistes juifs ont affronté les forces de l’ordre et attaqué un village palestinien de Cisjordanie, à la suite du démantèlement d’un avant-poste illégal situé à proximité.
En plus de mettre le feu à trois véhicules et à trois bâtiments à Jaba après la démolition de Tzur Misgavi, dans le bloc d’implantations du Gush Etzion, des extrémistes juifs ont mené dimanche des attaques contre des Palestiniens près d’Hébron et de Jérusalem en Cisjordanie, a rapporté l’agence de presse officielle de l’Autorité palestinienne, WAFA.
Sans toutefois mentionner explicitement les Palestiniens, le Premier ministre Benjamin Netanyahu et d’autres hauts responsables israéliens ont exprimé leur soutien à l’armée dans sa poursuite du « petit groupe extrémiste » d’agresseurs juifs.
L’Autorité palestinienne, pour sa part, a accusé Israël de fournir aux partisans violents du mouvement pro-implantations « le soutien nécessaire à leur expansion », exhortant la communauté internationale à prendre des mesures immédiates contre « le danger que représentent les milices organisées de résidents d’implantations, qui terrorisent les villes et villages palestiniens », a rapporté l’agence WAFA.
Les niveaux déjà élevés de violence des partisans du mouvement pro-implantations après le pogrom perpétré par le Hamas le 7 octobre 2023 ont connu une nouvelle hausse pendant la saison palestinienne de la récolte des olives, qui a débuté en Cisjordanie au début du mois dernier. La Commission dite de résistance au mur et à la colonisation de l’Autorité palestinienne a recensé au moins 766 attaques de résidents d’implantations durant le mois d’octobre. Certaines attaques ont également pris pour cible les forces de sécurité israéliennes et les bénévoles, israéliens et juifs, qui participaient à la récolte avec les Palestiniens.
Israël procède très rarement à des arrestations dans les cas de violences commises par les résidents d’implantations. Les groupes d’opposition ont accusé le gouvernement, et particulièrement le ministre de la Sécurité intérieure Itamar Ben Gvir, de fermer les yeux sur ces actes.
Dimanche, durant la démolition de l’avant-poste de Tzur Misgavi, au sud-est d’Efrat, des centaines de partisans du mouvement pro-implantations ont affrontés des agents de la police des frontières, blessant plusieurs d’entre eux, notamment un qui a été frappé à la tête avec une pierre. Six suspects ont été arrêtés durant ces affrontements, ont indiqué l’armée et la police.
Plus tard, dans la journée de dimanche, des dizaines d’Israéliens ont attaqué le village de Jaba, à l’ouest de Bethléem. Une action menée en lien avec l’évacuation et la démolition de Tzur Misgavi, selon l’armée israélienne.
« Après l’évacuation des structures illégales… Tsahal, la police des frontières et les forces de police israéliennes se sont précipitées vers le village de Jaba après avoir reçu des informations selon lesquelles des dizaines de civils israéliens avaient incendié et vandalisé des maisons ainsi que des véhicules dans la région », a fait savoir l’armée. « Les forces de sécurité recherchent actuellement les personnes impliquées. L’incident est toujours en cours. »
« L’armée israélienne considère toute forme de violence comme grave et la condamne fermement, car elle fait peser un risque sur la sécurité dans la région », a ajouté l’armée, soulignant que de tels « actes de violence détournent l’attention des commandants et des soldats de leurs missions de défense et de lutte contre le terrorisme ».
Les habitants de Jaba sont parvenus à éteindre les feux allumés dans leur village avant que quiconque ne soit blessé. Les maisons et les véhicules ont en revanche subi des dommages, a indiqué l’agence WAFA.
Dimanche, l’agence a également rapporté que des partisans du mouvement pro-implantations avaient jeté des pierres sur des agriculteurs bédouins et sur leur bétail à proximité d’Anata, à l’est de Jérusalem, ainsi que sur un rassemblement où se trouvaient des femmes et des enfants près du village bédouin d’Umm Al-Khair, au sud de Jérusalem.
En outre, d’après WAFA, quelques heures avant l’attaque contre Jaba, des résidents d’implantations avaient attaqué des habitants de Sair, au nord d’Hébron, blessant plusieurs personnes et incendiant une maison, ainsi que deux véhicules. Des habitants dont les propos ont été repris par WAFA ont déclaré que les forces de sécurité israéliennes avaient empêché les secours et les pompiers d’arriver sur les lieux.
Dans le sillage de l’annonce faite par l’armée israélienne, d’une chasse à l’homme contre les Israéliens ayant attaqué Jaba, Netanyahu a fait savoir dans un communiqué publié par son bureau qu’il considérait « avec une grande sévérité les troubles violents et la tentative de se faire justice soi-même menés par un petit groupe extrémiste qui ne représente pas les habitants de Judée-Samarie ».
« J’appelle les forces de l’ordre à traiter les émeutiers avec toute la sévérité que prévoit la loi », a-t-il ajouté. « J’ai l’intention de m’occuper personnellement de cette affaire, et de convoquer dès que possible les ministres concernés afin de traiter de la question de ce phénomène grave. »
« Je tiens à dire mon soutien à l’armée israélienne et aux forces de sécurité, qui continueront à agir avec détermination et sans crainte pour maintenir l’ordre », a poursuivi le Premier ministre.
Pour sa part, le ministre des Affaires étrangères Gideon Saar a écrit sur le réseau social X que « les émeutiers juifs en Judée-Samarie nuisent à l’État d’Israël, déshonorent le judaïsme et portent préjudice au projet d’implantations. Ils ne nous représentent pas. Ils ne sont pas l’État d’Israël. »
« Tsahal, le Shin Bet et la police israélienne doivent agir de manière décisive et ferme afin de mettre un terme à ces violences, qui visent également nos soldats et nos forces de l’ordre », a affirmé Saar.
Le ministre de la Défense, Israel Katz, a quant à lui offert son « soutien total » au chef du commandement central de l’armée israélienne, le général Avi Bluth, la plus haute autorité militaire de Cisjordanie, qui est vilipendé par les extrémistes pro-implantations.
« Nous ne tolérerons en aucune manière les tentatives d’un petit groupe violent et criminel de hors-la-loi anarchistes de se faire justice eux-mêmes et de ternir l’image des résidents d’implantations. Nous ne leur permettrons pas de nuire aux soldats de l’armée israélienne, de compromettre l’ordre public ou de détourner les forces de leurs missions, qui consistent à protéger les citoyens israéliens et à contrecarrer le terrorisme palestinien », a martelé Katz.
« Nous ne ferons preuve d’aucune indulgence envers quiconque recourt à la violence. Les forces de sécurité continueront d’agir sur le terrain, et nous continuerons à leur assurer notre soutien total », a déclaré Katz.
Il a en outre fait part de son intention de soumettre à l’approbation du gouvernement, dans les prochaines semaines, un projet de décision proposant des « chiffres et un budget » pour une « action extensive et systémique » du colonel (réserve) Avichai Tanami, nommé au début de l’année au poste de responsable en charge des partisans extrémistes du mouvement pro-implantations en Cisjordanie.
« Je suis convaincu qu’une telle action entraînera d’importants changements sur le terrain », a indiqué Katz, qui, dès son entrée en fonction, l’an dernier, a mis fin à la pratique controversée de la détention administrative — qui permet aux forces de sécurité de détenir des suspects de terrorisme pendant des mois sans inculpation — pour les Juifs, mais pas pour les Palestiniens.
Réagissant aux dernières violences en date, le chef de l’opposition Yair Lapid a pour sa part déclaré que le temps était venu « d’écarter Ben Gvir et de mettre fin » aux attaques des partisans du mouvement pro-implantations, qui « nuisent à Israël, nous nuisent à travers le monde, font honte au judaïsme et ternissent le sionisme ».
« Ces personnes sont des criminels violents. Il est temps de s’attaquer très sérieusement à ce problème », a souligné Lapid.
Contrairement à Netanyahu, Saar et Katz, Lapid a explicitement ciblé les radicaux pro-implantations, affirmant que « leurs émeutes dans le village de Jaba marquent une nouvelle étape dans l’escalade de la violence ».